Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 41

De Siles à Ovando

Mauro Vallejos · Quatrième Internationale, n° 41 · janvier 1970 · p. 30-35 · 4 468 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

L'article ci-dessous fut écrit dans les jours qui suivirent le remplacement au pouvoir en Bolivie du président Siles Salinas par le général Ovando. Depuis lors, la politique de celui-ci, notamment à l'égard de la Gulf Oil d'une part, de la répression d'autre part, a confirmé les prévisions de cet article. Ajoutons que nous avons reçu une information de Bolivie selon laquelle le P.O.R. (section bolivienne de la /Ve Internationnale), engagé dans une lutte implacable et qui, au cours de l'été a subi une répression terrible, a tenu en décembre

June réunion nationale qui a adopté et poursuivi le relèvement du parti

Le 26 septembre, l'équipe civile dirigée par Siles Salinas fut chassée du Palais du Gouvernement de La Paz par les forces armées et remplacée par un gouvernement composé de civils et de militaires, dirigé par le chef suprême des forces armées, le général Alfredo Ovando Candia.

Ce changement de garde fut effectué pacifiquement, sans qu'un coup de fusil ait été tiré, sans même qu'un couteau ait été planté dans qui que ce soit. Ce fut seulement pour des buts de propagande et dans une tentative de tromper le peuple ou, du moins, de créer l'espoir d'un changement politique que fut mise en scène une grande représentation de soutien, etc. et que les protagonistes de l'action qualifièrent finalement celle-ci de « révolution ».

Nous considérons qu'il est de notre responsabilité d'exposer les raisons qui amenèrent les forces armées à prendre cette mesure et les objectifs concrets qu'elles recherchaient et, en même temps, d'alerter le peuple sur les dangers qui le menacent, dissimulés derrière les poses démagogiques.

Ecrivant deux jours après l'événement, nous devons dire catégoriquement que nous avons à faire face à un changement de personnel au Palais du Gouvernement et non à une révolution sociale, contredisant les apologistes officiels, les âmes naïves et les utopistes.

Il n'y a pas de révolution, qu'il s'agisse des forces en cause qui sont les mêmes que celles qui ont monopolisé le pouvoir depuis 1964, ou de la poignée d'intellectuels opportunistes dans le nouveau cabinet qui n'ont ni affiliation de parti, ni idéologie définie. Encore moins peut-on trouver une révolution dans le programme présenté, le « Mandat Révolutionnaire », qui ne propose pas un seul changement une résolution dans la ligne de cet article à la suite de la répression. fondamental, manque de cohérence et n'est rien d'autre qu'une salade d'ambiguités et de contradictions.

Le « Mandat » est inférieur à tout programme minimum de lutte syndicale à présent. Ses caractéristiques concordent totalement avec l'esprit de la petite-bourgeoisie moyenne d'où ses auteurs émanent.

Le changement d'équipe au Palais du Gouvernement ne fut pas une tentative de faire la révolution mais de bloquer la révolution de nature populaire et prolétarienne, socialiste dans son essence, qui était en marche.

Une telle démarche était une réponse intelligente dans les circonstances données. C'était le produit de l'impuissance du système capitaliste face à la situation présente, instable et menaçante, une démarche extrêmement sérieuse de la part de la bourgeoisie et de l'impérialisme pour contenir une révolution surgissant d'en bas en offrant de réaliser la révolution d'en haut, mais... dans les limites de la loi, de l'ordre, du calme et dans le respect de la propriété privée des monopoles.

Cette conclusion est basée sur les considérations suivantes :

1° Le mouvement de guérilla et la montée du mouvement ouvrier ont forcé les généraux à prendre des mesures défensives.

Notre jugement est confirmé par les contradictions entre ce que les commandants militaires disent et ce qu'on peut lire dans l'introduction du • Mandat Révolutionnaire ». Celle-ci dit que l'attitude des forces armées fut provoquée par le danger qui menaçait les • institutions de la nation », en raison de la progression des forces de l'extrême-gauche et de l'activité grandissante des guérillas, une situa- tion que le gouvernement Siles se montrait impuissant à combattre. Le gouvernement Siles était spécialement incompétent pour contenir le terrorisme, c'est-àdire la lutte armée.

