Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

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Quatrième Internationale, n° 42 · mars 1970 · p. 36-44 · 7 843 mots

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Samizdat I

Les premiers écrits de l'opposition antibureaucratique d'U.R.S.S. que nous avons pu lire étaient comme ces Antilles dont le découvreur s'émerveillait, sans pouvoir deviner de quel immense double continent il explorait les approches. Samizdat | (1), c'est l'étape suivante, quelque chose comme l'embouchure du superbe Orenoque qui révèle à l'esprit attentif les terres infinies et les montagnes gigantesques.

Le nombre, la variété, la teneur des écrits de ce premier recueil de Samizdat, c'est-à-dire de la littérature auto-éditée, diffusée de main en main, clandestine et parallèle, est la démonstration sans équivoque que l'opposition antibureaucratique est un phénomène de masse. Celui-ci a des caractères particuliers : il est encore souterrain et n'a brisé qu'en peu d'endroits la lourde croûte du terrorisme policier. Mais c'est par ces failles que coule le flot du samizdat : il suffit de lire ces textes pour comprendre qu'il ne s'agit plus du cri de quelques individus isolés, clamant leur indignation morale, refusant la complicité, mais de la pensée du meilleur de tout un peuple, certes encore exprimée par une minorité héroique, mais qui trouve sa force en ce qu'elle sait qu'elle est la voix authentique des travailleurs et du socialisme.

Bien que le volume Samizdat compte plus de six cents pages, ce n'est qu'une partie de cette production qui manifeste l'éveil du peuple soviétique (raison pour laquelle il porte le chiffre 1, qui annonce une suite). Et ses limites, mentionnées par ses éditeurs, sont précisées par l'insertion dans le volume des listes commentées - ellesmêmes incomplètes - d'œuvres en circulation en U.R.S.S., listes publiées dans la Chronique des événements, elle-même publication de Samizdat qui réalise le tour de force de paraitre régulièrement depuis plus de deux ans, s'efforçant de fournir aussi des bilans de la répression.

Cependant, si les zones inconnues peuvent encore cacher des documents importants, ceux qui sont là rassemblés forment une somme impressionnante de révélations, le plus puissant faisceau de lumière sur la réalité russe; davantage : le plus incontestable témoignage sur ce fait que le véritable communisme a survécu là-bas sous la dalle, se relève, se développe, se replonge à ses sources, impitoyablement lucide — et d'une lucidité qui ridiculise tous les soviétologues, journalistes spécialisés, et philosophes politiques d'Occident — vomissant stalinisme, post et crypto-stalinisme et s'engageant avec une hardiesse digne des hommes de 17 sur le chemin qui mène à la nouvelle révolution, politique, antibureaucratique.

Le livre, mis à part quelques textes de références anciens, part d'écrits de 1956. En treize ans, le chemin franchi est considérable et l'évolution de la pensée semble se faire selon une progression géométrique. Certes, en 1969, comme nous le savons, il y a encore des Medvedev qui croient toujours pouvoir convaincre la bureaucratie de s'autoréformer, mais ils n'en sont pas moins exclus du parti. Ce qui compte, c'est que l'on est passé des critiques timides du « dégel », diluant les responsabilités dans : le mea-culpa collectif (voir les Leviers d'A. lachine), des explosions violentes mais de courte portée, tel le discours de C. Paoutovski, • Contre la nouvelle caste de petits-bourgeois, il faut mener le combat jusqu'au bout », à des textes aussi importants que ceux de lakir, lakhimovitch, Kosterine et Grigorenko.

Nous connaissons déjà ces noms par des volumes parus récemment. Samizdat 1 reproduit totalement ou partiellement quelques textes déjà parus, mais l'essentiel du volume est inédit en français, et il y a là des écrits décisifs. Faire l'analyse de chacun est impossible dans les limites d'un tel article : contentons-nous, sans suivre l'ordre du volume qui combine la progression chronologique avec une certaine division par thèmes, de dégager les différents niveaux qui apparaissent dans ces écrits de caractères les plus divers.

L'importance de l'opposition antibureaucratique ne doit pas faire oublier la profondeur du mal stalinien qui a atteint toute la société russe. Cela se mesure sans doute le mieux dans le compte rendu de la discussion qui est censée précéder, mais en réalité suit, la décision d'expulsion de son lycée du professeur Guerline, femme du critique littéraire louri Aikhenwald, et tous deux signataires d'un appel en faveur de Guinsbourg et Galanskov. Toute la logique des procès se trouve repro-

(1) Samizdat 1, éditions de la Vérité, et éditions du Seuil.

duite dans cette discussion de citoyens * socialistes » cultivés. Guerline ne se prononce pas sur l'éventuelle culpabilité des condamnés, elle réclame le respect de la Constitution; une de ses collègues, professeur de mathématiques s'indigne : « Mais ce sont des ennemis. Comment peut-on défendre des ennemis ? Ils vont nous nuire et nous allons observer la loi! Mais c'est inadmissible ! Est-ce qu'ils nous ménagent eux ?... On ne peut juger les criminels selon la justice ! A ce compte-là il faudrait tous les acquitter! » Un autre, professeur d'histoire, reproche à Guerline d'avoir fait connaître à ses élèves des poètes de la période révolutionnaire, condamnés sous Staline, bien que réhabilités sous Khrouchtchev. On comprend que Guerline termine sa dernière intervention en disant: * J'ai honte, j'ai tellement honte que je ne puis lever les yeux, j'ai honte, honte pour vous, camarades... »

La perversion stalinienne de la pensée est une lèpre que le fer rouge même ne fera pas disparaitre du jour au lendemain.

L'autre aspect de la dépravation bureaucratique, c'est le cynisme policier. Pavel Litvinov l'a saisi sous son aspect le plus simple, le plus - naturel », tranquille, sûr de soi, dans le récit de sa • conversation prophylactique avec le K.G.B. » (p. 417) qui commence ainsi : • Pavel Mikhailovitch, nous sommes informés qu'un groupe d'individus et vous-même vous proposez de rédiger et de diffuser un compte rendu des derniers procès de Boukowski et consorts. Nous vous avertissons que si vous le faites, vous engagerez votre responsabilité pénale... > Pas une fois on ne sent le policier hausser le ton, être violent. La violence est dans ce que l'on sait de la responsabilité pénale.

