(suite du n° 4l)
VILLAGE, VILLE ET CITE
L'agriculture est la base des installations humaines permanentes qui ont fourni les principales forces motrices du progrès depuis l'état sauvage. Le village, la ville et la cité sont les trois sortes de communautés qui bordent la route allant de la barbaric à la civilisation. L'évolution du village à la cité éclaire le caractère contradictoire et transitoire de la ville, deuxième maillon dans la suite des habitations humaines.
L'agriculture a consolidé et fait proliférer le village, si elle ne l'a pas réellement créé. Ce type d'établissement durable est la cellule, l'unité de base Strucelles sociales pre bot racine sur agri de toutes les culture. Celles-ci comportent des formes de société s'étendant sur tout le chemin partant de la naissance de la barbarie jusqu'au capitalisme industriel.
Le problème des formations de transition est posé d'une manière plus aiguë après l'émergence des communautés de culture par le développement du village en cité aux commencements de la civilisation. Fondé sur la culture ou le mélange de la culture avec l'artisanat familial, le village est commun à la fois à la barbarie et à la civilisation. Il est petit en nombre, subsistant sur lui-même, avec une division rudimentaire du travail social.
La ville est un village élargi résultant de l'expansion des forces de production. C'est une agglomération de résidents permanents se plaçant entre le village et la cité et transitoire entre eux. Il est difficile de tracer une ligne nettement tranchée entre un village et une ville, mais il existe un point défini à partir duquel la ville transcroit en cité.
La cité n'est pas seulement quantitativement mais aussi qualitativement différente d'un village ou d'une ville parce que son assise économique est différente. Elle est le résultat d'une division bien plus avancée du travail entre les habitants des villes et des campagnes. Les rois, les prétres, les fonctionnaires, les soldats, les artisans et les marchands dans les cités ne produisent pas leur propre nourriture. Ils vivent du surplus de nourriture provenant de ce qu'obtiennent les producteurs directs, fermiers ou pêcheurs, qui peuvent, dans certains cas, habiter dans la cité, mais dont la plupart résident dans les communautés villageoises au-dehors de ses murs ou de ses limites.
La cité est l'expression organisée, l'incarnation visible d'une société hautement stratifiée fondée sur la division entre. les cultivateurs du sol qui fournissent la nourriture, ces couches de consommateurs qui produisent d'autres marchandises et les administrateurs de toutes sortes qui assument de plus hautes fonctions sociales. La cité en vient à dominer la campagne et représente la force qui civilise les barbares.
La ville est un village qui a trop grandi d'une part et une cité embryonnaire de l'autre. Elle présente des caractéristiques communes aux deux types d'établissement sans être l'un des deux. Contrairement au villago, elle n'est pas complètement rurale mais plus vaste et plus complexe. En même temps, elle est plus petite, moins diversifiée, moins développée, moins centralisée et moins puissante que la cité.
Ni rurale, ni urbaine, la ville possède un caractère indéterminé et une signification fluctuante et imprécise. Il n'est pas facile de désigner l'ensemble des traits positifs qui distinguent la ville du village dont elle provient ou de la cité vers laquelle elle peut tendre. Cette ambiguité est inscrite dans sa constitution en tant que forme intermédiaire d'établissement permanent.
Ainsi, la ville donne l'exemple de la fluidité congénitale d'une forme de transition. Sa structure est amorphe ; ses limites sont estompées. Cette indétermination qui est inhérente à sa nature même se reflète dans le concept « ville » qui est de même enveloppé d'un flou insurmontable.
TRANSITION DE L'ESCLAVAGE ROMAIN AU FEODALISME
La transition du collectage à la production d'aliments, du village à la cité, et de la propriété communale à la propriété privéc sont des exemples majeurs de changements fondamentaux dans la vie de l'humanité sur la voie de la société de classes. Au fur et à mesure que la société de classe s'éleva de l'esclavage au capitalisme, de nombreuses formations hautcment anormales ont surgi du fait du remplacement d'un mode de production fondamental par un autre. Un cas, qui a provoqué une controverse considérable à la fois parmi les historiens académiques et les intellectuels marxistes concerne la nature de l'organisation sociale qui, en Occident, surgit de la chute de l'Empire romain.