Ces déclarations « sincères » ou précipitées, faites évidemment par inadvertance, dévoilent les assertions insistantes du nouveau cabinet quant à ses objectifs révolutionnaires. En même temps, ces déclarations montrent que • les véritables objectifs des officiers sont les mêmes que ceux de novembre 1964, lorsqu'une insurrection populaire en progression secouait également le pays et mettait en danger les institutions de la société capitaliste.

Aujourd'hui comme hier, les généraux sont sortis de chez eux pour confronter. avec les moyens qu'ils trouvent les plus appropriés, une nouvelle montée et une nouvelle mobilisation du peuple, des masses ouvrières, paysannes et étudiantes, une montée dont l'expression la plus énergique et la plus dynamique est le mouvement de guerilla.

Peu avant l'élimination de Siles Salinas, les chefs militaires furent forcés de reconnaitre dans les faits, que les activités de guerillas en Bolivie n'avaient pas été détruites par les coups portés à l'Armée de Libération Nationale (ELN) ou par l'assassinat d'Inti Peredo. C'était admettre que les plans militaires avaient fait faillite. La répression avait été • incapable d'écraser les révolutionnaires.

La destruction des syndicats et de leurs stations de radio, les lois d'étouffement, les camps de concentration, et l'encerclement militaire des mines avaient donné des résultats très précaires. Les contradictions et l'épuisement du régime n'avaient pas été surmontés. Au contraire, ils devenaient plus aigus, amenant l'ex-chancelier Medeires à dire que parler du développement du pays parce que le revenu par tête continuait à baisser était un nonsens. Le revenu annuel par habitant est tombé de 130 dollars en 1950 à 80 dollars aujourd'hui, selon un rapport parlementaire.

Cette situation objective attisa la lutte des masses qui, à présent, mijote plus vigoureusement que jamais, entrainant de larges secteurs parmi les intellectuels et dans l'Eglise catholique dont les prêtres sont devenus des leaders des masses populaires mécontentes. Et cette lutte a attiré à elle les étudiants aisés des collèges et des universités qui se dressent contre la capitulation devant l'impérialisme et contre la politique antidémocratique, antinationale et anti-ouvrière de l'armée.

Dans ce contexte, les guerillas n'étaient rien de plus que la continuation du mouvement révolutionnaire de masse dont le développement fut arrêté et coupé • par

IONALE 31 les massacres et les répressions que les cercles militaires avaient commis.

Bien qu'en 1967, du temps de Che, le mouvement de guérillas avait un large soutien populaire, sa réapparition en 1969 avec Inti Peredo se produisit dans une situation beaucoup plus mûre, quand les étudiants, les prêtres, les ouvriers et les secteurs radicalisés des classes moyennes n'hésitaient plus et acceptaient la lutte armée comme la seule voie à suivre.

Cet état d'esprit est exprimé dans l'hommage rendu par les étudiants, les écrivains, les prêtres et les syndicats aux figures de Che et de Inti. Le peuple n'a pas été effrayé, son âme n'a pas été rongée par la terreur. Les guérillas ressemblent à ces premiers chrétiens qui étaient exterminés et dévorés par les fauves dans les cirques romains mais qui suscitaient de nouveaux combattants à leur place, inspirés par leur foi et par la certitude de la victoire.

Les mesures purement répressives s'avéraient insuffisantes. Continuer sur cette voie, dans les conditions que nous avons décrites, aurait conduit à une explosion révolutionnaire et à une montée extraordinaire de puissance des guérillas. Le haut commandement militaire le comprit. I! fallait permettre à la vapeur de s'échapper quelque peu pour éviter une explosion, il fallait isoler les combattants des guérillas du peuple. Selon le principal conseiller d'Ovando, le professeur de sociologie Rolon Anaya, la violence s'était épuisée sans avoir provoqué aucun changement. J'ajouterai qu'elle avait fini par libérer des forces potentiellement révolutionnaires plus grandes et que les organiser et les propulser dans la lutte n'eut été qu'une question de temps.