Il y a en U.R.S.S., aujourd'hui, plusieurs milliers d'internés politiques qui croupissent dans les prisons et les camps, et qui • vivent dans des conditions inhumaines de travail forcé, avec des rations de famine, soumis à l'arbitraire de l'administration ». (Appel aux communistes : au présidium de la conférence des partis communistes à Budapest - mars 1968 - p. 353). Sur ce que sont ces camps, les témoignages maintenant abondent et concordent, mais le débardeur Martchenko (dont le livre Mon Témoignage doit paraitre prochainement aux éditions du Seuil) l'exprime avec ce maximum de force que l'on trouve dans la concision précise. Ces camps sont des camps de la mort « où le moyen de pression le plus puissant est la faim », où les rations normales sont de 2.400 calories par jour, fournies pour l'essentiel par 700

Eg de pain noir. « Les détenus paient la nourde nain noir

TIONALE 37 reste de salaire une fois les déductions opérées. Mais on peut être privé même de ce droit de dépenser 17 kopecks par jour pour infraction au réglement. Par exemple l'historien L. Rendel (condamné à dix ans de détention pour avoir fait partie d'un cercle marxiste illégal) a été privé pendant deux mois du droit de faire des achats à la cantine, pour avoir porté sa soupe à des camarades malades ; de méme, l'écrivain Siniavski, pour avoir communiqué avec un autre écrivain, son ami Daniel, quand celui-ci était à la prison du camp... • Le régime rigoureux abaisse la ration à 1.300 calories. Daniel a connu ce régime.

Voilà ce qui est, et ce que les marxistes révolutionnaires ne peuvent laisser ignorer à qui se réclame du communisme loin de I'U.R.S.S. Avec de tels textes, nous devons traquer ceux qui ne veulent pas savoir. A la brève période de « déstalinisation = — opération contrôlée par la bureaucratie - succède maintenant une période de • restalinisation • acharnée. Par millions, de belles âmes veulent ignorer que le stalinisme n'était pas un produit de Staline, mais un système, né de conditions historiques spécifiques, et qui subsiste et se perpétue. Les communistes russes, les seuls qui méritent ce nom, ce sont les opposants qui apparaissent dans la lumière du samizdat.

Comparer leur langage à celui de leurs adversaires ne peut laisser l'ombre d'un doute. Leurs titres, ce sont leurs années de camp (par exemple lakir, 17 ans d'internement - de ses quatorze à ses trente et un ans — Kosterine, 23 ans de prison et de camp), qui n'ont en rien altéré leur conviction léniniste, bien au contraire.

Quant à leur cause, elle est également claire : ces hommes et femmes reprennent le combat au point o ieurs pérez ont dû l'interrompre quand ils ont été couchés par Staline dans les fosses communes où s'est englouti le parti qui prit le pouvoir et construisit le premier Etat ouvrier. Fils et filles ne sont pas de vains mots, comme cela apparait par les signatures de l'appel du 24 septembre 1967 contre les tentatives de réhabilitation de Staline : Antonov-Ovséenko, lakir, Serebriokova, Larine (Boukharine), Radek, Chliapnikova, Enoukidzé, Ivanov (Kalinine), Pianitski, Smilga, etc. Tous ces noms des héros d'Octobre, parmi bien d'autres, sont des noms de victimes de Staline, et ce sont maintenant des noms d'opposants qui se dressent, tandis que la fille de Djougachvili fait pleurer les bourgeois américains sur son destin et sur celui de son terrible mais nécessaire papa.

Leur cause, c'est d'abord la défensive, contre la tentative de « ressusciter Staline riture comme l'habillement avec les salaiet l'époque stalinienne », contre la = polires (dont 50 % sont déduits pour l'entretique de réhabilitation, en totalité, du rétien du camp...). On n'a le droit d'acheter gime bureaucratique... la tentative de masque pour cinq roubles de ravitaillement (y quer ses crimes passés et de lui rendre compris le tabac) par mois - avec ce qui un aspect plus décent › ; contre • les nou-

QUATRI veaux dirigeants... qui espèrent... réhabiliter leur propre passé, le passé des compagnons d'armes de Staline au niveau le plus élevé, de ceux qui ont commencé leur carrière dans la commission d'épuration du Parti, en 1934-36, et qui ont occupé les postes laissés vacants par les victimes de la répression stalinienne en 1937-39 * ; contre « la tendance ouverte en faveur de la manière forte • ; contre la recherche d'un nouvel • homme fort * ; contre une nouvelle • période de terreur et d'illégalité sans laquelle la bureaucratie ne pourra se protéger de l'activité politique des masses qui effraie ces nouveaux partisans de la dictature ». (Kolokol, organe de l'Union des Communards, démantelée, Samizdat, p. 267.)

Leurs buts ne font pas plus de question : ramener le communisme à sa vérité pour un « Octobre mondial » (- les fils et filles de vieux bolcheviks assassinés... »).

Les instruments de leur action sont toutefois en partie inadéquats. Si la jeune génération révolutionnaire des pays impérialistes peine quelque peu à récupérer un capital théorique enterré, la tâche est plus malaisée encore sous régime bureaucratique. L'extermination définitive des trotskystes au début de la lle Guerre mondiale, l'autodafé quasi parfait des ouvrages, et la fermeture des frontières sont parvenus à laisser l'œuvre de Trotsky quasi inconnue en U.R.S.S. Mais on ne trompe pas la lucidité des communistes russes sur « le bras droit de Lénine, le chef de l'internationale, le commandant qui forgea la victoire » ; après tous ces titres, le poète Vadim Delaunay, raille sa prétendue trahison. La haine des bureaucrates vaut à Trotsky bâillonné le préjugé favorable de la nouvelle génération léniniste. Elle cherche à savoir et saura. Il est émouvant de lire le texte - Qui a tué Trotsky ? > (p. 303) paru en 1966, dans la revue clandestine Cahiers de la démocratie socialiste: l'erreur et la vérité s'y mêlent de la maniere qui caractérise les nouvelles colportées oralement par de nombreux intermédiaires.

