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La revue › n° 41

Le problème des formations de transition

Georges Novack · Quatrième Internationale, n° 41 · janvier 1970 · p. 48-53 · 4 375 mots

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Le problème des formations de transition a une très grande signification à la fois dans les sciences naturelles et dans les sciences sociales. Son importance spéciale sur les p'ans politique et théorique pour les marxistes contemporains, vient du fait que le XX® siècle est de façon prédominante un âge de transition d'une formation socio-économique à une autre.

Chaque époque dans la progression de I humanité possède sa forme dominante d'économie, de politique et de culture. Au XVIII° et au XIX° siècles, c'était le système capitaliste à ses stades d'expansion. La forme générale distinctive du XX° siècle est son caractère de transition. C'est une période de mouvement rapide et convulsif de la domination du capitalisme mondial comme forme suprême de la société de ciasses vers l'étab'issement d'Etats postcapitalistes tournés vers le socialisme, qui extirpera tous les vestiges des différenciations de classes.

« La vie nous montre à chaque pas, dans la nature et dans la société, des vestiges du passé subsistant dans le présent », ob-

Dans le processus cosmique incessant du devenir et de l'être, toutes les choses passent d'un état à un autre. Ceci signifie que les états et les formes transitoires peuvent être trouvés partout dans le monde physique, dans la société, dans le développement intellectuel.

L'antithèse d'une formation de transition est une formation fixe et stable possédant des caractéristiques bien nettes qui composent un modèle définitif. La distinction entre les deux est relative, puisque même l'entité la plus durable est sujette au changement et à la transformation en quelque chose d'autre au cours d'une assez longue période de temps.

La polarité dynamique des formes physiques est illustrée par un liquide. C'est un état plus ou moins stable de la matière sur terre, intermédiaire entre un solide et un gaz, se comportant partiellement comme l'un et comme l'autre, mais pourtant essentiellement différent des deux. Un liquide a plus de cohésion qu'un gaz et plus de mobilité qu'un solide. Il ressemble à un servait Lénine dans l'Etat et la Révolution. Il écrivait cela pendant la Première Guerre mondiale et la Révolution russe, les deux événements catac'ysmiques qui inaugurérent la nouvelle époque de l'histoire. Bien que cette époque soit déjà vieille de cinquante ans, elle est loin de sa maturité, et sa progéniture souffre de nombreuses maladies congénitales de l'enfance.

Le caractère fondamentalement transitoire de cette période et la prédominance de traits remarquablement contradictoires nécessitent une recherche dans la nature essentielle de ce phénomène. La présence de formations, de types, et de périodes transitoires a été remarquée empiriquement, et leurs caractéristiques concrètes analysées dans les écrits de nombreux marxistes, et pas seulement par eux seuls. Mais le sujet a rarement été traité de façon suivie et systématique. Cette déficience théorique est regrettable car une foule de problèmes politiques et sociologiques emembarrassants pourraient être éclaircis à travers une compréhension correcte des part.cularités de cet aspect très répandu des choses. solide en ayant un volume défini mais il en diffère et ressemble à un gaz par labsence de toute forme définie.

Les transformations qualitatives de H2O et d'autres composés chimiques résultent de changements dans la constitution moléculaire. Un solide se compose de molécules fixées de façon rigide. Quand celles-ci sont désagrégées par des changements de température et de pression, elles passent dans une condition pius fluide dans laquelle les molécu'es maintiennent entre elles une certaine proximité tout en acquérant plus de mobilité que dans un solide. Une fois que les molécules se déplacent davantage les unes des autres et sont pleinement libérées de leurs liens mutuels, elles deviennent gazeuses. L'état gazeux est l'état de matière le plus différent du solide en ce qui concerne l'imbrication de ses constituants moléculaires.

