Pendant le moratorium du 15 octobre aux Etats-Unis, des millions ont manifesté leur détermination que Washington retire immédiatement toutes les troupes américaines du Vietnam. Ce fut la plus vaste manifestation dans l'histoire des Etats-Unis, comprenant des rassemblements, des marches et de petits meetings tenus littéralementd'un rivage à l'autre et dans chaque coin du pays. Des centaines de milliers d'hommes participèrent dans les manifestations de New York, mais il y eut plus de 5.000 personnes au rassemblement de Salt Lake City dans l'Utah, et des meetings semblables eurent lieu depuis les plus grandes cités jusqu'aux plus petites villes.
Le 3 novembre, dans son discours très attendu où il avait à définir sa politique vietnamienne après expression massive de l'opposition massive de l'opposition à la guerre, Nixe d une gifle au peuple américain. Il ne fit rien de plus étrange politique de « vietnamisation qui ne signifie rien d'autre que la continuation de la guerre d'agression par Washington.
Du 13 au 15 novembre, le mouvement anti-guerre donnera sa réponse à Nixon pendant trois jours d'activité intense. Les 13 et 14 novembre ont été choisis pour être les deux prochains jours du « moratorium », le 14 novembre verra une grève d'étudiants contre la guerre sur l'échelle nationale, et le 15 novembre il y aura deux marches massives, l'une sur Washington, l'autre sur San Francisco.
Nixon dit qu'il envisage de remplacer les troupes américaines de combat sur le terrain par des troupes de Saigon, dans la mesure où les considérations militaires permettent de le faire, et aussi en fonction des « progrès des pourparlers de Paris », entendant par là des concessions qui pourraient être arrachées aux Vietnamiens à la table de la conférence sous la pression militaire. Ainsi son « plan de paix » s'avère être une menace aux Vietnamiens. Ce programme, même s'il était réalisé, n'est rien d'autre que la continuation de la politique fondamentale de l'impérialisme américain, cherchant à imposer par des moyens militaires sa volonté aux combattants de libération du Vietnam. Il signifie également la continuation du soutien au régime de Saigon, qu'il s'agisse de la bande de gangsters d'aujourd'hui ou d'une autre semblable. seul changement consisterait dans l'emploi de troupes du régime de Saigon au lieu des troupes américaines. Evidemment, comme le sait quiconque connaît l'histoire de cette guerre, le processus consistant à « passer la main aux troupes démoralisées de Saigon » - la situation militaire le permettant — serait probablement un processus plutôt long, c'est le moins qu'on puisse dire. Tout d'abord, s'il n'y avait pas eu l'intervention massive des troupes américaines, le régime de Saigon, aurait été balayé depuis longtemps. Il y a toujours environ un demi-million de soldats américains au Vietnam, et la « vietnamisation » procède plutôt lentement : entre le le 2 octobre, par exemple, le retrait total net des forces américaines s'est élevé à 200 hommes. Il n'y a donc rien d'étonnant que les dictateurs Thieu et Ky trouvent que le discours
Nixon était merveilleux!
Nixon s'efforce d'obtenir militairement une meilleure de négociation pour l'impérialisme et son régime fantoche de Saigon. Il espère pouvoir le faire avec un peu plus de temps. Pour gagner du temps, il présente sa politique de « vietnamisation » comme une sincère proposition de paix, dans l'espoir d'apaiser au moins une partie de ceux qui sont opposés à la guerre aux Etats-Unis et dans le monde. D'autre part, il a chargé son vice-président, Spiro Agnew, de mener une campagne contre le mouvement anti-guerre. Ceci a été repris par certains secteurs de la presse capitaliste qui ont « exposé » le rôle dirigeant joué par des membres du Socialist Workers Party et de la Young Socialist Alliance dans l'aile gauche mouvement anti-guerre, notamment dans le Student Mobilization Committee, qui organise la grève des étudiants du 14 novembre, et dans le New Mobilization Committee, qui organise les deux marches de masse du 15 novembre. C'est une tentative de scinder les forces anti-guerre, d'isoler l'aile militante du mouvement, et d'éloigner des actions de novembre le peuple américain qui commence seulement à sortir d'une période prolongée dominée par l'anti-commuisme.
Mais le moratorium a montré que des millions d'Américains voient clair dans les manœuvres de Nixon. De nouvelles forces importantes commencent à entrer dans le mouvement anti-guerre, comme en témoigne le soutien au moratorium par l'American Labor Alliance, un groupe de syndicats qui sont en dehors de l'A.F.L.-C.I.O., et comportant les syndicats puissants des camionneurs et de l'automobile. L'opposition à la guerre continue à se développer au sein de l'armée elle-même. On a rapporté pendant le moratorium, des G.I.'s du Vietnam ont porté des brassards noirs. Le mouvement anti-guerre lui-même a porté un grand coup à l'idéologie anticommuniste. Tout pointe en direction d'une manifestation puissante pour les 13, 14 et 15 novembre, exigeant que toutes les troupes soient ramenées immédiatement dans le pays. Tous ceux qui, dans le monde, défendent la révolution vietnamienne seront encouragés par ce mouvement massif au cœur même des Etats-Unis et redoubleront leurs propres efforts pour soutenir les Vietnamiens et le mouvement anti-guerre américain.