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La revue › n° 40

Un programme de transition pour le mouvement de libération noire aux Etats-Unis

Quatrième Internationale, n° 40 · novembre 1969 · p. 42-53 · 8 500 mots

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Le document, que nous publions ci-dessous, a été adopté, après une discussion de trois mois, par le XXIII°. Congrès National du Socialist Workers Party, qui s'est tenu à New York du 29 août au 1°* septembre 1969.

Il devient de plus en plus clair pour un nombre croissant d'Afro-Américains que seule une révolution dans ce pays entraînera la libération de la population noire. En conséquence, de très nombreuses discussions sont en cours sur la manière de faire une révolution et de relier les revendications et les luttes actuelles au but, c'est-à-dire le changement de la société dans son ensemble. En fournissant des réponses à ces questions, les expériences du reste du mouvement révolutionnaire mondial peuvent être immensément utiles. Elles enseignent que la route la plus efficace vers la victoire révolutionnaire passe par le développement d'un programme global de lutte de masse et par l'organisation d'un parti politique de masse autour de l'action militante fondée sur ce programme.

Comment ces leçons peuvent-elles être le mieux appliquées à l'étape présente de la lutte pour la libération des Noirs aux Etats-Unis? C'est cette question tout à fait importante que ce document se propose de discuter et à laquelle il tente de répondre.

Qu'ont démontré les développements des quinze dernières années? La lutte pour la libération des Noirs a franchi des pas de géant depuis que le boycott de 1955 des autobus de Montgomery déclencha la phase contemporaine du mouvement. Elle a donné aux Afro-Américains un sentiment élevé de leur dignité, de leur valeur et de leur destinée en tant que peuple. Elle a fait des revendications des Noirs une question suprême et inajournable dans la vie et la politique américaines. Elle a informé le monde entier de la condition intolérable de plus de 22 millions d'Afro-Américains et de leur détermination à mettre fin au système raciste et à gagner l'autodétermination.

Plus récemment, elle a propulsé le nationalisme noir d'un ressentiment profondément éprouvé contre l'injustice et l'inégalité en une force puissante et montante dans les communautés afro-américaines.

Dans la conclusion de sa biographie de Sammy Younge Jr., premier étudiant noir qui mourut dans le mouvement de libération des Noirs, le leader du S.N.C.C. James Forman a résumé la situation en ces termes : « L'histoire de la résistance à l'expérience de colonisation la plus singulière connue de l'humanité montre que les années 60 doivent. être enregistrées comme celles d'une génération agissante, une génération de la population noire déterminée à survivre, une génération consciente que la résistance est à l'ordre du jour actuellement et que l'action de la pcpulation est nécessaire pour hâter les pas de l'histoire. »

Les Noirs américains ont participé à de nombreuses actions depuis 1955, et c'est grâce à ces luttes que tous les progrès on: pu être accomplis. Mais il est douloureusement évident que toutes les luttes de la dernière décennie et demie n'ont pas réussi à améliorer les conditions de vie et de travail des masses de la population noire ou à éliminer les pires abus dont elles sont quotidiennement victimes. Seules quelques individualités favorisées de la couche supérieure noire ont bénéficié des gestes symboliques au travers desquels les possesseurs blancs du pouvoir et des richesses ont *essayé d'étouffer ou d'acheter la combativité des masses.

Une pile de statistiques économiques confirme ce que presque chaque AfroAméricain connaît à partir de son expérience personnelle. Les Noirs sont soumis à de multiples formes de discrimination, ont des revenus beaucoup plus faibles et très peu de possibilités d'emploi, reçoivent des salaires plus bas, vivent dans des logements pourris, ont des taux plus élevés de chômage et reçoivent une éducation inférieure. Un seul chiffre pris en bout de liste montre quel est le point : 40 % des 9 500 000 citoyens de la nation bénéficiant d'une assistance sociale sont Noirs.

A New York, 80 % de ceux qui bénéficient d'une assistance sociale sont Noirs ou Porto-Ricains.

Bien que la conscience de la nature de cette oppression et de la faillite des politiques suivies dans le passé soit élevée, au-

LA SUPERCHERIE DU « Pendant ce temps, les principaux représentants politiques du capitalisme américain ne sont ni silencieux ni inactifs. Ils n'ont pas l'intention de supprimer les causes de la discrimination, de la pauvreté et de la misère. Celles-ci trouvent leur fondement dans leur système d'oppression raciste et d'exploitation économique. Ils ont montré, en se servant de la police, des troupes fédérales et d'Etats au cours des récentes années, qu'ils sont prêts à recourir à la répression la plus brutale et la plus sanglante pour écraser la protestation noire. Afin de maintenir leur autorité, ils s'efforcent de gorder les Noirs divisés entre eux et séparés d'alliés potentiels parmi les blancs. Ils espèrent laisser les Noirs à leur place en alternant des concessions à bon marché (« gestes symboliques ») avec des répressions.

Les administrations de Kennedy et de Johnson misèrent sur le passage de quelques projets de loi sur les droits civiques et sur une fausse guerre-contre-la-pauvreté pour calmer et apaiser la combativité croissante. sante. Cela n'a pas réussi. Maintenant, administration plus conservatrici lixon a annoncé le développement d'u « capitalisme noir ».

L'essence de ce programme est que les principales institutions, de crédit, appuyées par des garanties gouvernementales d'emprunt, sont supposées aider à établir et à ancourager différentes sortes de petites entreprises par des individus ou des groupes noirs. On n'a pas encore fait grand chose sur cette ligne. Mais l'idée de créer un chétif capitalisme noir aux côtés de l'édifice gigantesque du capitalisme blanc et en concurrence avec lui est une pure fantaisie et une cruelle mystification. Si elle peut profiter à un petit nombre d'hommes d'affaires noirs, elle dupera très peu de personnes noires.

ONALE 43 cune conception alternative claire n'a encore émergé de la communauté noire sur ce qui doit être fait pour obtenir de meilleurs résultats. Des soulèvements répétés ont indiqué de nombreuses fois l'existence d'une profonde radicalisation de masses, mais peu de progrès a été fait dans l'organisation des masses des ghettos en une force efficace pour la lutte. Au lieu de cela, l'assassinat des leaders noirs, l'assassinat de Malcolm X et de Martin Luther

King, la répression du Black Panther Party et le manque d'organisations de masse pour la lutte ont engendré un sentiment largement répandu de frustration qui existe dans la communauté noire à tous les niveaux. CAPITALISME NOIR »

Aujcurd'hui, presque toutes les affaires noires sont de petites entreprises familiales approvisionnant une clientèle de ghetto et fournissant un maigre revenu à leurs propriétaires et quelques emplois à d'autres. Environ 25 % des firmes noires sont des boutiques de coiffeur et des salons de beauté. Un Américain sur quarante est un propriétaire tandis que le pourcentage pour les Noirs seuls est de un pour mille.