Ainsi un liquide est négativement défini par ses relations par rapport à l'état solide à l'une de ses limites et à l'état gazeux à l'autre. 1l est déterminé positivement par

LA QUALITE EXCEPTIONNELLE DES ETATS DE TRANSITION

LA QUALITE EXCEPTIONNELLE DES ETATS DE TRANSITION

QUATRIEME son mélange spécial de cohésion et de mobilité. Si la capacité d'un liquide se transforme en son opposé à l'une quelconque des deux limites contre son caracière intermédiaire, et sa combinaison de propriétés contraires fait ressortir la dualité intrinsèque de son être.

Mais quand un liquide bout, ces polarités de volume défini et de forme variable sont poussées à l'extrême de la contradiction. A un seul et même moment, à l'intérieur du système dans son ensemble, il y a à la fois un volume défini et indéfini, aussi bien qu'une forme indéfinie. Cette différence est répartie sur des parties du système, sur différentes molécules. Ainsi, l'eau et la vapeur coexistent; quelques molécules sont à l'état gazeux, d'autres à l'état liquide. Mais, pour le système dans son ensemble, nous ne pouvons dire ni qu'il est exclusivement gazeux ni qu'il est exclusivement liquide; il est en fait à la fois gazeux et ilquide : il bout. C'est le stade de transition entre le liquide et le gaz.

Toutes les choses ont une nature double, ce qu'un exemple pris à la géographie plutôt qu'à la chimie va illustrer. Une plage est définie à la fois par l'eau et par la terre. Chacune de ces entités physiques opposées sont des parties essentielles de sa composition. Retirez l'un ou l'autre, et la plage n'existe plus.

Mais les formations transitoires se distinguent des choses ordinaires par le caractère accentué de leur constitution double. El'es appartiennent à un genre spécial loppées et affirme son existence émergeant dans les limites de la vieille coquille. Ce qui va devenir le nouveau lutte pour dépasser son précédent mode d'existence. | est en train de passer d'un stade au suivant mais n'est pas encore assez mûr, puissant ou prédominant pour détruire et rejeter le placenta de son état natal et se tenir complètement et fermement sur ses propres pieds. Comme un fœtus, il dépend encore des conditions de sa na'ssance ou, comme un enfant, de ses parents.

Dans un développement normal et complet, les formations transitoires traversent trois phases. 1) Un stade prénatal ou embryonnaire où les fonctions, les structures et les traits de l'entité naissante se développent et se meuvent dans le cadre d'une ,orme déjà établie. 2) La percée qualitative de la période de naissance, quand égat des nouvelles facultés et des nouveaux traits réussit à détruire l'ancienne forme et à avancer pour son propre compte. A ce point, la nouvelle création ontinue à retenir de nombreux résidus appartenant à son stade antérieur. 3) La période de maturation dans laquelle les caractéristiques résiduelles ne convenant ›us à son propre mode d'existence sont jorgement rejetées et la nouvelle entité se développe sans erreur possible, fermement et fortement sur ses bases propres.

Les traits et les fonctions spécifiques d'une chose nouvelle prennent du temps pour manifester leur potentiel, pour engendrer le type le plus approprié d'expression, et pour se stabiliser dans une forme normale ou achevée. Au début de leur carrière, ils sont entravés, souvent même défigurés, par l'héritage du passé.

Ces phénomènes limites sont si significatifs et déroutants parce qu'ils constituent la passerelle séparant des stades successifs de l'évolution. Leur nature hybride, exprimant des caractéristiques appartenant à des phases opposées de croissance, jette la lumière à la fois sur l'ancien et le nouveau, sur le passé et l'avenir. A travers eux, il est possible de voir comment et où la carapace de l'ancien est détruite par des forces antagonistes luttant pour établir les fondations et les conditions fondamentales pour des formes plus élevées d'existence.