La société curopéenne occidentale du IV° au IX° siècle se situait entre les ruines de l'Etat romain esclavagiste et la naissance du féodalisme. Cette formation intermédiaire résultait du mélange d'éléments dérivés de la civilisation romaine décadente et de la barbarie germanique en désintégration — deux sociétés à des niveaux de développement très différents - en unc configuration bigarrée qui ne se conformait ni au mode de production esclavagiste précédent ni à la forme féodale qui en sortit.
Le mouvement historique qui va de l'Antiquité esclavagiste au féodalisme européen a suivi une voie plus complexe et sinueuse que le passage du féodalisme au capitalisme. L'organisation féodale n'émergea pas directement et immédiatement de son prédécesseur dans la suite des sociétés de classes.
L'Empire romain ne contenait aucune force sociale progressive qui fût capable de remplacer l'ordre exploiteur suranné par une économie plus productive. La population esclave se révolta à de multiples cccasions mais elle n'avait pas accès aux conditions économiques et sociales préalables à l'établissement d'un nouvel ordre. Le système esclavagiste sombra dans une impasse qui ne fournissait aucune issue au travers d'une révolution progressive sociale et politique.
A partir du IV° siècle, la civilisation romaine glissa vers le déclin. Le gouvernement impérial fit banqueroute; les cités tombèrent en décadence ; le commerce se restreignit à des proportions infimes; les propriétaires fonciers et les masses agraires végétèrent dans l'isolation rurale. Le désordre général et le déclin des forces productives menèrent au bas Moyen Age.
Ces conditions de décomposition durèrent près de cinq siècles. Pendant ce temps, cependant, une lente revitalisation de la vie économique commença à remuer sous la stagnation de surface. L'agriculture était le centre des processus régénérateurs. Pour former la base d'une forme supérieure de production sociale, deux classes devaient être reconstituées. L'une était la force laborieuse des cultivateurs du sol, l'autre la classe des propriétaires fonciers.
Le noyau originel de la paysannerie soumise vint des petits fermiers, ou coloni, quoique d'une manière différente que sous l'autorité romaine. Les coloni passèrent de leur place marginale de semi-serfs sous l'autorité romaine à la situation de fermiers libres organisés dans des communautés dispersées jusqu'au moment où, fuyant la faim, la détresse et le danger, ils tomberent en nombre considérable sous la protection et, par là, sous la domination de l'aristocratie terrienne.
Leurs maîtres venaient aussi d'une nouvelle lignéc. Ils se composaient de la noblesse nouvellement créée, caste militaire et hiérarchie cléricale, qui se transforma de l'an 500 à l'an 1000 en une aristocratie agraire puissante et distincte.
Le siège principal du féodalisme occidental ne se trouvait pas en Italie mais en France et en Allemagne. La transformation de la barbarie au féodalisme chez les vainqueurs germaniques de Rome fut plus déterminante de l'avenir que leur conversion concomitante au christianisme, à cause des contributions indispensables qu'ils apportèrent à l'organisation sociale postimpériale.
La dissolution des liens de tribu et de clan conduisit à des différenciations sociales prononcées parmi les Francs et les autres peuples. De membres plus ou moins égaux des groupements tribaux, la masse de la population agricole se transforma d'abord en paysans libres puis en serfs quand ils furent appauvris et passèrent sous la soumission héréditaire de leur suzerain. Le servage semble être devenu largement établi au début du IV° siècle.
Bien que le féodalisme dépendit de l'existence de vastes propriétés terriennes comme forme de propriété, il n'avait pas de racine dans la production à grande échelle. La culture du sol était accomplie par de petits producteurs. Si étendu que fut le manoir ou le domaine du propriétaire, il était cultivé par un groupe de familles de serfs ou de paysans. La transition économique de l'esclavage au féodalisme consista donc au remplacement du latifundium de l'esclave des propriétaires romains et des familles individuelles des communautés germaniques par un type plus productif de petite culture.
Les envahisseurs fournirent des éléments importants pour élever le niveau technique
Q VATRI et sccial du régime féodal naissant. Ils introduisirent de nouvelles récoltes telles que le seigle, l'avoine, l'épeautre et le houblon, en même temps que le savon et le beurre. La lourde charrue à roues permit le développement du système de culture en jachères dont dépendait la seigneurie médiévale. Grâce à l'étrier, au collier, à l'attelage à deux et au fer à cheval, les chevaux purent être utilisés à la place des bœufs pour tirer la charrue; ils avaient une force de traction quatre fois supérieure à celle des animaux de trait précédents.