Pour la montre, Nixon et ses acolytes peuvent aider et établir quelques entreprises supplémentaires gérées par des Noirs — qui resteront endettés auprès de leurs financiers. Mais ils ne réduiront pas l'écart colossal entre la propriété capitaliste blanche et la couche des propriétaires noirs. La tendance prédominante de l'économie américaine s'criente vers la concentration accélérée des affaires et de l'industrie en monopoles de moins en moins nombreux et de plus en plus grands. Ceci abat les petites affaires blanches et en même temps bloque la croissance des affaires noires. Un saupoudrage de nouvelles firmes noires ne peut altérer ou renverser ce processus. Elles resteront de petites entreprises branlantes et marginales tandis que les plus grosses banques, industries, compagnies d'assurances, chaines de magasins et agences immobilières resteront dans des mains blanches et continueront à dépouiller les communautés noires.

Les monopoles également qui contrôient le marché du travail n'ont aucune raison qui les contraint à améliorer les salaires ou les conditions de travail pour leurs esclaves salariés noirs ou pour éliminer le taux très élevé de chômage parmi les travailleurs et les jeunes noirs.

Aussi longtemps que le système capitaliste dominera, les Afro-Américains ont le droit de demander un accès égal si ce n'est supérieur aux ressources du capital, aux crédits et, aux emprunts afin

QUATRI qu'ils puissent entrer dans les affaires à leur tour aussi bien que dans les usines, les bureaux et les fonctions gouvernementales. Des coopératives peuvent aider quelques communautés noires à amoindrir l'emprise parasitaire des vampires blancs et à acquérir une large mesure d'autonomie. dans des aspécts mineurs de leur vie économique. Mais ceci est tout à fait différent que d'attendre des actuels pos-

LE POINT DE

Les leaders libéraux noirs, de Whitney Young et Roy Wilkins à Ralph Abernathy et Bayard Rustin, préconisent de vastes réformes au bénéfice de la population noire. Le malheur est qu'ils espèrent voir venir ces concessions de la part des politiciens du Parti démocrate et du Parti républicain, les agents mêmes de la classe capitaliste dirigeante qui a nourri le racisme depuis des siècles, l'a soutenu et en est son principal bénéficiaire à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

Ces gradualistes et ces réformistes maintiennent leurs idées et leurs activités dans les limites de l'ordre établi qu'ils se sont engagés à servir. Ils ressemblent aux domestiques-esclaves et à ceux qui venaient le bonnet à la main supplier le « maître = , pcur obtenir une faveur.

Les plus astucieux des politiciens capitalistes blancs et leurs agents noirs sont conscients du fait que toute rupture vers la gauche avec le système bi-partite représente un danger pour eux. C'est pourquoi ils soutiennent les campagnes et affermissent les réputations des Démocrates noirs .comme Carl Stakes, maire de Cleveland,

Jusqu'à un certain degré, presque chaque Afro-Américain partage les sentiments si ce n'est l'idéologie du nationalisme noir. Le spectre du mouvement nationaliste noir comprend une large variété de positions et de tendances politiques, s'étendant de ceux qui, à l'extrême-droite, veulent bâtir des affaires noires jusqu'à l'aile gauche révolutionnaire en passant par. les nationalistes purement préoccuppés de questions culturelles.

Aujourd'hui, des centaines de milliers d'hommes et de femmes noirs aspirent à la révolution noire comme étant la voie de la libération. A l'avant-garde se trouve la jeunesse noire rebelle dans les ghettos, les rues et les campus qui absorbe les idées et les inspirations des révolutions du • Tiers Monde », les enseignements de Malcolm X et ses propres expériences dans la lutte. Les plus avancés reconnaissent que le capitalisme est la source et le soutien du racisme et qu'il est néces-

EME INTERNATIONALE sesseurs et dirigeants des Etats-Unis la satisfaction des besoins de la communauté noire ou de penser que le capitalisme noir résoudra ou même allégera les problèmes les plus pressants de la population noire, tels que le logement, l'éducation, l'emploi et la pauvreté.

fondamentale de tout que, social, politique y parvenir. VUE LIBERAL et Richard Hatcher,

Une transformation le système économiest nécessaire pour maire de Gary. De tels Noirs sont choisis et mis en fonction. non pour servir le bien-être de la communauté noire, mais pour décapiter les volontés croissantes de changement, pour coopter et corrompre le sentiment nationaliste noir si possible, afin de le dévier dans des canaux qui sont sûrs pour les dominateurs blancs.

La première grande action du maire Stokes fut d'augmenter les impôts sur les • salaires afin de rassembler l'argent pour embaucher plus de flics afin de garder le contrôle de la communauté noire. Et le maire Hatcher a admis que son administration avait très peu de contrôle sur ce qui arrivait à la population noire même à Gary. « On parle beaucoup du contrôle noir du ghetto, dit-il. Qu'est-ce que cela signifie ? Je suis maire d'une ville de 90 000 Noirs environ, mais nous ne contrôlons pas les possibilités d'emploi pour eux, d'argent pour leurs écoles ou leurs institutions sociales d'Etat. Tout ceci se trouve entre les mains de la U.S. Steel Corporation, du service social et de l'Etat d'Indiana. » saire d'abolir le capitalisme pour attaquer le racisme à sa racine.

Cette conscience révolutionnaire rapidement croissante signifie qu'un nombre grandissant de Noirs, surtout parmi les jeunes, sont prêts à consacrer leur vie à la construction d'un mouvement révolutionnaire afin de prendre le pouvoir pour les masses et de renverser ce système. Ils sont maintenant obligés d'en venir aux prises avec le problème extrêmement complexe de savoir comment cela peut être fait. Sans une perspective réaliste et correcte pour mener la lutte de libération, fondée sur une compréhension claire des conditions objectives aux Etats-Unis aujourd'hui, des milliers d'excellents cadres révolutionnaires courent le risque d'être désorientés et de perdre du temps et de l'énergie, tout en essayant d'atteindre leur but émancipateur.