C'est pour cette raison que le commandement militaire décida d'adopter un programme économique et social d'apparence gauche; il décida de libéraliser son régime, de faire quelques concesconcessions, de donner l'impression de se ilvrer à une confrontation avec les entreprises impérialistes. Il mit en avant l'accroissement des parts étatiques dans les monopoles et, pourquoi pas, même une petite étatisation. Autrement dit, les militaires voulaient apparaitre comme les défenseurs de la souveraineté populaire nationale et des intérêts nationaux. La corde et la mitraillette de l'assassin devaient être désormais utilisées au nom d'une révolution !

Siles Salinas ne fut pas chassé parce qu'il était un obstacle à la réalisation d'une politique révolutionnaire de libération nationale et socialiste, mais parce qu'il était considéré incompétent pour contenir les guérillas et la progression de la gauche et parce qu'il devenait tout à

QUATRI fait urgent de perfectionner une tactique ou une méthode nouvelle pour mieux traiter avec les masses.

La nature antipopulaire du régime d'Ovando se montre ainsi très clairement. Le reste, le langage pseudo-révolutionnaire, les promesses de démocratie syndicale et politique, les nouvelles faces civiles dans le cabinet sont des questions secondaires, fortuites qui seront oubliées ou modifiées lorsque cela conviendra au commandement militaire.

2° Les forces armées détenant le pouvoir ont été converties en un parti politique.

Les forces armées ont pris le pouvoir en Bolivie en 1964. Les partis politiques traditionnels avaient perdu leur validité historique. Ils s'étaient montrés incapables de comprendre la situation internationale et nationale et les nouveaux rapports de force qui se développaient. Usés et ossifiés, ils devenaient inutiles pour défendre l'ordre établi par l'impérialisme et le capitalisme indigène contre une révolution ouvrière populaire. Le vide politique, comme Ovando l'appela un jour, fut rempli par l'armée qui commença à opérer comme un parti politique.

En fait, tout l'établissement militaire assuma des caractéristiques propres à une organisation politique. Tous les gradés, des généraux aux sergents, reçurent une instruction politique spéciale, outre l'instruction antiguerilla et de lutte urbaine donnée par des techniciens yankee. A cette instruction étaient liés des avantages et des privilèges de toutes sortes, des postes administratifs bien payés et une augmentation des traitements de 300 %-

L'Etat-Ma or des forces armées fut converti en un comité politique ou comité central de l'armée-parti. Il y eut un changement qualitatif important dans les forces armées ; ce n'était plus les vieilles forces armées, la vieille armée. Ce phénomène spécial consista dans une politisation du corps des officiers et l'institutionnalisation de son caractère politique. Ceci à son tour engendra une militarisation de l'activité politique.

Le parti-armée ou parti politique armé a monopolisé le pouvoir politique de façon ininterrompue depuis novembre 1964 Il a gouverné le pays sous diverses formes - junte militaire (Barrientos-Ovando): gouvernement constitutionnel (Barrientos-Siles) et maintenant junte civile et militaire (Ovando).

Ces diverses formes n'ont été qu'une question d'apparences dictées par les besoins tactiques des rapports intérieurs et internationaux des militaires. Quelle qu'ait

EME INTERNATIONALE été la forme, la même dictature militaire étayée par la force armée était derrière elle. Jamais comme aujourd'hui, l'Etat capitaliste n'a autant ressemblé à un simple corps armé, recouvert au mieux par un bikini pseudo-démocratique. Ayant absorbé tous les pouvoirs, les chefs militaires peuvent se vanter que « l'Etat, c'est nous 1 ».

A aucun moment le gouvernement Siles Salinas ne rompit la continuité de la dictature militaire. Pratiquement Siles ne gouvernait pas. C'était un président fantoche, manquant du pouvoir de nommer même des fonctionnaires subalternes dans les administrations locales (cas de Venezuela à Cochabamba). Son talent peu commun à jouer un rôle de façade le conduisit à tolérer une telle situation. La force dirigeante était toujours l'armée-parti qui, par ses divisions régionales, ses forces aériennes et navales, contrôlait le pays et réalisait ses décisions dans le dos de Siles.

