Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 40

Déclaration du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale sur les récents événements du Moyen-Orient

Quatrième Internationale, n° 40 · novembre 1969 · p. 18-20 · 1 642 mots

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L'éclatement du conflit armé au Liban entre les forces palestiniennes et l'armée de ce pays fait partie d'une politique systématique des Etats arabes pour liquider le danger que représentent pour leur régime les développements de résistance palestinienne. C'est une nouvelle étape aggravée dans les tentatives répétées de la part du gouvernement pro-impérialiste libanais pour détruire l'avant-garde combattante de la révolution arabe, la résistance palestinienne. LES TENTATIVES ANTERIEURES DE LIQUIDATION DE LA RESISTANCE PALESTINIENNE

Parmi les Etats arabes frontaliers de l'Etat sioniste, au nombre de quatre, , l'Egypte, la Syrie, la Jordanie et le Liban, les deux derniers qui n'ont jamais œuvré dans le sens de la lutte contre Israël ont été les théâtres de l'implantation puissante et graduelle de la résistance palestinienne. Cette force politique armée efficacement et fortement motivée échappe à leur contrôle et met ces régimes en face de risques accrus et permanents de représailles de la part du sionisme. Ces deux gouvernements redoutent avant tout une telle éventualité. L'armée jordanienne n'a jamais protégé ni aidé la résistance, quand celle-ci était l'objet de bombardements ou de harcèlements de la part des Israéliens. Quand l'aéroport de Beyrouth fut attaqué par les commandos spéciaux israéliens en décembre 1968, l'armée libanaise si elle fut surprise n'en resto pas moins les bras croisés.

Chacun des gouvernements de ces deux pays a entrepris une politique de sape de la résistance palestinienne. La Jordanie depuis novembre 1967 depuis les débuts de l'implantation de masse de la résistance palestinienne, a tenté de la briser ou tout au moins de la maintenir dans les cadres de l'Organisation de Libération Palestinienne, telle qu'elle fut définie et dirigée du temps de Ahmed Choukeiry. Mais, à deux reprises, en novembre 67 et en novembre 68, les mobilisations des masses populaires de Jordanie, soutien essentiel de la résistance, firent échouer les manœuvres contre-révolutionnaires du roi Hussein qui recula devant la mobilisation populaire.

L'implantation de la résistance palestinienne au Liban prit un tour massif au début de cette année. L'attaque contre l'aéroport de Beyrouth se voulait une dation et une pression sur le gouvernement libanais de la part des Israéliens l'obliger à sévir contre la résistance qui agissait depuis le Sud du Liban sur les régions frontalières israéliennes. Elle y est parvenue, mais les conséquences des des dirigeants libanais seront très lourdes pour l'ensemble des organisations palestiniennes et mettront à jour les positions réelles des Etats arabes.

Les événements du. Liban sont d'une portée considérable car ils ont mis à nu la réalité politique des forces étatiques impliquées directement dans le conflit israélo-

LA DYNAMIQUE DE LA RESISTANCE PALESTINIENNE

La vague insurrectionnelle s'est propagée à partir des camps de réfugiés palescordement et ont le de arme fres et rend en ce une mi. tiniens pourtant systématiquement isolés de la population environnante par les les tentatives d'enrclement et de contrôle de l'armée libanaise qui prétenda prétendait sans doute à une mise au pas des fedayin, voire à leur liquidation pure et simple.

résulte une transformation de la situation au Liban : comme dans le royaume hachémite de Jordanie, commandos palestiniens échappent quasi-totalement au contrôle des institutions officielles comme à celui de l'armée, les doublant d'un réseau militaire et administratif parallèle. Le développement de la résistance a provoqué, au Liban comme en Jordanie déjà, une mobilisation des masses et une politisation générale supérieure des éléments jeunes et 'combatifs des populations palestiniennes réfugiées. L'imbrication des réfugiés palestiniens et de la population libanaise, comme de la population jordanienne antérieurement, a permis d'entraîner de plus larges masses arabes dans le soutien de la résistance.

Parce que le soutien à la résistance palestinienne était d'origine Populaire, populaire, et trouvait sa force et sa détermination au sein des exploitées, caractère de classe marqué et ouvrit objectivement les régimes arabes, tels celui du Liban, démasqués contre-révolutionnaires en tentant de le dos la résistance La crise libanaise souligne la contagion rapide de l'élan révolutionnaire tinien au sein des Etats arabes frontaliers d'Israël et donc concernés au plus haut point par la résistance. Elle confirme le rôle éminement révolutionnaire que la dynamique de la résistance palestinienne. joue dans le monde arabe. Les organisations de résistance constituent collectivement le moteur actuel de la révolution arabe, même inconsciemment dans certaines de ses composantes, certains mouvements de résistance ne posant pas le développement et l'issue de la résistance en termes de révolution socialiste et internationale. L'esprit insurrectionnel palestinien qui se propage, aujourd'hui au Liban, bientôt ailleurs dans le monde arabe, menace la classe bourgeoise et les éléments parasites « compradores », inquiétant l'impérialisme américain pour qui le Liban occupe une place stratégique et économique décisive au Moyen-Orient COMMENT S'ORGANISE LE COMPLOT INTERNATIONAL CONTRE LA RESISTANCE PALESTINIENNE