De nombreux révolutionnaires voient qu'il est nécessaire et souhaitable de rompre une fois pour toutes à la fois avec

LES POSITIONS DES NATIONALISTES REVOLUTIONNAIRES

LES POSITIONS DES NATIONALISTES REVOLUTIONNAIRES les partis démocrate et républicain, et de former un parti noir indépendant qui non seulement présentera des candidats dans les campagnes électorales, mais mobilisera les communautés afro-américaines dans des actions pour obtenir satisfaction aux revendications des communautés.

Cependant ils ne voient pas encore clairement comment lier les luttes pour les besoins immédiats et urgents de la population nóire avec le but révolutionnaire du renversement du système capitaliste raciste dans son ensemble. Dans leur recherche pour trouver une réponse à ce problème difficile, ils oscillent d'un extrême à l'autre sans trouver un lien logique et pratique entre les deux bouts.

Ainsi, à certains moments, ils parlent de la lutte armée au moyen de petits groupes de militants tiés disciplinés et entraînés comme la seule méthode d'action vraiment révolutionnaire. Quand ils se heurtent à l'irréalisme d'actions de type guérilla aux Etats-Unis où l'échelle des luttes révolutionnaires exige un engagement de forces énorme et beaucoup plus complexe, ils retombent dans des activités spasmodiques et non coordonnées, associées aux luttes largement spontanées qui éclatent dans les communautés sur des questions qui souvent n'apparaissent pas avoir de portée étendue. De nombreux. militants qui ont saisi la nécessité de renverser le système dans son ensemble sentent qu'en participant à de telles batailles, ils piétinent simplement tout en recherchant la formule qui mettra à l'ordre du jour une révolution victorieuse aux Etats-Unis.

Afin d'élaborer une stratégie et une tactique qui puissent hâter de façon réaliste l'épreuve révolutionnaire, il est tout d'abord nécessaire de comprendre où se trouve réellement la lutte de libération des Noirs aujourd'hui. A quelle étape en estelle ?

Dans le pays tout entier, une lutte pour la conquête du pouvoir par la classe ouvrière n'est pas une perspective immédiate Ceci est évidemment vrai pour les travailleurs blancs qui demeurent relativement inactifs politiquement et sont encore liés

Un programme de lutte révolutionnaire de masse doit avoir pour motivation l'autodétermination des Afro-Américains. Comme toutes les nationalités opprimées, la population noire ne peut atteindre sa liberté qu'en prenant sa destinée dans ses propres mains : « Ceux qui veulent être libres doivent eux-mêmes combattre ».

Cela signifie que la population noire doit constituer et unifier ses propres organisations de. lutte, prendre le contrôle des communautés noires et de toutes leurs

IONALE 45 à. l'appareil du Parti démocrate au travers de la bureaucratie syndicale.

Sans les travailleurs blancs, le mouve ment de libération des Noirs ne peut d'une manière réaliste engager une lutte immédiate pour le pouvoir. II est évidemmen* vrai, comme les soulèvements de masse l'indiquent, que les masses noires sont beaucoup plus prêtes à se battre pour leurs droits contre les autorités que tout autre secteur de la scciété américaine. Mais il faut la participation et le soutien actifs de la majorité de la population pour conquérir le pouvoir. Cette étape n'a pas encore été atteinte aux Etats-Unis. En outre .

la compréhension politique des masses noires aujourd'hui , est bien moins avancée que leur état d'esprit combatií. Malgré leur amertume, les 9/10 des électeurs noirs ont voté pour les candidats démocrates à la présidence en 1968 comme ils le firent en 1964.

La vérité est que nous nous trouvons dans une période préparatoire. Une fois que ceci est complètement assimilé, les problèmes commencent à se présenter successivement.

Le premier gros problème est de savoir comment briser l'emprise des politiciens capitalistes blancs sur les. Afro-Américains. La solution consiste à promouvoir la formation d'un parti politique indépendant neir de masse.

Le deuxième gros problème est de savoir faire évoluer plus vite et plus loin les Afro-Américains dans leur majorité sur la voie de la révolution. La solution re trouve dans la formulation et la défense d'un programme qui peut aider à transformer le mécontentement général et la combativité générale des masses noires en une force consciemment révolutionnaire, organisée et cohérente. En présentant un tel programme et en combattant pour lui, une petite avant-garde peut se transformer en une force influente parmi les masses.

La partie suivante de ce document présente des propositions suivant cette ligne, dont beaucoup ont déjà été avancées par divers éléments dans le mouvement. institutions et mener un combat conséquent pour surmonter toute forme de servitude économique, politique, et culturelle et l'inégalité engendrée et renforcée par lé société capitaliste raciste et décadente

A. Contrôle noir de la communauté noire.

C'est un principe démocratique de base qu'un peuple devrait avoir le droit de décider de ses propres affaires. Par conséquent. la revendication centrale des forces de libération est le contrôle noir de la communauté noire. C'est un pas indis-

PROJET DE PROGRAMME POUR UNE LUTTE DE MASSE

PROJET DE PROGRAMME POUR UNE LUTTE DE MASSE

QUATRI pensable vers la libération des masses noires de la domination par les racistes blancs qui profitent de leur exploitation.

La revendication du contrôle noir de la communauté noire possède un nombre d'attributs qui lui donnent un potentiel extrêmement puissant de mobilisation des masses dans une direction révolutionnaire.

La revendication pour le contrôle noir a été formulée spontanément dans des milliers de luttes à travers le pays. C'est de toute évidence une revendication qui répond directement aux besoins et à la compréhension actuelle de la population noire. En même temps, le contrôle noir de la communauté noire est une revendication démocratique. Elle est fondée sur un élément en lequel même la classe dominante prétend croire - le droit des hommes à exercer un contrôle démocratique sur leurs propres vies et communautés. Ainsi la résistance que le pouvoir oppose à cette lutte aide à exposer l'hypocrisie de la classe dominante sur un des points centraux dont elle se sert pour bourrer les crânes et enchaîner les masses, à savoir, sa prétendue adhésion à la démocratie.

En même temps, la lutte pour le contrô le noir est profondément révolutionnaire, car elle pose la question de savoir qui aura pouvoir de décision sur la population noire : celle-ci ou les dirigeants capitalistes. La réalisation de cet objectif peut bâtir des forteresses noires qui seront des centres de contre-pouvoir noir à la strucure du pouvoir blanc dans les villes prinsipales des Etats-Unis.