Chaque tournant dans l'évolution de la vie a produit des espèces aux traits contradictoires qui appartiennent à des formes successives différentes. Ces traits indiquent leur statut comme liens entre deux espèces distinctes et successives. CLASSIFICATION Du point de vue structurel, l'Australopithécus d'Afrique du Sud n'est ni absolument un singe, ni absolument un homme ; c'est un être intermédiaire. Il se tenait et marchait habituellement debout aussi bien que de processus, d'événements et dans la nature, la société et individuelle, qui possèdent des exceptionnellement tradictoires presque de façon outrageante de formes l'expérience traits conprononcés,

Elles portent la coexistence d'opposés dans un tout jusqu'à un point extrême et anormal

Ces phénomènes sont tellement autocontradictoires qu'ils peuvent incorporer le passage d'un stade ou d'une forme d'ex'stence à un autre. Puisque les traits principaux des formations transitoires apparennent à des stades consécutifs mais qualitativement différents de développement, ils doivent représenter une combimaison de l'ancien et du nouveau.

Dans le processus de la vie, les premiers produits du développement sont nécessairement réal sés de façon inadéquate par rapport à leurs propres conditions. Ce qui est nouveau fait sa première apparition ou sein et au travers de formes sous-déve-

PROBLEMES DE

Le point le plus important du tournant dans l'évolution organique fut le passage du singe à l'homme. A ce sujet, des savanis ont découvert des fossiles d'êtres vivants ayant des caractéristiques opposées

QUATRI l'homme et le volume de son cerveau approche celui de l'homme. Le fait que ces êtres se servaient d'outils et que, de la sorte, ils se livraient à une activité laborieuse pour obtenir leurs moyens d'existence prouve qu'ils avaient franchi la frontière séparant le singe de l'homme et qu'ils avaient abordé un nouveau mode d'existence, malgré les lourds vestiges du passé de primate qu'ils portaient en eux.

Précisément à cause de leurs traits hautement contradictoires et inachevés, les formes de transition offrent des problèmes excessivement controversés de définition précise et de classification aux savants. Elles sont le plus énigmatique des phénomènes. Il est souvent difficile et quelquefois impossible de dire de quel côté de la frontière ils appartiennent effectivement

La tâche est de distinguer ce qui est véritablement nouveau de ce qui est enraciné dans les précédentes conditions d'existence, puis d'estimer les poids des différents traits en conflit et des tendances de développement incorporées au specimen. Des taxonomistes parmi les biologistes, les botanistes et les anthropologistes

Use sont engagés dans des controverses prolongées, amères et quelquefois non concluantes afin de savoir si un spécimen donné appartient proprement à une catégorie ou à une autre.

Qu'est-ce qui établit la place dans une classification ? La simple possession d'un trait ou d'un autre d'un type supérieur ou inférieur n'est pas considérée comme une preuve concluante. La question • est tranchée d'un côté ou de l'autre par la totalité des caractéristiques par rapport à ce qui précédait et à ce qui a été produit.

Par exemple, les restes fossiles Archaeopteryx montrent de nombreuses caractéristiques qu'on ne trouve maintenant que chez les reptiles ou chez les embryons d'oiseaux : la queue reptilienne, les machoires avec des dents et les ailes munies le griffes. Pourtant, c'est un véritable oiseau. Cette classification supérieure est garantie par la présence de plumes et la structure des pattes et des ailes qui le rendent apte au vol. L'Archaeopteryx avait brisé les limites de l'état de reptile pour devenir la première incarnation d'une forme plus élevée de créature vivante.

Les difficultés de classification provenant des caractéristiques contradictoires des phénomènes de transition sont bien illustrées par la controverse en cours entre les experts sur les hommes primitifs à propos de la découverte de nouveaux fossiles à Olduvai gorge au Tanganyika (voir Current Anthropology, octobre 1965). Ce célèbre site a donné •des preuves d'hominiens fabriquant et utilisant des outils à des niveaux datant de plus de deux millions d'années - les plus anciens encore découverts.

