Vincent Raymond Dunne (1889-1970)
Vincent Raymond Dunne, membre du Socialist Workers Party des Etats-Unis, est mort le 17 février après avoir consacré plus de soixante années de sa vie à la cause de la classe ouvrière et de la révelution socialiste internationale.
Ayant travaillé dès l'âge de quatorze ans, il rejoignit à dix-sept ans les Industrial Workers of the World, organisation de tendance syndicaliste révolutionnaire. En 1919, il participa à la fondation du P.C. américain, en 1928 à la fondation du mouvement trotskyste américain. Il fut à la tête de la grande grève des camionneurs de Mineapolis en 1934 dont la victoire eut d'importantes répercussions pour tout le mouvement syndical américain. Il participa en 1938 aux discussions entre les dirigeants du SWP et Trotsky préparatoires au Congrès de fondation de la IVe Internationale. Avec 17 autres membres du SWP, il fut emprisonné en 1941 pour seize mois sous l'inculpation de « conspiration pour propager le renversement du gouvernement des Etats-Unis par la force et la violence. » Il ne cessa de militer jusqu'aux derniers jours de son existence.
La IVe Internationale partage le deuil des membres du SWP et salue la mémoire du camarade Vincent Raymond Dunne.
Belgique
Grève des mineurs et intervention de la J.G.S.
12 février. - La grève des 23.000 mineurs du Limbourg est entrée dans sa sixième semaine. Elle est exclusivement dirigée par des mineurs (le « Comité permanent des grévistes »), les syndicats n'ayant ni voulu ni pu rétablir leur contrôle sur ce mouvement dit « sauvage ». En s'opposant à la « programmation sociale » (politique des revenus) et en soulevant la question de la démocratie syndicale, les mineurs du Limbourg ont déclenché un combat qui aura des répercussions profondes sur tout le mouvement ouvrier belge.
Les Jeunes Gardes Socialistes, qui venaient de se déclarer organisation sympathisante de la IV* Internationale la veille de l'éclatement de la greve, ont montré par leur capacité d'initiative qu'elles ont opéré un tournant réel vers la construction d'une organisation révolutionnaire. Distribuant quelque 125.000 tracts dans tout le pays, publiant quatre brochures, tenant une douzaine de meetings, multipliant les démarches et initiatives pour appuyer la grève, elles sont apparues comme l'unique force politique capable de se battre pour la victoire des mineurs. Malgré leur influence encore limitée, elles ont pu déclencher une action efficace qui portera des fruits.
Un des aspects les plus importants de cette grève a été l'élément de solidarité internationale qui l'a caractérisée dès le début. Parmi les grévistes, la majorité ne sont pas originaires du Limbourg mais de divers pays étrangers (Italiens, Espagnols, Grecs, Tures, Marocains, etc.). Néanmoins, la cohésion de la grève est restée très élevée pendant six semaines. Le comité permanent de grève a lancé un appel à la solidarité des travailleurs allemands, leur demandant de ne pas permettre l'envoi de charbon allemand en Belgique. Dans diverses régions d'Allemagne, des groupes d'ouvriers et d'étudiants radicalisés ont déclenché des actions . d'agitation sur grande échelle, pour répandre et appuyer cet appel des grévistes du Limbourg.
Danemark
Vague de grèves sauvages
La vague de grèves sauvages qui atteint le Danemark, a entraîné plus de 100.000 travailleurs dans un combat à la fois contre le patronat, le gouvernement bourgeois réactionnaire et, du moins dans de nombreux cas, la bureaucratie syndicale réformiste. Le lundi 9 février, a eu lieu une des plus grandes manifestations ouvrières de ces dernières années au
Finl Rebellion des
Dans ce petit pays, le seul de l'Europe capitaliste où le P.C. khroutchévien e réussi à appliquer sa stratégie fondamentale de «front populaire » et participe au gouvernement de coalition avec la socialdémocratie et une aile de la bourgeoisie agrarienne, la vague de grèves sauvages et de mécontentement des travailleurs s'est amplifiée depuis la fin de 1969.
