Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 43

La grève de 62 jours des dockers de Ceylan et ses acquis

Bala Tampoe · Quatrième Internationale, n° 43 · mai 1970 · p. 23-25 · 2 163 mots

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La grève historique contre la • Port (Cargo) Corporation • dans le port de Colombo, qui commença le 12 décembre 1969 et se termina, deux mois plus tard, le 12 février 1970, fut organisée et dirigée par un tront uni de sept syndicats du port, à savoir la Ceylon Harbour Workers'Union, la Sri Lanka National Independent Ports Employees 'Union, la Ceylon Harbour Socialist Workers'Union, la All-Ceylon Harbour & Dock Workers'Union, la Independent Harbour Workers Union, la United Harbour Launch Workers'Union et les sections de la Port (Cargo) Corporation de la Ceylon Mercantile Union.

La majorité écrasante des travailleurs de la Corporation du Port de Trincomalee se mit aussi en grève le 12 décembre 1969, en solidarité avec la grève du Port de Colombo. Ils le firent sous la direction de quatre syndicats qui formèrent un front uni dans ce port également, à savoir, la Ceylon Harbour Socialist Workers'Union, la Independent Harbour Workers Union, la Ilankai Thuraimuga Tholilalar Kalakam et les sections de la Port (Cargo) Corporation de la Ceylon Mercantile Union.

De même, lorsque des navires firent escale au port de Galle peu fréquemment utilisé. pendant la période de grève, les dockers appartenant à la Ceylon Mercan-

A la suite de l'expiration d'un ultimatum de dix jours adressé par le Front Uni au ministre des Services nationalisés le 18 novembre 1969, pour un règlement satisfaisant de ses revendications, la Corporation annonça, de la part du ministre, que la proposition d'un projet de mensualisation pour les travailleurs journaliers de la Corporation avait été acceptée en principe pourvu que certaines propositions concernant la réduction des équipes, les mutations de travail et la révision des règles disciplinaires de la Corporation, soient mises en application en même temps que ce projet. Sur la revendication d'une révision des salaires, il fut seulement déclaré que cette question recevrait la considération du ministre après la réception du rapport du Comité spécial examinant les salaires tile Union, à la Ceylon Harbour Socialist Workers Union, à la All-Ceylon Harbour & Dock Workers'Union et à la Independent Harbour Workers Union de ce port, cessérent le travail en solidarité avec la grève dans les deux principaux ports.

Avant que la grève ne commençât dans les ports, le gouvernement avait refusé de négocier avec le Front uni des sept syndicats du port de Colombo sur leur principale revendication, la révision des salaires de tous les dockers, avec mensualisation de toutes les catégories payées à la journée. Le prétexte invoqué par le gouvernement pour son refus de négocier sur cette revendication fut qu'il attendait le rapport du Comité spécial qui fut nommé le 30 septembre 1969 pour faire des recommandations sur les rémunérations, parmi d'autres problèmes, dans toutes les sociétés etatiques.

Après que la grève eut commencé, le 12 décembre 1969, le gouvernement persista dans son refus de négocier avec le Front Uni, même lorsque le rapport du Comité spécial fut présenté au gouvernement le 15 décembre 1969. II est ainsi clair que le gouvernement n'avait, à aucun moment, l'intention d'obtenir un réglement avec le Front Uni des syndicats du port par négociation sur les revendications salariales. et les conditions du service dans les Corporations étatiques. Ces annonces furent faites dans une déclaration du président de la Corporation le 2 décembre 1969. C'était le jour même où le Front Uni avait décidé de tenir un meeting de masse des dockers après un débrayage général à 3 heures de l'après-midi. Il est donc évident que la déclaration du président était destinée à écarter une grève, sans qu'aucune concession concrète soit faite en rapport aux revendications de base du Front Uni. En même temps, et dans le même but, il fut déclaré que les arriérés pour heures supplémentaires, qui étaient dus légalement aux travailleurs à titre d'allocations dites d'Intérim et de Dévaluation accordées en 1967. seraient payés selon la disponibilité des fonds

AVANT LA GREVE

AVANT LA GREVE

Q VATRI

Dans ces circonstances, le Front Uni décida d'accorder aux autorités du Port une dernière occasion pour promouvoir une base satisfaisante de règlement des principales revendications du Front, avant qu'une grève totale ne soit lancée. Un délai de dix jours était donné, et il fut décidé que tout travail en dehors des heures normales serait interrompu pendant ce temps. Cette décision fut approuvée à l'unanimité par un meeting unitaire des dockers tenu à Colombo le 2 décembre 1969.