Pour ses besoins, ie parti-armé a créé et dissous des groupes politiques civils ou accroché de vieux mini-partis à son char, essayant de donner l'impression qu'elle avait une base la soutenant. Il ne pouvait tromper qui que ce soit de cette façon. Les nouveaux personnages civils qui sont maintenant dans le cabinet comme Rolon Anaya, Quiroga Santa Cruz, Bailey et Ortiz ne diffèrent en rien de Tris tat caden Fernando Diez de Medina, Ricardo Anaya, Walter Guevara et autres.

Le fait est que, comme les monarques espagnols décadents, le parti-armée s'entoure d'une catégorie d' « arbitristas .. comme on appelait au Moyen Age certains conseillers royaux qui substituaient la nécromancie à l'analyse sociale.

3° L'histoire et le caractère social de l'armée-parti.

Nous serons connus par nos œuvres, a dit le général Ovando. C'est une vérité d'Evangile. A vrai dire, nous les connaissons déjà par leur œuvres et nous savons ce dont sont capables les forces armées boliviennes.

Les déclarations des généraux suffiralent à révéler ce qui est derrière la réorganisation du gouvernement. En matière de jurisprudence, « la confession de l'accusé est une preuve totale ». Mais en politique ce critère est insuffisant. Ce qui est décisif pour comprendre la nature d'un Etat, mesurer un processus révolutionnaire et jauger le potentiel de ses dirigeants, c'est de déterminer sa nature sociale ou de classe. Une telle politique empêche des erreurs de jugement en face de situations passagères qui, à certains moments, sont contradictoires et confuses.

Les forces armées sont une composante de l'Etat. Dans notre pays, elles représentent les classes dirigeantes qui sont étroitement liées à l'impérialisme. Dans cette période de guerre mondiale entre le socialisme et l'impérialisme, les forces armées boliviennes font effectivement partie de l'armée internationale de l'impérialisme dont la tête est au Pentagone. C'est une vérité si élémentaire que même les enfants la connaissent. • Après avoir été défaite par le peuple armé en 1952, l'armée bolivienne fut reconstruite par l'impérialisme. Ses plus hauts chefs militaires ainsi que ses officiers subalternes. ont suivi des cours spéciaux à Panama où le Pentagone a son quartier général pour l'Amérique latine. Dans la forteresse de Miraflores, près des bureaux de l'état-major bolivien, la commission militaire américaine poursuit son travail. Des conseillers yankee instruisent les unités spéciales contre la guerilla et les insurrections urbaines. Les forces armées de Bolivie ont été construites, instruites militairement, techniquement et politiquement, et armées par le Pentagone. C'est pourquoi le peuple dit que l'armee bolivienne est • Made in U.S.A. ». En raison de son éducation et de son instruction et de son attitude arrogante découlant de ses privilèges, la caste militaire bolivienne est conservatrice, défend l'« ordre établi » et est ennemie de toute réforme si minime soit-elle. L'histoire militaire bolivienne est une histoire de massacres d'ouvriers et de paysans, et de coups d'Etat pour bloquer les progrès des masses. Rien que pour la période depuis 1964, nous avons à noter les deux massacres dans la mine de Catavi-Siglo Veinte en 1965, le massacre à Milluni et à Alto La Paz dans la même année, le massacre du jour de la Saint-Jean à Siglo Veinte en 1967, les occupations des sièges des syndicats, la destruction des stations de radio possédées par les syndicats, et d'autres incidents similaires. Toutes ces actions furent réalisées sous le commandement du général Ovando qui exerçait l'autorité suprême sur l'armée, et par l'équipe actuelle de gouvernants militaires.