En se développant à l'intérieur des communautés noires, les luttes visant è gagner le contrôle d'institutions et d'agences spécifiques peuvent frayer la voie et préparer un nombre croissant de gens au but global du contrôle total de leur communauté. Ces luttes partielles, appliquées à des problèmes tels que le contrôle noir des écoles, peuvent être extrêmement importantes car, à travers elles, des victoires encourageantes peuvent être remportées. Ces victoires, même si elles sont limitées à des zones spécifiques, peuvent aider à élever la confiance de la communauté en sa propre puissance et à poser les bases de luttes futures plus vastes.

revendications suivantes peuvent aider à promouvoir ce processus :

1) Remplacement de l'occupation policière de la communauté noire par une force de police contrôlée par la communauté, force prise parmi les résidents de la communauté.

2) Contrôle noir de tous les fonds gouvernementaux alloués à la communauté noire et contrôle sur tous les plans de rénovation, de construction de logements et d'autres commodités et améliorations communales.

3) Contrôle de la communauté sur toutes les institutions de la communauté noire, telles que les hôpitaux, les centres sociaux, les bibliothèques, etc.

4) Instauration de conseils communautaires pour prendre les décisions politiques et pour administrer les affaires de la communauté noire. Ces conseils doivent être composés de représentants élus par les travailleurs dans les diverses. institutions de la communauté — usines, hôpitaux, institutions éducatives — aussi bien que de délégués élus sur la base des lieux d'habitation.

Les conseils locaux et les conseils d'administration doivent être reliés aux niveaux régional, d'Etat et national, l'objectif étant de créer un Conseil National des Communautés Noires. Celui-ci serait composé de délégués élus et non appointés, représentant les circonscriptions locales.

Un tel Conseil National pourrait élaborer une politique commune et parler d'une seule voix sur tous les problèmes affectant les communautés dans leur ensemble et leurs rapports avec les autres forces et organismes. Il exercerait ainsi une autorité beaucoup plus grande que ne le pourrait n'importe quelle communauté seule. Pour empêcher toute usurpation bureaucratique du pouvoir par le Conseil National, des élections devraient avoir lieu régulièrement et les délégués seraient révocables à tout instant de façon qu'ils demeurent sous le contrôle des comités locaux qu'ils représentent.

B. Formation d'un parti politique noir.

L'instrument indispensable pour organiser et poursuivre une lutte efficace pour de telles revendications, pour atteindre le contrôle complet sur la communauté noire, et progresser dans la libération des Noirs, est un parti politique indépendant noir. Son programme serait conçu pour utiliser l'immense richesse créée par les travailleurs, noirs et blancs, non pour la guerre impérialiste et l'enrichissement d'un petit nombre mais pcur les besoins de la majorité.

Le but principal d'un parti noir est de guider les Afro-Américains dans l'action politique de masse. Mais ses propositions progressistes attireraient le soutien d'autres parties de la population qui souffrent des maux de la direction capitaliste.

Un parti noir déncncerait et contesterait la politique de statu quo des démocrates et des républicains et lui présenterait une alternative non seulement en participant aux élections mais en organisant d'efficaces actions communautaires. Il prendrait l'initiative de promouvoir l'auto-mobilisation de la population noire et de former des alliances avec les étudiants, la popu- lation blanche pauvre, les ouvriers et toutes autres forces intéressées à un changement radical. Il pourrait jouer un rôle d'avant-garde en portant les idées révolutionnaires à toutes les parties du pays.

C. Points principaux dans un programme de parti.

Politique intérieure :

1) C'est le devoir de la société de fournir des emplois bien rémunérés à tous.

Une semaine plus courte de travail sans perte de salaire afin d'étaler le travail disponible. Assurance-chômage à plein sataire pour tous ceux âgés de 18 ans ou plus, qu'ils aient eu ou non un emploi auparavant.

2) Transfert des fonds du budget militaire pour lancer un programme impres-sionnant de plusieurs milliards de dollars de travaux publics pour construire des écoles, des hôpitaux, de meilleurs moyens de transports, des parcs et des commodités re des vege dents cherit des titrailes récréatives, des crèches, des bibliothèques noirs dans tout emploi concernant le programme de construction.

3) Un salaire horaire minimum de trois dollars avec une protection garantie de ce minimum contre les augmentations du coût de la vie.

4) Fin immédiate à la faim et à la malnutrition par un revenu annuel garanti qui puisse assurer à chacun, y compris les vieillards, les malades et les handicapés, un niveau de vie convenable.

5) Suppression de tous les impôts sur les revenus égaux ou inférieurs à 7 500 dollars. Suppression de tous les impôts sur les marchandises qui désavantagent les pauvres.

6) Gratuité des soins médicaux de qua. lité pour tous les citoyens. Expropriation des monopoles pharmaceutiques et des fabricants de médicaments. Mise en œuvre d'un vaste programme pour former des médecins et des infirmières noirs.

7) - Organisation d'unités d'autodéfense pour protéger la communauté noire et ses organisations. Opposition aux lois sur les armes à feu qui laissent la population noire sans défense et sans armes, alors que les flics blancs et les racistes assaillent des membres de la communauté noire.

8 Examen des comptes financiers de tous les propriétaires et hommes d'affaires opérant dans la communauté noire et taxe sur leurs superprofits pour aider à financer les projets d'aménagement pour la communauté.

9) Extension des' crédits aux •coopératiyes noires et aux petites entreprises.

10) Renforcement et resserrement de tous les codes existants du logement. Aucun locataire ne doit payer un loyer excédant 10 % de son evenu total.

11) Expropriation de toute firme qui discrimine la population noire.

12) Election de comités des prix pour surveiller et maintenir les prix.

13) Révision des procès et libération de tous les prisonniers noirs car ils n'ont pas été jugés de façon loyale. Toute personne noire doit être jugée par un jury formé de ses pairs comme cela est garanti par la

Constitution, c'est-à-dire par d'autres Noirs,

Politique militaire et étrangère :

1) Arrêt de la conscription. Exemption• des jeunes Noirs du service militaire.

. 2) Retour immédiat des Gls du Vietnam.

La lutte de l'homme noir est ici dans son pays.

3) Référendum sur l'attitude de la communauté noire envers la guerre du Vietnam et toutes les guerres étrangères.

4) Soutien des droits constitutionnels des Gl de prendre position contre la guerre et contre la discrimination dans les forces armées. Fin immédiate de toute discrimination dans les forces armées.

5) Autodétermination pour les Vietnamiens et tous les peuples du Tie:s-Monde. Solidarité avec les luttes de libération de toutes les nationalités opprimées.

6) Fin à l'assistance gouvernementale à tous les régimes oppressifs, de l'Afrique du Sud au Vietnam du Sud. Démantèlement de toutes les bases militaires à l'étranger. Education noire :

La communauté noire devrait avoir le contrôle de son système d'éducation tout entier, de la crèche à la Faculté. Cela peut étre réalisé par les voies suivantes :

Système d'éducation

1) Election de comités de contrôle de la communauté pour superviser les écoles dans la communauté noire.