La Tchécoslovaquie maillon le plus fai.

EME INTERNATIONALE de l'organisation, instrument de la révolution politique. D'ores et déjà, le problème est posé : lakhimovitch avait annoncé la fatalité du phénomène : « Elle [cette jeunesse] va fonder, elle va inévitablement fonder un nouveau parti. ». Grigorenko prévenait, lors du 72º anniversaire de Kostérine : « Souvenez-vous que... il ne faut surtout pas laisser l'ennemi faucher impunément les combattants qui marchent au premier rang de votre mouvement. ». Alexéev, dans sa • Lettre ouverte aux citoyens de I'U.R.S.S. » du 22 septembre 1968, après avoir développé un programme d'action immédiat complexe de l'opposition inorganique, termine lui aussi en posant le problème de la constitution d'un « nouveau parti ».

Tout porte à croire qu'il ne tardera plus à se construire, car malgré la répression, le système bureaucratique est dangereusement malade. Ses opposants en ont pleine conscience. lakhimovitch écrit : « Les staliniens sentent que le sol glisse sous leurs pieds, que lheure mortelle, que l'histoire a fixée pour eux, approche. Leur panique, c'est la panique des condamnés, des condamnés vivants... Ils ont entre les mains une arme aujourd'hui puissante, ils ont entre les mains les leviers du pouvoir, mais leurs mains sont frêles. Ce sont des mains de criminels. Communistes du monde entier, arrêtez-les tant qu'il n'est pas trop tard ! »

Marchenko, protestant contre l'invasion de la Tchécoslovaquie, en explique la raison profonde : « Nos dirigeants sont-ils réellement inquiets devant ce qui se passe en Tchécoslovaquie ? A mon sens, ils ne sont pas seulement inquiets, ils sont épouvantés, et cela, non point parce que l'évolution de la Tchécoslovaquie est menaçante pour le développement du socialisme ou pour la sécurité des nations du pacte de Varsovie, mais parce qu'elle risque de saper l'autorité des dirigeants de ces pays et de jeter le discrédit sur les principes et les méthodes mêmes de gouvernement qui regnent auiourd'hui dans qui règnent aujourd'hui dans le camp so- • e camo socialiste » (p. 400). A quoi, comme en écho, Bartosek souligne le caractère « antihistorique » de l'invasion de son pays, et sa première conséquence : * La destruction du plus grand parti communiste en Europe centrale = (p. 607-608).

Des organisations communistes antibureaucratiques sont déjà nées en U.R.S.S. comme en Tchécoslovaquie. Elles ont été démantelées. L'opposition « gradualiste » (car on ne saurait la taxer de « réformisme » sans injustice) a fondé un groupe d'initiative pour la défense des droits civiques dont certains des principaux dirigeants sont déjà frappés par la répression. Toutefois, l'acte qui précéda cette création, la plus importante manifestation d'opposition réunie en U.R.S.S. depuis 1927, a très justement été caractérisé par Grigorenko com-

La Tchécoslovaquie, maillon ble de la chaine des Etats ouvr cratiques, est plus avancée qu en ce domaine de la découver kysme: Karel Bartosek, dont trois thèses sur la crise et la sont publiées en annexe de écrit : « Avant tout, il faut faire critique de l'enseignement de la révolution politique contre cratie, apprécier de façon exa il est valable aujourd'hui, dans tions qui sont les nôtres, et en illusoire et limite son idéolog nienne. ». Les derniers mots quel point cet enseignement mal connu de l'auteur.

le plus faiers bureaue I'U.R.S.S. te du trotsles • Vingtrévolution » Samizdat 1, une analyse Trotsky sur la bureauste en quoi les condiquoi il est ie antistaliprouvent à est encore

Mais l'heure n'est pas lointaine où les derniers barrages seront brisés. Et cela sera décisif pour la dernière étape, celle me une date historique: 400 personnes se sont réunies — une grande partie de façon quasi spontanée - pour les funérailles d'Alexis Kosterine. Les textes rassemblés par Grigorenko pour cet événement mériteraient de faire l'objet d'une publication populaire en brochure, car aucun travailleur honnête se voulant communiste, eût-il jusqu'alors été le plus chloroformé, ne nous semble pas pouvoir rester insensible à de tels documents, sans doute les plus forts du volume de Samizdat pourtant si riche en écrits poignants. Cela, non principalement du fait des discours de bolcheviks, ni même de la biographie de Kosterine, communiste dès 1916, héros de la guerre civile aux exploits stupéfiants, déporté indomptable de l'enfer blanc de Kolyma, non, tout cela, aussi convaincant que cela soit. ne nous apprend rien de fondamentalement nouveau ; ce qui est neuf par contre, ce sont les réactions à cette révélation de véritable léninisme, de représentants de nationalités opprimées (Tartares de Crimée, Ukrainiens, Tchetchènes-Ingouches) et d'un « passant » Dans l'impossibilité où nous sommes de citer aussi largement qu'il le faudrait, contentons-nous d'une seule citation, qui n'est peut-être pas la plus émouvante, mais nous semble la plus prometteuse : Zampira Assanova, médecin à Tatare, raconte : * L'école, l'institut, la vie m'avaient inculqué de l'aversion, pis encore, de la haine à l'égard du marxismeléninisme et de la personnalité de Lénine lui-même. Je dis que l'on m'avait inculqué -de tels sentiments, mais cela ne signifie pas que l'on m'ait jamais dit quoi que ce soit de mal sur Lénine. Au contraire, on en parlait toujours au superlatif, presque comme d'un dieu. Mais je ne pouvais l'aimer, car tout le mal que nous subissions dans notre existence était exalté dans les journaux, dans les manuels, dans les discours des hauts fonctionnaires du parti, à la radio et à la télévision, comme l'exécution même des préceptes de Lénine. Et je me disais : Puisqu'il a pu enseigner d'aussi tristes choses, ce ne pouvait être qu'un triste sire 1 C'est pourquoi je ne voulais pas lire Lénine, je ne voulais pas connaître -- et ne connaissais pas — sa doctrine. » Malgré la rencontre du léniniste Kosterine, Zampira Assanova avoue ensuite que ses préventions à l'encontre de Lénine n'étaient pas encore dépassées: - Cependant, en écoutant aujourd'hui les discours des amis les plus proches de Kosterine... et en me rappelant ce qu'il disait lui-même, je me dis : Non, de tels gens ne peuvent professer une mauvaise doctrine. Sûrement, ici aussi, comme dans la religion, les serviteurs intéressés de la doctrine altèrent-ils son véritable sens à leur profit. Et moi, devant vous, camarades, devant la mémoire d'un grand homme que tout le peuple des Tatares de Crimée et moi-même avons profondément aimé, devant la mémoire de

