Le 9 décembre les travailleurs de Svapavaara — la plus petite mine de l'entreprise étatisée LKAB ve. Ils se sont assis vail en protestan vaises conditions moment, la grève
- se sont mis en grèà leurs places de trat contre les maude travail. Dès ce est étendue explosivement. Au bout de deux jours, les 4.800 travailleurs de LKAB étaient en grève. C'est seulement deux mais plus tard,
La Suède est un des rares pays où la socialdémocratie s'est implantée de façon stable au sein de la classe ouvrière et qui depuis des décennies y fonctionne comme parti gouvernemental. Par suite de la prédominance sociale du réformisme, les déformations théoriques du socialisme par la social-démocratie se sont implantées dans la conscience publique. Une de ces déformations identifie le socialisme avec l'étatisation (c'était surtout avant de parvenir au gouvernement que ce point était souligné). Mais, en réalité, la social-démocratie ne s'efforce même pas de réaliser ses propres idéaux déformés. Malgré 35 années ininterrompues de gouvernement social-démocrate, seulement 3 % de l'économie sont étatisés, s'agissant surtout des secteurs des communications et de très peu de branches productives. En outre, ces étatisations furent faites avant que la social-démocratie soit parvenue au pouvoir.
Cela vaut également pour LKAB, la seuIc grande industrie étatisée en Suède. LKAB avait été créé comme entreprise privée en 1890. En ce temps là, le gouvernement conservateur entendait étatiser les riches réserves de minéraux dans le nord du pays, entre autres pour assurer des livraisons à l'Allemagne dans le cas d'une guerre. Le Parlement suédois décida donc d'acquérir graduellement (pendant 25 ans selon le plan original) le capital de LKAB. La décision fut combattue par une opposition véhémente, dans laquelle participaient les sociaux-démocrates. La réalisation de cette décision fut retardée, mais en 1957 la plupart des actions de LKAB le 4 février 1970, que le travail a repris. Pendant 55 jours, tout travail a été bloqué dans une des plus grandes industries de la Suède, qui est aussi la plus grande de ses industries étatisées. La grève des mineurs de LKAB était donc un des plus grands conflits de travail dans l'histoire de la Suède, distancé seulement par la grève générale de 1909 et celle des métallurgistes en 1945. étaient finalement acquises à l'Etat. L'acquisition totaie ne se fera qu'en 1977 (la part privée à présent étant de 4 %).
Comme d'habitude, la social-démocratie a en la circonstance accepté l'héritage bourgeois pour l'administrer à la satisfacrion des capitalistes. L'étatisation n'exprimait aucune stratégie de la part des sociaux-démocrates. LKAB, étatisé, n'est pas une ile socialiste dans la mer capitaliste, mais un point d'appui à l'industrie privée. Le gouvernement social-démocrate n'a jamais essayé d'utiliser les entreprises étatisées pour introduire cette « démocratie d'entreprise » et cette « participation aux décisions » qu'il supplie les industries privées d'accepter. Au contraire, les entreprises étatisées ont démontré un certain conservatisme et un manque de flexibilité quant à la modération du système autoritaire. Cela vaut également pour LKAB, dont la direction en 1968 essaya d'introduire ses « 3l thèses » - un ensemble de thèses exceptionnellement réactionnaires, envisageant une structure absolument autoritaire et presque totalitaire dans l'entreprise. Les thèses exigeaient entre autres, qu'un subalterne soit prêt à changer son avis selon l'avis de son chef. Aucune autre entreprise capitaliste en Suède n'a osé formuler des décrets aussi provocateurs.
Cette attitude autoritaire s'exacerba en fonction des problèmes économiques posés à l'entreprise. LKAB réagissait au développement défavorable des prix des minéraux en augmentant la production par des méthodes de « rationalisation » capitaliste,
LES CONDITIONS HISTORIQUES
LES CONDITIONS HISTORIQUES c'est-à-dire l'accélération des cadences et l'utilisation de moyens techniques sans égards aux exigences de l'organisme humain : les mines étaient noyées dans le gaz des dielsels. Tout cela s'ajoutait à une détérioration relative prolongée des salaires des mineurs.