Une autre innovation clef fut la roue à eau, qui était connue de l'Antiquité mais seulement utilisée sous sa formo la plus simple. Les moulins à eau médiévaux étaient de vastes et coûteuses installations qui appartenaient aux propriétaires féodaux, mais auxquelles leurs protégés pouvaient apporter leur grain pour le moudre. La création d'une technologie agricole plus efficace pendant le bas Moyen Age fraya la voie à unc productivité agricole croissante dans l'Europe du nord dès le IX* siècle. Comme le professeur Lynn White le fait remarquer dans Technologie et Invention au Moyen Age : « En technologie au moins, le bas Moyen Age a marqué un progrès ferme et ininterrompu sur l'Empire romain. »
Certains traits apportés du collectivisme tribal portèrent également à conséquence dans la préparation de l'avènement du nouvel ordre. Quand les terres conquises par les Germains furent attribuées aux familles individuelles et que naquit la hiérarchie de subordonnés et de supérieurs,
EME INTERNATIONALE les bois et les pâturages furent réservés à l'usage commun, et de nombreuses autres coutumes d'activité collective furent conservécs. Ces vestiges de possession commune incorporés dans l'économie agraire renforcèrent la solidarité communale, rendit les serfs et les vilains moins dépendants de léurs maitres, et donna à la masse des travailleurs ruraux un certain contrôle sur ses moyens d'existence, ce qui atténua leur servitude et accrut leur marge de liberté.
La société qui s'étend de l'Empire romain aux Carolingiens fut un conglomérat d'éléments incluant l'esclavage, la barbarie, la culture paysanne et des rapports féodaux naissants. La structure féodale se cristallisa éventuellement hors de ce plasma bigarré lorsque, à la fois les protégés romains et les colons germaniques perdirent leurs positions de paysans libres et entrèrent en servage.
Le cours contradictoire du développement qui a marqué la période prolongée de transition de l'esclavage romain à l'âge féodal invalide tout schéma rigide de l'évolution historique affirmé sur une ligne sans déviation, de succession d'une forme de production à la suivante. La population indigène du monde romano-germanique tomba à un plus bas niveau de production et de culture avant qu'elle assemblât les conditions propres à un mode d'existence plus élevé. Cette discontinuité dans la croissance économique illustre la nature dialectique des processus concrets de l'évolution sociale. Loin de suivre les voies prescrites de manière mécanique, les peuples du passé ont souvent regressé avant d'accomplir le pas suivant dans le progrès historique.
LA MANUFACTURE, MARCHEPIED DE LA CORPORATION
A L'INDUSTRIE
Le capitalisme a supplanté directement le féodalisme en Europe occidentale et, ce faisant, a produit un assortiment de phénomènes économiques transitoires. Parmi ceux-ci se trouve la manufacture qui, en tant que pont entre l'industrie médiévale et l'industrie moderne, fut l'un des développements essentiels dans l'émergence de la société bourgeoise.
Dans les corporations urbaines, le maitre artisan possédait tous les moyens de production, des matières premières à la boutique qui logeait habituellement à la fois sa famille et sa force de travail d'apprentis et de compagnons. Il vendait le produit fini sur un marché local réglementé ct empochait les recettes. Cette simple petite production marchande était extrêmement restreinte, dispersée, routinière, statique et monopolistique.
MECANIQUE
Le système de la manufacture contourna, disloqua et remplaça les corporations, dépassant à d'importants égards cette sorte d'industrie. Au contraire du maître ouvrier, qui était un petit producteur individuel, le manufacturier rassemblait sous un toit de nombreux travailleurs sans biens, achetait leur force de travail par des salaires et les soumettait au contrôle du capital. Ainsi le travail au lieu d'être individuel, devint social. Chaque élément des opérations de l'entrepreneur se faisait sur une plus grande échelle : il avait besoin de plus d'argent, de plus grandes quantités de matières premières, de plus grands ateliers, de meilleurs outils, d'une subdivision détaillée du travail, d'une intense supervision, d'un calcul plus soigneux et d'une planification à plus longue portée.