EtatsCongrès de
Du 27 au 31 décembre 1969, s'est réuni, à Minneapolis, le 9° Congrès national de la Young Socialist Alliance, l'organisation de jeunesse trotskyste associée aux camarades du Socialist Workers Party. Ce congrès, rassemblant 800 délégués et observateurs, a confirmé l'impression de la plupart des observateurs qu'après la désintégration du S.D.S. américain, la Y.S.A. est aujourd'hui l'organisation radicale de jeunesse la parge importape de milier de membres Etats-Unis. et continue à recruter rapidement et régulièrement.
La presse bourgeoise a accordé une importance inhabituelle au congrès de la Y.S.A., indiquant notamment le fait que la bourgeoisie et le gouvernement sont conscients du fait que la Y.S.A. joue un rôle capital au sein de la Student Mobilization Campaign, la principale force organisée du mouvement contre la guerre au Vietnam.
Des visiteurs de six pays (Canada, France, Australie, Nouvelle-Zélande, Suisse,
Danemark, 12.000 travailleurs marchant sur le siège du Parlement, l'envahissant et remplaçant le drapeau national danois par le drapeau rouge. Les membres de l'Union des Jeunesses Socialistes (SUF) et des Socialistes Révolutionnaires (section danoise de la IV° Internationale) ont joué un rôle important au cours de ces grèves et de cette manifestation. ande métallurgistes
Au début de cette année, le Congrès des métallurgistes a officiellement désavoué la direction du syndicat qui avait souscrit à la « politique des revenus » et affirmé qu'il ne reconnaîtra aucune limitation à sa liberté de lutter pour des salaires plus élevés, ni à l'exercice illimité du droit de grève. Unis la Y.S.A. Danemark) ont apporté le salut fraternel des marxistes révolutionnaires de ces pays à leurs compagnons de combat des EtatsUnis. Le Congrès a aussi entendu le salut des représentants de trois groupements du mouvement de libération palestinien, dont un représentant du Front Démocratique Populaire de Libération de la Palestine. Le Congrès a voté des appels de solidarité pour le camarade Hugo Blanco, en prison au Pérou, les camarades du POR bolivien et le parti des Black Panthers dont les membres sont systématiquement persécutés et assassinés par l'administration Nixon. Des télégrammes de solidarité ont été envoyés au Secrétariat Unifié de la IVe Internationale et au camarade James P. Cannon, fondateur du mouvement trotskyste des Etats-Unis.
Un des traits les plus remarquables de la croissance de la Y.S.A., révélé par le 9° Congrès, est le nombre de militants de couleur qui affluent à l'organisation. Ceux-ci constituent d'ores et déjà 10 pour cent des membres de la Y.S.A.
Cej Vers la victoire de la
9 février. - La grève des dockers de Ceylan qui a aujourd'hui achevé son deuxième mois, semble à la veille de vaincre. Le gouvernement a déjà cédé sur la première revendication des grévistes — la mensualisation des journaliers. Il vient d'annoncer qu'il est prêt à revoir les barèmes pour tout le personnel, c'est-àdire à arcorder des augmentations des salaires et à jeter bas le blocage des barèmes toujours officiellement en vigueur.
Cette victoire a été obtenue grâce à deux facteurs.
D'abord, le fait que les sept syndicats qui avaient constitué le « Front Commun des Syndicats du Port » ont maintenu leur unité d'action, au cours de ces deux mois, malgré une campagne furieuse et haineuse du gouvernement, de la presse bourgeoise, et des jaunes du vieux LSSP de seul syndicat avec celui, gouvernemental, du parti UNP, à ne pas participer à la grève) contre les grévistes et leurs dirigeants.
Ensuite, le fait que la Ceylon Mercantile Union IC.M.U.), la force syndicale princi.
