Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 40

A l'aide de la Révolution bolivienne

Quatrième Internationale, n° 40 · novembre 1969 · p. 15-17 · 1 343 mots

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Au bord de la banqueroute économique, la Bolivie se trouve depuis 1964 sous un régime militaire qui a institué une dictature impitoyable. L'impérialisme et la bourgeoisie font subir aux masses les conséquences de leur politique de pillage et leur incapacité à régler sérieusement le moindre des problèmes économiques. la plus sauvage est la condition de survie du système. Toutes les organisations politiques sont illégales, excepté les groupes fantoches qui soutiennent de près ou de loin le régime. Les organisations syndicales sont également interdites. Tous les efforts de restructuration des syndicats ont été balayés par la violence. Dans les usines, l'occupation militaire continue dans un climat de terreur. Les districts miniers ressemblent à des camps de concentration.

Voici une liste des victimes de la répression dont les noms nous sont connus actuellement : Enrique Ortega, (Victor Guerra), ingénieur en géologie ; Ortega a déclaré appartenir à l'E.L.N. (Armée de Libération Nationale). Rita Emilia Valdivia (Maya), 23 ans, peintre. José Antonio Moreno (Braulio), ex-employé des chemins de fer, étudiant en philosophie, accusé d'être instructeur dans les guérillas, qui déclara devant la presse être un membre du P.O.R. Victor Cordova (Huascar), leader paysan, qui a aussi des contacts dans les mines, membre lui aussi du P.O.R. Beatriz Guardia, 18 ans, étudiante à l'Ecole des sciences économiques et des finances, qui déclara appartenir à l'E.L.N., et refusa de parler sous la torture. Mario Bustamante, étudiant, accusé, comme Beatriz Guardia, d'avoir des contacts avec Moreno. Mario Campo Escalante et son frère René, tous deux étudiants en droit. Elio Vasquez Condori, mineur, longtemps leader du syndicat de Catavi, et l'un des leaders des mineurs dans la lutte qui se termina par le renversement de Paz Estensoro ; il était membre du P.O.R Bertha Porcel, professeur à l'université de Oruro, membre du P.O.R Palenque, employé à l'université de Oruro. King Thomas Chambi, leader paysan indien Aymara, dans la province de Camacho, membre du P.O.R Anselmo Herrerra Lopez, dirigeant de la jeunesse de Huanuni, membre du P.O.R. Gabriel Guzman Illanes, dirigeant des employés du chemin de fer, membre du P.O.R., emprisonné en dépit de sa très mauvaise santé. Cecilio Alcon et son frère Victor, étudiants, membres du P..O.R. Alberto Romano, étudiant. José Unzategui, étudiant. Gonzalez Oroza Bellido, fonctionnaire à la Confédération minière de Bolivie (Comibol).

Jurgens Schutt, doyen de l'école des ingénieurs industriels de l'université de La Paz Tertu Tuulikki, femme de Oroza Bellido, de nationalité finnoise. Trucco, Argentin. F. Melgar, Bolivien, qui déclara appartenir au P.O.R., après avoir été membre du P.R.I.N. (Parti Révolutionnaire de la Gauche Nationaliste). Felix Rocha, lycéen, 16 ans. Felipe Vasquez Condori, dirigeant indien des mines de Huanuni, âgé de ans. Après l'occupation des mines par l'armée, les travailleurs ripostent en s'organisant dans un syndicat clandestin dont Felipe Vasquez est le secrétaire général.

Membre du P.O.R. depuis 1961, il est mis à la porte des mines de Huanuni en 1965, après l'occupation de la mine par l'armée et le massacre des mineurs.

Après avoir organisé des comités armés de mineurs en 1966, il s'inscrit à l'université, centre de toute l'opposition révolutionnaire. Il participe à la conclusion des pactes d'alliance signés entre les mineurs, les ouvriers d'usine, les paysans et les universitaires, et se retrouve à la tête des manifestations étudiantes à Oruro, qui se terminent par des affrontements violents avec la police.

Il avait déjà été emprisonné sous le régime de Paz Estensoro avant d'être torturé et emprisonné par les policiers du régime actuel.

La clique Ovando, venue au pouvoir par le dernier coup d'Etat, tente de se donner un visage libéral en nationalisant les pétroles de la Gulf Oil Company : cette révolution de palais reflète la préoccupation de l'impérialisme américain face à la montée révolutionnaire du continent - et la nécessité pour lui de mettre en place des juntes militaires jouant démagogiquement sur les aspects nationalistes de l'antiimpérialisme des masses afin de mieux les utiliser.