2) Etablissement d'un système d'éducation et d'un programme qui répondent aux tescins des enfants noirs, les préparant à une future sécurité économique, leur donnant une connaissance d'eux-mêmes et une compréhension de la véritable histoire et de la culture du peuple noir.

3) Intervention des parents dans chaque phase de la vie scolaire.

4) Institution d'un programme • hardi pour former des administrateurs et des professeurs noirs.

5) Droit des groupes communautaires d'utiliser les dépendances scolaires pour promouvoir des activités au profit de la communauté et de la lutte de libération noire.

6) Programme complet d'éducation pour adultes.

7) Renvoi de tout fonctionnaire scolaire qui persécute ou insulte des étudiants pour des raisons raciales.

робсон !

8) Présentation de programmes spéciaux de rattrapage pour tous les étudiants qui ont pris du retard dans leurs études.

Lycées et Facultés. 1) Etablissement de conseils d'étudiants pour diriger les activités étudiantes dans les collèges, traiter des problèmes de discipline et participer à la supervision générale des collèges.

2) Tenue régulière d'assemblées générales pour discuter des problèmes des collèges et établir quelle. est la volonté des étudiants.

3) Maintien des droits de tous les étudiants et professeurs. Ceux-ci doivent comprendre : liberté d'expression, d'organisation, de circulation de littérature, pas de censure des journaux étudiants, liberté d'assemblée et droit d'inviter des conférenciers extérieurs quelles que soient leurs idées politiques.

ion d'un système spécial d'enseignement in du système de notation et institupour ceux qui sont en retard.

6) Programme d'études noires global qui enseignera fidèlement l'histoire et a littérature des Afro-Américains et jettera la lúmière sur la nature réelle du racisme capitaliste.

7) Programmes gradués de formation professionnelle. Préparation adéquate pour tous les étudiants qui désirent fréquenter un collège.

8) Emploi garanti pour tous les diplômés des collèges.

L'Université noire

La communauté noire devrait posséder des universités liées aux besoins de la population noire, à leur lutte contre l'oppression, et à leur développement en tant que nationalité. Les étudiants et les facultés des universités du Tiers-Monde devraient être capables de façonner leur propre avenir éducationnel et fournir la préparation à toutes les capacités et professions requises par la communauté noire. Les revendications pour réaliser ces objectifs ont déjà été soulevées dans les luttes des campus :

1) Etudes noires et départements d'études du tiers monde autonomes, financés convenablement, et avec un contrôle cómplet du programme, des commodités et de la politique entre les mains des étudiants et des facultés du tiers monde.

2) Représentation des groupes du tiers monde dans tous les organes délibératifs.

3) Mise à la disposition des commodités universitaires et leur expansion au bénéfice de la communauté noire.

4) Education universitaire gratuite pour tous les étudiants du tiers monde qui le désirent, toutes les dépenses étant payées par le gouvernement et des bourses étant

EME INTERNATIONALE disponibles pour tous ceux qui en ont besoin.

5) Emploi garanti pour tous les diplômés. Les travailleurs noirs :

En raison du rôle qu'ils jouent dans la production, les travailleurs noirs représentent potentiellement le plus puissant secteur de la communauté noire dans la lutte pour la libération. En tant que victimes de l'inégalité dans l'économie, les travailleurs noirs ont déjà commencé à s'organiser séparément sur le tas pour mettre en avant leurs intérêts et protéger leurs droits.

L'unité des travailleurs noirs et blancs est indispensable pour combattre et renverser le capitalisme. Mais là où les travailleurs blancs sont privilégiés et les travailleurs noirs pénalisés, l'unité noire dans l'action doit précéder l'unité noirs-blancs et la préparer sur une grande échelle. Des fractions noires dans les syndicats peuvent combattre contre la discrimination dans l'embauche, les renvois et la classification et pour l'égalité de traitement dans les syndicats eux-mêmes, comme DRUM et d'autres fractions noires à Detroit et ailleurs ont entrepris de le faire. Là où elles sont partie intégrante d'une classe ouvrière organisée, elles devraient s'efforcer de démocratiser les 'syndicats, de régénérer leur progressisme et d'éliminer les conceptions et les pratiques de travail faisant confiance aux Blancs.

Ces. objectifs peuvent être poursuivis à travers les revendications suivantes :

1) Contrôle démocratique des syndicats par la base. Elimination de toutes les pratiques racistes dans le mouvement ouvrier.

2) Embauche et avancement préférentiels des travailleurs noirs, et libre accès aux programmes de formation d'apprentis, aux professions spécialisées et aux postes de supervision mieux rémunérés.

3) Pour une clause d'échelle mobile. dans toutes les conventions collectives afin d'assurer l'ajustement automatique des salaires sur le coût de la vie.

4) Pour une semaine de 30 heures sans diminution de salaire.

5) Pour un règlement plus rapide des griefs. Pas de limitation du droit de grève.

6) Droits et traitements égaux pour tous les membres noirs des syndicats.

• 7) Complète indépendance des syndicats par rapport à toute intervention du gouvernement. Abrogation des lois anti-ouvrières.

8) Contrôle ouvrier sur l'industrie au moyen de comités d'usine élus par les travailleurs sur le tas.

La plupart des propositions mentionnées ci-dessus ont été avancées à un. moment ou à un autre au cours de la lutte de libé- ration noire pendant les années passées; d'autres viennent de l'expérience des masses combattant ailleurs contre la domination capitaliste. Un programme de cette sorte ne peut être entièrement achevé ou gelé. Il doit rester souple et ouvert avec

La stratégie du mouvement de libération noir dépend de l'accomplissement de deux tâches. L'une est l'unification et la mobilisation des masses noires pour l'action révolutionnaire. L'autre est l'affaiblissement des forces ennemies.

Les Afro-Américains constituant une minorité de la population des Etats-Unis, il sera nécessaire de trouver des voies et des moyens pour tirer profit des divisions sociales potentielles chez les Blancs et de ce fait pour réduire les désavantages initiaux. Ceci peut être fait en attirant une tiaux. Ceci peut être fait en attirant une partie de la classe ouvrière et des pauvres blancs, ainsi que les étudiants sympathisants et les intellectuels, dans une alliance d'action pendant que d'autres secteurs de la population blanche sont neutralisés. Ces parties du programme suggérées ci-dessus qui ne correspondent pas seulement aux besoin des Noirs mais feront bénéficier des alliés politiques possibles dans la majorité blanche, peuvent servir à favoriser ces buts à long terme d'une stratégie rédans le cas d'une direction correcte, peuvent servir de mots d'ordre de ralliement pour des luttes très massives. C'est une première condition nécessaire pour tout programme de lutte révolutionnaire. C'est dire que, par-dessus tout, le programme doit être fondé sur les nécessités objectives

Mais comment un tel programme se noue-t-il avec la lutte pour renverser 'e capitalisme et construire une société socialiste aux Etats-Unis?

