Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 40

Une année de « réformisme militaire » au Pérou

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 40 · novembre 1969 · p. 24-28 · 3 389 mots

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Il y a à peu près un an tombait le président Belaunde. Une expérience qui avait commencé sous le signe du réformisme et les auspices d'un secteur considérable de la bourgeoisie nationale s'achevait de la façon la plus misérable au lendemain de l'accord scandaleux et frauduleux conclu entre le gouvernement péruvien et la compagnie pétrolière américaine IPC. Tout changement tant soit peu important, s'était avéré absolument impossible dans le cadre d'une politique qui n'avait pas le courage de léser sous une forme quelconque les intérêts de l'impérialisme, qui se préoccupait d'éviter toute rupture avec l'oligarchie terrienne et qui acceptait un mécanisme institutionnel, traditionnel permettant aux forces les plus conservatrices de paralyser toute initiative considérée dangereuse par elle. Les difficultés économiques - en premier lieu une dette extérieure extrêmement lourde, une crise politique grave qui avait déterminé entre autre une rupture au sein du parti de Belaunde lui-même, une indignation • croissante dans tous les secteurs de l'opinion publique à la suite d'une série de scandales de toute sorte, des flambées de mouvements de masses qui, bien que localisés dans certaines villes et régions représentaient cependant des symptômes très significatifs, telles furent les causes les plus immédiates du coup d'Etat militaire qui porta au pouvoir le général Juan Velasco Alvarado.

Un régime basé fondamentalement sur l'armée était en réalité la seule alternative possible dans le cadre du système. Mais de quelle alternative s'agissait-il plus précisément? Le Pérou allait-il connaitre un régime militaire de gorilles, comme celui du Brésil ou d'autres pays d'Amé-. rique latine à des époques différentes ?

Une connaissance des tendances qui existaient dans l'armée péruvienne aurait permis de comprendre dès le début qu'il existait aussi une autre variante, qu'on pouvait caractériser, toute proportion gardée, comme étant • nassérienne ». En effet, depuis octobre 1968, le pays est le théâtre d'une opérațion politique nationaliste-réformiste d'une envergure incontestable, qui a provoqué des craintes sérieuses cans les milieux conservateurs et proimpérialistes et qui n'a pas manqué de semer une certaine confusion dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire plus gé-. néralement.

Rappelons que, déjà en 1962, lors du coup d'Etat qui avait porté au pouvoir Perez Godoy, les marxistes révolutionnaires avaient attiré l'attention sur des tendansur le caractère spécifique du régime mit ces qui existaient au sein de l'armée sur le caractère spécifique du régime militaire qui s'était installé (1). || aurait été opportun de revenir à temps sur cette analyse et de ne pas oublier que ce fut le gouvernement de Perez Godoy qui, par exemple, créa l'Institut pour la réforme agraire (IRA) et qui, en dernière analyse, ouvrit les portes du pouvoir au représentant des couches les plus « modernes » de la bourgeoisie nationale, dont le parti avait été d'ailleurs le seul des grands partis traditionnels à ne pas exprimer son hostilité au coup militaire. On pourrait dire que l'aile militaire progressiste a été profondément déçue par Belaunde : c'est pourquoi elle décida de le renverser et d'assumer directement la responsabilité d'une politique risquée que les gouvernements civils s'étaient avérés complètement incapables de mener à bien.

Nous avons souligné à plusieurs reprises dans d'autres occasions que, dans des pays néo-coloniaux sous-développés, où les classes dominantes traditionnelles ne peuvent plus iouer le rôle qu'elles jouaient dans le passé et où les couches bourgeoises restent limitées, faibles et insuffisamment structurées, l'armée, dans les situations plus spécifiques de désagrégation sociale et politique, peut représenter la seule force consistante et cohérente, le seul instrument susceptible d'être utilisé avec un minimum d'efficacité. Telle est la raison fondamentale raison de régimes camouflés, aussi bie qu'en Afrique et en de la véritable flomilitaires, ouverts et n en Amérique latine

Asie. Mais cela n'implique pas que la seule variante possible soit celle d'une dictature ultra-réactionnaire, où dominent les gorilles les plus bornés et les plus brutaux.

(1) Voir notre article • Amérique latine 1962 », Quatrième Interntaionale, décembre 1962.