L'insoluble crise du pouvoir, la situation de la Bolivie au cœur du continent font de ce pays à la fois le maillon le plus faible de la domination impérialiste en Amérique latine et aussi un emplacement stratégique pour le développement de la révolution à l'échelle continentale - avec ses frontières communes avec le Pérou, le Brésil, le Paraguay, l'Argentine et le Chili.

C'est pourquoi Ernesto Che Guevara avait installé l'état-major de son armée en Bolivie. Son assassinat ne put pas enrayer pour longtemps un nouvel élan de la lutte armée. L'E.L.N. (Armée de Libération Nationale), sous le commandement d'Inți Peredo et le P.O.R. (Parti Ouvrier Révolutionnaire, section bolivienne de la IVe Internationale) dirigé par. Hugo Gonzales Moscoso, fidèles à la voie tracée par la première guérilla du Che, ont conjointement repris le flambeau.

Pour permettre le développement du mouvement de masse ouvrier et paysan, actuellement muselé par la terreur blanche, il n'y a pas d'autre issue pour les révolutionnaires de Bolivie, que de prendre les armes, que la guerre révolutionnaire contre le système.

Après la publication du manifeste : « Nous retournerons dans les montagnes », l'exécution du traître Honoratio Rojas (responsable de l'embuscade de Vado del Yeso, où tombèrent une dizaine des compagnons du Che en 1967) marque la reprise de l'offensive guérillero.

La répression intervient à ce moment décisif. A la suite d'une dénonciation, elle s'abat sur les militants de l'E.L.N. et du P.O.R. Inti

Peredo meurt au combat dans une maison de La Paz ; Hugo Gonzales Moscoso est traqué, sa maison mise à sac. Promesse est faite de l'exécuter sans procès s'il est pris. Des dépôts clandestins de l'E.L.N. et du P.O.R sont saisis avec armes, équipements de transmission, matériel chirurgical et médical.

Ce coup n'est pas fatal. Il entame durement les réserves d'hommes et de matériel patiemment accumulées et préparées pendant les deux ans de clandestinité qui ont suivi la mort du Che. Pourtant, aucune des organisations de la guérilla n'a été démantelée ; l'appui massif dont elle dispose dans les villes et les campagnes doit lui permettre de reprendre la lutte sans merci. Dans la clandestinité, les révolutionnaires de Bolivie réorganisent leur réseau, rétablissent les contacts. Pour cela, ils ont besoin de notre soutien actif et non seulement verbal ; pas d'une simple solidarité de communiqué de presse.

Au seuil d'une nouvelle étape, il leur faut désormais posséder les • armes de leur politique. Dans un pays sous-développé où un cadre révolutionnaire clandestin peut vivre avec 15 dollars par mois, les milliers de dollars collectés doivent aider à construire l'armée révolutionnaire, avec tous les moyens dont elle doit disposer pour abattre la bourgeoisie pro-impérialiste.

Le P.O.R. qui a pris part à toutes les grandes luttes révolutionnaires du peuple bolivien depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, a acquis au long de son histoire une solide implantation dans les mines. Il fut mis hors-la-loi en janvier 1967 au début du développement de la guérilla du Che. II lui était reproché de préparer la lutte armée. Les trotskystes du P.O.R. ont appuyé publiquement la guérilla du Che et ont joué leur rôle de militants révolutionnaires dans les mines et les universités en animant le soutien à la guerilla.

Ils furent les seuls, en tant que parti, à expliquer aux masses que la lutte armée était la continuation de leur lutte et qu'il fallait l'appuyer vigoureusement (dans le manifeste du P.O.R. : « Tout le peuple est au côté de la guérilla »). Le P.O.R. a mené également un travail en direction des soldats en expliquant les objectifs de la guérilla et les causes politiques et économiques de son apparition. Depuis son interdiction, le P.O.R. a vécu dans la plus stricte clandestinité, consacrant tous ses efforts à la relance de la guerre révolutionnaire.

A l'internationalisation des forces de répression sous la direction de l'impérialisme américain, il faut opposer la solidarité internationaliste des militants révolutionnaires et de leurs organisations.

A l'aide de la Révolution bolivienne, soutenons matériellement les combattants boliviens, apportons notre aide financière au P.O.R. afin de renforcer la lutte armée.

Les sections de la IVe Internationale organisent chacune un fonds de solidarité envers sa section bolivienne, le P.O.R

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