Tan grève des dockers pale dans les ports, a déclenché une grève générale de tous ses membres à partir du ler février pour appuyer la grève des dockers. Cette grève, qui a provoqué une grande nervosité de la part du gouvernement, avec réapparition de blindés qui patrouillent les rues de Colombo, a pris la forme d'une épreuve de force entre les forces syndicales les plus radicalisées de l'ile et la bourgeoisie ceylanaise, alliée à l'impérialisme.
De nombreuses confrontations eurent lieu entre les grévistes et l'appareil répressif, notamment le premier jour de la grève générale de la C.M.U., devant les bâtiments de la radiodiffusion ceylanaise, dont le personnel, appartenant à la C.M.U., était en grève. Ce même jour, un homme ivre a tiré un couteau dans un meeting de la C.M.O. faisant mine d'attaquer le camarade Bala Tampoe, secrétaire de la C.M.U. et leader de la section ceylanaise de la IV° Internationale. Cet incident, qui a profondément indigné les grévistes, a eu des répercussions politiques importantes au sein de l'avant-garde de la classe ouvrière cingalaise.
Inde
Essor du mouvement paysan au Bengale occidental
Les Ligues Paysannes créées sous la direction des camarades du Socialist Workers Party (section indienne de la IVe Internationale) au Bengale occidental ont connu une croissance rapide dans plusieurs districts de cet Etat. Défendant les ouvriers agricoles et les paysans pauvres contre
Un meeting contre la
A loccasion de l'arrivée en Inde du camarade Allan Myers, un des dirigeants de l'organisation des G.I. américains contre la guerre au Vietnam et membre de la direction de la Y.S.A., les organisations
Jap Après les
Les élections parlementaires du 27 décembre se sont terminées par une lourde défaite du Parti Socialiste Japonais. Le l'exploitation des propriétaires fonciers et des paysans riches, elles ont eu à affronter de nombreuses incursions de la police dans le territoire où elles organisent les masses, incursions qu'elles ont jusqu'ici refoulées avec succès.
guerre du Vietnam d'extrême-gauche de Bombay, en premier lieu nos camarades du Socialist Workers
Party indien ont organisé un meeting auquel plus de 3.000 personnes assistèrent et oi Allan Myers prit la parole. ›on élections nombre de suffrages obtenus par le P.S. est descendu de 28 pour cent en janvier 1967 (et du maximum de 33 pour cent en mai
M
1958) à 21,50 pour cent; le nombre de ses sièges est descendu de 140 à 90. Les principaux vainqueurs des élections sont le parti bouddhiste Komeito, qui passe de 5,4 à 10,9 pour cent des voix, et le P.C. qui passe de 4,8 pour cent à 6,8 pour cent des voix.
Ces élections marqueront sans doute la fin de la phase « kautskyienne » du socialisme japonais, dominée par les personnalités de Suzuki et de Sasaki, deux dirigeants sociaux-démocrates marqués par leur passage dans le P.C. au lendemain de la Révolution d'octobre (ils rompirent avec le P.C. sur une ligne mencheviste, liquidatrice, et continuèrent à proclamer leur fidélité au marxisme). Cette tendance qui fut majoritaire au cours des années 50 s'appuya surtout sur la direction des syndicats SOHYO.
Le SOHYO domina le mouvement ouvrier japonais pendant cette période, mais subit les effets de la défaite des tendances syndicales de gauche, et de l'apparition de puissantes tendances néoformation du P.S. de type kautskyien en un parti social-démocrate du type du Labour Party ou du S.P.D. ouest-allemand est ainsi mise à l'ordre du jour.
Cette transformation est accompagnée d'une réorganisation du mouvement syndical sous la direction des tendances les plus droitières. L'ancienne « gauche socialiste », qui a dirigé le SOHYO et le P.S. depuis quinze ans, est sur le point de disparaître de la scène politique et ne jouera plus de rôle au cours des luttes de classe des années 70. La chute de la « gauche kautskyienne» du P.S. et du SOHYO inaugure en même temps la décomposition de la vieille « nouvelle gauche » radicale japonaise, manquant de base programmatique sérieuse pour la lutte anti-impérialiste et anticapitaliste. L'organisation spontanéiste la plus forte au Japon, la Ligue Communiste Japonaise, est liquidée ; la plupart des autres petits groupes traversent une crise profonde et l'organisation la plus forte d'extrêmegauche qui subsiste, le Forward group, connaîtra une crise très profonde d'ici un réformistes dans le privée moderne, où déclina rapidement.