Le problème posé par les dernières découvertes concerne un groupe de restes fossiles nommé Homo habilis. Le Code International de Nomenclature zoologique (1961) insistait pour diviser les Hominidae en deux genres : Australopithecus et Homo. Il n'admettait aucun groupe intergénérique ou ambigénérique.

Cependant, l'Homo habilis ne convenait à aucune de ces catégories opposées. !| divergeait de l'Australopithecus par son modèle morphologique plus humanisé (traits biologiques), mais ce qui était encore plus important, par le fait qu'il avait fait le pas décisif de fabriquer des outils de pierre selon un modèle régulier et évoluant. Tandis que l'Australopithecus utilisait et modifiait des outils et qu'il n'ait même pu les improviser pour des buts immédiats, il ne fabriquait pas des instruments selon un modèle établi. D'autre part, les traits culturels et biologiques de l'Homo habilis n'atteignaient pas le statut de l'Homo.

Le dilemme auquel furent confrontés les classificateurs fut formulé comme suit par Phillip V. Tobias, professeur d'anatomie à l'Université de Witwatersand : « ... Le groupe habilis était à de si nombreux égards intermédiaire entre l'Australopithecus et l'Homo. Devions-nous le considérer comme l'espèce la plus avancée d'Australopithecus ou comme l'espèce la plus primitive d'Homo ? » Aucune de ces solutions n'était satisfaisante. « Nous nous trouvons face à face avec une faiblesse fondamentale en procédure taxonomique classique : nos systèmes de classification ont une tolérance inadéquate pour les formes transitoires ou intermédiaires. »

Comment la question fut-elle résolue? Tobias et L.B.J. Leakey conclurent que, sur sur la base des preuves concernant ces restes d'hominiens, il était nécessaire de reconnaître une nouvelle espèce d'hommes primitifs qu'ils désignèrent comme Homo habilis. Cette espèce d'hominien était plus jeune et plus avancée que l'Australopithecus, mais plus vieille et moins mûre que l'Homo.

La grande importance de l'Homo habilis en tant que pont entre l'Australopithecus et l'Homo est qu'il ferme la dernière brèche restante dans la série phylogénique des hominiens du pleistocène. La lignée de l'évolution humaine comprend maintenant trois stade distincts: en partie humanisé (Australopithécus ) ; nettement humanisé (Homo habilis); et pleinement humanisé (Homo).

Le professeur Tobias conclut : « Il y aura toujours des discussions à propos des noms à donner aux formes de transition (comme l'Homo habilis) ; mais la reconnaissance de leur rang intermédiaire crucial est d'une plus grande importance que le nom donné à la classe. Il semble que notre procédure en matière de nomenclature ne répond pas au besoin de l'appellation des « liens manquants » lorsque les brèches se sont réduites à de si fines gradations comme il en existe maintenant dans la série hominienne du pleistocène. »

Comme Tobias le fait remarquer en réponse aux objections de ses critiques, « les formes intermédiaires (« liens manquants ») provoquent toujours des maux de tête taxonomiques bien qu'elles aient une bonne signification phylogénétique. » Une fois qu'il fut établi que l'Homo habilis n'appartenait pas proprement à l'un des deux groupes, on devait lui accorder un statut disinct. Ce qu'il devait étre, fut déterminé par sa place spécifique dans l'origine évolutionniste de l'homme.

Ce n'était pas un Australopithécus parce qu'il avait atteint l'aptitude à faire des cutils avec l'aide d'autres outils. Mais il n'avait pas encore progressé suffisamment sur la voie de l'humanisation pour justifier son inclusion à l'Homo. Il n'y avait pas d'autre solution sauf de le reconnaître comme une espece nouvelle distincte du genre Homo.

Tobias suggère que le nouveau groupe d'hominien aurait pu être appelé Australopithécus-Homo habilis. Le compromis d'en faire une sous-catégorie aurait fait ressortir sa position émergente mais non sa nature distincte ou sa destinée ultérieure. !! possède manifestement assez d'attribuis importants qui lui sont propres pour mériter un rang indépendant.

