Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

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Quatrième Internationale, n° 41 · janvier 1970 · p. 54-56 · 1 782 mots

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La révolution inconnue de Voline (1)

Une réédition de la Révolution inconnue (1) éta t-elle nécessaire ? Dans un sens, oui, car il est bon que tous les courants puissent se faire entendre, et la conviction qui ne serait fondée que sur une information unilatérale serait bien fragile. La révolution n'est jamais une idylle, et pas davantage l'opposition simple des toujours justes et bons aux toujours injustes et méchants. Plus que toute autre, la révolution russe fut chaotique et violente, lourde en faux pas et en gâchis qui, à certains moments, accablèrent jusqu'à Lénine. II y a de ce fait dans Voline des vérités désagréables qui sont bonnes à lire. De véritables communistes y trouveront des leçons à tirer, non seulement des fautes et des abus de pouvoir de certains révolutionnaires trop souvent frustes et mal préparés à leurs tôches grandioses mais terriblement difficiles, mais même d'erreurs de comportement dans des situations où les bolcheviks avaient parfaitement raison sur le fond.

Cela dit, une telle œuvre apporte-t-elle de quoi changer la façon de juger la révolution d'Octobre ? Pour un marxiste révolutionnaire, sûrement pas. Sur l'Ukraine, sur Cronstadt, lire Voline, d'une part et de l'autre Trotsky et Lénine nous parait même très propre à confirmer les vues des derniers. Voline fournit, par naïveté, des arguments supplémentaires pour justifier sinon la manière dont fut réglée l'affaire de Cronstadt, du moins le jugement bolchevik sur le fond du problème : sans que les cronstadtiens en soient conscients pour la plupart, ils ouvraient, au flanc de la révolution, une brèche par où toute la contrerévolution s'apprêtait à passer. Mais pour comprendre cela, il faut dépasser les faits, qui ne sont dans Voline que des demifaits, un point de vue sur les faits, c'est-àdire des apparences illusoires. Ses parties de récit ne peuvent donc être jugées qu'à la lumière de la partie théorique du livre. Elle est le plus étonnant constat de sclérose anarchiste que l'on puisse trouver.

En 1917, nous apprend Voline, les anarchistes n'étaient qu'une poignée d'individus sans influence. Pourquoi ? Voline invoque : 1) les oppositions policières tsaristes ; ce qui ne vaut rien, car toutes les organisations illégales subirent la répression, et les bolcheviks autant et plus que les autres ; 2) l'hostilité des anarchistes à l'organisation. Cette explication est déjà meilleure. Le Que faire ? de Lénine, se penchant sur les problèmes de la lutte illégale, insistait sur la nécessité de la centralisation de toute activité comme premier moyen de limiter la répression en même temps que comme celui d'améliorer l'intervention du parti L'explication de Voline se retourne donc déjà contre les anarchistes : piètres révolutionnaires que ceux qui ne savent pas préparer les périodes révolutionnaires dans les périodes prérévolutionnaires.

Mais une autre cause explique mieux le retard anarchiste sur l'horaire historique : l'abstraction de leur enseignement. Dès 1905, les anarchistes, toujours selon Voline, « avertissaient les masses du péril d'une solution politique » et « condamnaient en conséquence des mots d'ordre tels que « A bas le tsarisme » ou « Vive la république démocratique » (ce dernier mot d'ordre n'était d'ailleurs pas celui de tous les sociaux-démocrates, notons-le en renvoyant au l 1905 de Léon Trotsky). « Certes, ajoute-t-il, leur voix clamait dans le désert. Mais cela ne les décourageaient nullement » (p. 232). Et il explique ailleurs (p. 162) : « Ils travaillaient pour le jour où les vastes masses ayant compris - par la force des choses doublée d'une propagande explicative -- la vérité vitale de leurs conceptions, ils (sic) voudront réaliser celleci. »

Pour les marxistes révolutionnaires, le but dernier de la révolution ne peut être atteint qu'à l'échelle mondiale, mais la victoire est possible dans une région particulière du monde. Pour les anarchistes, c'est le contraire : la société idéale peut s'instaurer n'importe quand et n'importe où, mais elle ne peut vaincre que mondialement, ce qui est rendu possible par la

(1) Pierre Belfond éditeur, réédition en fac-similé de l'édition originale de 1947.

démonstration fulgurante de la supériorité de l'expérience anarchiste partielle (notons ici que ce raisonnement a été rejoint par celui du stalinisme et du néo-stalinisme, ce qui a produit la théorie du socialisme dans un seul pays, puis le krouchtchévisme). Si, donc, la révolution russe est restée isolée, c'est que Lénine n'a pas voulu, ou pas su, faire une vraie révolution, qui aurait pu réveiller le prolétariat mondial.

Pour fonder cette théorie, Voline se voit obligé de calomnier le prolétariat d'Europe qui, par tant de mouvements héroïques, tenta de venir en aide à la Russie révolutionnaire en faisant sa propre révolution, et qui, s'il ne parvint pas à ses propres fins, réussit toutefois à soulager le premier Etat ouvrier de l'étreinte impérialiste.

En quoi, cependant, la révolution bolchévique n'était-elle pas une vraie révolution ? Voline est très précis; pour qu'une révolution réussisse jusqu'au bout :

« 1) Il faut que de très grandes masses → des millions d'hommes dans plusieurs pays —, poussées par une nécessité impérieuse, y participent de leur plein gré (sic).

