Le 3º Congrès de l'Union Générale des Travailleurs Algériens (U.G.T.A.) a eu lieu au mois de mai à Alger au Palais des Conférences Internationales du Club des Pins. Il s'est déroulé en présence de toutes les personnalités du régime. La presse algérienne en a largement parlé. Pourtant, le Congrès eut pratiquement lieu à huis clos. Pour la première fois, aucune délégation étrangère n'avait été invitée au Congrès.
C'est que ce 3º Congrès était un congrès de liquidation de l'U.G.T.A. en tant que syndicat indépendant de l'appareil d'Etat. Il venait à la suite de trois années de lutte où le syndicat fut acculé à la défensive, progressivement sur tous les points où les militants syndicaux croyaient pouvoir garder une autonomie: élire leur propre direction, éditer leur propre presse, élaborer leur propre politique, administrer leur propre organisation...
Pour résumer - trop brièvement — rappelons qu'il y a trois ans, le 21 mai 1966, le secrétariat national de I'U.G.T.A lança déjà un véritable cri d'alarme à propos des empiètements du pouvoir, sous la forme d'un rapport à i la Commission Exécutive Nationale (de I'U.G.T.A) qui brossait un saisissant tableau des difficultés que le syndicat rencantrait (1) Le journal syndical Révolution et Travail se faisait saisir à la même époque et ne reparut par la suite que pour disparaître à nouveau. En 1968, le « Parti F.N.L. », c'est-à-dire, l'appareil dirigé par Kaïd Ahmed, l'actuel homme fort du régime, décida de « réorganiser » I'U.G.T.A.. En octobre 1968 il convoquait une « conférence syndicale des cadres » qui accepta cette réorientation, et où les représentants des Unions locales et régionales du Grand-Alger n'assistaient pas. En janvier 1969, ces unions locales et régionales du G.and-Alger étaient dissoutes.
Pour comprendre clairement l'enjeu de l'affrontement entre le gouvernement et le « Parti F.L.N. » d'un côté et le syndicat de l'autre, il est plus simple de se référer à la brochure du F.L.N. « Réorganisation de l'U.G.T.A. » éditée par l'appareil (2).
La brochure ne manque en effet pas de clarté : consistant en une véritable offensive contre la direction de l'U.G.T.A. élue au 2° Congrès (1965), elle ne mâche pas ses mots.
« Les instances syndicales animées par des éléments imbus de principes périmés basés sur le revendicalisme et la lutte de classe, les uns inexpérimentés, les autres ayant conservé des attaches directes ou mentales avec des corps étrangers, se sont pratiquement conduits en facteurs nihilistes peu soucieux des impératifs nationaux et ne mesurant pas, par conséquent, les intérêts réels des travailleurs. » (Page 7 souligné par nous.) Par suite : « La situation, en tous points mauvaise, qui règne au sein de I'U.G.T.A. engage désormais la pleine responsabilité du Parti. » (Page 7.)
La caractérisation que le document fait de la direction syndicale élue au 2º Congrès en mars 1965, est extrêmement brutale :
« Les membres de la nouvelle direction ont été choisis sur la base d'un compromis dont le résultat s'est traduit dans une équipe hétérogène. Cette caractéristique essentielle jointe à l'absence de tout le programme d'organisation a, depuis, pesé lourdement sur le comportement de l'activité [sic] de la nouvelle direction nationale.» (Page 34.)
« La situation générale du mouvement syndical se résume en un seul mot : carence. Carence sur tous les plans de l'activité syndicale et surtout carence des organismes dirigeants : la Commission Exécutive Nationale et le Secrétariat. » (Page 38.)
« Des « républiques autonomes » se sont installées au niveau de presque chaque organisation et le rôle dirigeant du F.L.N. est implicitement remis en cause. Cette situation traduit l'erreur commise au cours du 2° Congrès dans le choix inconsidéré des composantes humaines [sic]
(1) Perspective Mondiale, vol. l, nº 5 du 25 juin 1966.
(2) Brochure du F.N.L. • Réorganisation de I'U.G.T.A. Projet Analytique du développement du syndicalisme en Algérie ». Soumis discussion des travailleurs et des militants (1968).
de la Commission Exécutive et du Secrétariat National. » (Page 37.)
Quelles sont les raisons plus profondes de cette hostilité? A ce sujet aussi, le document est extrêmement explicite : ce qui est surtout reproché à la direction est son attitude « centriste » ‚c'est-à-dire ambiguë, refusant le soutien total et inconditionnel au régime du colonel Bouconditionnel au régime du colonel Boumediène. « La résolution adoptée au lendemain de l'événement du 19 juin [1965] est à cet effet, très significative. Depuis, sa position à l'égard du régime est à l'image de celle d' un pendule. » (Page 39.) Au lendemain du 19 juin [le coup d'Etat de Boumediène] le syndicat ne s'était en effet pas borné à exprimer son soutien au nouveau chef de l'Etat, mais il avait également mis en garde contre tout démantèlement éventuel des. acquis de l'autogestion agricole et industrielle.
« Les dirigeants syndicalistes — ajouelles ne sont point rentables du point de vue de la logique capitaliste, o transformées ou intégrées à des nationales [et soustraites à l'autoc N.D.L.R.]. L'U.G.T.A., dont la pr était manifestement peu importante le secteur industriel autogéré doit tenant définir une doctrine syndic direction de ces nouvelles sociétés direction de ces nouvelles sociétés présentent l'économie étatique. » 59.)
« Car, il est pour le moins inc hensible que dans certains milie I'U.G.T.A., les sociétés nationales so nt été ociétés lestion, résence = dans mainale en jui reui re-
(Page empréux de nt plutôt très mal vues. Cet moins singulière, s'est peu de temps, en fait née 1967. » (Page 61.
