Nous écrivons cette note au moment où la classe ouvrière argentine se prépare à une deuxième grève générale et une deuxième grève générale et nous ne disposons jusqu'à présent que d'informations nous ne disposons jusqu'à présent que d'informations sommaires sur événements des dernières dès maintenant, il est impérieux d'attirer l'attention sur la portée énorme de ces événements.
L'Argentine était l'un des pays d'Amérique latine où la situation était la moins forces révolutionnaires à la suite de toute une série de mouvement ouvrier qui avaient débouché sur une période de stagnation, de repli, de démoralisation même. Depuis des années, les mobilisations ne dépassaient pas le cadre de la profession ou du secteur et aucune lutte n'avait acquis un caractère politique d'ensemble. Les syndicats étaient de plus en plus bureaucratisés, paralysés, embourbés dans des opérations de sommet qui impliquaient ou préparaient de véritables capitulations et intégrations. Seuls, des minorités révolutionnaires restreintes et des secteurs très limités de la classe ouvrière réagissaient à cette régression.
Or, la crise de mai et de juin représente de toute évidence un renversement spectaculaire. C'est une manifestation supplémentaire de la crise très profonde qui secoue le continent latino-américain et à laquelle aucun pays de celui-ci ne peut plus espérer échapper. C'est une indication supplémentaire que des forces nouvelles ont mûri et que des perspectives nouvelles s'ouvrent.
Des symptômes significatifs s'étaient produits au cours de l'année passée marxistes révolutionnaires argentins les avaient correctement saisis. Il s'agissait de certaines mobilisations des étudiants, de certaines manifestations où une première jonction s'opérait, dans des proportions modestes il est vrai, entre les étudiants et des noyaux de jeunes ouvriers. Il s'agissait d'une maturation en profondeur d'une nouvelle avant-garde qui, d'une façon plus ou moins consciente, commençait à dresser un bilan critique de vingt années d'expériences du mouvement ouvrier argentin. En même temps, la situation ne cessait d'être tendue, voire susceptible d'explosions prérévolutionnaires certaines régions du Nord, où des couches très larges de la population payaient durement le prix d'une soi-disant rationalisation ou restructuration économique.
Dans un pays caractérisé par un fort poids spécifique de la classe ouvrière et, plus généralement, par un pourcentage élevé de population urbaine, pas étonnant que la première vague de la nouvelle montée ait acquis des formes analogues à celles qu'ont connues, toute proportion gardée, le Mexique et le Brésil. Le mouvement étudiant a joué un rôle de stimulant essentiel : c'est lui qui a commencé à briser, par ses mobilisations, l'équilibre politique du régime oligarco-militaire ; ce sont des étudiants qui sont tombés les premiers sous les coups de la répression, ce sont surtout des étudiants qui ont été les protagonistes des premières batailles.
Mais, déjà quelques semaines avant les journées cruciales, le Nord avait été le théâtre de mobilisations dans lesquelles une grande partie de la population, acculée au pied du mur par des conditions littéralement désespérées, affrontait les forces de répression dans de véritables batailles. Le 21, à Rosario, parmi les milliers et les milliers de personnes qui ont tenu en échec la police des heures durant, à côté des étudiants qui constituaient la grande majorité, il y avait déjà des contingents importants de jeunes ouvriers. Finalement, dans les journées de Cordoba, qui marqueront une date dans l'histoire du mouvement ouvrier argentin, c'est la jonction sur une très grande échelle, entre les étudiants et les ouvriers qui aboutit à une lutte héroïque que le gouvernement s'efforce d'étouffer sauvagement par une mobilisation massive de l'armée qui tire et tue sans pitié.
Les réactions pendant les affrontements avec les forces de répression et le succès éclatant d'une grève générale à laquelle ont pris part même les secteurs où dominent les syndicalistes inféodés au pouvoir, ont confirmé que les luttes de Rosario et de Cordoba ne sont pas des explosions isolées, sans lendemain, mais expriment un changement profond, une évolution nouvelle rapport de forces. Après la plupart des autres pays d'Amérique latine, aussi s'installe dans une situation marquée par des tensions et des conflits prérévolutionnaires.
Il est trop tôt pour dresser un bilan détaillé de ce qui s'est passé. Mais, faut-il le répéter, l'Argentine est entrée dans une phase nouvelle et cela a été le résultat en même temps d'une explosion spontanée des masses et de processus moléculaires de maturation d'avant-gardes nouvelles. Il s'agit de militants, qui n'ont pas connu directement la période des défaites et des déceptions, qui n'ont pas subi les déformations du péronisme, qui ont assimilé les leçons fondamentales de la révolution cubaine, qui sont poussés par la crise mondiale de l'impérialisme et stimulés par la montée des étudiants et des ouvriers dans les pays capitalistes, de France en premier lieu. Une période très critique s'ouvre pour les classes dominantes qui ont vu l'équilibre de leur système brisé et qui déjà commencent à rechercher fiévreusement des solutions de rechange difficiles à trouver et en tout cas nécessairement précaires.
L'avant-garde révolutionnaire pourra opérer désormais dans un contexte objectif de loin plus favorable : ses orientations et ses perspectives auront. un écho dans des milieux beaucoup plus larges, et les problèmes qui, jusqu'ici, ne préoccupaient que des secteurs restreints d'étudiants et d'ouvriers, seront de plus en plus saisis au niveau des masses. L'expérience de mai 1969, avec la répression qui a sévi et qui a déjà frappé les militants les plus courageux, a confirmé que les vieilles classes dominantes ne pourront être renversées par des « voies pacifiques », ni par de simples mobilisations de masses, même très puissantes, mais par une stratégie de lutte armée, conçue et concrétisée par une direction consciente. Préciser les orientations, les articulations, les méthodes et les rythmes d'une telle stratégie à cette étape, telle est la tâche fondamentale et urgente des marxistes révolutionnaires argentins que la répression sera incapable de bloquer et qui sont préparés à accomplir leurs nouvelles tâches aussi bien par les expériences vécues que par leur travail de réflexion critique et d'élaboration des dernières années. 10 juin 1969