IONALE 39 l'écrivain bolchevik, du communiste et du démocrate, Alexis Evgrafovitch Kosterine, je jure solennellement d'étudier les leçons de Lénine et de me battre pour les faire passer dans la vie sous leur aspect authentique. ».

Saluant l'initiative des éditeurs, nous devons toutefois leur adresser une critique : nous avons avec eux des désaccords politiques nombreux mais, quant au sujet de ce livre, il s'agit peut-être du domaine où nous en avons le moins. Ne parlons que pour mémoire d'une certaine raideur sectaire pouvant aller jusqu'au pédantisme à l'égard de textes présentés et de leurs auteurs. Le grave est ailleurs : dénonçant les méthodes staliniennes, il est désolant qu'ils les utilisent eux-mêmes à l'égard d'adversaires politiques à l'intérieur du mouvement ouvrier. Et c'est ce qu'ils font, pourtant, sur la question théorique la plus importante traitée par eux.

La IVe Internationale (qu'ils veulent ignoner, ce qui est déjà tromper leur lecteurs) distingue dans le monde trois secteurs dont le développement est inégal et combiné et où les problèmes de la révolution revêtent des formes et des rythmes différents : le secteur des pays impérialistes où se pose le problème de la révolution sociale prolétarienne ; le secteur colonial et semi-colonial où se pose le problème de la libération nationale et des premiers stades de la révolution permanente (accomplissement des tâches de la révolution démocratique bourgeoise par et Eraie durere sous la direction prolétarienne) ; et enfin, le secteur des Etats ouvriers où se pose la tâche de la révolution politique antibureaucratique. Personne, dans la Ive Internationale, ne nourrit l'idée stupide qu'il puisse s'agir là de « mondes » séparés, et la lecture la moins attentive de nos publications (2) le prouvera à qui veut le savoir. Pourtant, c'est cette idée stupide qui nous est attribuée calomnieusement. dans une note (p. 306) amalgamant d'ailleurs nos positions et celles d'un ancien dirigeant qui s'est séparé de notre mouvement à partir de désaccords nombreux. Il nous est facile de montrer en quoi l'incapacité de distinguer lesdits secteurs du monde amène les éditeurs à des positions absurdes. Deux seules citations-exemples suffiront: < La crise internationale du stalinisme, c'est-àdire l'extension à l'Europe de l'Est de la crise de l'impérialisme, dont la grève générale d'août 1953 en France est alors l'expression la plus aiguë, fut l'un des éléments du combat engagé par les détenus (de Vorkouta) > (p. 30) ; « Les secousses qui ébranlent l'édifice bureaucratique ne sont que l'écho de celles qui ébranlent alors la bourgeoisie européenne, à com-

(2) Le complot trotskyste en Tchécoslovaquie, textes de l'opposition révolutionnaire, cahier • Rouge •, et, par exemple, la Dialectique actuelle de la révolution mondiale.

mencer par la bourgeoisie française: des milliers de rappelés ne veulent pas partir en Algérie. Il faut que le P.C.F., qui, le 12 mars 1956, vote les pouvoirs spéciaux de guerre totale démandés par Guy Mollet, casse le mouvement pour qu'il reflue... Quant à l'interaction de la lutte des travailleurs de l'Est et de l'Ouest, elle est si frappante que l'expédition colonialiste de Suez et l'invasion de la Hongrie sont montées en synthèse. * (p. 35). Tout commentaire de ces liaisons mécaniques nous semParti, armée, et crise ch

Dans un dialogue avec K.S. Karol, Edgar Snow disait qu'à propos de la « révolution culturelle • on finit toujours par répondre à chaque question par une question nouvelle (2). Ce n'est pas là une boutade que faisait le grand expert occible superflu ; elles sont la caricature d'une analyse marxiste.

La solution de tels désaccords, nous le croyons cependant, ne sera pas sans rapport avec le développement des gigantesques événements qu'annonce le samizdat, car, (qu'on veuille l'ignorer ou non), la IVe Internationale existe, vit et lutte, et la réalisation de ses perspectives historiques, rappelées dans Samizdat 1, sera inéluctablement sa victoire.

Michel LEQUENNE masses dans la inoise (1) de la direction chinoise et synthétise les problèmes qui continuent à se poser. De la prise du pouvoir à la crise.

Dans la première partie, l'auteur brosse à larges traits l'évolution économique et sociale de la Chine après la révolution, et ceci depuis la période de reconstruction où il s'agissait de remettre en marche l'appareil de production, de bloquer l'inflation, de recréer un marché unique. Cette première période, qui se termine en 1952premiere periode, qui se termine en 19521953, est caractérisée par des succès considérables qui se reflètent dans les statistiques de la production globale, de la production industrielle et du revenu par habitant : à la base de tous ces succès, la nationalisation d'une partie importante de l'industrie, la réforme agraire et le protectionnisme résultant du monopole du commerce extérieur.