Depuis un certain temps, des tendanpréoccupent du sort à long terme du sysces militaires sont formées qui se tème, qui comprennent la nécessité d'un développement économique moins irrationnel et plus effectif. Tout en ayant été éduquées le plus souvent dans les écoles de querre nord-américaines, elles ne sont pas entièrement dépourvues de réflexes de dignité nationale et se rendent compte qu'une amélioration du niveau de vie de larges masses et, en premier lieu, des paysans est une condition pour éviter ou pour retarder des explosions révolutionnaires, des guerillas, des guerres civiles. A une époque où toute la société latinoaméricaine est ébranlée dans ses profondeurs et où l'Eglise catholique elle-même est secouée par une crise de plus en plus grave, l'armée non plus ne saurait être un ramassis de gorilles réactionnaires aveuglés par la haine ; d'autant plus qu'une partie considérable de ses cadres provient des classes moyennes qui vivent le conditions difficiles et instables (2).

La première mesure spectaculaire de la Junte fut la confiscation de la raffinerie de Talara, propriété de lIPC. Il s'agissait d'une initiative dont la valeur symbolique était supérieure à sa portée pratique. En effet, le coup porté aux investissements nord-américains était minime, si l'on tient bante secteur perol compte que le total des investissements dans le secteur pétrolier correspond à peu près à 6% du total des investissements ces Etats-Unis dans le pays. II ne faut pas oublier non plus qu'après avoir pris cette mesure contre 'T'IPC, le gouvernement militaire accorda des concessions pétrolières à d'autres compagnies nordaméricaines, dont la Gulf Oil. Toutefois, tout le monde s'interrogea à l'époque pour savoir si le gouvernement américain allait réagir en posant une question de principe ou s'il allait préférer juger toute l'affaire sous l'angle empirique de sa portée concrète. II devint assez vite clair que l'administration impérialiste avait choisi le deuxième terme de l'alternative.

Le 5 décembre la Junte publia une espèce de manifeste qui était, pour ainsi dire, une déclaration programmatique. On y parlait d'objectifs économiques à long terme, de planification, d'une réforme des entreprises avec la participation des travailleurs aux profits, d'une réforme du crédit, de la formation de coopératives, le tout sous le contrôle de l'Etat. En même temps, on y faisait des ouvertures commerciales et diplomatiques aux Etats ouvriers européens. Une anecdote dont nous n'avons pu vérifier si elle était vraie confirme le choix de la Junte. Deux économistes brésiliens progressistes, réfugiés au Pérou, se préparaient déjà à quitter le pays par crainte

IONALE 25 du régime militaire, quand ils furent amenés en. présence du général Velasco Alvarado qui leur demanda de lui soumettre dans les délais les plus courts une analyse des conditions et des possibilités économiques du pays.

La loi universitaire 17437 fut une autre . manifestation de la politique que la Junte avait choisie Le but en était notamment de procéder à une réorganisation des études en vue de renforcer l'éducation scientifique. Si on peut utiliser une terminologie européenne, il s'agissait d'une réforme néocapitaliste. Cela impliquait en même temps l'élimination de vieux organismes d'autonomie universitaires, y compris de la participation des étudiants à la gestion des universités (el tercio estudiantil). Les organisations estudiantines étaient vidées de leur contenu politique. Plus tard, toutefois, le gouvernement fit quelques concessions, dont la participation des étudiants — dans la proportion d'un tiers - à l'assemblée universitaire. Le général Velasco Alvarado lui-même, dans une manœuvre typiquement. bonapartiste, s'efforça d'établir un contact direct avec les étudiants pour discuter les problèmes qui les intéressaient.

Un problème d'importance crucial que le gouvernement devait affronter était celui de la limite des eaux territoriales (le Pérou, comme d'autres pays • de l'Amérique latine, a fixé cette limite à 200 milles, à savoir bien au-delà de ce qui était établi par les vieilles conventions internationales favorables aux grandes puissances impérialistes). Dans cette question était impliquée l'une des couches • nouvelles = de la bourgeoisie indigène, celle de l'industrie de la pêche et de l'industrie de la farine de poisson, qui a été dans la dernière décennie l'un des secteurs les plus dynamiques, le Pérou étant le plus grand producteur du monde de farine de poisson (3). Une restriction éventuelle des eaux territoriales profitait aux compagnies de pêche nord-américaines, notamment, celles de Californie dont les navires violaient en réalité la limite fixée par le Pérou. C'est justement à cause du mitraillage par un navire péruvien d'un bateau californien qu'une tension se produisit entre le Pérou et les Etats-Unis et que la question des 200 milles revint sur le tapis sous une forme aiguë.