Cette croissance quantitative engendra de nombreuses améliorations qualitatives dans l'industrie. La manufacture capitaliste était bien plus productive, innovatrice et progressive que le système corporatif. Cependant, ses artisans, ses ouvriers qualifiés et ses contremaîtres se servaient essentiellement des mêmes méthodes techniques que leurs prédécesseurs médiévaux. Ils avaient peu ou pas de puissance mécanique à leur disposition et comptaient exclusivement sur le travail manucl utilisant des outils simples. Dans cette forme rudimentaire d'une économie capitaliste, les rapports avancés de production étaient liés à une technologie ancienne remontant à l'aube de la civilisation.
La contradiction interne de ce type transitoire d'activité capitaliste fut rompue et
Sautons des débuts du capitalisme à son stade final et concentrons-nous sur les principaux problèmes posés par la transformation de la société au vingtième siècle, qui témoigne à la fois de l'agonie du capitalisme et des affres de la naissance du socialisme.
Le processus révolutionnaire contemporain vise à miner et à abolir la puissance et la propriété des propriétaires capitalistes ct de toutes les classes archaïques privilégiées accrochées comme des parasites à leur domination. Le mécanisme de cette révolution sociale consiste dans le transfert du pouvoir d'Etat de ces classes possédantes aux producteurs premiers de la richesse, le prolétariat et ses alliés.
Les révolutionnaires du vingtième siècle doivent opérer dans trois types principaux de situations transitoires. Considérons cellesci dans l'ordre de progression vers les objectifs ultimes de la révolution socialiste.
Le premier s'étend sur la période de préparation pour le renversement de l'Ancien Régime. Les masses ouvrières passent d'une condition non révolutionnaire, où les bases sociales et politiques de l'ordre établi sont stables et fortes, à une période prérévolutionnaire ou, au-delà, vers un affrontement direct avec les possesseurs du pouvoir. A ce stade, bien que la classe dominante commence à perdre son emprise, les forces destinées à la déloger et à la remplacer ne sont pas encore prêtes à défier sa suprématie ou capables de le faire.
Le passage d'une situation moins révolutionnaire à une situation plus révolutionnaire exige une stratégie spéciale employant un jeu de revendications qui, d'une
IONALE 21 surmontée par l'introduction de machines mues par la vapeur dans l'industrie et les transports. L'industrie mécanique façonna le prolétariat moderne; elle permit aux capitalistes d'exploiter le travail salarié au maximum en réduisant la valeur des marchandises et en augmentant ainsi la plus-value que les travailleurs produisaient et que les capitalistes s'appropriaient. C'est sur cette base technique que le mode de production capitaliste se tint fermement sur ses propres jambes pour la première fois et s'élança à la conquête du globe. Mais il n'aurait pas pu s'embarquer dans cette course si la manufacture n'avait laissé derrière elle le système corporatiste et préparé l'avènement de cette technologie micux adaptée aux besoins de l'accumulation du capital. part, sont adaptées aux conditions et à la conscience des masses et, d'autre part, les conduiront vers le but de la conquête du pouvoir. La reconnaissance des caractéristiques spéciales de cette période intérimaire dans le développement de la lutte des classes — qui n'est ni entièrement non-révolutionnaire, ni totalement révolutionnaire mais tendant vers cette direction - est la base objective des revendications transitoires incluses dans le programme de la Quatrième Internationale adopté à sa fondation en 1938.
Le but avcué de ce programme est de promouvoir et de faciliter le passage du prolétariat du stade où il est concerné par ses besoins immédiats à celui de la compréhension de la nécessité de diriger ses luttes plus consciemment et énergiquement contre les bases du régime bourgeois. De cette manière, un Etat prérévolutionnaire peut être transformé en situation révolutionnaire lorsque les masses passent de positions défensives à l'action offensive. Un tel bond fut effectué, par exemple, pendant la grève générale française de mai-juin 1968.