Si telle est l'histoire des forces armées qui sont aujourd'hui le parti-armée, il serait étonnant qu'en un clin d'œil, sans débats ni sérieuses crises intérieures, toute cette institution change d'état d'esprit, rejette son passé et devienne progressiste, révolutionnaire et anti-impérialiste. Je ne nie pas la possibilité d'un changement dans certains secteurs de l'armée, en premier lieu parmi les jeunes officiers qui ne se sont pas compromis dans le passé oligarchique de celle-ci et qui sont influencés par les triomphes

IONALE 33 techniques, scientifiques et militaires du camp socialiste. La lutte de classe n'épargne aucune organisation, si monolithique soit-elle, et l'armée ne sera pas une exception. Mais seule la révolution, la lutte révolutionnaire désintégrera l'armée d'oppression, libérant des secteurs qui passeront au peuple et rejoindront une nouvelle armée de libération émergeant du peuple. Dans la tradition de Lénine, je ne pense pas que l'armée et ses commandants feront un demi-tour à la suite d'une simple persuasion par des « arbitristas » du type de Folon Anaya ou Quiroga Santa Cruz. Je ne pense pas non plus qu'elle procédera à un tel changement par suite d'un éveil de « sa conscience ». La force qui divisera l'armée, qui la démoralisera et gagnera au peuple tout secteur progressif qui peut exister en son sein sera la lutte révolutionnaire. Telle est la leçon historique de toutes les révolutions. Les déclarations populistes et les innombrables promesses qui ont déjà été faites au cours des dernières heures constituent des manœuvres pour semer la confusion et tromper les masses; elles représentent surtout des tentatives pour réduire la radicalisation des masses •de façon à stopper leur soutien généreux à la lutte armée et aux guerillas.

Un instrument tel que l'armée-parti n'est pas qualifié pour diriger une révolution conduisant à la libération nationale et sociale de la Bolivie. Dans la présente période d'histoire mondiale de transition entre deux systèmes et de modes de production, la révolution signifie une lutte directe pour le socialisme. La route de la civilisation et du progrès pour les peuples passe par le renversement des classes capitalistes qui détiennent le pouvoir et par la défaite de l'impérialisme qui les étaye. Dans leur « Mandat Révolutionnaire les forces armées boliviennes ne proposent pas de mettre une autre classe au pouvoir ou de changer les structures existantes pour les rapprocher du socialisme. Ce qu'elles proposent, c'est de préserver le système d'exploitation et de le défendre à partir d'une meilleure position tactique.

La politique des bourreaux gé les forces de massacre et de corde a échoué. Ce qui a obliarmées à prendre quelques slogans populaires et à se présenter comme des « nationalistes de gauche ». Rappelons-nous que le triomphe de la Révolution cubaine obligea l'impérialisme yankee à se poser en ami du développement des nations latino-américaines avec son Alliance pour le progrès. Par suite de cette politique, il eut à délivrer quel-

VATRI ques dollars de plus, mais il ne changea pas pour cela son caractère impérialiste, exploitateur, oppresseur et antipopulaire. Dans certaines circonstances, afin de défendre plus efficacement leurs intérêts, les classes oppresseuses se trouvent obligées d'accorder quelques concessions qui sont plus formelles que substantielles. Mais, en retenant le pouvoir dans leurs mains précisément à cause de cette flexibilité, ces classes oppresseuses récupèrent rapidement ces concessions et même accroissent leurs profits une fois que les difficultés sont passées.

4° Le « Mandat Révolutionnaire » est une farce.

La seule importance du programme lancé par les forces armées sous le nom de * Mandat Révolutionnaire » est d'offrir quelques concessions d'en haut pour sauver la situation présente. Utilisant les cerveaux de ses employés civils du moment, le parti-armée a fait un effort de théorie politique. Mais cette tentative n'a produit qu'une théorisation vulgaire sans valeur. Le caractère social et traditionnel des forces armées est reflété dans ce document en dépit de son verbiage populiste de pacotille.

En fait, le document commence par proposer un « système qui ne serait ni exclusivement capitaliste ni exclusivement socialiste et dans lequel subsisteraient diverses formes de propriété •. II propose une « alliance sociale », c'est-à-dire un front de classes et, finalement, il présente

Dans les deux dernières décennies, le peuple bolivien a vu comment la lutte de classe dans son développement inexorable a réglé les comptes de programmes semblables, démasquant cruellement les faux prophètes réformistes. Sous la pression et sous les manœuvres des intérêts monopolistes, il ne restait bientôt de ces réformistes rien d'autre que leur antisocialisme. Ils oubliaient rapidement leurs vues fantaisistes pour rendre le capitalisme et l'impérialisme bons et bénévolents.

