(Lettre du
L'année 1969 se termine en entrouvrant les vannes des luttes qui vont certainement se produire au cours de l'année qui vient. Peu à peu mais sans discontinuer, le mouvement étudiant récupère ses forces après la brutale répression qui aboutit au massacre du 2 octobre 1968.
C'est précisément en octobre de cette année que le mouvement révolutionnaire a commencé à reprendre son souffle. Le 2 octobre, malgré le deuil que ressentaient les grandes masses du pays. le mouvement révolutionnaire s'est montré incapable d'organiser quelque chose de spectaculaire à l'occasion du premier anniversaire du massacre. Cependant d'autres raisons ont mis un terme au recul du mouvement; une nouvelle montée révolutionnaire s'amorce lentement, certes, mais fermement.
Ce fut le gouvernement qui paradoxalement donna pour ainsi dire la première impulsion. En effet, à la mi-octobre, le bruit se répandit par le pays annonçant que les prisonniers politiques allaient être libérés sous condition de s'exiler. Le bruit se fit plus insistant quand les autorités informèrent les familles des prisonniers des démarches qu'elles devaient faire en vue de la libération de ceux-ci (demande et obtention de passeports, de visas d'entrée dans les pays d'exil, de billets de voyage par avion, ete.). La plupart des prisonniers ne disposant pas de largent nécessaire à ces démarches, un fonds de solidarité fut constitué pour leur venir en aide. Deux jours après que commencèrent à cireuler de telles nouvelles, qui étaient d'ailleurs parties de la prison de Lecumberri, un fait nouveau intervint qui changea encore quelque peu le climat politique dans le pays : le Parti Révolutionnaire Institutionnel (1) avançait la candidature du secrétaire d'Etat Luis Echeverria Alvarez pour l'élection présidentielle qui aura à dé signer le successeur du président haï Diaz Ordaz. Les bruits sur la libération
(1) P.R.I., parti du gouvernement.
Mexique) des prisonniers cessèrent alors aussi brusquement qu'ils avaient été lancés.
Ils n'avaient eu d'autre but que de constituer une manœuvre de diversion destinée à « amortir » le choc psychologique que devait provoquer l'annonce de la candidature Echeverria.
La direction politique de la bourgeoisie est aujourd'hui bicéphale, c'est-à-dire qu'elle est représentée d'un côté par le président Diaz Ordaz, d'un autre côté par Echeverria. Cependant le premier est de plus en plus discuté, moins sûr de son pouvoir, dépourvu totalement de base sociale, tandis que Echeverria, tout en étant une créature d'Ordaz, représente l'alternative politique que la bourgeoisie mexicaine fait ,semblant d'accepter.
Une série de faits qui se sont succédé depuis lors, confirme que la situation dans le pays est mûre pour lancer et développer sur une grande échelle la campagne pour la libération des prisonniers politiques.
Ces derniers se préparaient en octobre à protester énergiquement contre l'arbitraire des procédures judiciaires dont ils étaient l'objet. Le gouvernement, outre qu'il a laisser traîner les enquêtes pendant plus d'un an, eut recours à toutes sortes de moyens pour entraver le déroulement des procès. Ainsi les accusés n'étaient pas autorisés à produire des témoignages pour leur défense ; on interdit au public et même aux familles des accusés, d'assister aux séances des procès, tandis que la salle du Tribunal était remplie de policiers. Enfin, les condamnations étaient prononcées sans tenir aucun compte des données à la décharge des accusés, et encore moins des règles que les magistrats affirment toujours respecter.
Dans ces conditions, vu la nouvelle situation, les prisonniers politiques ont décidé de faire la grève de la faim, à laquelle se joindront les prisonniers de Lecumberri. (Au moment où nous écrivons, on ignore si Vallejo et Campos, emprisonnés à Santa Marta Acatitla, feront de même.)
Un bref rappel des faits permettra de brosser le tableau général de la situation depuis l'annonce de la candidature du P.R.I. à la présidence.
Du point de vue électoral, ce qui est arrivé dans le Yucutan est très significatif et montre la rapidité avec laquelle le parti politique au pouvoir perd tout soutien social. L'Etat de Yucutan, dans l'extrémité sud-est du pays, ainsi que l'Etat de Basse Californie, au nord-ouest, constituent avec la capitale (Mexico), les chainons les plus faibles de la Fédération mexicaine. Par contre, ces deux péninsules diffèrent entre elles en ce qui concerne le niveau de vie : tandis que la Basse Californie est l'un des trois Etats (les deux autres étant le Nuevo Leon et le District fédéral), qui enregistrent le plus gros revenu par tête d'habitant, le Yueutan est, avec par tete les Etats de Oaxaca et de Tlaxcala, un des plus pauvres du pays.