Comme toutes les formations transitoires, la différence qualitative de l'Homo habilis LA TRANSITION DU COLLECTAGE

Les principales transitions dans le développement de la société manifestent des traits contradictoires d'une manière aussi frappante que la transition du singe à l'homme. Les nouvelles modifications dans l'équipement physique de l'homme perdent leur importance avec l'apparition de l'Homo sapiens. A partir de là, les lois du développement historique et social qui ont pour origine une activité laborieuse et ont pour base la croissance des forces productives, commandent totalement l'évolution de notre espèce.

Il serait possible de suivre, tout le cours de l'histoire sociale, telle qu'elle est connue et de choisir pour sujet d'études diverses formes transitoires dans lesquelles le nouveau est mélangé avec l'ancien et lutte avec plus ou moins de succès pour le remplacer. Nous ne pouvons donner que quelques exemples saillants pour clarifier en termes généraux la nature divisée intérieurement des processus de transition.

Commençons avec la structure inférieure du premier chapitre de l'existence humaine, l'Age de pierre qui dura des centaines de milliers d'années. Pendant tout cette pé-

IONALE 51 consiste en sa combinaison particulière de traits dont un groupe ressemble à ceux de son prédécesseur, l'autre préfigurant son successeur. Le poids relatif de ces traits contradictoires changea au cours de son développement. Il s'éloigna bien au-delà du genre antécédant en même temps qu'il se rapprocha des tout premiers membres du stade suivant plus élevé.

Hegel fournit une clé pour comprendre les formations transitoires à l'aide des concepts d'être déterminé et de limite, analysés dans la première partie de la Logique. Toute chose est ce qu'elle est en vertu Jis négations qui fixent ses limites qua'itatives. A la fois ce dont il sort et ce qu'il evient sont des éléments essentiels de son être. Cet être est un processus perpétuel de devenir, de détermination et de redétermination continues à travers l'interaction de forces opposées en son sein.

elles-ci le conduisent à devenir quelque chose autre de ce qu'il a été ou de ce qu'il ESt.

Ainsi, l'Homo habilis doit être désigné comme un être déterminé, c'est-à-dire un groupement distinct qualitativement, bordé d'un côté par l'Australopithecus et de l'autre par l'Homo. Cette espèce transitoire est délimitée par ses connexions organiques avec à la fois les stades antérieurs et les stades postérieurs de l'évolution humaine. Sa position spéciale dépend de ses différences qualitatives avec ces déterminants opposés. Dans la mesure où ces différences s'effacent, elle passe au-delà de ce stade et fusionne avec l'une ou l'autre. A LA PRODUCTION D'ALIMENTS riode, aucun changement fondamental ne produisit dans les activités économiques de l'homme. Il acquérait ses moyens d'exisnce exclusivement par différents moyens de collectage d'aliments: chasse, pêche (qui est la chasse dans l'eau) et recherche de racines, de noix, de fruits, d'insectes et de petit gibier.

L'état primitif de sauvagerie se termine et le degré suivant plus élevé d'existence sociale, la barbarie, commence lors du remplacement du collectage d'aliments par la production d'aliments. Ce nouveau stade dans la création de la richesse matérielle fut provoqué il y a dix à douze mille ans par la domestication des animaux et l'introduction des récoltes de céréales.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des archéologues associés à des savants relevant d'autres spécialités ont étendu leurs recherches à la fois dans l'Ancien et le Nouveau Monde pour trouver comment, pourquoi et, p'us précisément, quand et où se produisit ce changement qui fait époque. Ils ont découvert beaucoup plus de traces des origines de l'agriculture et de l'élevage du bétail que celles qu'on connais-

QUATRI sait auparavant de sorte que commence à prendre forme une esquisse précise des stades de cette grande révolution qu'est la production d'aliments.