Le processus révolutionnaire de notre époque possède un caractère permanent. Ainsi, une fois engagées dans l'action révolutionnaire directe sur une grande échelle, les masses entrent dans une seconde sorte de période transitoire plus élevée. La classe montante qui est destinée à exercer la souveraineté à la place des vieux dirigeants ne peut concentrer tout le pouvoir dans ses mains du jour au lendemain. Elle peut encore moins effectuer une reconstruction complète des rapports sociaux dans son propre pays en quelques décennies. Ainsi, après que l'ali-
REGIMES DE TRANSITION AU XX* SIECLE
REGIMES DE TRANSITION AU XX* SIECLE
UATR gnement des forces de classe ait été radicalement renversé, il s'ensuit d'habitude un intervalle plus ou moins prolongé dans lequel le régime colonialiste ou capitaliste a été anéanti mais où un nouveau pouvoir gouvernemental stable, reposant fermement sur les forces de la classe révolutionnaire, doit être encore soliderevolutionnaire, doit etre encore sonde ment établi.
Pendant cette période de transition, quand le pouvoir suprême est transféré des anciens dirigeants aux masses travailleuses, des formes de gouvernement peuvent apparaître, qui sont extrêmement contradictoires, divisées intérieurement, instables et de courte durée. Le premier exemple d'un tel interrègne a un caractère classique. Ce fut le gouvernement provisoire qui essaya en vain de diriger la Russie de la révolution de février à la révolution d'octobre en 1917.
Les partisans de ce régime estropié cherchèrent à imposer à une nation dans le flot de la révolution une situation politique qui aurait été intermédiaire entre Ic tsarisme et le bolchévisme, entre la domination désuète de la monarchie et des propriétaires fonciers et l'autorité des ouvriers et des paysans, entre un capitolisme féodalisé et le socialisme. C'était une tentative sans espoir, infortunée, car, dans les circonstances données de guerre mondiale et de sévérité des conflits de classes, aucun gouvernement hybride ne pouvait résoudre les problèmes urgents de la paix, du pain et de la terre. Le choix réel se trouvait entre une dictature militaire contrerévolutionnaire et la dictature des ouvriers soutenus par la paysannerie.
Le gouvernement provisoire et les soviets constituaient unc dualité de pouvoir dans laquelle les camps des classes rivales se compensaient l'un l'autre. Afin de sortir du point mort, l'un ou l'autre de ces opposants devait être écrasé et éliminé. Dans l'épreuve de force qui s'ensuivit, les soviets sortirent victorieux grâce au type de direction fournie par les bolcheviks.
Depuis 1917, des situations analogues de double pouvoir sont apparues dans de nombreuses révolutions avec des résultats variables. Cuba et l'Algérie ont fourni les exemples les plus récents et les plus dramatiques dans les pays coloniaux. A Cuba, en vertu des qualités exceptionnelles de Castro et des dirigeants du mouvement du 26 juillet, la période transitoire de double pouvoir de 1959 à 196l se conclut par l'éviction des conciliateurs procapitalistes, la consolidation du régime révolu
IEME INTERNATIONALE marche vers le socialisme fut interrompue par le coup d'Etat contre Ben Bella et a glissé en arrière sous Boumediène. L'Algérie est l'exemple frappant d'une révolution incomplète, arrêtée à mi-chemin dans sa progression du colonialisme et du capitalisme à un Etat ouvrier.
Ceci nous la plus haute sitoires à no question du 1 sivement rég vriers et des socio-économi posées par la et des propri formation so forme. L'Etat caractère de pu avec les la route du s lopper les fo rapports hum tème.
La tâche tarien est de préalables au nouveaux rap rait un trava meilleures cor cadre historic quante prem transitoire ac socialisme s'e vorable que dateurs du n mières révol rieuses prirent préparés aux duction et de conduit à la troisième et à catégorie des périodes trantre époque. Une fois que la pouvoir de classe a été décilée par la victoire des oupaysans, et que les bases ques du nouvel ordre ont été dépossession des capitalistes étaires fonciers, une nouvelle ciale commence à prendre ouvrier a nécessairement un transition. Alors qu'il a romexploiteurs du travail et pris ocialisme, il doit encore déverces productives et créer les ains propres au nouveau syshistorique du pouvoir prolé= faire naître les conditions | socialisme sur la base des ports de production. Ceci seil ardu et prolongé sous les nditions. Malheureusement, le que mondial durant les cinières années de la période tuelle du capitalisme vers le st trouvé être bien plus défane l'avaient anticipé les fonnarxisme, parce que les preutions anticapitalistes victot place dans les pays les moins nouvelles méthodes de propolitique.