Mais l'initiative du régime militaire qui a provoqué le plus grand étonnement à

(2) Le général Velasco Alvarado lui-même provient d'une famille modeste. Il a insisté sur le fait que la malorité des officiers est issue des classes moyennes dans une conversation avec correspondant du Monde, Marcel Niedergang.

(3) La majorité des capitaux sont péruviens. mais il y a déjà une participation américaine importante qui varie, selon les estimations, entre 25 et 40 %.

QUATRI l'étranger - et qui a amené Fidel Castro lui-même à prendre position au mois de juillet dernier - fut l'adoption de la loi sur la réforme agraire. | s'agit en effet d'une réfome agraire qui, du moins sur le papier, apparait comme étant radicale. Elle concerne tout le territoire national à l'exception partielle de la Selva et, de ce fait même, elle acquiert un caractère tout à fait différent de la réforme du régime précédent. Certaines expropriations ont déjà eu lieu.

• Les normes essentielles de la réforme sont les suivantes :

— en ce qui concerne les régions côtières où se trouvent en principe les entreprises de type capitaliste, la limite de la propriété est fixée à 150 ha pour les terrains affectés à la production agricole et à 1500 ha pour les terrains réservés à l'élevage ;

— Pour la Sierra et la Ceja de Selva, la limite se trouve de 15 à 55 ha, mais elle pourra être quadruplée dans le cas où les propriétaires paient des salaires supérieurs au minimum vital, possèdent des œuvres d'infrastructure, sont en trègle avec le paiement des impôts et distribuent des bénéfices à leurs travailleurs ;

- dans le cas de fermes agro-industrielles, l'unité économique sera maintenue avec la formation de coopératives ou de sociétés agricoles ;

— les propriétaires des terres expropriées ont droit à une indemnisation. Pour l'indemnisation sera payée en argent, tandis que, pour les terrains, des indemnisations en argent seront garanties jusqu'à un million de soles et, pour le reste, l'Etat émet des titres pour un total de 15.000 millions de soles, qui seront donnés aux propriétaires affectés par la réforme. Ces titres pourront être transformés en actions industrielles grâce à l'intervention de l'Etat en faveur de ceux qui voudront investir dans l'industrie et : qui seront en condition d'investir 50 % en argent (les autres 50 % étant représentés par les titres);

- Les paysans qui recevront la terre — la limite minimum est fixée à 3 ha — auront un délai de vingt ans pour la payer (le premier paiement devant être effectué au bout de cinq ans).

La signification et le but de la réforme sont donc assez clairs. Il s'agit de mesures qui favoriseront les couches les plus riches et. les plus « modernes », provoquant, dans la mesure où elles seront traduites dans la réalité, une restructuration au sein des classes dominantes. D'une part, l'agriculture capitaliste sera renforcée et stimulée, d'autre part des ressources seront drainées vers un développement industriel. Les campagnes devraient plus que par le passé sortir sensiblement

EME INTERNATIONALE de leur isolement relatif en brisant le cercle . de l'autoconsommation. Socialement, les couches bourgeoises • modernes = devraient s'accroitre, en même temps devrait surgir une couche de paysans petits propriétaires, moins enclins aux tentations révolutionnaires que les paysans miséreux sans terre.

L'impérialisme américain a adopté jusqu'ici une attitude très prudente. Des tensions se sont produites notamment lors de l'affaire du navire californien, mais, en même temps, ses déclarations et ses mesures avaient un caractère conciliateur.

Par exemple, au mois de mai dernier, tout en déplorant la décision du gouvernement péruvien hostile à la visite de Rockefeller, le Département d'Etat faisait savoir qu'il n'y avait aucun danger de rupture et que les Etats-Unis, poursuivraient dans la zone de Panama l'entrainement, d'offila zone de Panama l'entrainement d'officiers péruviens. Après la réforme agraire, Washington déclara que celle-ci était dans la ligne de l'Alliance pour le progrès. Au mois d'août, la Banque interaméricaine accorda au Pérou un prêt de 80 millions de dollars.