L'auteur note comment, dans cette période, la ligne officielle (avancée tant par Mao que par la future bête noire Liu Chaochi) était celle de la coexistence avec le capitalisme privé qui gardait son contrôle sur quelque 50 % de l'industrie légère par exemple. Il note qu'au sortir de cette période, malgré les succès obtenus, la production industrielle restait encore insuffisante pour assurer un « décollage » de l'industrialisation, tandis que la petite propriété devenait tout à la fois un obstacle à l'élévation de la productivité dans les campagnes et une base pour un processus de différenciation sociale dans les campagnes. Le premier plan quinquennal (1953-1957) et les mesures qui l'accompagnaient assurèrent un développement régulier, bien qu'encore insuffisant de la production. Livio Maitan décrit ces

(1) Livio Maitan, Partite, esercito e masse nella crisi cinese (Samona e Savelli, Rome, 1969).

(2) E. Snow-K.-S. Karol • Deux années après », (II Manifesto, numéro 1, Juin 1969).

dental des problème tentative d'analyser relle > se heurte à tout spécialement d de disposer de toute cessaire pour vérifie s de la Chine. Une a • révolution cultude réelles difficultés, ues à l'impossibilité la documentation nér le déroulement réel des événements, pour en donner une interpretation matérialiste, sans faire abstraction de la situation déterminée par le développement économico-social et sans tomber dans le travers qui consiste à juger la • révolution culturelle » sur la base de son idéologie.

Livio Maitan a tenté cette gageure dans un livre qui vient de paraitre à Rome et qui porte comme sous-titre • Une interprétation marxiste de la révolution culturelle ». Dans l'avant-propos, l'auteur calcule avoir consulté des sources chinoises abondantes, représentant en tout plusieurs dizaines de milliers de pages.

L'ouvrage de Livio Maitan est divisé en trois parties. Dans la première, la dynamique économique et les tensions sociales et politiques en Chine sont examinées, depuis la victoire de la révolution chinoise en octobre 1949 jusqu'en 1965, c'est-à-dire à la veille de la • révolution culturelle ».

Une seconde partie est consacrée aux trois années de la • révolution culturelle > proprement dite, c'est-à-dire aux événements qui vont de la fin de 1965 jusqu'au début de 1969.

Quant à la troisième partie, intitulée • La réalité chinoise et le maoïsme à la lumière de la révolution culturelle •, elle fait le bilan de ces événements tumultueux, tente de dégager ce qui fait la particularité transformations structurelles, notamment l'expropriation avec indemnité des capitalistes qui eut lieu pendant cette période et qui contrastait avec les théorisations antérieures sur la ‹ nouvelle démocratie » comme régime distinct de la dictature du prolétariat devant se prolonger pendant plusieurs dizaines d'années. C'est en 1955, après deux années de difficultés dans l'agriculture, que se développa la coopérativisation de l'agriculture, qui eut lieu sans conflits dramatiques bien qu'à un rythme plus rapide que celui qui était initialement prévu.

Les pages suivantes de l'ouvrage de

Livio Maitan sont consacrées au VIII® Congrès du P.C. chinois dont la première session eut lieu en septembre 1956 (3), et aux répercussions qu'eurent en Chine les cr)tiques portées à Staline en Union soviétique et celles dues à la révolution hongroise. Il note que le Congrès de septembre fut suivi par la campagne des • cent fleurs », d'une ampleur tellement grande qu'à un certain moment elle fit apparaitre la Chine comme étant à l'avant-garde de la déstalinisation. Mais il remarque à juste titre que la • déstalinisation » avait été provoquée en U.R.S.S. par la convergence d'une série de problèmes qui ne pouvaient encore se poser en Chine. Le tournant brusque qui eut lieu en juin 1957 avec l'abandon des « cent fleurs › n'est, à juste titre, pas expliqué par Livio Maitan comme la * preuve » que cette politique n'était qu'une manœuvre * machiavélique » pour identifier des adversaires réels ou potentiels. Il constitue au contraire une preuve des oscillations de la direction qui avait d'abord pris la voie d'une auto-réforme de la bureaucratie et qui avait été alarmée par l'extraordinaire développement des critiques, tant de droite que de gauche.

Un épisode beaucoup mieux connu celui du « grand bond en avant » de 1958, conduisant à la formation des communes du peuple, période coincidant avec début du second quinquennat (1958).

Le jugement de l'auteur est nuancé : il note la solution portée au problème du sous-développement rural, les premiers résultats spectaculaires, l'engouement qui en résulta, le volontarisme de la direction, la retraite décidée lors du plénum de Wouhan fin 1958. Malgré le « réajustement » radical de 1961, l'auteur considère, sur la base des statistiques disponibles, que ce n'est qu'à partir de 1963 que se manifeste une reprise, rendue plus difficile par le retrait de l'aide soviétique qui était survenu dans l'intervalle. Le livre de Livio Maitan montre que c'est à partir du bond en avant que les divergences dans la direction du P.C. chinois se sont agrandies considérablement.

Au terme des quinze premières années d'existence de la République Populaire de Chine, le développement économique est en-dessous des objectifs fixés par exemple dans le texte de Mao de 1955 sur la coopération, dans les prévisions du VIII°

Congrès et dans les objectifs du deuxième plan. Dans ce contexte, il est important de noter les tensions sociales et les contradictions existant en Chine à la veille de la « révolution culturelle •, et appelées à donner à celle-ci toute son acuité. C'est ce que fait Livio Maitan dans la dernière section de cette première partie : il décrit ainsi l'accentuation de la tension entre l'afflux vers les villes d'une part et les capacités d'absorption de celles-ci de l'autre (la population citadine, de 130 millions au début des années soixante, ayant largement dépassé les prévisions) ; une autre contradiction est celle qui existe entre l'élévation du niveau culturel des jeunes et le nombre limité des postes de travail qualifiés ; une troisième contradiction, non supprimée malgré l'expérience des communes, est celle qui existe entre l'exigence d'une socialisation du surproduit agricole (80 % des produits alimentaires de base restant dans le circuit fermé de l'économie de subsistance) et celle de ne pas créer de conflits avec les paysans; une autre tension est celle existant entre la nécessité de stimuler matériellement la production agricole et la tendance au développement de l'inégalité sociale (les textes chinois, aujourd'hui encore, parlent toujours de paysans pauvres et moyens-pauvres au présent). Par ailleurs, Livio Maitan, en fournissant des détails précieux et peu connus, insiste sur les privilèges relevés plus tard dans les textes des gardes rouges, des fonctionnaires du parti et de l'Etat, et en particulier des officiers supérieurs (les grades furent introduits en 1955, pour être abolis en 1965, peu avant le début de la - révolution culturelle >). Il note également que les privilèges matériels s'accompagnent d'un monopole, au profit d'un très petit nombre, dans la prise des grandes décisions.