60, cela se traduisit un effritement tant secteur de l'industrie
Pinfluence du SOHYO
Au début des années par une stagnation et des forces syndicales ou deux ans.
La répression contre les étudiants
Depuis les grandes journées de lutte du mouvement étudiant des 18-19 janvier 1969
SOHYO que des votes obtenus par le Parti Socialiste. La fraction majoritaire centriste commença à se différencier de plus en plus et à virer à droite, malgré l'apparition d'une tendance pro-chinoise au sein du P.S.
Simultanément, la poussée de la jeunesse estudiantine et ouvrière radicalisée à partir de 1967 commença à entamer les forces du P.S. sur sa gauche. Il s'affirma de plus en plus hostile au mouvement des étudiants, bien que de manière moins violente et moins abjecte que le P.C.
Au lendemain de la défaite électorale, toutes les tendances du P.S., sauf le groupe Sasaki-Narita, commencèrent à déclencher une offensive droitière, appuyée par la presse bourgeoise. Cette offensive a pour but d'élargir la base électorale du P.S. vers les ouvriers de l'industrie privée sur une base purement réformiste. La transet du 20-21 octobre 1969, nombre d'étudiants révolutionnaires japonais sont en prison. Sur un total de 1.500 étudiants arrêtés, une soixantaine d'étudiants sont encore en prison et attendent leur procès. Parmi ceux-ci, il y a le secrétaire général du Forward group, ainsi qu'une vingtaine de membres ou de sympathisants de la Ligue Communiste Révolutionnaire (section japonaise de la IV° Internationale). Les camarades Chiyoji Takahashi, Yoji Hoshikawa, Masashi Onodera, Kumeo Watada, Koichi Muraki, Takeshi Take, des universités de Tohoku, Yokohama, Chuo, Osaka et Tokyo, sont en prison depuis plus d'un an. Les camarades Kenji Kunitomi, Keiko Wakabayashi, et le camarade Motoyoshi Kinoshita, président de la Internationalist Communist Student League (l'organisation étudiante de notre section japonaise), sont en prison depuis plus de quatre mois.
Pakistan
Chez les étudiants de Rawalpindi
Le camarade Rajá Anwar, un dirigeant étudiant révolutionnaire bien connu, vient d'être élu président de l'Union des étudiants au Gordon College de Rawalpindi, malgré une campagne de presse haineuse dirigée contre lui, l'aceusant d'être un
« rouge athée ». Anwar se qualifie lui-même
Taria Ali, un camarade d'associé de pakistanais membre de la direction
II.M.G. (section britannique de la IV*
Internationale).
Bolivie
L'activité du P.O.R. s'accroît
Malgré la répression qui l'a frappé durement en 1969, l'activité du POR (section bolivienne de la IV° Internationale) s'est notablement accrue au cours des dernières semaines. Le POR a profité du changement de climat momentanément réalisé par les concessions que le régime
Mex Fin de la grève de la faim
Les prisonniers politiques de la prison de Lecumberri ont terminé leur grève de la faim le 20 janvier, après avoir tenu 40 jours. Ils ont obtenu l'effet désiré : attirer l'attention de l'opinion publique mexicaine sur la scandaleuse prolongation de «l'instruction judiciaire » au Mexique, quelquefois quatre ans s'écoulant entre d'Ovando a été amené à faire aux masses populaires, pour multiplier la publication de tracts adressés aux mineurs, aux paysans, aux ouvriers urbains et aux étudiants, popularisant le programme de transition du Parti. Des publications régulières sont en voie de préparation. ique des prisonniers politiques le moment de l'arrestation et celui de l'ouverture du procès.
