Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 42

Bertrand Russell

G. N. · Quatrième Internationale, n° 42 · mars 1970 · p. 34-35 · 1 168 mots

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A sa mort, le 2 février, à l'âge de 97 ans, Bertrand Russell était une des personnalités dominantes de notre temps. Quelqu'un a dit qu'il était le Voltaire du XX° siècle ou bien Voltaire fut-il le Bertrand Russell du XVII|° siècle ?

Sa vie s'étendit de l'ère de la reine Victoria (il fut élevé par son grand-père paternel, le premier comte Russell qui fut deux fois Premier ministre sous cette reine) à l'ère nucléaire dans laquelle il lutta pour sauver l'humanité de la destruction par les atomaniaques de Washington. cielle on Dit dent, fue resse et ça sul dele de phil de le priorie ori plus qu'il ne se conformait aux préjugés de la respectabilité anglo-américaine. Toute sa carrière durant, il combina une application diligente à son travail professionnel en logique et en philosophie avec une intervention également énergique dans des questions cruciales de politique, de morale, d'éducation et d'autres problèmes sociaux. Avant d'atteindre l'âge de Russell abandonnait la fortune qu'il avait héritée aux mouvements qu'il soutenait.

Avant la première guerre mondiale tout en complétant son œuvre principale Principia Mathematica en collaboration avec Alfred North Whitehead, il fut impliqué dans la lutte pour les droits des femmes et dans les activités des fabiens. Pendant la guerre, il fut renvoyé de son poste au Trinity College de Cambridge pour avoir écrit des brochures contre la conscription et fut empri onné pendant six mois en raison de ses opinions pacifistes. Il soutint également le Congrès national indien dans son opposition à la domination britannique.

* Russell salua la révolution russe en 1917 et visita l'Union soviétique après lc guerre, rencontrant Lenine, Trotsky et Gorki. Tout en exprimant sa sympathie pour les buts du communisme, il rejeta les méthodes du bolchevisme ainsi que les idées du marxisme.

téressé à appliquer ses idées à l'éducation des enfants. En 1920, il dirigea en colla omme le philosophe américain John Dewey. son ami, Russell était particulieremel boration avec sa deuxième femme une école expérimentale. .

La situation de l'éducation des adultes aux Etats-Unis peut être mesurée au fait qu'en 1940 ce penseur de renommée mondiale fut trouvé inapte à enseigner au City College de New York à cause de son « attitude immorale et lubrique à l'égard du sexe ». Un magistrat de la Cour suprême de l'Etat de New York annula sa nomination, la qualifiant de tentative d'installation d'une « chaire d'indécence ». Le peu de respect que Russell pouvait avoir pour les autorités établies fut éliminé par de telles expériences.

Par crainte de l'agression fasciste, Russell abandonna son pacifisme et prit le parti des impérialismes alliés pendant la seconde guerre mondiale.

Après Hiroshima, il fut préoccupé par le problème de la bombe nucléaire. Un moment même, il suggéra une guerre nucléaire préventive pour imposer le désarmement à l'Union soviétique.

Mais il rectifia cette position fausse lorsqu'il reconnut que le principal danger pour la paix mondiale et pour la survie de l'humanité provenait des bellicistes impérialistes de Washington. Leader du mouvement pour le désarmement nucléaire en Grande-Bretagne, il fit même à l'âge de 89 ans, sept jours de prison pour avoir pris part à une manifestation à Londres et avoir refusé d'accéder à la demande du magistrat de s'engager à avoir une « bonne conduite ».

Dans la dernière décennie de sa vie, les positions politiques de Russell évoluèrent davantage vers la gauche et il devint de plus en plus nettement anti-impérialiste, antistalinien et pro-révolutionnaire. Il condamna l'intervention américaine au Vietnam en terr es impitoyables, la comparant à l'occupation nazie de la Tchécoslovaquie, à la terreur française en Algérie et à la répression de la révolte hongroise par l'Union soviétique.

Il lança le Tribunal des crimes de guerre, présidé par Jean-Paul Sartre et Isaac Deutscher, qui trouva en mai 1967, plusieurs années avant les récentes révélations de Mylai, que le gouvernement américain était coupable d'atrocités.

Oil dénonça avec véhémence l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Kremlin. L'œuvre théorique la plus durable de Russell s'avèrera être probablement dans le domaine de la logique symbolique. Il donna un stimulant immense à fructueuses dans ce domaine par ses Principia Mathematica dans lesquels il posa des problèmes pour toute une génération de logiciens.

Il reçut en 1950 le Prix Nobel de littérature pour la vingtaine de livres et davantage qu'il écrivit sur des questions philosophiques et sociales. Il avait déjà acquis une position dominante dans la pensée anglo-américaine quarante années auparavant et sa réputation ne diminua pas depuis lors.

Russell était essentiellement un continuateur de l'école empirique. Il appartenait à cette tradition profondément enracinée de la philosophie britannique à la fois par la clarté et la beauté de son style et par la substance de ses idées fondamentales, les amendant par certaines découvertes des sciences contemporaines et les rendant plus subtiles grâce dux techniques de la logique formelle.

Sa contribution particulière à la philosophie fut la théorie de l' « atomisme logique ». Ce corps de doctrines combinait un formalisme extrême basé sur les axiomes de la logique symbolique avec les principes d'une théorie empirique de la connaissance. Il tenta d'échafauder une explication du monde sur les piliers jumeaux de faits singuliers absolument détachés et de propositions élémentaires irréductibles. C'était une réédition de la conception erronée de Hume selon laquelle « tous les événements semblent entièrement détachés et distincts ».

Bien que ses prémisses principales furent présentées sous l'aspect d'une réalité effective, elles étaient de nature totalement métaphysique. Elles niaient l'existence de rapports internes à la fois dans les choses et dans les pensées et ignoraient le changement continuel et l'interconnexion des événements dans un monde objectif, toujours changeant et matériellement unifié. La méthode d'analyse de Russell ne surmonta pas une seule des failles fondamentales de l'école empirique et ses conclusions non satisfaisantes soulignèrent simplement leurs insuffisances.

Vers la fin de sa carrière, en vertu de ses activités et de ses réalisations dans de si nombreux domaines, ce rejeton non conventionnel de l'aristocratie britannique devint une puissance de son propre chef. Son prestige international et son autorité morale ne provenaient d'aucune fonction étatique, militaire ou religieuse, mais de son courage, de sa droiture et de son zèle pour les opprimés. En cette capacité il écrivait aux chefs d'Etat : de Londres, de Washington, de Moscou, de Pékin et d'autres capitales. Les victimes d'iniustices ou de persécutions politiques qui faisaient appel à lui de toutes les parties de la planète pouvaient compter sur sa sympathie et son soutien.

La sollicitude compatissante pour les êtres humains et leur bien-être qui animait ce chercheur de la connaissance et cet ami des humiliés se trouve le mieux exprimée par ses propres mots:

« Les échos des cris de douleur retentissent dans mon cœur. Les enfants affamés, les victimes torturées par les oppresseurs, les vieillards impuissants, fardeau haï pour leurs fils, et tout un monde de solitude, de pauvreté et de douleur font une dérision de ce que devrait être la vie humaine. Je désire soulager ce mal mais je ne le puis, et moi aussi je souffre.

G. N.

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