Pour le comprendre, il est nécessaire d'introduire quelques considérations générales. A l'échelle mondiale, le capitalisme, en tant que système international intégré pour la production et la distribution des besoins fondamentaux, est à l'agonie. | offre peu à la plus grande partie de l'humanité si ce n'est une pauvreté accablante, une insécurité désespérée, de moins en moins de possibilités, des régimes de plus en plus répressifs et des guerres sans fin, toutes plus horribles les unes que les autres.

Un certain nombre de pays se sont déjà détachés et se sont mis sur la voie de la construction du socialisme, quelles que soient les difficultés, les épreuves et les revers causés en dernière analyse par le niveau de pauvreté auquel ils devaient commencer et par les efforts des puissances capitalistes pour les frapper et les détruire. Le rapport de forces entre le capitalisme et le socialisme à l'échelle mondiale a changé à un tel degré pendant les cinquante dernières années depuis la première beaucoup de place pour de des innovations au fur et à lutte se développe et que problèmes viennent à l'ordre

L'objectif du programme un guide pour l'organisation masses afro-américaines qui la Constitution. Ou bien d'élargir ces droits, comme l'établissement du droit du dans la communauté noire.

s additions et mesure que la de nouveaux du jour. est de fournir et l'action des peut conduire par exemple contrôle noir

Ils peuvent être définis comme des « revendications démocratiques ».

D'autres points concernent la garantie d'emploi, les salaires horaires, le revenu annuel, la semaine de 30 heures, des bénéfices sociaux tels que des soins médicaux convenables. D'autres impliquent l'action politique indépendante, la défense de la communauté noire, l'organisation du pouvoir noir. Pour des raisons qui seront expliquées plus loin, elles peuvent être définies comme des « revendications de transition ».

Pris point par point, le programme peut sembler modeste, peut-être même réalisable sous le capitalisme si l'on prenait pour argent comptant la propagande assimilant le capitalisme à la démocratie, à une bonne existence et à un monde libre.

On doit particulièrement noter à propos des revendications qu'elles ont déjà apparu dans les communautés noires, dans quelques cas avec un soutien tout à fait vaste ou bien qu'elles sont comprises et appréciées aisément par de larges groupes et vers le but de la libération des Noirs avec le maximum de bénéfices en cours de route.

Le mouvement de libération noir ne peut pas manquer de jouer un rôle d'avant-garde dans la future révolution socialiste américaine, à la fois par son exemple de combativité contre les structures racistes du pouvoir et par le stimulant que ses luttes donneront aux actions d'autres secteurs jetés dans l'opposition à la classe capitaliste dirigeante.

volutionnaire réaliste.

STRATEGIE ET TACTIQUE REVOLUTIONNAIRES

Comment le programme tracé ci-dessus convient-il à la stratégie et à la tactique d'une révolution socialiste aux Etats-Unis?

A première vue, la plupart des points paraissent limités dans leur nature. Beaucoup d'entre eux concernent les droits et les libertés garantis à chaque citoyen par de la population noire.

de la population noire.

vers le but de la libération des Noirs avec le maximum de bénéfices en cours de

Le mouvement de libération noir ne peut pas manquer de jouer un rôle d'avant-garde dans la future révolution socialiste américaine, à la fois par son exemple de combativité contre les structures racistes du pouvoir et par le stimulant que ses luttes donneront aux actions d'autres secteurs jetés dans l'opposition à la classe capita-

STRATEGIE ET TACTIQUE REVOLUTIONNAIRES

Comment le programme tracé ci-dessus convient-il à la stratégie et à la tactique d'une révolution socialiste aux Etats-Unis?

A première vue, la plupart des points paraissent limités dans leur nature. Beaucoup d'entre eux concernent les droits et les libertés garantis à chaque citoyen par ils proposent

QUATRI révolution sacialiste victorieuse en Russie, que même les Etats-Unis sont, au fond, sur la défensive. Telle est la réalité fondamentale malgré les décennies de prospérité s'élevant sur • la victoire de la Seconde Guerre mondiale et les préparatifs pour une Troisième Guerre mondiale, et malgré la force militaire colossale qui est au service des dirigeants capitalistes américains.

Ce qu'on pèut observer à travers le monde entier, c'est que les luttes de masses qui ont une ampleur considérable tendent à se heurter au système capitaliste et, avec une direction convenable, ont le potentiel nécessaire pour briser les barrières du capitalisme et se transformer en luttes pour le socialisme.

Cette tendance est si forte, si profondément inscrite, que des exemples peuvent être cités à travers tout le Tiers Monde où une lutte pour de telles revendications démocratiques, pour l'indépendance nationale et pour une réforme agraire complète s'est transformée en direction d'une lutte pour le socialisme. A Cuba, au Vietnam et en Chine, ces luttes ont culminé en de réels bouleversements révolutionnaires du système capitaliste.

Tandis que la tendance des grandes luttes de masses à se tourner vers le socialisme se manifeste essentiellement dans le Tiers Monde, elle opère aussi - avec certaines modifications - dans les pays capitalistes industriellement avancés. Sous l'impulsion de graves problèmes affectant leur. vie en général et leur niveau de vie, des masses de travailleurs peuvent• s'engager dans des luttes combatives dont la logique est de ne tenir aucun compte des limitations du capitalisme et de chercher des solutions qui ne peuvent réellement être élaborées que si le socialisme est institué.

Ceci donne à ces luttes 'une nature « transitoire ». Commençant par un défi limité à la domination du capitalisme, elles se déplacent logiquement vers la création d'un nouveau pouvoir révolutionnaire en opposition au gouvernement capitaliste.

Les revendications-clefs qui sont soulevées dans la lutte de libération noire aujourd'hui, telles que le contrôle noir de la communauté noire, des emplois pour tous et l'autodétermination, des peuples du Tiers Monde possèdent cette qualité d'être de nature transitoire. Elles prennent leurs racines dans les besoins et la compréhension actuelle de la communauté noire, mais elles ont aussi une logique révolutionnaire parce que le système capitaliste n'a pas la capacité de les satisfaire. Un nouveau système plus rationnel, plus productif est nécessaire.