Tel est donc le contexte économique et social dans lequel se développe la « révolution culturelle ». Les phases de la « révolution culturelle »

Un premier problème qui se pose, dans la deuxième partie, est celui du découpage. Livio Maitan fait débuter la « révolution culturelle = en novembre 1965, tandis qu'elle se termine avec le IX* Congrès, en avril 1969. A notre avis, cette périodisa-

Best correcte : certes, l'expression * révolution culturelle » a été maintes fois utilisée auparavant, par exemple dans les débats de 1964 autour de la transformation de l'Opéra de Pékin, mais il n'en est pas moins vrai que la lutte ne s'ouvre qu'avec

(3) Une deuxième session du Congrès eut lieu en 1958

QUATRI le fameux article de Yao Wen-yuan (devenu membre du B.P. au IX° Congrès) dirigé contre la pièce de théâtre • Hai Jui destitué » et publié le 10 novembre 1965 ainsi qu'avec la lutte dans les organismes dirigeants du département politique de l'ar-

EME INTERNATIONALE vement Liu Chao-chi du parti et inaugure la période de préparation du Congrès, ce dernier mettant fin à cette dernière phase en avril 1969.

Le critère utilisé pour distinguer ces différentes phases est celui de l'implication des masses dans le mouvement : étant donné la nature de la « révolution culturelle • ,c'était le critère le plus adéquat. Dans la première phase, Mao ne s'appuie pas sur une mobilisation de masse : jusqu'à la chute des dirigeants de Pékin, Il agit au niveau des appareils. Pendant la fin de cette première phase (juin 1966), une mobilisation étudiante est stimulée dans les grands centres, avec un objectif qui reste limité : l'élimination de certains groupes de dirigeants et de professeurs.

C'est essentiellement à l'époque du Comité Central d'août, que commencent les grandes mobilisations de masse des gardes rouges, répondant à un véritable appel * fractionnel » de Mao mais acquérant rapidement une dynamique propre. Maitan note d'ailleurs que si Mao a pu se risquer à exercer cette pression extérieure sur l'appareil, au risque de le faire écla ter, c'est qu'il avait déjà, depuis janvier, une garantie : les succès de Lin Piao dans la lutte à l'intérieur de la direction de l'armée. Le même critère (le degré de participation des masses) sert enfin à distinguer les autres phases : la période de la vague de grève, celle de la formation qui ne va pas sans heurts des comités révolutionnaires, et la dernière phase où le mouvement retombe au niveau d'avant l'été 1966, qui s'ouvre avec le plénum du Comité Central d'octobre 1968.

La dernière section de cette partie du livre de Livio Maitan, consacrée à la * révolution culturelle » est d'un intérêt particulier. Cette section intitulée • les dirigeants destitués et la nouvelle opposition • examine dans quelle mesure les positions que la tendance victorieuse dans les réquisitoires attribuait à ses adversaires correspondent aux positions réelles de ces adversaires.

Ici aussi, l'auteur se base dans une très large mesure sur les sources officielles, c'est-à-dire sur la masse de documents produits pendant la • révolution culturelle » qu'il compare de façon critique aux publications connues des dirigeants déchus, datant d'avant la • révolution culturelle ». Il en est ainsi tout particulièrement, en ce qui concerne Peng Tchen, Lou Tingyi, Tcheou Yang, Liu Chao-chi, *ong Hsiaoping et Tao Tchou.

Il note entre autres qu'à la lumière de ces documents il semble assez probable qu'une des raisons de la chute de Lou Ting-yi, responsable de premier plan dans le secteur de la propagande, résidait dans

(4) Dépéches Agence Chine Nouvelle, 7-3-66 et 4-4-66.

mée début 1966.

Cette lutte reste ( sommets : elle a caractérisé par le g de la menace d'u américaine. Elle en de points : de la l'autorité de Mao à mée et à la caract elle-même... En témo tidien du Peuple du sité et Progrès », tortueux » de la ré quel il est répondu le 4 avril que le selon les désirs l'article « Le monde volution » (4). Il fa mique a lieu quelq bâcle d'Indonésie.

Livio Maitan distin qui s'étend jusqu'à les événements maj mentionnée contre conférence militaire naire sur le travail présidé par Chiang conférences sur l' chute du comité du juin et l'extension tions universitaires.

La deuxième phas plénum d'août 1966 est caractérisée pa sations des gardes phase - beaucou labord circonscrite aux lieu dans un contexte jrandissement continuel ne agression militaire globe toute une série remise en question de la conception de l'arérisation de la période ›igne l'article du Quo7 mars 1965 * Sinuoà propos du * cours volution mondiale, audans le même journal nonde ne change pas les impérialistes dans = progresse par la réaut noter que la poléles mois après la dégue une première phase la fin de juillet 1966 : eurs en sont l'attaque Ku Han, la lutte à la de janvier, le sémilittéraire dans l'armée Ching en février, les industrie en avril, la parti de Pékin en maidu conflit aux institule s'étend en gros du à décembre 1966. Elle r les grandes mobilirouges. Une troisième • plus courte - se situe fin 1966, début 1967 : avec l'appel aux masses ouvrières et paysannes, avec les grèves et les mobilisations ouvrières dans plusieurs villes, mais principalement à Shanghai. Il s'agit du point culminant de la crise, du point de vue de la mobilisation des forces sociales, ce qui est admis à sa façon par le groupe dirigeant autour de Mao, qui hésita plusieurs jours avant de se prononcer en faveur d'une fraction.