Après une discussion entre les représentants du Front Uni et le président de la Port (Cargo) Corporation, le 7 décembre 1969, le président fit savoir à tous les dockers que lorsqu'un projet de mensualisation des salaires serait formulé, il prendrait effet à partir du 1er janvier 1970. II leur fit aussi savoir que les arriérés pour

LES EFFORTS POUR

Entre-temps, le gouvernement, avec l'appui actif des syndicats portuaires U.N.P et L.S.S.P., aussi bien que de la radio d'Etat et la presse capitaliste, firent un effort déterminé pour embrouiller et diviser les travailleurs en faisant croire que leurs principales revendications avaient déjà été satisfaltes par le gouvernement. Malgré tous ces efforts, la grève dans les ports de Colombo et Trincomalee fut si réellement écrasante que le gouvernement décida d'introduire des unités régulières et de volontaires de l'armée et de la marine dans les deux ports, le lendemain du début de la grève. Cela était destiné à compléter les efforts briseurs de grève des syndicats U.N.P. et L.S.S.P., qui ne furent capables que de rassembler deux mille ouvriers pour travailler le premier jour de la grève.

Pendant le premier mois de la grève,

L'ACCEPTATION DE

Le 10 janvier 1970, le Front Uni des syndicats du port écrivit au Premier ministre, lui demandant une entrevue à propos d'une déclaration qu'il avait faite au Parlement le jour précédent, au cours de laquelle il avait fortement déploré le fait que les dockers n'aient pas suspendu leur grève, même lorsque de graves inondations s'étaient produites dans certaines parties du pays car les unités militaires qui travaillaient dans les ports auraient pu être libérées pour les travaux de secours.

Le Premier ministre rencontra des représentants du Front Uni le 15 janvier 1970, en réponse à leur demande. Ils firent alors remarquer que le gouvernement aurait bien pu retirer toutes les unités militaires des ports pour les travaux de secours, si la grève avait été réglée pendant son premier

EME INTERNATIONALE heures supplémentaires seraient payés en trois acomptes, le premier étant payé avec les salaires de décembre 1969. Le Front Uni répondit au président le 10 décembre 1969, faisant remarquer qu'aucune indication n'avait encore été donnée de la base sur laquelle les salaires mensuels seraient payés, et demandant si leur paiement serait soumis aux conditions mentionnées dans la précédente déclaration du président, du 2 décembre 1969. Le Front Uni fit aussi remarquer qu'il n'y avait aucune indication quant à la date à laquelle serait formulé le projet de mensualisation, et demanda s'il y aurait quelque révision des salaires. C'est pour ces raisons qu'un mee. ting de masse de plusieurs milliers de dockers, tenu le 12 décembre 1969 à Kochchikade (Colombo) décida à l'unanimité de se mettre en grève le jour-même. BRISER LA GREVE environ quatre mille travailleurs qui avaient cessé le travail dans les ports de Colombo et Trincomalee le 12 décembre reprirent le travail. Cependant, malgré les rigueurs économiques croissantes, plus de dix mille dockers poursuivirent la grève sous la direction du Front Uni jusqu'à la fin de ce mois.

Espérant que de plus en plus de dockers retourneraient au travail au fur et à mesure que la grève trainera., le gouvernement persista à utiliser les forces armées comme jaunes dans les ports sans faire aucun effort pour régler la grève par la négociation, bien que la poursuite de la greve provoquat des pertes économiques fortement croissantes, et malgré les protestations des différentes organisations syndicales de Ceylan, aussi bien que d'organisations de dockers et d'ouvriers des transports à T'étranger. LA MENSUALISATION mois. Même à ce stade, il fut souligné que les forces armées pourraient être retirées si le gouvernement décidait de régler la grève en autorisant la Port (Cargo) Corporation à entrer en négociations immédiates avec les sept syndicats du Front Uni sur leurs revendications. Au lieu de le faire, le Premier ministre ordonna à la Corporation d'établir un projet de mensualisation pour les dockers prenant effet le 1°" janvier 1970, supprimant simplement les barèmes de salaires auxiliaires (barèmes plus faibles payés les jours où les dockers se présentaient au travail mais ne pouvaient en obtenir) et multipliant les barèmes journaliers existants par vingt-six.