L'agriculture a pu avoir des origines indépendantes en plusieurs lieux de notre planète. Elle a surgi presque simuitanément aux extrémités opposées de la Terre, au Moyen-Orient et au Mexique approximativement autour du septième millénaire avant notre ère. On connait maintenant plus de choses sur l'origine et l'expansion de l'agriculture des sites archéologiques du MoyenOrient que de ceux de l'Amérique centrale.

Des premiers il apparaît que la domestication des animaux précéda la culture des plantes. A Zarvi Chemi Shanidan, pas loin au nord de Jarmo, dans les collines du nord de l'Irak, des archéologues de l'Université Co'umbia ont trouvé des indications selon lesquelles, en passant de la vie dans des grottes à la vie dans des campements au grand air, environ 9.000 ans avant notre ère, les habitants qui jusque-là avaient chassé de nombreuses chèvres sauvages et à l'occasion des moutons sauvages avaient domestiqué le mouton.

Le type d'outils trouvés dans des sites ouverts similaires dans le nord de la Palestine, en Irak et en Iran a montré que les hommes qui vivaient dans ces campements, tout en chassant et en collectant la plupart de leurs aliments, possédaient des faucilles et des mortiers. Cela, lié à la découverte de nombreux os d'animaux susceptibles d'être domestiqués, suggère qu'ils avaient déjà pu devenir des producteurs réguliers d'aliments.

Le plus vieux site à présent fouillé d'une communauté se trouvant à la ligne de division entre le vieil et le nouvel âge de pierre se trouve à Jéricho en Palestine. Il y a neuf mille ans, les habitants de cette oasis dans le désert cultivaient des céréales et élevaient des brebis et des chèvres en plus de la pratique de la chasse et du co lectage. Mais ils ne pratiquaient pas encore la poterie et n'utilisaient pas encore des haches de pierre taillées. si les vif gerie Jerent di, cite desement Il est par conséquent difficile de savoir le plus ancien, complètaient simplement leur nourriture par la production d'aliments ou s'ils avaient atteint le point où la production d'aliments constituait la base de leur économie. Dans ce cas, is auraient franchi les frontières de la sauvagerie pour pénétrer dans la barbarie.

La situation est plus claire, tout en laissant encore des doutes, dans le cas du village qui vient ensuite dans le temps, Jarmo dans le Kurdistan, qui est un établissement d'environ trente maisons qui a été rebâti quinze fois depuis sa fondation. Ses couches les plus profondes datent environ de l'an 6.750 avant notre ère. Les habitants avaient domestiqué les chèvres et les bre

EME INTERNATIONALE bis. Non seulement ils cultivaient les céréales, ce qui implique une longue histoire antérieure, mais ils possédaient aussi la plupart de l'équipement utilisé par des paysans néolithiques plus récents qui transformaient le grain en pain. Ils avaient des faucilles en silex, des mortiers ou des meules pour broyer le grain, des fours pour le sécher et des bols de pierre dans lesquels ils mangeaient leur bouillie. Aux niveaux supérieurs la poterie avaient commencé à remplacer quelques-uns des vases en pierre.

Tout ceci implique que les habitants de Jarmo avaient abandonné le collectage d'aliments et vivaient sur ce qu'ils produisaient eux-mêmes. Ils étaient devenus des producteurs achevés d'aliments, de véritables villageois et paysans.

Un aperçu intéressant sur l'aspect botanique de ce processus de transformation a été fourni par les données qu'a accumulées le botaniste-archéologue Hans Helbaeck du Museum National danois. Les changements successifs dans les détails des grains carbonisés et des empreintes de certaines parties de plantes peuvent apprendre à un botaniste avisé tout autant que les changements successifs d'outils et d'objets façonnés à un archéologue. Les plantes et animaux domestiqués sont des produits façonnés vivants, créés par les modifications et les manipulations de l'homme.