L'idéologie de la social-démocratie, qui prétendait préconiser l'égalité sociale, se heurtait à la réalité dans les entreprises étatisées. En 1968, LKAB devint la cible de la contestation : l'écrivain Sara Lidman publiait « La mine », une collection d'interviews avec des travailleurs des mines de LKAB. Toutes les illusions sur une classe ouvrière contente y étaient effectivement détruites. Les travailleurs s'exprimaient eux-mêmes, et ils exprimaient la haine et l'angoisse qu'ils éprouvaient envers l'entreprise et le travail. Les interviews témoignaient d'un processus de fermentation qui avait commencé au sein de la classe ouvrière suédoise - processus qui était particulièrement avancé dans les industries étatisées. Il va sans dire que,
CONFRONTATION AVEC
Le jour même cù la grève des mines de LKAB devenait totale -- 11 décembre
- la première grande réunion se tenait à Kiruna. Elle était due à une initiative individuelle correspondait ment au besoin commun. L'idée était directement empruntée à la grève des dockers à Göteborg un mois plus tôt, où les ouvriers avaient organisé des réunions générales exerçant le droit de décision.
La première réunion générale rassemblait un millier de travailleurs. L'auditoire d'une réunion tenue simultanément par le syndicat officiel n'excédait pas une dizaine de présents. La réunion générale élisait un comité de grève et formulait les revendications des travailleurs. Il était exigé que la question des salaires soit résolue avant la reprise du travail, que le système de rémunération par pièce soit changé, que deux directeurs soient congédiés.
Ces revendications définissaient le modèle du conflit. Ensuite commença une lutte serrée entre la direction et la bueaucratie syndicale d'une part, et les ou-
/riers et le comité de grève de l'autre. Jugée superficiellement, elle semblait ne concerner que des principes et des paragraphes. En fait, il s'agissait d'importantes questions de la structure sociale.
Selon la loi sur les accords collectifs établie en 1928, les grèves pendant la période pour laquelle l'accord est valable sont illégales en Suède. En d'autres mots, pratiquement toutes les grèves sont illégales, puisque cette arme ne peut être utilisée que
IONALE 13 dans le débat déclenché par le livre, la direction de l'entreprise s'efforça de discréditer l'écrivain et ses intentions; on parlait de « matériaux douteux », d' « interviews dirigées », etc. Mais le résultat essentiel du débat fut qu'un examen de la gestion des entreprises étatisées était entamé et que la méfiance envers la politique social-démocrate grandissait. Les excuses de la direction et du gouvernement. soulignant que LKAB n'était pas pire que d'autres lieux de travail en Suède, répondaient à côté de la question. Les travailleurs exigeaient que LKAB, comme entreprise étatisée, soit meilleure que les autres entreprises. On pourrait aussi répondre par les mots d'un des travailleurs dans « La Mine » : « Dans le cadre de notre système nous n'aurions jamais quelque chose de mieux que ce qu'il y a ici, et ce qu'il y a ici n'est pas bon. » C'est à cause de cette connaissance lou du moins de cette connaissance partielle) que les travailleurs de LKAB se mirent en grèvo un an plus tard. L'APPAREIL REPRESSIF pendant la période des négociations et que la bureaucratie syndicale ne l'utilise pratiquement jamais.
En outre, selon la loi sur les accords collectifs, la partie violant l'accord peut être jugée par la Cour du travail. Si un syndicat local appuie une grève sauvage, toute sa caisse peut être confisquée pour régler l'indemnité future au patron, le syndicat local peut être exclu du syndicat national et ses permanents peuvent être congédiés. De cette façon, le syndicat est écrasé et sa capacité d'aider les travailleurs est éliminée.
Dans le cas d'une grève sauvage, le premier devoir du syndicat est d'exhorter les travailleurs à reprendre le travail et de déclarer que le syndicat refuse tout appui, Il va de soi que les travailleurs ne reçoivent aucun appui de la caisse de grève. Les ouvriers recourant à la grève sauvage peuvent être condamnés à payer chacun 200 couronnes d'indemnités, aujourd'hui à peu près une somme symbolique, car elle n'avait pas été augmentée depuis 1928. (L'association des patrons rendait cette question actuelle pendant la grève des mineurs en parlant d'une augmentation de l'indemnité.)
Jusqu'ici la Cour de travail n'a pas encore pris en charge la grève des mineurs, mais le syndicat fonctionne comme prévu, c'est-à-dire en organe de répression contre les travailleurs. Les dirigeants du syndicat ont exhorté les ouvriers à reprendre le travail. Les ouvriers n'obéirent pas, ôtant
QUATRI toute autorité au syndicat au cours des événements qui suivirent.