La principale concession faite au point de vue exprimé par les représentants du Front Uni au Premier ministre, fut que le projet de mensualisation devait être présenté sur-le-champ, sans aucune des conditions exigées par le ministre des Services nationalisés antérieurement à la grève. Cependant, comme aucune révision des salaires n'était accordée, un meeting de

Grève de solidarité et grève symbolique de la C.M.U.

Le 18 décembre 1969, une grève symbolique de solidarité, suivie par une manifestation unitaire et un rassemblement de masse à Hyde Park (Colombo), fut organisée par des organisations auxquelles appartenaient les cinq syndicats du Port du Front Uni, pour protester contre les efforts continus du gouvernement pour briser la grève des ports en utilisant des unités des forces armées comme jaunes, et pour soutenir la revendication du Front Uni par un règlement négocié de la grève. Les cinq organisations étaient la Ceylon Mercantile Union, la Ceylon Trade Union Federation, la Ceylon Federation of Trade Union, la Sri Lanka Independent Trade Union Federation et le Central Council of Ceylon Trade Unions. Le 1°" février 1970, la Ceylon Mercantile Union appela à une grève continue environ cent soixante-quinze de ses sections dans le commerce d'import-export, les Corporations étatiques, et d'autres établissements, en solidarité avec la grève des ports. La veille de la grève de la C.M.U., la Corporation annonça des augmentations des barèmes mensuels de paye pour les catégories journalières des dockers dans les ports à partir du 1°r janvier 1970, de l'ordre de 10 à 15 roupies, conjointement avec des accroissements de leurs augmentations annuelles de salaire. La question d'une révision des barèmes mensuels des baladant, det simplerient declaree fou cecatégories non manuelles, à examen. A ce moment, la plupart des catégories manuelles les moins payées des dockers des ports de Colombo et Trincomalee, conjointement avec une minorité des catégories mensuelles non manuelles, avaient repris le travail, à cause de la prolongation de la ge tre die, ui cause un le jours. Neion moins, le Front Uni des syndicats du Port décida de poursuivre la grève parce qu'aucune révision de salaires n'avait été accordée aux employés, surveillants et autres catégories de travailleurs non manuels, tandis que les augmentations accordées aux catégories manuelles étaient insuffisantes. Ce fut seulement au soixantième jour de grève, lorsque le gouvernement annonça une révision des salaires avec accroissement des augmentations annuelles de tou-

IONALE 25 masse de plusieurs milliers de dockers du Port de Colombo décida, le 16 janvier 1970, de poursuivre la grève jusqu'à ce que des révisions adéquates des salaires leur fussent accordées. tes les catégories non manuelles que le Front Uni décida qu'il était utile de mettre fin à la grève, compte tenu des concessions obtenues et des rigueurs imposées aux travailleurs qui étaient encore en grève. Ainsi prit fin la bataille qui avait duré deux mois entre les dockers et les forces combinées du gouvernement capitaliste, de la radio d'Etat, de la presse capitaliste et des syndicats comparses de I'U.N.P. et du L.S.S.P.

Les dockers qui participèrent à la grève avaient toutes raisons de considérer leur lutte unie comme victorieuse, même s'ils furent incapables d'assurer un réglement de leurs revendications. Ils ont gagné la mensualisation pour toutes les catégories antérieurement journalières, enfin, conjointement avec des révisions de salaires pour toutes les catégories, malgré les efforts du gouvernement et de ses comparses pour briser la grève sans faire aucune concession. Plus importante que ces gains économiques, pourtant, est l'expérience politique précieuse acquise par les dockers, non seulement de la politique réactionnaire du gouvernement U.N.P. par rapport à leur lutte de défense de leurs conditions de vie, mais aussi de la collaboration de classe du L.S.S.P. Le plus important de tout est l'établissement d'un degré substantiel et de solidarité entre les travailleurs de toutes catégories dans les ports, malgré leurs différences catégorielles et malgré la division qui avait régné parmi les dockers depuis longtemps, à cause de leurs différentes affiliations syndicales et de leurs divergences politiques. Cette solidarité ne sera pas seulement de grande valeur pour les dockers dans l'immédiat, mais profitera aussi à la classe ouvrière dans son ensemble, compte tenu de l'influence des dockers parmi d'autres secteurs de la classe ouvrière, et le besoin urgent de celle-ci d'unir toutes ses forces pour résister à l'attaque de la classe capitaliste et de l'Etat capitaliste sur les conditions de vie et les droits démocratiques des masses populaires à l'époque actuelle

P.B. TAMPOE, (Secrétaire général de la Ceylon Mercantile Union).

27 février 1970.

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