Les deux premiers décrets d'Ovando, émis en même temps que le « Mandat Révolutionnaire », et plus tard complétés par de grandes déclarations, illustrent la véritable orientation et le potentiel de ce gouvernement de civils et de militaires. Le premier décret abroge le Code du Pétrole de 1955. Mais le principe adopté en ce qui concerne les concessions unilatérales et traitresses fut de négocier une augmentation des royalties. Il est possible que, si aucun accord n'est atteint, les gouvernants militaires seront obligés de procéder à une nationalisation, en payant une compensations totale pour tous les investissements de la Gulf Oil, ainsi que des dommages, autrement dit ils proposent une sorte de transaction commerciale. Mais cette mesure, laissant intacte la structure de l'impérialisme et, pis encore, ouvrant la porte à de nouveaux investissements étrangers qu'ils promettent de respecter, sera émasculée. Lorsqu'il fut porté au pouvoir par les masses en 1952, le M.N.R. nationalisa les mines. Mais, peu après, il ouvrait les champs petromeres ala penetrauon imperalste. pétrolifères à la pénétration impérialiste. Qui peut dire si, cette fois-ci, ils ne donneront pas les minerais radioactifs ou le fer de Mutum en échange du pétrole ?

L'autre décret qui concerne la liberté syndicale a aussi un caractère trompeur. Dans la nouvelle montée qui se produisit, les syndicats avaient commencé à ignorer dans la pratique les règlements corporatifs décretés par Barrientos. L'annulation de cette loi visait à soulever des espoirs parmi les ouvriers.

Mais, avec le temps, des mesures apparaitront qui limiteront les activités des syndicats. Entre temps, on a déjà mentionné un nouveau règlement qui interdirait la politique au sein des syndicats et une activité de partisan dans le mouvement ouvrier. En outre, les sièges syndicaux, les stations de radio indépendantes et les fonds syndicaux restent sous tutelle gouvernementale.

Selon la sagesse populaire, il suffit d'une gorgée pour connaitre une boisson. Ces deux décrets sont la gorgée qui permet déjà de prédire le cours ultérieur du gouvernement Ovando. En ce qui conun assortiment de contradictoires, dont fois més plusieurs dernières années.

Nous trouvons un slogans hautement tous ont été déclades vingt au cours empressement à affirmer une opposition à la domination étrangère suivie immédiatement de déclarations sur de larges garanties aux investissements étrangers privés auxquels était concédé un rôle dans le développement social.

Le document souligne la souverainete nationale mais rien n'est dit au sujet du réseau de missions et de commissions yankee qui sapent cette souveraineté et le droit des peuples à l'autodétermination. La base aéro-navale de El-Alto, connue sous le nom de « Petit Guantanamo », est oubliée.

Enfin, le * Mandat Révolutionnaire • n'offre rien qui n'ait été formulé auparavant par Barrientos ou qui n'ait été proposé avec plus de verve par d'autres mouvements bourgeois, et qui n'ont donné d'autres résultats que la défaite pour le peuple et une plus grande colonisation du pays.

cerne les libertés démocratiques et politiques les prisons resteront pleines : tout révolutionnaire qui s'aventurerait à prendre au sérieux les promesses officielles finira derrière les barreaux comme « contact de guérillas » ou « personne subversive ». On peut annuler la loi sur la sécurité de l'Etat, mais les cours, leurs juges et leurs procureurs convertis en agents de police continueront à priver les citoyens de leurs libertés sur la base d'un code pénal désuet. L'encerclement tactique des mines sera changé en encerclement stratégique, les troupes étant retirées de quelques kilomètres de là où elles sont maintenant.