2) Que, de ce fait même, les éléments les plus avancés et les plus actifs : les révolutionnaires, une partie de la classe ouvrière, etc., n'aient pas à recourir à des mesures de coercition d'allure politique ;

3) Que, pour ces deux raisons, l'immense masse « neutre », emportée sans contrainte par le vaste courant, par le libre élan de millions d'hommes et par les premiers résultats positifs de ce gigantesque mouvement, accepte de bon gré le fait accompli et se range de plus en plus du côté de la vraie révolution » (p. 175-176).

Or la première condition était réalisée en Russie (réserve faite sur le plein gré comme conséquence de la nécessité impérieuse), à moins de signifier la révolution simultanée dans le monde entier. Comment donc cela n'entraîna-t-il pas la seconde condition, corollaire de la première : l'inutilité du pouvoir politique ?

Voline répond : « Pour que des millions d'hommes y soient acculés, il faut que leur existence soit devenue impossible dans la société actuelle, qu'elle soit ruinée de fond on camble -vec son économie, son régime social, sa politique, ses mœurs, ses coutumes, ses préjugés » (souligné dans le texte). Et il précise : « J'estime qu'en Russie cette destruction n'est pas allée assez loin... » On pense au chaos des années de guerre civile et l'on reste abasourdi. Mais, Voline, in perte insure de destin fut poursuit en soulignant à mon avis, la cause fondamentale de l'arrêt de la révolution russe et de sa déformation par les bolcheviks. » Et qu'est-ce qui n'était pas détruit ? « En parlant de l'insuffisance de la destruction, nous entendions par là, surtout, la survivance néfaste de l'idée politique... »

Au-delà du ridicule, il faut saisir l'idée simpliste et très fausse selon laquelle les conditions de révolution totale seraient les pires cataclysmes que puisse imaginer homme, lesquels ne débouchent, selon des narxistes, que sur la barbarie, c'est-à-dire la destruction des bases mêmes de toute révolution.

Cependant, Voline ne s'arrête pas à sa conclusion si radicale. En dépit de la nonréalisation des conditions de la révolution absolue, il rejette l'idée que, dans ce cas, les bolcheviks étaient justifiés d'avoir poussé la révolution jusqu'aux limites ouvertes par les conditions objectives, car, si les conditions fixées par lui n'étaient pas réalisées, il croit malgré cela que la vraie révolution était possible tout de même. Les conditions de destruction totale « idéales » auraient permis aux masses de passer par dessus les bolcheviks, mais, non réalisées, la vraie révolution était possible encore à une condition : que les bolcheviks ne soient pas là. Les bolcheviks cessent d'être ainsi des révolutionnaires qui ne vont pas assez loin, ce sont des « politiques », donc, des obstacles à la révolution, des ennemis, les pires ennemis...

Sur cette lancée, Voline franchit les obstacles. Avec le congrès anarchiste de Nabate, en avril 1919, il rejette « catégoriquement et définitivement... toute participation aux soviets devenus des organismes purement politiques, organisés sur une base autoritaire centraliste et étatiste », ne cachant pas sa prédilection pour... les syndicats, ces organismes purement économiques. Il règle les problèmes de l'encerclement capitaliste et de la guerre avec les phrases creuses sur le pouvoir invincible du peuple, et, en faisant confiance pour défaire les blancs à la makhnovtchina, placée sous le commandement suprême (sic) de Nestor Makhno, laquelle n'avait pas les défauts centralistes et autoritaires de l'armée Rouge. Avec cela, il peut conclure que le bolchevisme montre « comment il ne faut pas faire une révolution », et, ne comprenant pas davantage le stalinisme que la révolution, il se déclare stupidement vengé d'assister à la persécution de Trotsky.

Parce qu'ils n'ont pas compris les raisons de la conquête des masses par le bolchevisme, c'est le communisme qui est devenu le principal adversaire des anarchistes dans la révolution russe, et c'est ce qui a entraîné la transformation de leur arme critique en critique des armes au moment même où le pouvoir prolétarien devait se dresser seul face au monde impérialiste. Ainsi sont-ils devenus alors, en fait, des alliés de la contre-révolution bourgeoise.

A notre question liminaire, nous répondrons donc que nous doutons que la réédition de la Révolution inconnue soit une chose favorable au mouvement libertaire

QUATR actuel. La misère théorique d'un Voline (ne renvoie-t-il pas à la science économique moderne d'un... Jacques Duboin !) est une invitation implicite à un dépassement qui ne peut être trouvé, croyons-nous, que dans une digestion des vieux griefs historiques

EME INTERNATIONALE et dans une collaboration loyale avec les marxistes révolutionnaires dans toutes les organisations ouvrières de masse où la démocratie la plus large doit donner à chacun ses chances historiques.

Michel LEQUENNE.

des dém

Le tome Il (Après Staline, cette « Histoire » paraît en qu'une réédition du tome 1

TTiat ocrat de F. 1953-1968) de même temps (L'Ere de Stanire .OLC ies populaires Fejtö (1)

et les défauts du tome I. Qualités : une abondance d'informations relevées au jour le jour, permeutaat au lecteur de retrouline 1945-1952). L'auteur est un des « kremlinologues » les mieux connus, spécialisés dans l'étude des pays dits de « démocratie populaire ». C'est dire que, sur un fond anticommuniste, antimarxiste, il suit aussi attentivement que possible ce qui se passe derrière ce qu'on appelle le « rideau de fer », ce rideau qui pratiquement n'existe plus guère.

On retrouve dans le tome Il les qualités

LIVRES ver rapidement des événements même mineurs que l'actualité quotidienne rejette très vite à l'arrière-plan. Défauts : ces livres relèvent du journalisme et non de l'histoire ; on n'y trouve guère des vues, des conceptions un peu générales, à moins de prendre pour telles quelques réflexions d'un antimarxisme assez sommaire.

(1) Editions du Seuil, Paris.

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