Une quatrième phase commence avec la formation des • comités révolutionnalres = sur la base de la « triple alliance » des groupes de • rebelles révolutionnaires •, des représentants de l'armée et des cadres de l'organisation du parti et de l'Etat, ce qui canalise et modère le mouvement et confère à l'armée un rôle déterminant dans les moments cruciaux. Elle s'étend de fin janvier 1967 au mois de septembre 1968, quand les derniers comités révolutionnaires provinciaux sont formés. Un des leitmotive de cette période sera la lutte contre l' « économisme ». Enfin, la cinquième phase s'ouvre avec le plénum du C.C. d'octobre 1968 qui exclut définiti- le soutien apporté par celui-ci aux positions développées par Peng Tchen au début de l'année 1966. Quant aux positions de Peng Tchen, Livio Maitan avance l'hypothèse, sans toutefois se prononcer avec certitude à ce sujet, que son élimination était due aux positions plus favorables de celui-ci à une action unie y compris avec l'Union soviétique, contre l'impérialisme et la guerre du Vietnam. ll relève que certaines accusations, comme celle selon laquelle Peng Tchen estimait qu'il ne s'agissait pas seulement de l'emporter politiquement sur l'adversaire, mais aussi de l'emporter du point de vue du niveau académique et professionnel, ne tendent pas à montrer que l'accusé défenscience bourgeoise, plutôt à montrer que Peng Tchen considérait le marxisme comme une science.

A propos du noyau le plus représentatif parmi ceux qui ont été mis en accusation (Liu Chao-chi et Teng Hsiao-ping), l'auteur est d'avis qu'il représente plutôt une conception plus • traditionnelle » et bureaucratique du fonctionnement du parti et de l'Etat, mais il montre également que l'image qui en est donnée dans les polémiques maoistes n'est qu'une caricature grotesque. Une nouvelle opposition

Les sous-sections consacrées à Tao Tchou et à la nouvelle opposition apportent des éléments beaucoup moins connus. Ainsi, sur la base de textes écrits contre Tao Tchou, Livio Maitan met en doute les accusations selon lesquelles Tao Tchou était un « révisionniste de droite » et donne du crédit à l'hypothèse selon laquelle ce dirigeant de la « révolution culturelle » dans sa première phase, manifestait plutôt une tendance de gauche, ayant une nette intuition de certains problèmes cruciaux de la phase de transition entre le capitalisme et le socialisme. Il note ailleurs qu'une des organisations qui s'était formée pendant la « révolution culturelle » appelée • 16 mai », accusée de collusion avec Tao Tchou, a été qualifiée à plusieurs reprises d'extrémiste de gauche et de fausse extrême-gauche.

Plus intéressante encore est l'analyse que fait Livio Maitan des positions d'un groupe appelé comité provincial du Hounan pour la grande alliance révolutionnaire prolétarienne (en abrégé Sheng-wulien). Cette organisation a été dénoncée par les dirigeants les plus importants dont Kang Cheng au début de 1968. Elle semble avoir développé ses activités dans la province du Hounan à la fin de 1967 ci elle s'était opposée à la formation du comité révolutionnaire basé sur la • grande alliance ». Il faut noter d'ailleurs que ce n'est que le 8 avril 1968 qu'un tel comité révolutionnaire fut formé dans le Hounan.

IONALE 43 Livio Maitan donne de très larges extraits du programme de cette organisation qui dénonçait l'existence de couches privilégiées et la dégénérescence des rapports de production. Ce document cité par Maitan indiquait que la « prise du pouvoir » et la lutte contre le « quartier général bourgeois • de Liu Chao-chi s'étaient jusqu'ici limitées à la destitution d'individus et ne signifiaient pas un renversement de cette couche privilégiée. Ainsi le groupe Shengwu-lien ne considérait la • révolution culturelle • telle qu'elle s'était développée jusqu'en ce début de 1968 que comme le début d'une révolution. Il est intéressant de citer les positions de ce groupe, telles qu'elles se dégagent à la lumière d'un document ultérieur du Sheng-wu-lien, document dont le titre est d'ailleurs tout un programme : = Où va la Chine? », dont nous nous permettons de fournir quelques extraits ci-dessous (5).

Ce document qui pour un observateur superficiel pourrait apparaitre comme le document d'un groupe défendant les conceptions dites du « capitalisme d'Etat » (6) ne fait que prendre au mot certaines déclarations maoïstes : pour renverser le capitalisme il faut détruire l'appareil d'Etat ; la révolution culturelle ne s'est pas attaquée au centre décisif du pouvoir; elle n'est donc qu'un début d'une longue lutte qui continue : • le développement des nouvelles forces productives en Chine aujourd'hui... conduira inévitablement à une grande révolution sociale et une nouvelle société naitra inévitablement au milieu des flammes impétueuses ... Des gens croient que la Chine passera pacifiquement à la société décrite dans la directive du 7 mai. Mais que se passe-t-il en réalité ? La transition pacifique n'est qu'un autre nom pour désigner « l'évolution pacifique •... Le pouvoir de la nouvelle bourgeoisie bureaucratique doit être renversé par la force dans le but de pouvoir résoudre le problème du pouvoir politique... Ici il n'y a pas de place pour le réformisme, ni pour la combinaison de deux en un, ni pour la transition pacifique. La vieille machine d'Etat doit être détruite de fond en comble. »

Le groupe du Sheng-wu-lien compare alors les événements de la • révolution culturelle › aux principes qu'ils viennent d'énoncer. Il arrive à la conclusion qu'après la rébellion de Shanghai de janvier 1967 la « révolution culturelle » a subi un coup d'arrêt : * Pourquoi le camarade Mao-Tsé Tung qui avait énergiquement défendu la commune, s'est-il soudainement opposé à l'établissement de la commune

(5) Whither China ? (Survey of China, Mainland Press, Hong Kong, п° 4190)

(6) Ce n'est pas par hasard que ce texte al été reproduit dans la revue du groupe britannique • International Socialism » appelé capitaliste d'Etat (International Socialism, n° 37, JuneJuly 1969, p. 23 et suivantes).