Il n'y aura pas de réouverture de la question des salaires, tout au plus les mineurs obtiendront-ils quelques faibles augmentations de salaires bien inférieures aux réductions qui leur furent imposées en mai 1965. Les entreprises privées ne seront pas expulsées des gisements minéraux à basse teneur et des tolérances des mines nationalisées, etc. Et si certaines sociétés s'en iront, d'autre viendront protégées par le respect et les garanties des investissements privés, incorporés dans le « Mandat Révolutionnaire ».

Ainsi, le programme des forces armées est une farce, une tentative pour tromper les masses et semer des illusions dans les secteurs les plus arriérés des classes moyennes. Il est dicté par l'anxiété des militaires à isoler les guérillas. Les guérillas combattent pour de bonnes choses, admettent les militaires, ce ne sont pas des rebelles qui seraient sans cause ; mais ils sèment la violence et la mort et, en outre, suivent des directives étrangères. Nous lutterons pour un programme aussi bon si ce n'est meilleur, mais sans provoquer la mort et dans la liberté et la justice sociale. Abandonnez les guérillas et soutenez le « Mandat Révolutionnaire » des forces armées. Tel est le déplacement tactique représenté par la manœuvre du 26 septembre. Telle est la pensée qui se trouve derrière lui.

5° Alertons le peuple bolivien !

Les marxistes révolutionnaires, les marxistes-léninistes ont pour mission historique de faire la révolution pour édifier le socialisme. Nous ne tombons pas dans des pièges habiles comme celui d'aujourd'hui ni n'encourageons chez personne des illusions réformistes.

Nous sommes des acteurs dans la révolution et non de simples spectateurs critiques. Encore moins sommes-nous des gens qui pétitionnent pour que d'autres fassent une révolution qui est notre par droit et par devoir. C'est pourquoi nous traçons une ligne de feu entre nous et l'opportunisme carriériste, nous n'abdiquons pas notre rôle de direction du peuple vers la victoire socialiste.

En outre, il est nécessaire de dire très clairement que le socialisme ne se construit pas avec des pièces et des miettes mendiées à l'oppresseur impérialiste. A tout élément naif qui, aveuglé par le verbiage officiel, pourrait penser qu'il y a une voie de rechange à la libération dans le chemin suivi par Ovando, nous disons que le système d'oppression impérialiste et le pouvoir de la bourgeoisie ne seront jamais détruits par de petites conquêtes.

Pour briser ce pouvoir, il faut une véritable révolution, un soulèvement brutal et violent. La violence armée est indispensable pour détruire les bases et les piliers sur lesquels repose le système capitaliste.

Si le pouvoir capitaliste n'est pas brisé, si la bourgeoisie se maintient, le capitalisme trouvera toujours des voies et des moyens pour absorber les réformes et les petits gains, pour les intégrer dans son fonctionnement en vue de les pervertir ultérieurement, de les émasculer et de les liquider. L'histoire bolivienne est riche en exemples qui enseignent cette leçon.

Je répète. Ce que le gouvernement actuel s'efforce de faire en prononçant ostensiblement le mot « révolution » est de désamorcer les contradictions économiques, politiques et sociales du système afin de stopper l'action révolutionnaire des masses.

Le renvoi du Parlement et la dissolution des partis politiques n'ont laissé qu'une seule institution en place, l'arméeparti-Etat qui a un monopole absolu du pouvoir. Ce développement a poussé la militarisation de l'activité politique à ses fins ultimes. Dans ces conditions, la lutte de classe et les mobilisations de masse ne peuvent prendre que le chemin de la lutte armée.

Contre l'armée-parti-gouvernement qui domine omnipotent, le devoir des révolutionnaires est d'ériger une armée du peuple, expression concrète des forces populaires. Nous ne devons pas nous tromper -nous-mêmes. Pour renverser le présent régime et prendre le pouvoir, nous devons forger un instrument adéquat, l'Armée . révolutionnaire du peuple. Les mobilisations des travailleurs, les grèves, l'action démocratique du peuple, exigent un tel instrument qui sera construit dans la lutte armée, qui se construit déjà aujourd'hui par le mouvement des guérillas. La première tâche des révolutionnaires est de se rallier autour de cette armée du peuple qui se forme, de la soutenir et de la défendre.

Une erreur sur cette page ?