Quelle est la conce qui est celle du régir quelques mots : c'est le roie de transmission : Exécutive Nationale Exécutive Nationale nexe d'un quelconque lie bres se réclament tous militants F.L.N.. Cela morale et intellectuelle. sont, avant tout, des sur le front de la lutte titre, tenus à l'observa discipline du Parti et (Page 40.) « Les syndi voir d'engager une larg plication auprès des tra battre le virus du dénig page à travers des destructives. » (Page termes, et le présiden confirmé dans son di au Congrès, la tâche soutenir sans réserves le
Une telle transform ne pouvait, bien sûr, ê direction sortante : « L les structures organique pour assurer l'œuvre d I'U.G.T.A... Pour prépa National de I'U.G.T.A tions valables [sic], i cadre des structures org composantes humaines... des hommes politiques le Parti en tant que et dirigeante des orgar et de toute la société 106). Le Parti a les m _ cités d'atteindre ce pr mobilisant ses énerg te attitude P manifestée au milieu de ) ption du sy ne? Elle tie syndicat —
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Parti et les syndicats, » (Page 107.)
Le même document intérieur préparé par l'appareil de Kaïd Ahmed à l'intention des syndicats mettait également en place le dispositif préparatoire du 3° Congrès, qui depuis a eu lieu : « Ces te le doci ve de so sur la qu afin de l à la phas couches des décl pestives, se diluer [sic], l'é 52.)
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« La débuté à nouvellem d'un secte se dégage économiqu Les socié cette opti la politiqu du dévelo nale indé ament - n'ont fait aucune preuuci économique en se penchant lestion du capital privé national 'amener à apporter son concours ie de création d'emplois pour les inemployées. Au contraire, par rations inopportunes et intemils encouragèrent ce capital à dans la consommation effrénée vasion vers l'étranger. » (Page ent dit, le syndicat a effrayé le national » par ses revendicaplus, il ne s'est pas intégré dans gestion progressivement vidée de nu. Car, ainsi que le dit le do«Il est dans cette réalité de on algérienne que les syndicats 'intégrer par une pensée [sic] algérienne, c'est-à-dire débartoutes séquelles du schéma clasla lutte de classes inadaptée à r où n'existe que la classe des rs dont le fruit du travail est I peuple tout entier. » (Page 56.) le document ne reproche pas au syndicat son attitude visrégime, du capitalisme national, r autogéré, mais aussi vis-à-vis isme d'Etat : création des sociétés nationales a partir de 1963. Dans un pays ent indépendant, l'existence ur d'économie d'Etat permet de ir progressivement de la tutelle le des monopoles impérialistes. tés nationales, constituées dans que, deviennent l'instrument de le d'industrialisation, et la base ppement d'une économie natiopendante, organisée dans le caplanification, économique nécessaire par l'Etat. » (Page 60.)
« C'est dans ce but que certaines unités dont la nature d'activité répond à des besoins économiques nationaux même si
VATRI hommes seront investis de la confiance du F.L.N..., de la mission de réunir les conditions du 3º Congrès de I'U.G.T.A. au cours d'une conférence nationale des représentants des travailleurs. » (Page 108.) Cette conférence a eu lieu en octobre 1968 à Alger, selon le plan prévu ici. « La conférence, après avoir constaté l'incapacité de la Commission Exécutive Nationale de réunir les conditions valables pour la tenue d'un congrès normal, prendra acte de l'expiration du mandat de cet organisme. Sur la base de ces constatations, la conférence prendra en considération "les propositions du Parti. » (Page 109.)
On peut comparer cette « préparation » du 3º Congrès à l'intervention brutale de l'appareil de Krider, à l'époque secrétaire général du F.L.N., dans la préparation du ler Congrès de I'U.G.T.A. en janvier 1963 : ce n'est pas nous qui faisons cette comparaison, c'est le document lui-même : « Le lºr Congrès national tenu en janvier 1963, a permis... de clarifier la position des syndicats à l'égard du Parti au pouvoir... Des esprits malveillants ont tenté de faire accréditer l'idée que le pouvoir a domestiqué les syndicats, alors qu'il ne s'agissait en fait que d'une confusion généralisée et d'interventions contradictoires... Le Parti qui se devait d'intervenir, pour éviter une déviation du syndicalisme, lourde de conséquences, n'avait d'autre démocratie à respecter (dans) les conditions de l'époque, que celle qui est fon-
EME INTERNATIONALE dée sur la légitimité révolutionnaire et l'intérêt supérieur de la Nation. » (Page 27.)
Méthodes de gangster, semblables à celles de Mohamed Khider, dissolution des poches de résistance qu'étaient certaines unions locales, telles celles d'Alger ou de Skikda, telles furent les méthodes utilisées ; le document les « théorisait » de la façon suivante : « Dans le système d'économie capitaliste, le mouvement syndical révolutionnaire se doit d'accorder la Dus grande place unions cales page plus grande place aux unions locales (page honneur leur mission... Dans la mesure où elles sont encore retenues, c'est une mission de coordination et d'animation intersyndicale qu'elles pourraient assumer. Elles doivent maintenant s'affirmer en tant que véritables courroies de transmission entre le sommet et la base. » (Page 75.)
La résolution du 3º Congrès reproduit toutes ces directives. Elle exclut toute contradiction entre syndicats et organes d'Etat, en soumettant l'U.G.T.A. au contrôle du F.L.N.
Le nouveau secrétaire général de I'U.G.T.A. est Abdelkader Benikous, un membre de la Fédération de l'Education et de la Culture. Il prend la place de Mouloud Oumeziane, l'ancien secrétaire. Celui-ci reste toutefois membre de la Commission Exécutive. Comme représentant de l'opposition ou comme otage? L'avenir le montrera.
F. C.