La grève de la faim avait déclenché dans les derniers jours un vaste mouvement de solidarité parmi les étudiants mexicains, des dizaines de milliers d'entre eux se mettant en grève pour appuyer -les prisonniers.
Pérou
Répression du mouvement étudiant
Au début de janvier, le régime prétendument « progressiste » du général Velasco déclencha une violente répression contre la grève des étudiants, qui protestaient contre la suppression de l'autonomie universitaire par le gouvernement.
Le 1ºr janvier, la police attaqua des étudiants qui faisaient la grève de la faim à l'hôpital et les conduisit en prison, soumettant ainsi leur santé à une menace sérieuse.
Le 7 janvier, un millier de flics attaquérent l'Université Nationale des Ingénieurs à Lima occupée par les étudiants, refoulèrent ceux-ci hors du campus et en arrêtèrent une centaine. Des barricades surgirent au cours de ces luttes. Immédiatement après l'attaque contre l'UNI, les étudiants d'Arequipa descendirent dans la rue pour protester contre l'assassinat d'un étudiant, Ramon Villavicencio, à Lima. A Piura, les étudiants occupèrent la cathédrale. Dans la soirée du 7 janvier, une grève nationale des étudiants fut proclamée.
Nos camarades du F.I.R., l'organisation trotskyste péruvienne, participèrent activement à tous ces comh-*rrance
Le procès de l'armée bourgeoise
Pendant la montée révolutionnaire de Mai 68, le gouvernement bourgeois — en pleine panique — comptait fermement sur certaines troupes et sur les régiments stationnés en Allemagne ; mais dans beaucoup de casernes, les soldats du contingent n'étaient pas prêts à accepter leur rôle de briseurs de grève.
Depuis, la répression s'est abattue : les 16 mois de service militaire obligatoire sont 16 mois de décervelage, d'embrigadement, de soumission absolue à l'autorité militaire, de punitions et de brimades perpétrées derrière les grilles des casernes. Les jeunes appelés sont, par leur intégration dans un système disciplinaire totalement arbitraire, préparés aux tâches de l'armée bourgeoise : intervention impérialiste (Tchad, Djibouti, Gabon...) et maintien de l'ordre « républicain ». Les soldats qui tentent de s'opposer à cet état de fait (c'est-à dire qui se battent pour la reconnaissance d'un minimum de droits démocratiques aux appelés, droit d'information, droit d'expression...) sont immédiatement arrêtés et mis au secret.
En octobre-novembre 1969, trois jeunes appelés, DEVAUX, (ancien membre de la Ligue Communiste) TROUILLEUX, HERVE, étaient arrêtés par la Sécurité Militaire pour avoir rédigé et distribué un petit journal Crosse en l'air. Le but de l'autorité militaire était de frapper vite, fort, et discrètement.
Le Comité pour la Libération des Soldats Emprisonnés, animé principalement par les militants de la Ligue Communiste et du P.S.U., lançait un Appel destiné à populariser le cas des trois de Rennes et à leur assurer un large soutien. Plus de 250 personnalités l'ont signé, en en faisant la pétition politique la plus importante en France depuis la guerre d'Algérie et le « Manifeste des 121 ». Des milliers de travailleurs, d'étudiants, de paysans s'y sont joints et, malgré l'opposition du P.C.F. et de la C.G.T., plusieurs centaines de militants communistes et plusieurs dizaines de responsables syndicaux l'ont approuvé. Des sections de la C.F.D.T. et des syndicats enseignants ont décidé de le signer collectivement. A la base des centaines de Comités se sont créés dans les entreprises, les facultés, les lycées. Des meetings ont été organisés, plus d'un million de tracts ont été distribués.