Des forces internationales contradictoires convergent chacune leur côté pour briser la résistance. L'Union soviétique intervient dans le monde arabe par l'intermédiaire des Etats sur lesquels elle exerce un contrôle, l'Egypte principalement, et freine toute extension de la résistance. proposition par l'Union soviétique, en commun avec l'Egypte, d'un plan de paix iilustre cette politique. La politique hypocrite de Nasser, jouant sur deux tableaux, à savoir le soutien à la résistance et la recherche de la paix, vient de trouver une nouvelle confirmation. Les événements libanais ont marqué l'étape la plus élevée du processus révolutionnaire ; les propositions de négociations de Nasser, mettant sur un pied d'égalité la résistance palestinienne et l'armée libanaise, montrent combien s'épuise le Nasser qui contribua à faire renaître la mobilisation palestinienne. Arbitre entre les fedayin et la bourgeoisie arabe, Nasser s'efforce de stopper le processus révolutionnaire. Il représente clairement un moyen terme entre le dynamisme révolutionnaire et le conservatisme pro-impérialiste. Il ne peut continuer à jouer ce jeu qu'avec le soutien de la bureaucratie soviétique, sans lequel il ne serait plus grand chose aujourd'hui

De l'autre côté, se'on leur politique contre-révolutionnaire habituelle, les forces impérialistes ont voulu marquer le coup en obligeant l'armée libanaise à agir. Ce conseil fut publiquement donné par le représentant américain, quand il exprima son appui public au gouvernement libanais. La sixième flotte est, en Méditerranée, prête à intervenir, comme elle le fit en 1958, pour remettre en place les classes dirigeantes. Mais l'Etat d'Israël qui rentre dans l'orbite américaine reste l'élément qui refuse de signer la paix. La concertation est-ouest qui vise à geler la situation au Moyen-Orient se voit donc dans l'obligation de contrôler et de freiner totalement l'action des belligérants. Les Soviétiques et l'Egypte sont dans l'incapacité de bloquer totalement la résistance. Les Américains et les Anglais sont à présent dans l'incapacité de faire accepter la paix à Israël. Le ministre des affaires étrangères britannique a déclaré qu'Israël devrait rendre les territoires occupés. • Le plan de paix se dessine autour d'une pseudo solution qui consisterait à ne prendre en considération que la situation issue de juin 1967 et non depuis 1948, afin de liquider le problème en général en s'attachant à des aspects particuliers. Cela viserait à obliger Israël à rendre les territoires occupés, en échange de la reconnaissance de l'Etat d'Israël par les Etats arabes. Ainsi serait réalisé ce que l'Etat. sioniste recherche depuis vingt années et ce que les Etats arabes refusaient. Or aujourd'hui cette situation se trouve renversée : Israël ne veut pas signer la paix et les Etats arabes attendent de concert avec les' « quatre grands ». Faire la paix aujourd'hui, est un danger pour le sionisme qui ne pourrait s'assurer la pérennité du collectage massif de fonds venus des métropoles impérialistes, qu'à la condition d'agiter les risques de « guerre » et de « génocide » que le peuple juif encoure, alors que ce sont les dirigeants sionistes qui créent situation volontairement. Cette entreprise de paix des Etats arabes et des quatre « Grands » est une entreprise périlleuse et tout porte à croire qu'à partir de la situation présente cela est impossible à moins d'une répression massive de la résistance palestinienne oL d'une capitulatión de ses directions. La logique interne, expansionniste, militariste de l'Etat d'İsraël est un frein à cette politique et profite objectivement à la résistance palestinienne qui a su l'utiliser.

Mais avec les événements du Liban, la résistance est passée à une étape supérieure de la lutte. La lutte de libération a pris une nouvelle dimension internationale et sociale depuis la crise libanaise. En ce sens, elle s'est trouvée précédée par un conflit avec le gouvernement pro-impérialiste libanais qui prit une tournure sociale de lutte de classe pour laquelle la résistance n'est pas encore préparée. La crise libanaise représente le réveil révolutionnaire des masses, de ce pays dans un cadre internationaliste qui donne son vrai visage à la révolution arabe.

L'accord du Caire entre Arafat et Boustani, chef de l'armée libanaise, est un compromis entre la résistance et le gouvernement libanais dont la portée reste limitée dans le temps, étant donné la nature du gouvernement et de l'armée libanais. Tôt ou tard les manœuvres contre-révolutionnaires de ces suppôts de l'impérialisme reprendront et sans doute avant longtemps. L'impérialisme américain, depuis les tentatives de corruption jusqu'aux menaces armées, va désormais accentuer sa pression. La période dans laqueile nous entrons va voir les forces révolutionnaires de la résistance et celles de la contre-révolution arabe et impérialiste se préparer à de nouveaux heurts.

La résistance palestinienne porte ainsi une responsabilité considérable dans le développement de la révolution arabe dont elle est aujourd'hui l'avant-garde. Rien n'a été vraiment réglé au Caire; les Etats arabes dit progressistes, Nasser en premier chef, n'ont fait que temporiser et se sont donné un nouveau sursis en jouant la conciliation.

Les marxistes révolutionnaires doivent plus fermement que jamais apporter un soutien politique à la résistance palestinienne, défendre les droits historiques et 'imprescriptibles de la population palestinienne, et aider aux développements nouveaux de la révolution arabe. A BAS LA REACTION ARABE EI LES MENEES DE L'IMPERIALISME ! VIVE LA REVOLUTION SOCIALISTE ARABE !

5 Novembre 1969

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