Le botaniste danois a conclu que le blé et l'orge de Jarmo étaient les premières variétés qui avaient été cultivées pendant un certain nombre de générations. Leurs cultivateurs se trouvaient éloignés de plusieurs stades des premiers paysans qui avaient pris les semences de plantes à l'état sauvage. Qui donc étaient ces pionniers ? Des chercheurs ont récemment trouvé des caches de graines sauvages dans des villages de chasseurs et de collecteurs de semences. Ils pouvaient avoir commencé à récolter des graines sauvages avant de planter intentionnellement les premiers blés ou les premières orges.

Ainsi un village de chasseurs d'environ deux cents petites maisons de pierre fouillé à Mureybat dans le nord de la Syrie contenait des os d'animaux sauvages à tous ses dix-sept niveaux. Des semences d'orge et de blé sauvage apparaissent au cinquième niveau à partir du bas, avec des faucilles, des mortiers, des dalles de pierre plates et de petits foyers remplis de grandes pierres et de cendres. Mauritz Van Loon, de l'Institut oriental de Chicago, pense que les pierres étaient chauffées pour être employées à faire craquer les semences sauvages.

Il fallut environ deux mille cinq cents années pour assurer la transition de la chasse à la culture et pour arriver aux premiers villages d'agriculteurs. Selon les indications présentes, la suite des phases dans cette révolution relative à la production d'aliments commença avec la domestication des animaux aux environs de l'an 10.000 avant notre ère, passa par des villages de collecteurs de semences, et culmina avec l'apparilion de communautés agricoles vers l'an 7.500 avant notre ère.

Ces documents montrent qu'avant d'avoir pu se libérer de leur dépendance envers le collectage d'aliments, les premiers hommes qui domestiquèrent les plantes et les animaux avaient eu à passer à travers des phases intermédiaires dans lesquelles le mode d'obtention de moyens de subsistance était combiné avec la culture ou l'élevage ou même avec les deux. Dans la première phase, la production d'aliments restait subordonnée et complémentaire à la chasse et aux activités de dénichage jusqu'à ce que es nouvelles techniques et forces de production deviennent prédominantes. Juste avant ce tournant crucial, il dut y avoir une période où les activités et les productions totales du travail en commun étaient presque également divisées entre les deux, et il eut été difficile de dire si le groupe appartenait à une catégorie ou à l'autre.

La contradiction interne allait être résolue par le développement u'térieur des nouvelles forces productives plus dynamiques. Ainsi, lorsque l'agriculture et l'élevage furent introduits, quelques milliers d'années plus tard, dans les civilisations du vieil Age de pierre de l'Europe qui était moins avancée, les hommes de Starcevo qui vivaient

IONALE 53 dans la péninsule balkanique apprirent à pratiquer un système de récoltes et de pâturages alternants qui rendirent la chasse et la pêche d'une importance de moins en moins vitale pour leur économie.

Les ambiguités insurmontables relatives à la ligne de séparation entre le collectage d'aliments et la production d'aliments ont été soulignées dans un récent rapport sur la montée de la civilisation en Mésopotamie. « Avec le matériel à notre disposition nous ne pouvons établir le passage crucial d'une économie de collectage d'aliments à une économie de production d'aliments. On peut arguer que les houes pouvaient être employées aussi bien pour déraciner que pour labourer, les faucilles pour récolter le blé poussant naturellement ou le blé cultivé, les meules et les mortiers pour broyer et pi'er des semences sauvages ou même des pigments minéraux, et il n'est pas toujours facile de savoir si des os de moutons ou de bœufs appartenaient à des animaux sauvages ou domestiqués. Tout compte fait, notre meilleur critère est peut-être la présence d'habitations permanentes sur un site car l'agriculture attache l'homme à la terre. Mais, là encore, il est parfois difficile de tracer une ligne claire entre les maisons de pierre des chasseurs pour lesquels l'agriculture était une activité occasionnelle et les fermes de paysans complètement établies. » (Ancient Iraq, Georges Roux.)

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