Une telle attitude démontre évidemment que les Etats-Unis ont tiré la leçon de Cuba et qu'ils n'ont pas voulu cette fois-ci précipiter une crise majeure par une réponse outrancière. Cela correspond aussi à une ligne qui vise au renforcement des secteurs capitalistes les plus modernes, qui, en dernière analyse, pourront profiter du nouveau cours péruvien et non y perdre. Rappelons que les intérêts nord-américains qui n'ont pas été lésés sont sans comparaison possible plus importants que ceux qui ont subi ou subiront des. pertes, que dans la question de la pêche des compromis sont possibles, et, finalement, que dans une certaine mesure les tensions avec le Pérou se sont enchevêtrées avec des tensions entre des couches capitalistes américaines. Même dans la question de la pêche, les capitaux qui participent à l'exploitation de la pêche et de la farine du poisson au Pérou n'ont pas les mêmes intérêts que certaines compagnies californiennes (4). Le Département d'Etat a pu être d'autant plus modéré que le tournant au Pérou n'a pas été l'aboutissement d'un mouvement de masses dont il pouvait craindre la dynamique, mais qu'il a été effectué sous le contrôle des militaires.

En effet, Velasco Alvarado veut jouer un rôle bonapartiste, exploitant l'appui des masses tout en favorisant les couches

(=) Cela est souligné dans un article de Niedergeng (Le Monde, 12 septembre 1969).

(5) Parmi les décisions les plus récentes du gouvernement, à côté de la nationalisation des ressources en eau du pays, il y a celle d'une réforme constitutionnelle qui donnerait •le droit de vote aux analphabètes, c'est-à-dire à la grande majorité de la population

« modernes › de la bourgeoisie nationale, et il est possible qu'il veuille même se faire plébisciter (5). Mais il se préoccupe d'éviter toute mobilisation autonome des masses, en alternant des attitudes paternalistes avec la répression. Il ne faut pas

IONALE 27 réformiste, leur prudence actuelle, inspiréa sans doute par les Etats-Unis, ne doit tromper personne : ils n'attendent que l'occasion propice pour lancer leur contre-attaque en se retranchant, dès maintenant sur des positions de force locales, qui pèsent beaucoup et offrent des possibilités de mancuvre et de provocation considérables (voir le rôle joué par les potentats locaux dans la répression brutale de Huanta). Une attitude analogue est adoptée par le personnel politique traditionnel qui ne se résigne pas à disparaitre ; cela vaut en premier lieu pour l'A.P.R.A. dont l'influence subsiste, rotamment dans certaines régions. Il faut considérer en outre que, dans l'armée elleles tendances conservatrices sont loin d'avoir disparu et elles pourraient, le cas échéant, faire bloc avec les autres forces droitières et avec certains secteurs impérialistes. Finalement, en ce qui concerne plus particulièrement la réforme agraire, l'application se heurtera à des difficultés énormes : on peut faire confiance aux propriétaires et à leurs avocats pour trouver toutes sortes d'échappatoires, de procédés dilatoires, etc., même en faisant abstraction des problèmes économiques qui se poseront.

En outre, que se passerait-il si, indépendamment des désirs de la Junte, les masses et notamment les masses paysannes se mobilisaient pour intervenir comme un facteur actif ? C'est un point essentiel sur lequel Velasco Alvarado, nous le parions, est le premier à s'interroger...

Il faut analyser attentivement les changements qui se sont produits et définir rigoureusement la nature du régime militaire (7). Toute faiblesse dans l'analyse entrainerait inévitablement soit des attitudes sectaires et dogmatiques soit des concessions opportunistes. Certains courants politiques ont déjà saisi les circonstances pour sortir leur vieille marchandise sur la nature soi-disant progressiste de la bourgeoisie nationale, et sur la nécessité de collaborer avec elle, tandis que d'autres ne voient que le côté répression, pouvoir militaire, etc., et se limitent à de creuses * dénonciations >. l est évidemment indispensable de • dénoncer = ce qu'est et ce que peut être le régime • d'Alvarado,

(6) Après la prise du pouvoir, Velasco décida d'abréger la semaine de travail de la bureau cratie de l'Etat. Il est vrai que. plus tard, il licencia des employés de certains ministères.