Au Yucutan et dans la Basse Californie l'opposition bourgeoise représentée par le P.A.N. (Parti d'action nationale) l'a emporté dans maintes élections sur le P.R.I. Dans le District fédéral, le P.A.N. commence à gagner une grande audience électorale. Les élections pour le poste de gouverneur de l'Etat de Yucutan seront un test important qui permettra de mesurer le degré d'opposition à la dictature du P.R.J. Tous les observateurs politiques concordent pour reconnaître que ce test sera décisif pour le P.R.I. et servira dans une grande mesure à arrêter la stratégie que ce parti suivra lors de l'élection présidentielle en juillet 1970. Déjà, le 23 novembre, on a vu que la population du Yucutan s'était ruée aux urnes pour voter pour Correa Racho, candidat du P.A.N. et président du conseil municipal de Merida, capitale de cet Etat. Cependant, la majorité des voix acquises par Correa Racho n'empêcha nullement l'armée d'intervenir pour manipuler le serutin, et, forte de ses baïonnettes, pour donner la victoire au candidat du P.R.I.
Ce qui s'était passé dans le Yucutan fut vertement critiqué par l'opinion publique, mais la presse n'en donna qu'une pâle information Déjà de pareils développements s'étaient produits en 1968 dans la Basse Californie où le candidat du P.A.N. acquit la majorité des voix aux élections préfectorales. Cependant ici, comme dans le Yucutan, l'opposition populaire au régime ne fut pas orientée dans un sens révolutionnaire par le P.A.N., ce parti se maintenant dans une opposition légale, sans oser s'attaquer au caractère dictatorial du pouvoir Ordaz. En fait, le P.A.N. cherche à convaincre la bourgeoisie que son programme à lui peut remplacer celui du P.R.I., offrant au pays une alternative so- ciale-chrétienne comme celle de Frei au
Chili ou Caldera au Venezuela.
Un secteur de la bourgeoisie, intégré dans le marti gouvernemen parole est Lazaro Ca sident des « progress cache pas sa préoceu tuation, ce qui révèl sions et même de div P.R.I. Le 20 novembr commémoration de caine de 1910, Carde ces termes : « Nous anniversaire nous api nérale en ouvrant les aux fils et aux pères e faits conjoncturels tous. » Traduit en 1 veut dire : Nous aim bérés les prisonniers 1 des événements de 1
La presse en tout cas les lignes, cette trad mentaires de se mult le politicien bourgeo partisan de Lopez Ma rer au journal Excels niers, qu'ils soient pe doivent pas rester pl son. Nous savons tous enfermés, mais nous et la concorde, et sav tion nous conduira à c
Ce ne sont pas se gressistes > qui veul d'autres personnalités, P.A.N., ont déclaré qu cours de la campag que « progressiste » Mendez Arroyo, a api les vues de Cardenas
Le IX* Congrès lat ciologie qui s'est tenu une déclaration, le 22 « toute violation de taire, toute atteinte gnement, particulièren nant des militaires el Congrès] exige la lib al et dont le porterdenas, l'ancien préstes » années 30, ne pation devant la si: l'existence de tenergences au sein du e, à l'occasion de la a Révolution mexilas s'est exprimé en souhaiterions que cet sorte l'allégresse gé.• portes de la liberté emprisonnés pour des ue nous déplorons ingage courant, cela erions que soient liolitiques arrêtés lors 'année dernière. , a fait, bien qu'entre uction. Et les comiplier. Par exemple, is Moreno Sanchez, teos, vient de déclaior : « Ces prisonlitiques ou non, ne is longtemps en pripourquoi ils ont été voulons tous l'unité ons que leur libéraelles-ci. » ulement les « proent ces libérations ; tel le candidat du l'ils en parleront au le électorale. L'évêde Guernavaca, Mgr rouvé publiquement en la matière. ino-américain de so, récemment a, dans novembre, condamné l'autonomie universil la liberté d'enseitent les atteintes ve: des policiers ; [le iration immédiate et iers politiques, ainsi tous leurs droits eiviques aux exilés F
La tenue de ce logues latino-améri événement politiqu on n'avait pu tenir tionale de ce gen nement qualifie d gers » ceux des ce quaient. Mais, cett politique ouverte p didature Echeverria celui-ci de ne plu olitiques ». IX" Congrès des sociocains a été en soi un e. Jamais au Mexique, une assemblée internae sans que le gouvere « pernicieux étraningressistes qui le criti: fois-ci, la conjoneture ar l'annonce de la canet la détermination de s entériner l'impopularité de Diaz Ordaz, ont permis au Congrès de critiquer ouvertement la situation dans l'amnistie des prisonn que la restitution de le pays qui l'accueillait et de le signaler comme appartenant à la série de ces pays latino-américains qui mènent une répression systématique destinée à détruire les bases nécessaires à l'enseignement, à la recherche, au progrès des sciences sociales, bref à la culture générale.