UATRI populaire de Shanghai en janvier? C'est quelque chose que le peuple révolutionnaire comprend difficilement... Pourquoi des communes ne peuvent-elles être établies immédiatement ? >

Continuant leur interrogation ils mettent en question le rôle de l'armée dans la formation des comités de la triple alliance : • toute révolution doit nécessairement impliquer l'armée. Etant donné qu'une classe capitaliste rouge s'est déjà formée en Chine, l'armée ne peut forcément se détacher de cette réalité... La mise en avant de la combinaison du trois-en-un aboutit

EMEINTERNATIONALE dans le passé. Il en est ainsi par exemple de la responsabilité dirigeante dans les entreprises, où le primat du comité du parti est réaffirmé, ce qui était déjà le cas avant 1961. La lutte contre l'« économisme = a conduit à l'abandon de certains systèmes de primes ou de stimulants, mais les idées fondamentales à ce point de vue avaient déjà été formulées auparavant; il en est de même en ce qui concerne le développement de la petite et de la moyenne industrie, de la mécanisation de l'agriculture, de la lutte contre les stimulants matériels dans l'agriculture, de l'utilisation productive d'une partie du temps des productive d'une cartie du temos des étudiants.

La nouveauté essentielle semble être de nature purement « idéologique » : alors que les contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie nationale avaient été définies par Mao comme des contradictions qui peuvent, si on les traite « comme il faut », être de nature non-antagoniste, les contradictions dans le parti étaient considérées comme essentiellement de nature • antagoniste », justifiant l'exercice de la dictature et une restructuration des appareils avec lesquels les critères inspirés de la démocratie ouvrière appliquée dans la Commune de Paris, qui avaient été rappelés dans les 16 points d'août 1966, ont bien peu de choses à voir.

La société chinoise n'a pas résolu ses problèmes essentiels au moyen de la « révolution culturelle •. La particularité de la direction chinoise, qui détermine ses orientations contradictoires est d'être née de la « matrice prolétarienne » tout en ayant dirigé pendant de longues années un mouvement paysan. Cette direction, bien qu'ayant pris des positions souvent non conformes à celles de Staline et du Kominform, a subi le processus de stalinisation : Livio Maitan dit très justement que * l'image de Mao complètement immunisé du stalinisme est encore plus erronée que celle d'un Mao fidèle disciple de Staline. = Ce qui a eu inévitablement des implications décisives, tant sur ment des implications décisives. tant la stratégie politique (contradictions entre la révolution * ininterrompue » et la révolution « par étapes ») que sur les méthodes de direction (techniques bonapartistes).

Si cette analyse est correcte, la « révolution culturelle » n'a pas entraîné de changements qualitatifs par rapport à la période précédente : la seule innovation a été la mobilisation des masses et sa dynamique. Mais, dans la mesure où les • prises du pouvoir › restaient limitées au niveau provincial tout au plus, la « révolution culturelle • ne peut être considérée comme une véritable révolution, elle doit être jugée comme une entreprise réformiste qui a eu, au cours de son développement, un caractère contradictoire : tout

(Suite page 58)

de la combinaison à la réinstallation avaient déjà été r lution de janvier... qu'une guerre rév saire dans le pay tionnaire veut vain se capitaliste roug révolutionnaires so misme bourgeois... national sera néce réformisme bourge pateurs bourgeois lutionnaires... Pour la domination de et pour détruire for machine étatique passer en revue c dant les 17 derniè sement de la no reaucratique, des forces armées, l'ét nes et de tels ch damentaux que la lution culturelle » pas été accomplis. ment que 90 % de vraient être mis d par les comités re sidérée comme l'ob grande • révolutio Chine prendra inév l'Union Soviétique. Un jugement global du trois-en-un aboutit des bureaucrates qui enversés dans la révoIl est clair maintenant olutionnaire est nécess si le peuple révolucre aujourd'hui la clase armée... Les comités nt un produit du réforLe neuvième congrés ssairement un parti de ois qui sert ies usurdans les comités révorenverser véritablement la nouvelle aristocratie damentalement la vieille il sera nécessaire de e qui s'est passé penres années... Le renveruvelle bourgeoisie buchangements dans les ablissement de commuangements sociaux fonpremière grande « révodevait accomplir n'ont . Nous croyons réelles cadres supérieurs de= côté... Si la dictature ivolutionnaires est conjet ultime de la première n culturelle • alors la itablement le chemin de

Dans la dernière partie de son livre, Livio Maitan fait le bilan de la réalité chinoise et du maoïsme à la lumière de la « révolution culturelle ». Sur la base des données fragmentaires qui sont à notre disposition, il arrive à la conclusion que, bien que l'économie chinoise ait confirmé être sortie de la crise grave qui avait caractérisé les années 1959-1963, ses rythmes de développement restent modestes et que les tensions sociales qui existaient avant la « révolution culturelle - et ont permis les mobilisations spectaculaires de cette période subsistent encore. Du point de vue des idées et des solutions proposées, il note que la • révolution culturelle › a surtout accentué des conceptions et des formules qui avaient déjà été formulées à la fois opération d'un secteur de l'appareil contre un autre et mobilisation très large de masse tendant à échapper à tout contrôle. Le premier aspect de cette réalité est aujourd'hui dépassé, la fraction maoiste ayant imposé sa volonté. Quant au second, il a eu au moins pour résultat, estime l'auteur, que les conflits futurs auront lieu dans des conditions plus favorables aux masses. Ce qui ne manquera pas d'avoir des conséquences importantes pour le déroulement de la véritable lutte contre la bureaucratie qui doit encore commencer.

Etant donné que le déroulement de la • révolution culturelle • a suscité des discussions passionnées dans toute l'avantgarde révolutionnaire, il faut souhaiter que le livre de Maitan ne reste pas seulement accessible au public italien, mais qu'il puisse également toucher les lecteurs d'autres pays.

Fernand CHARLIER.

Faute de place, nous sommes obligés de renvoyer au prochain numéro un compte rendu des deux livres, de Maurice Dommanget et S. Bernstein, sur la vie d'Auguste Blanqui.

Nous signalons également à nos lecteurs la parution de deux livres de Trotsky dont nous rendrons compte ultérieurement :

- Sur la Deuxième Guerre mondiale (la Taupe, éditeur, Bruxelles).

- Marx, vu par Trotsky (Buchet Chastel, éditeurs, Paris).

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