Au niveau idéologique, ces revendications de transition constituent un moyen

EME INTERNATIONALE de porter le niveau de compréhension des larges masses sous le capitalisme au niveau plus élevé exigé pour comprendre consciemment la nécessité du socialisme. Les luttes quotidiennes à propos de ces revendications pour obtenir des changements dans le système peuvent conduire à la lutte généralisée pour le pouvoir et en devenir partie intégrante. Ainsi, la mobilisation des masses se produit en tant que processus, chaque lutte éveillant, éduquant, inspirant et organisant de nouvelles couches vers la conscience révolutionnaire et l'action.

Piusieurs exemples suffiront à montrer. ce développement logique.

Le chômage est un phénomène assez familier dans les communautés noires. !| est facile pour un jeune Noir, par exemple, de comprendre pourquoi il devrait se voir garantir une possibilité de travail. Quand un grand nombre de jeunes affrontent la même situation, on parvient à un point où ils peuvent engager une action militante commune sur le theme d'emplois pour tous.

Le problème n'est évidemment plus un problème individuel, comme les capitalistes cherchent à le représenter et à le maintenir. Sa nature véritable est apparue à la surface. C'est un problème qui implique la société dans son ensemble et qui exige une solution générale. • Cù peut-on trouver du travail? Une solution possible est de prendre tous les em plois existants et de réduire les heures de travail suffisamment pour laisser des places à quiconque cherche du travail.

Mais pour mainteni: les niveaux de vie il faut garantir les revenus annuels en dépit de la réduction de la semaine de travail:

• Quel est le pouvoir qui peut assurer une telle solution? Il est tout à fait clair que seul un pouvoir gouvernemental peut le faire. Etant donné que le gouvernement actuel résistera à cette manière collective. de résoudre le problème, la question se pose de savoir qui il représente effectivement et pourquoi il ne faudrait pas le changer pour le remplacer par un gouvernement qui garantirait des emplois pour tous.

D'autres questions se posent. Leur solution exige que l'on planifie l'économie à l'échelle nationale et que l'on donne la pricrité aux besoins humains sur la recherche du profit. Ainsi se trouve mise à l'ordre du jour la considération d'une solution de rechange socialiste au capitalisme.

Les actions lancées par les étudiants noirs dans les campus à travers le pays donnent une autre indication du rôle potentiel des luttes menées sur des revendications de transition. La revendication pour une inscription accrue ou ouverte d'étudiants du Tiers Monde s'est déjà montrée comme ayant des implications à longue portée. Des gains importants dans le sens d'une inscription noire plus grande ont été et peuvent être obtenus dans ia présente structure de l'éducation, mais la lutte pour une inscription ouverte -c'est-à-dire pour une éducation de collège à tous ceux qui la désirent — ne sera pas aussi - aisément réalisée par le présent système./

Certaines questions clés se trouvent immédiatement soulevées par cette revendication : d'où viendront les ressources pour assurer une aussi vaste expansion der commodités d'éducation ? Comment des emplois appropriés seront-ils trouvés pour les étudiants à la suite de leurs études ?

Poursuivies avec persévérance, les luttes pour cette revendication peuvent mettre en question la structure capitaliste elle-même. En raison du besoin de vasres sources de main-d'œuvre non qualifiée et peu payée qui lui est inhérent, le capitalisme ne pourrait absorber les coûts et les conséquences d'une éducation supérieure pour le secteur le plus exploité de la force de travail.

Du point de vue de la progression de la révolution, des luttes comme celles qui ont eu lieu sur les campus — qu'elles se soient terminées ou non par des victoires - peuvent stimuler et soulever des revendications ayant des implications à plus longue portée que celles qui sont apparentes dans les questions initiales. La communauté noire dans son ensemble a soutenu les exemples donnés par les étudiants noirs dans leurs luttes pour l'autodétermination et en a été inspirée.

La lutte pour des unités universitaires autonomes d'études noires, par exemple, a aidé à frayer la voie pour la lutte en faveur du contrôle d'autres institutions dans la communauté noire. S'il peut y avoir un contrôle noir des unités d'études noires dans les universités, pourquoi pas le contrôle noir des écoles publiques, de la police et le contrôle noir de la communauté ?

On peut apercevoir l'impact qu'ont déjà eu les luttes des étudiants noirs dans le fait qu'elles ont réussi à réaliser une unité sans précédent dans l'action entre Noirs et autres minorités, y compris les Américains. d'origine mexicaine ou asiatique, les Porto-Ricains et les Indiens. Elles ont également suscité le soutien de nombreux étudiants blancs radicalisés et même, dans un cas réduit mais significatif, celui d'une section syndicale à direction avancée des ouvriers du pétrole dans la baie de San Francisco.

Le mouvement des étudiants noirs et du Tiers Monde est un clair exemple de la façon dont une lutte dans un domaine limité dans les présentes conditions peut aider à démasquer le système et peut conduire à des efforts plus grands et plus vastes. La lutte est l'école des masses et le moyen d'éclairer leur conscience quant à ce qu'il faut faire. Toutes les revendications qui les mettent en action pour leurs propres objectifs méritent d'être soulevées, de lutter pour elles et de les incorporer dans une stratégie et un programme révolutionnaire globaux.

La stratégie visant à faire progresser la lutte de libération noire par le développement de revendications transitoires est fondamentalement différente à la fois des conceptions réformistes et ultra gauchistes sur ce qu'il faut faire.

Les réformistes considèrent que le capitalisme est si puissant et si enraciné qu'il ne peut pas être renversé du moins pour une longue période à venir. De cette vision pessimiste, ils concluent que ce qu'on peut faire de mieux est d'améliorer un peu le lot des masses appauvries, soit en persuadant les dirigeants soit en faisant pression sur eux.

Les ultragauchistes considèrent que le capitalisme est complètement épuisé, non seulement en tant que perspective historique, mais dans sa capacité de survivre. Ils le voient comme subsistant par inertie et ne nécessitant qu'une pichenette pour qu'il s'effondre. Ils rêvent d'y parvenir en galvanisant les masses au moyen d'une propagande intelligente ou extrêmement révolutionnaire — qui souvent ne s'avère qu'être de la pure rhétorique — ou en faisant entreprendre à un petit groupe héroïque, une action spectaculaire qui, donnant un exemple, s'avérerait contagieuse et mettrait en mouvement les masses pour ainsi dire spontanément.