Tous les peuples, de la Russie à Cuba, qui chassèrent les classes possédantes et établirent un pouvoir d'Etat révolutionnaire de type socialiste n'avaient expérimenté auparavant aucune rénovation de leurs structures sociales et politiques suivant les lignes démocratiques bourgeoises. Ils furent donc obligés d'entreprendre des tâches présocialistes telles que l'abolition du féodalisme, la réforme agraire, l'indépendance et l'unification nationale, et la démocratisation de leur vie politique en même temps que le renversement de la domination impérialiste et des rapports capitalistes. Ils étaient surchargés par la combinaison colossale de tâches présocialistes et socialistes en un seul et même temps. Leur construction d'un nouvel ordre social avait été rendue encore plus compliquée et difficile par les pressions enveloppantes et l'intervention de l'impérialisme et par le retard économique et culturel dont ils avaient hérité.
En résultat, ces régimes transitoires ont été soumis à des degrés variables de dégénérescence ou de déformation. Ils montionnaire et l'expropriation taires indigènes et étrangers.
En Algérie, d'autre part, révolutionnaire a encore des propriéle processus à atteindre une conclusion aussi heureuse: Après la conquête de l'indépendance nationale, la trent des mélanges bizarres de traits progressifs et régressifs, les premiers appartenant à la nouvelle société en construction, les seconds provenant des conditions passées et des pressions impérialistes.
Par exemple l'Union soviétique abonde de contradictions à tous les niveaux de sa vic. Dans cet Etat ouvrier, les ouvriers n'ont pas de pouvoir politique et la liberté d'expression est sévèrement réduite. Dans les transports, de gros avions civils à réaction survolent rapidement le désert sans piste et les mauvaises routes où les charrettes des paysans grincent le long de vieilles ornières comme ils l'ont fait depuis des siècles. Un pays au premier rang de la technologie, de la science et de l'industrie est faible dans les sciences sociales mêmes — économie politique, sociologie, histoire et philosophie - où son héritage marxiste devrait en faire le plus fort. Le public soviétique n'avait accès à aucune histoire de ses origines révolutionnaires digne de confiance lors du 50° anniversaire d'Octobre. De telles anomalies sont les empreintes de la structure sociale soviétique formée et déformée pendant la première phase de l'époque de transition du capitalisme au socialisme. Cependant, les contradictions ne sont pas seulement des stigmates et des pierres d'achoppement, mais des forces motrices de contestation et de progrès. Les Etats ouvriers ne sont pas stagnants mais très changeants. En dernière analyse, ils doivent soit revenir au capitalisme, soit progresser vers le socialisme. Jusqu'à présent, aucun des peuples qui ont aboli le capitalisme ne l'a restauré. A cet égard, l'histoire du vingtième siècle jusqu'à ce jour a été une voie à sens unique. Ce fait atteste de l'immense puissance et de la vitalité des nouvelles institutions aussi bien que de la faiblesse et de la désintégration du capitalisme mondial.
Les gouvernements des Etats ouvriers sont également en changement constant. Ils peuvent soit retomber dans le despotisme bureaucratique soit avancer vers une plus grande démocratie. Les trois stades dans l'histoire politique de l'Union soviétique depuis 1917 démontrent cette dialectique. Après la démocratie bouillonnante des premières années révolutionnaires, le pays fut plongé dans la terrible obscurité de la tyrannie de Staline pendant trois décennies. Depuis lors, trop lentement mais sûrement, se développe un tournant vers la démocratisation qui doit culminer en un affrontement entre les bureaucrates et les ouvriers.
A Cuba, depuis le début, malgré la résistance et de brefs détours, la principale tendance a été en faveur d'un pouvoir de decision accru des masses, La rupture de la Tchécoslovaquie avec l'autoritarisme et sa marche vers la démocratisation en 1968
IONALE 23 fut stoppée et renversée par l'intervention militaire de Moscou.
Le programme de la Quatrième Internationale contient également une série de propositions transitoires pour la lutte contre la bureaucratie au sein des Etats ouvriers dégénérés et déformés. Ces revendications sont conçues pour accélérer et compléter le mouvement vers la démocratie ouvrière dans les pays postcapitalistes et l'adoption de politiques et de perspectives révolutionnaires socialistes qui puissent diminuer les douleurs de la naissance de la nouvelle société et écourter l'intervalle entre l'abolition du pouvoir capitaliste et de la propriété privée et la création de rapports égaux et harmonieux pour toute l'humanité.