(7) Au moment on nous écrivions cet article.

ous disposons d'un projet qui est discuté par nos camarades du FIR. l'organisation de Hugo Blanco, et que nous publierons dès qu'il sera adopté sous sa forme définitive. Nous l'avons déjà iargement utilisé pour notre analvse.

oublier les mesures dianis à Cuzco et à contre les paysans à l'intervention contre prises contre les étu-

Lima, les répressions

Huanta et à Ayacucho, les mineurs de Mala et contre les ouvriers de la Cerro de Pasce.

Il n'est pas exclu que le gouvernement prenne quelque décision spectaculaire à l'égard de certains prisonniers, il aurait déjà fait, parait-il, quelques ouvertures à des émigrés politiques de 1965-66, mais il ne relâchera pas sa prise. La réponse que Velasco Alvarado aurait donné à un journaliste étranger qui lui demandait s'il ne croyait pas opportun de mobiliser les masses pour se défendre contre les coups éventuels de l'oligarchie est à ce sujet éloquente : pourquoi devrais-je le faire, si je peux utiliser l'armée?

Les projets du régime militaire paraissent donc clairs : une politique réformiste assez radicale qui implique une restructuration au sein des classes dominantes et qui permet au régime de se créer une base dans la paysannerie et certaines couches de la petite bourgeoisie urbaine (6); une nouvelle impulsion au développement économique : une réorganisation des rapports avec les Etats-Unis, notamment avec certains secteurs du capital impérialiste ; une ouverture vers certains Etats ouvriers (U.R.S.S., pays de l'Europe orientale) et l'esquisse d'une détente envers Cuba; l'utilisation de l'armée comme instrument fondamental pour un fonctionnement normal et la défense du système ; l'isolement des avant-gardes révolutionnaires qui avaient animé les luttes en 1962-64 et en 1965.

Tous ces résultats pourraient être atteints dans la variante la plus favorable à Velasco et à l'aile de la bourgeoisie nationale qui le soutient. Toutefois, entre les perspectives esquissées et la réalisation effective le décalage est grand. Le régime militaire aura à faire face à une série de difficultés multiples et il est difficile de prévoir exactement dès maintenent comment il s'en sortira.

Tout d'abord, les difficultés économiques subsistent : la dette extérieure notamment n'a pas diminué et elle reste extrêmement lourde. En deuxième lieu, l'instauration de nouveaux rapports avec les Etats-Unis risque de ne pas aller au-delà d'un vœu pieux dans la mesure où les banques, strictement liées aux intérêts américains, gardent tout le pouvoir sur la vie économique dans son ensemble. Quant à l'oligarchie et aux co:rants conservateurs en général, qui craignent de faire les frais de l'opération

UATRI en mettant en lumière sa nature de classe et sa dynamique pro-capitaliste. Mais il faut en même temps se mettre en condition d'intervenir dans le jeu réel des forces en présence, en s'efforçant coûte que coûte, de réanimer et de relancer le mouvement de masses. Il faut briser le paternalisme • réformiste » de Velasco par une intervention autonome des paysans et des ouvriers. L'appel du F.I.R. aux étudiants pour qu'ils interviennent dans la lutte pour la réforme agraire à la campagne — qui a été publié dans le numéro précédent de Quatrième Internationale - est une indication absolument correcte dans cette direction. Les marxistes révolutionnaires lutteront afin que la réforme agraire implique des changements réels, qu'elle se réalise sans que les paysans doivent payer la terre qu'ils reçoivent, que les coopératives soient

EME INTERNATIONALE organisées par les paysans eux-mêmes en partant des structures des comunidades. Ils exigeront l'expropriation des banques et la nationalisation du commerce extérieur, seul moyen de briser l'emprise impérialiste. Ils exigeront le contrôle ouvrier dans les entreprises nationalisées. Ils lutteront pour la liberté complète d'organisation politique et syndicale pour la classe ouvrière, la paysannerie et les couches petites bourgeoises radicalisées et pour l'autonomie de nouvelles organisations estudiantines, qui, par leur participation à la lutte antiimpérialiste et anticapitaliste, éviteront toute tentation d'une pratique corporative. Finalement, ils exigeront la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, en premier de Hugo Blanco, symbole des luttes paysannes revolutionnaires au Pérou.

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