Aussi, la première victoire du Comité fut telle que le procès de Rennes vint au premier plan de l'actualité. La deuxième victoire tint au procès lui-même. Tenu sous la protection des forces de l'ordre - plusieurs milliers de personnes manifestaient dans la ville — il fut ce que ne voulait pas l'autorité militaire : un procès politique. Les plaidoiries des avocats, les dépositions de J-P. Sartre, Rocard (P.S.U.) et Krivine (Ligue Communiste) le confirmaient, et venaient appuyer la déclaration commune des trois accusés, lue par l'un d'eux :
« .. Dans ces tracts, nous exprimions notre refus de supporter en silence 16 mois de chômage, 16 mois de bourrage de crâne, 16 mois d'embrigadement.
Nous sommes jugés au nom de la neutralité d'une armée qui se prétend au service de la nation tout entière. ..... .... — Nous n'appelons pas neutre une armée qui enferme pendant 16 mois des jeunes dans une caserne, pour les déraciner et leur inculquer de force les valeurs de larbinisme, de délation, de respect de lautorité, en utilisant une discipline qui sert à briser la spontanéité et la volonté de vivre qu'a montrée la jeunesse en mai 68. Et l'on ne peut même pas prétexter que cette discipline soit nécessaire du point de vue militaire, car en l6 mois, entre les corvées, les gardes et les revues de lacets, il ne reste rien pour la formation militaire des appelés. Ainsi sous les beaux mots de patrie et de drapeau le pouvoir demande à l'armée d'embrigader la jeunesse pour la faire ren-
EME INTERNATIONALE trer dans le droit chemin tel que le conçoivent les flics et les patrons et pour l'uiliser à la défense d'une classe sociale, la bourgeoisie au pouvoir. .... La seule chose qui nous importe aujourd'hui est que nous sommes sûrs d'être compris par les jeunes, sûrs d'être compris par les appelés qui n'ont pu trouver les moyens d'exprimer leur révolte, súrs d'être compris enfin par les travailleurs qui ne veulent pas voir leur fils trahir leur lutte et leur drapeau qui sont les nôtres. »
L'accusateur, quant à lui, expliquait : « Si nous devons faire un exemple et punir sévèrement, c'est parce que, déjà, dans d'autres casernes, la contagion se répand...» Un an de prison pour Devaux, 8 mois pour Trouilleux, 4 pour Hervé, n'enrayeront pas la « contagion », bien au contraire. Depuis le proces, nouvelles qui parviennent des casernes sont significatives : d'une part, la hiérarchie a peur (arrachage des affiches par les patrouilles militaires, casernes consignées, conférences extraordinaires d'officiers, sanctions demandées contre les 127 polytechniciens qui ont signé l'Appe....) ; d'autre part, le contingent est touché directement par la campagne (manifestation de soldats libérés dans une gare parisienne, grève du silence dans une caserne, etc).
La campagne sur l'armée menée par Ligue Communiste dépasse largement le cadre d'une campagne démocratique pour les droits des soldats. Certes, la revendication de ces droits élémentaires est la base d'intervention des Comités. Mais un certain nombre de facteurs font que cette base est largement dépassée, et que la campagne intervient sur l'ensemble des forces politiques françaises.
Le contexte politique français se prète au lancement d'une telle campagne : la jeunesse, et plus particulièrement la jeunesse ouvrière, refuse de plus en plus ouvernement le bagne de 16 mois qui lui imposé pour la « défense de la patrie ».
De plus, l'antimilitarisme est une des plus vieilles traditions du mouvement ouvrier français. Qu'elle ait été abandonnée par les socio-démocrates et les staliniens depuis de nombreuses années, et qu'elle soit reprise et assumée aujourd'hui par une organisation telle que la Ligue Communiste n'est pas sans importance.
Les Comités pour la Libération des Sodats Emprisonnés vont en se développant. Ils multiplient les meetings dans toutes les villes de province. Ils revendiquent le • statut de prisonnier politique pour les soldats condamnés. Ils préparent le terrain politique pour le procès d'autres militaires actuellement emprisonnés. Ils enclenchent aujourd'hui un processus de radicalisation qui conduira les travailleurs et la jeunesse à faire, publiquement et sur une échelle nationale, le procès de l'armée française.