Tant contre les réformistes et les ultragauchistes, les marxistes révolutionnaires considèrent que le capitalisme est entré dans l'époque de son agonie, mais qu'il conserve encore une capacité considérable pour retarder l'épreuve finale grâce à des moyens violents, à de faibles concessions dans certains cas, empêchant les masses de parvenir à une compréhension politique "et bloquant l'organisation d'un parti révo lutionnaire profondément enraciné dans les masses et disposant d'une direction compélente.

De même, à la différence des réformisfes et des ultra-gauchistes, les marxistes cherchent à tirer profit de la faiblesse fondamentale de la classe dirigeante. Cette taiblesse réside dans la tendance profonde de toutes les luttes sociales importantes à notre époque à impliquer le pouvoir gouvernemental et à poser la question de qui doit exercer ce pouvoir, si limitées que

QUATRI ces luttes soient ou semblent être quand elles commencent.

Les marxistes révolutionnaires proposent une stratégie fondée sur ce fait. La suite des revendications transitoires suggérées ci-dessus correspond au cours suivi par les luttes observées à plusieurs reprises dans le monde d'aujourd'hui. En posant ces re-

Le programme d'un mouvement ou d'un parti est un moyen vers une fin, et pour un mouvement révolutionnaire, cette fin est le remplacement du système existant d'oppression raciste par une société égalitaire et libre. Quelle est l'organisation socio-économique qui peut permettre au mouvement de libération noir d'obteni l'autodétermination et une vie meilleure pour tous les Afro-Américains ?

Les nationalistes noirs ont des attitudes différentes sur cette question crúciale. Sur la droite, certains croient en la création d'un capitalisme noir. A gauche se trouvent les révolutionnaires qúi ont com, pris que seule une société socialiste peut réscudre les problèmes fondamentaux des masses noires. De nombreux nationalistes ne sont pas enclins à prendre une position précise à ce sujet. Nous trancherons cela quand la question se posera, disent-ils. Mais un mouvement sérieusement engagé à abolir l'oppression raciale ne peut éluder ou laisser indéfiniment suspendue dans le vide une telle question.

On ne peut prendre de façon arbitraire une décision réaliste sur l'économie qui peut succéder au système actuel d'exploitation. Les possibilités ont été réduites par les grands facteurs historiques qui ont opéré sur une grande période. Parmi tous ces facteurs, le niveau du développement économique qui détermine le caractère et les objectifs des forces en présence est prédominant.

Ce point peut être rendu plus clair si l'on compare la situation présente à celle à laquelle fut confronté le mouvement d'émancipation des Noirs au milieu du dix-neuvième siècle. A cette époque, les principaux oppresseurs directs des Noirs étaient les propriétaires d'esclaves du sud et les Afro-Américains asservis étaient pour la plupart des travailleurs de la terre. La révolution, à l'époque, avait pour objectifs de détruire l'esclavage et de fournir aux hommes libérés, des moyens économiques, sociaux et politiques pour leur émancipation et leur progression.

Il arriva, comme chacun sait, que le pouvoir esclavagiste fut détruit pendant la guerre de Sécession et la période de reconstruction et que les esclaves reçurent leur liberté définitive. Mais comme les vain-

EME INTERNATIONALE vendications dans leur suite logique, en cherchant à organiser des luttes suivant cette ligne, on favorise la compréhension de la principale tendance existante dans la lutte de classes, faisant ainsi progresser la compréhension politique des masses et hâtant l'étape dans laquelle une épreuve tinale avec le système capitaliste raciste• deviendra une possibilité réaliste. queurs capitalistes du Nord dénièrent a ceux-ci les « 40 acres et une mule » promis ainsi que d'autres préconditions à leur indépendance économique et à l'exercice du pouvoir politique, les Noirs furent rejetés dans un nouvel état de servitude dont ils souffrent jusqu'à ce jour.

A présent, la classe capitaliste est le principal oppresseur des Afro-Américains. La grande majorité de la population noire ne vit plus dans les plantations du sud rural et ne travaille plus dans les champa Elle est entassée dans les taudis des villes où elle assure son existence — lorsqu'elle n'est pas dépendante des services d'assistance - en travaillant dans des entreprises capitalistes. Les Noirs sont entourés de tous côtés par des propriétaires capitalistes qui en tant qu'employeurs, usuriers, banquiers, propriétaires et commerçants, les dépouillent.

Pour parvenir à la libération, le mouvement révolutionnaire doit renverser ces exploiteurs dont le système engendre et nourrit le racisme et l'oppression. Parce que les Afro-Américains sont à la fois une nationalité opprimée et le secteur le plus lourdement exploité de la classe ouvrière américaine, le mouvement de libération noir a un double coractère. Il est en même temps un mouvement nationaliste pour l'autodétermination et une lutte prolétarienne contre les capitalistes possesseurs des richesses et du pouvoir.

Les Afro-Américains ont été les principales victimes du système du profit à toutes les étapes de son développement dans l'Amérique du Nord pendant les quatre cents dernières années. Ils ont été asservis et transportés à travers l'Atlantique pour obtenir les moissons qui ont enrichi les planteurs. Ils continuent encore à travailler aujourd'hui pour que d'autres en profitent, mais ils le font dans les cités plutôt que dans les campagnes et pour des capitalistes, au lieu de propriétaires d'esclaves.

L'heure a sonné pour qu'il soit mis fin à toutes les formes d'exploitation et d'asservissement. On ne parviendra pas à une libération totale et définitive sans abolir la propriété privée des moyens de production des grandes firmes et des banques.

LE BUT DE LA LIBERATION : CAPITALISME OU SOCIALISME?

LE BUT DE LA LIBERATION : CAPITALISME OU SOCIALISME?

C'est une mesure obligatoire, que les Afro-Américains décident d'exercer leur droit l'autodétermination par la création d'une nation noire distincte ou dans le contexte de la création d'une seule république socialiste aux côtés des ouvriers blancs et d'autres forces anticapitalistes insurgés.

Le programme de transition d'un mouvement véritablement révolutionnaire doit avoir un but conscient clair qui guide toutes ses activités et éclaire la route de ceux qui le suivent. Il doit être conçu de ma-

ONALE 53 nière à satisfaire les besoins des masses laborieuses et à les mettre en état de contrôler leurs propres affaires. Tout en contribuant à assurer une transition de l'oppression nationale à l'autodétermination, il fera nécessairement progresser la transition du capitalisme au socialisme.

Par cette seconde émancipation, l'Amérique noire n'aura pas seulement effectué sa propre libération, elle contribuera aussi à la libération de tous les peuples opprimés par le racisme, le capitalisme et l'impérialisme.

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