Bien que les rapports économiques postcapitalistes et leurs structures existent depuis un demi-siècle, ils n'en sont encore qu'au stade élémentaire de leur processus historique de formation et restent soumis à toutes les maladies de la première enfance. En outre, ils doivent encore être installés dans un habitat plus propice à leur croissance.
Quand la société bourgeoise émergea de l'Europe occidentale féodale, les rapports capitalistes ne prirent pas possession immédiatement de l'ensemble de la vie sociale. Ils emplirent d'abord le champ du commerce où était accumulée la richesse monétaire. Pendant ce temps, la production de richesse matérielle soit continua par les anciens moyens, soit, avec l'industrie, passa à la manufacture, qui conserva les vieilles techniques du travail manuel. Les nouvelles lois du développement capitaliste ne rompirent toutes les limites, ne prirent la direction totale de la vie économique et sociale ni ne déployèrent leur potentiel immense avant que la révolution industrielte du début du XIX° siècle, fondée sur la machine à vapeur, l'industrie sur grande échelle et le système industriel, ait transformé complètement les méthodes de production.
Un inachèvement comparable a caractérisé et même défiguré la première période de la transition du capitalisme au socialisme. Depuis 1917, les lois du développement socio-économique lié au nouveau système de production ont dû fonctionner sous les conditions les moins favorables et les plus restrictives. Alors qu'elles demandaient les forces productives les plus avancées pour opérer efficacement, elles furent limitées aux pays les plus pauvres et les plus arriérés, où elles furent aux prises avec des régimes incompétents et bureaucratisés à l'intérieur, et avec l'hostilité et l'encerclement impérialistes à l'échelle mondiale.
Même sous de telles circonstances historiques défavorables, le nouveau mode de production fondé sur la propriété nationa-
QUATRI lisée et le principe de la planification révéla son efficacité et enregistra des succès colossaux.
Malgré ces succès, les méthodes de développement socialiste ne se sont pas encore vu accorder l'occasion de manifester leur potentiel réel. Implantées sur un sol pauvre, elles n'ont pas eu la nourriture ou l'atmosphère correcte pour leur floraison. Comme Marx le fit remarquer il y a longtemps, le socialisme a besoin d'une classe ouvrière prépondérante et très cultivée, d'une industrie puissante, d'une économie bien au point et d'une base internationale. Aucune de ces exigences préalables au socialisme n'a régné dans le premier demi-siècle de la révolution anticapitaliste internationale. Elles durent être créées largement à partir de zéro suivant des plans imposés au prix de sacrifices intolérablement lourds des masses travailleuses.
En conséquence, les lois de transition du capitalisme au socialisme ont jusqu'à présent reçu une expression mutilée et inadéquate. Heureusement, la configuration des conditions historiques responsables de cette déviation n'a pas un caractère permanent mais temporaire. Les distorsions des Etats ouvriers sont le produit pernicieux du confinement du pouvoir prolétarien aux pays les moins développés et de l'emprise du capitalisme sur les économies les plus industrialisées. Ces handicaps peuvent être — et seront — affaiblis et supprimés lorsque les travailleurs auront renversé la domination capitaliste dans une ou plusieurs des puissances impérialistes. Cette percée permettra aux nouvelles lois du développement social de trouver une arène bien plus appropriée et un champ plus vaste pour leur expansion et leur réalisation.
La présente conjoncture historique possède ce caractère paradoxal. La période transitoire du capitalisme au socialisme a été elle-même obligée, à cause du développement inégal de la révolution mondiale, de traverser une situation transitoire de lutte dans laquelle les forces du système social naissant ont été confinées dans la zone la moins appropriée à leurs capacités. Ces restrictions épisodiques et anormales à leur croissance peuvent être éliminées à la condition que la révolution socialiste s'étende à l'Europe occidentale, au Japon et, surtout, à l'Amérique du Nord. Une fois que les nouvelles tendances du développement socialiste pourront opérer librement et pleinement dans un environnement favorable, l'humanité émancipée sera étonnée par les résultats.
1er octobre 1968