La législation de classe en Suède, peutêtre unique dans le monde à cet égard, comporte la nécessité pour les travailleurs de prévoir que le syndicat se trouve éliminé dans chaque grève et d'exprimer leur volonté collective par d'autres formes.
Oui, le syndicat est éliminé, mais il s'efforce de s'insérer à nouveau et de récupérer son rôle traditionnel de représentant des travailleurs. Dans cette situation, la partie adverse, l'association patronale, est habituellement prête à assister au rétablissement de la balance « normale » des organisations, en neutralisant le comité de grève.
Dans le cas de la grève des mineurs, cela se fit dès le début du conflit. La réunion générale avait chargé le comité de grève élu de négocier avec LKAB, et avait fixé certaines revendications, entre autre que les négociations devraient être terminées avant la reprise du travail. Cette revendication était contraire au « gentleman agreement » de la société de classe suédoise, selon lequel le patronat ne doit jamais négocier avant d'avoir le dessus. Le patronat riposta en déclarant que les négociations ne pouvaient être menées avec le comité de grève mais seulement avec le syndicat, véritable représentant des ouvriers.
Si le désir du patronat et du syndicat était d'ignorer complètement de cette façon le comité de grève, on comprit bientôt que ce n'était pas réaliste. On essaya donc très tôt de parvenir au compromis suivant : le comité de grève et le syndicat devaient ensemble désigner une commission de négociation. Il s'ensuivit une confrontation dure et prolongée sur la question de la suprématie réelle au sein de cette commission.
Il est impossible de suivre ici toutes les manœuvres qui furent faites pendant les deux mois de la grève. En résumé, le comité de grève réussit à briser dans quelques secteurs importants le modèle de collaboration des classes qui formait la base de la structure de la société suédoise, Quelques principes importants (aucune négociation pendant une grève; monopole syndical de représentation des ouvriers) y furent transgressés. La grève des mineurs sert de modèle pour les luttes futures. Dans d'autres secteurs ,le patronat et le syndicat ont fait passer des concessions. Surtout ils ont tourné la revendication explosive des travailleurs qu'un accord soit signé avant la reprise du travail.
La reprise du travail s'est faite sous des formes qu'il faut soigneusement étudier et honnêtement constater. Si l'éclatement et la poursuite de la grève ont démontré la force de l'action spontanée de
EME INTERNATIONALE classe, la fin en a démontré les limitations. Au sein du comité de grève, un jugement pessimiste de la situation s'était répandu. Le 31 décembre et le ler février, deux réunions générales ont été organisées. Tout était fait pour que ces réunions aboutissent à la reprise du travail. Le rôle d'organisation avait été laissé au syndicat. Les orateurs principaux étaient Lundberg, directeur de LKAB, et
Nordgren, deuxième dirigeant du syndicat national de la Suède. Le vote était secret, contrairement aux réunions antérieures. Néanmoins ,le résultat donna une majorité - quoique faible — pour la continuation de la grève.
Dans cette situation, le comité de grève, sous la direction de Ture Rantatalo (membre du VPK, le parti communiste officiel), recommandait à la majorité d'une seule voix la reprise du travail.
Mais la combativité des mineurs ne fut pas si facilement brisée. Seuls quelques centaines sur 4 800 d'entre eux suivirent la recommandation. Les membres militants du comité de grève commencèrent à se réunir autour du leader Elof Luspa. Celuici proposa, à une nouvelle réunion générale, le 2 février, d'exclure les membres du comité de grève qui avaient voté pour la reprise du travail et de les remplacer par des militants. Mais la réunion générale n'a pas suivi Luspa. Elle exigea le maintien du comité de grève tel qu'il é ait — composé de libéraux, de sociaux-démocrates, de « communistes » et de communistes.
Mais, si le comité de grève annulait sa recommandation de la veille et déclarait continuer la grève, son autcrité était ébranlée. Le 3 février quelques centaines d'ouvriers violèrent le mot d'ordre de grève en suivant la recommandation du syndicat. Face au danger de négociations directes entre le syndicat et LKAB, le comité de grève dohna le même jour le signal définitif de la reprise du travail.