Non seulement les sociologues, mais aussi les théologiens se sont engagés contre les pratiques répressives du régime Ordaz. Le Premier Congrès national de théologie déclare dans une résolution finale que dans le pays « on voit clairement se développer une forte répression contre toute manifestation démocratique et envers toutes les consultations électorales ». Après avoir critiqué les méthodes antidémocratiques du régime, la résolution conclut en déclarant que le P.R.I. est divisé mais qu'une aile du parti est décidée à faire que s'opère
La réunion se tenait dans le bâtiment central de l'Université. Déjà la décoration de la salle apportait un changement au scènario habituel. Loin de se voir entouré par ses innombrables portraits qui, comme un miroir brisé, multiplient l'image de son arrogante figure dans de telles réunions, Echeverria vit émerger de la masse des étudiants le allusion aux les étudiants
Des orateurs portrait du Che! Il fit alors héros étrangers », mais ne se laissèrent pas mener.
spontanément l'obligèrent à écouter les revendications des étudiants et surtout à se rendre compte que les prisonniers politiques ont chez les étudiants des alliés décidés à poursuivre la campagne pour leur libération.
Ce fut à ce moment que l'imprévu se produisit : à la demande d'un courageux étudiant qui était monté à la tribune pour se placer au côté d'Echeverria, la salle entière se leva pour garder une minute de silence à la mémoire des martyrs de Tlatelelco. Jamais peut-être, il n'y eut dans l'histoire du Mexique un cas où la pression populaire obligea un bourreau à rendre hommage à ses victimes. Car Eeheverria est politiquement, avec Diaz Ordaz, le responsable direct du massacre d'octobre 1968,
Le changement qui se profile dans la si tuation a décidé, disions-nous, les prisonniers politiques à faire la grève de la faim. On a examiné les données qui pourraient favoriser ou entraver la grève. L'approche des fêtes de fin d'année, les vacances, sont certes des facteurs qui jouent défavorablement en l'occurrence, mais ils pourraient servir aussi de stimulants. Le peuple mexicain sait qu'il ne jouira pas pleinement de ces fêtes si les prisonniers ne sont pas libérés; il ne pourra pas en ces jours oublier les vaillants combattants emprisonnés. La grève de la faim qui doit en principe commencer le 10 décembre dans la prison de Lecumberri servira à renforcer les liens de solidarité internationale révolutionnaire que la montée de la jeunesse a établis partout dans le monde. Solidarité qui s'est exprimée au grand jour dans les journées internationales des 14 et 15 novembre envers la révolution vietnamienne.
Décembre 1969.
« un changement ra tion ». Le Congrès que la contestation phénomène propre à s'insurgeant contre dical de démocratisaa signalé, en outre, des étudiants est un notre société, ceux-ci les oppressions politiques, contre la société de classe basée sur l'exploitation des hommes dépossédés, et contre tous les systèmes démocratiques qui créent des privilèges ».
On voit partout dans le pays que la situation qui s'était établie à la suite de la répression de l'année dernière, commence à être surmontée. Le mécontentement s'accroît et on n'a plus peur de manifester ouvertement partout. Si les théologiens sont sortis de leur tour d'ivoire, s'ils ont cette fois étudié, non pas les choses du ciel, mais cel'es de la terre, que penser du mouvement étudiant ? Combien de promesses ne renferme-t-il pas, alors qu'il s'agit d'une avant-garde militante intéressée à la compréhension et à la solution des problèmes concernant les masses mexicaines ?
Une preuve des plus significatives du changement de climat dans le pays a été donnée par les étudiants de l'Université Nocolaita de Morelia, où le candidat Echeverria s'était rendu le 2l novembre pour présenter son programme. Ce qui arriva alors était si « étrange » au Mexique officiel que la presse ne manqua pas de le commenter largement. En effet, le candidat du P.R.I. vit pour la première fois devant lui un groupe d'étudiants organisé aronne ditndiante oragnise s'attaquant à sa démagogie.