C'est Ture Rantatalo qui communiqua la nouvelle. La veille il avait révélé une conception fondamentalement réformiste de la lutte ouvrière. « Nous avons mis Lundberg (chef de LKAB) sur les genoux », disait-il le 2 février. « Il y a ceux qui disent qu'il faut le mettre sur le dos. Mais s'il reste trop longtemps sur son dos, il sera paralysé et alors il n'y aura rien pour nous. »
La force et la faiblesse du comité de grève étaient de réfléter fidèlement tous les divers niveaux de maturité politique au sein des mineurs. Les affirmations répétées du comité qu'il ne s'agissait pas d'une grève politique exprimaient directement l'absence d'une orientation générale commune et, en dernière analyse, l'absence d'un parti révolutionnaire capable d'articuler l'action spontanée de classe.
pousera
EFFETS SUR LA CLASSE OUVRIERE SUEDOISE
L'absence d'un parti révolutionnaire capable de mobiliser la classe ouvrière et la gauche pour aider à la victoire des mineurs, limitait aussi les actions de soutien. Mais, dans le cadre de cette limitation, elles furent considérables. Le premier télégramme de solidarité venait des dockers de Göteborg, en grève sauvage pendant une semaine un mois plus tôt. C'était le commencement d'une vague d'actions de solidarité dans tout le pays. Des milliers de télégrammes provenaient d'organisations et d'individus. Quelques millions de couronnes furent donnés en contribution à la caisse de grève.
Selon le journal syndical Aftonbladet, 10 % des télégrammes de solidarité venaient de syndicats locaux dans le pays. Si cela est vrai, cela veut dire que la radicalisation à la base commence à affecter les organisations locales des syndicats. Si cette radicalisation continue on peut s'attendre à une crise approfondie entre une bureaucratie conservatrice au sommet et des associations radicalisées à la base.
Les actions de solidarité rendaient les ouvriers conscients des conditions injustes de travail, et une tendance latente a la grève était suscitée. Cette tendance se révélait à la mi-janvier par l'éclatement d'une grève sauvage chez Volvo à Göteborg. C'était un vendredi, et la grève ne dura que quelques heures. Aussitôt que des négociations immédiates furent promises aux travailleurs, ceux-ci reprirent le travail, mais en menaçant de se mettre en grève le lundi si les négociations n'étaient pas achevées ce jour-là. La direction craignait évidemment un « nouveau LKAB » qui aurait été particulièrement défavorable en vue du développement positif de Volvo en ce temps là et était donc prête à faire des concessions considérables. Le résultat correspondait à la situation. L'accord de Volvo comportait des augmentations de salaires de 15 % et — ce qui était plus important — la transgression de l'accord central.
L'accord Volvo fut le signal d'une vague de grèves dans tout le pays. Les travailleurs savaient maintenant que les directions étaient prêtes à faire des concessions pour éviter les grèves. Pendant quelques jours une vingtaine de grèves sauvages éclatèrent. Après quoi la vague s'épuisa.
Il est probable que cette vague de grèves influença à son tour la grève chez LKAB. On savait maintenant que la grève des mineurs était une plaie ouverte de la société. On savait qu'elle radicalisait d'autres groupes d'ouvriers, qu'elle encourageait d'autres grèves sauvages. A cause des lia sons particulièrement étroites entre la direction de LKAB, l'appareil de l'Etat. le parti social-démocrate et le mouvement syndical, ces considérations générales pouvaient se faire sentir sans être contrecarrées par des intérêts particuliers comme dans une entreprise privée. Il n'est pas donc étonnant qu'après la vague de grèves il devint soudain possible d'entamer des négociations préparatoires, cette fois sans l'entêtement et le formalisme jusqu'alors démontrés par le patronat et la bureaucratie syndicale. Il va de soi que la prolongation de la grève et les pressions de la part des clients du continent s'ajoutaient aux motifs mentionnés.
La vague de grèves de janvier révélait aussi quelques-uns des préjugés les plus fréquents de la société capitaliste. Dès le début de la grève, Arne Geijer, dirigeant du mouvement syndical, avait essayé de dissimuler le conflit en parlant de tensions entre ouvriers et employés. Mais, en janvier, deux autres mensonges furent mobilisés. L'un était le mensonge anticommuniste classique. Quelques personnes dirigeantes dans le mouvement syndical et dans les organisations du patronat affirmaient que les grèves étaient dirigées par une organisation gauchiste. La thèse ne fut jamais défendue par des arguments rationnels. L'autre mensonge, plus dangereux, affirmait que des travailleurs étrangers étaient à l'origine des grèves. Mais ce ne sont ni des minorités politiques, ni des minorités ethniques qui causent ce que les capitalistes appellent le trouble sur le marché de travail. La vérité est que la Suède de la collaboration des classes est en train de se disloquer...
20 février 1970.