La crise du mouvement de guerilla en Palestine
L'absence d'une théorie révolutionnaire. La lutte révolutionnaire palestinienne est placée devant un choix. Ou bien elle sert la révolution, ou bien elle dévie, consciemment ou non, vers la contre-révolution. Car les conditions objectives de nos problèmes et de notre combat révolutionnaire nous placent devant une responsabilité historique en ce qui concerne l'avenir de la lutte de libération palestinienne et nous devons faire un choix historique : servir la révolution ou dévier vers la contre-révolution.
Le devoir de tous les révolutionnaires est d'étudier les problèmes les plus urgents de la révolution et d'adopter une position sans être prisonniers d'influences personnelles. S nous insistons ici sur notre façon d'envisager les problèmes essentiels de notre lutte, c'est que nous avons l'intention de provoquer la prise de position de tous sur ce choix décisif — à savoir marcher avec la révolution ou avec la contre-révolution. I. La guerre régulière est la guerre de la bourgeoisie. La guerre révolutionnaire est une guerre populaire.
La bourgeoisie arabe a créé des armées de métier qui n'étaient pas prêtes à sacrifier leurs intérêts et les avantages qui leur étaient garantis. Le militarisme arabe a grandi jusqu'à devenir effectivement un appareil que la bourgeoisie nationale a utilisé pour affermir sa position et étouffer les oppositions internes ainsi que le mouvement national.
Derrière le masque de la question nationale, la bourgeoisie a utilisé les armées pour renforcer sa domination bureaucratique sur les masses et empêcher les ouvriers et les paysans d'accéder au pouvoir politique. Elle a pratiqué dans nos pays une grande politique de tromperie et d'hypocrisie. Elle a exigé et elle exige aujourd'hui encore le soutien des classes laborieuses sans les organiser ou sans développer leur idéologie. Dès qu'une couche de la bourgeoisie nationale arrive au pouvoir - normalement par un putsch militaire et sans l'intervention réelle des masses — cette couche en revient très vite à la position bureaucratique de classe qu'elle avait à l'origine. Elle institue un système de terreur qui permet certes de parler de la révolution, mais en même temps elle réprime tout mouvement révolutionnaire et arrête celui qui essaie de s'engager sur le vrai chemin de la révolution. Dans la question palestinienne, la bourgeoisie arabe a toujours trouve un prétexte pour détourner la masse des Arabes de leurs intérêts et problèmes primordiaux. La victoire à l'extérieur des frontières nationales - en Palestine - a toujours été un rêve de la bourgeoisie nationale, dont elle a toujours parlé, pour pouvoir consolider ses intérêts de classe et ses positions bureaucratiques. La bourgeoisie nationale s'appuie sur la théorie fausse d'une guerre traditionnelle pour pouvoir réaliser ce rêve.
La guerre de juin 1967 a prouvé l'erreur de cette théorie. Car la direction de la bourgeoisie nationale a provoqué la défaite complète. La meilleure stratégie de l'ennemi est de frapper vite. L'ennemi ne peut pas mobiliser ses forces militaires constamment et à long terme, parce que cela aggraverait sa crise économique. Il jouit du soutien total de l'impérialisme américain qui lui fournit les armes les plus modernes. Il est donc dans une situation qui impose l'obtention d'une victoire militaire éclair. Avec l'aide de l'impérialisme américain, il est technologiquement supérieur et par conséquent en état de réaliser une guerre éclair.
La meilleure stratégie de notre pauvre peuple est, à long terme, la guerre populaire.
Notre peuple doit surmonter ses faiblesses et tirer profit des faiblesses de l'ennemi. On doit mobiliser la capacité de lutte du peuple palestinien et arabe, ce qui exige un processus d'éducation politique et idéologique permanent. L'affaiblissement de l'impérialisme et du sionisme en territoire arabe exige que la lutte révolutionnaire serve de méthode de confrontation avec la domination impérialiste et sioniste.
II. La lutte de guerilla comme moyen de pression pour obtenir le « règlement pacifique ».
Mais, en tenant compte des nécessités de la guerre populaire, la lutte de guerilla a besoin, à long terme, des capacités potentielles des masses palestiniennes et arabes pour être en mesure de se transformer en un mouvement populaire armé possédant une idéologie claire qui lui permet de jouer un rôle historique décisif dans le mouvement révolutionnaire. Parce que le peuple palestinien était directement concerné par la prépondérance de l'impérialisme et du sionisme au Proche Orient, il a été mis au premier rang de la lutte contre le sionisme et le néo-capitalisme conduits par les Etats-Unis.
La lutte palestinienne n'est pourtant qu'une partie d'un tout - donc une partie du arabe dans son ensemble et des mouvements nationaux de libération dans le monde.
L'importance de ce lien s'accroit avec les essais constants de la bourgeoisie arabe et de l'impérialisme mondial, avec les Etats-Unis à leur tête, pour obtenir un «règlement pacifique ». Car toutes les propositions qui doivent permettre une solution pacifique au problème palestinien favorisent : — une solution en faveur de l'impérialisme et du sionisme, - la mise en question des possibilités de la lutte du peuple en tant que moyen de libération, - le maintien de l'assujettissement de la bourgeoisie arabe aux marchés mondiaux impérialistes. Ce que craint la bourgeoisie, c'est d'être isolée de ce marché et de perdre son rôle d'intermédiaire entre le capitalisme mondial et son marché. C'est pourquoi les pays producteurs de pétrole sont revenus sur le boycott des pays occidentaux et c'est pourquoi aussi Mc Namara était prêt à accorder des crédits.
Si la bourgeoisie arabe s'efforce d'arriver à un « règlement pacifique » du problème du Proche Orient, elle s'efforce en réalité de préserver durablement le profit qu'elle tire de son rôle d'intermédiaire entre le marché impérialiste mondial et le sien.
La bourgeoisie arabe ferme encore les yeux sur l'activité de la guerilla, elle la soutient même quelquefois. Car la présence des guerillas constitue toujours un moyen de pression en vue d'un règlement pacifique. Du fait qu'elles ne possèdent pas d'appartenance de classe claire, ni de position politique claire, du fait qu'elles sont liées à la bourgeoisie, elles sont toujours incapables de résister effectivement à de telles tentatives. Mais la discussion des guerillas avec ceux qui recommandent un règlement pacifique est inévitable. A cause de cela et à cause de la possibilité d'une guerre limitée dans cette région, les guerillas doivent entreprendre des démarches pour transformer leurs actions en une guerre populaire avec des buts clairs. III. Pas de mouvement révolutionnaire sans une théorie révolutionnaire.
L'exigence fatale à laquelle le combat révolutionnaire se voit confronter au Proche Orient, requiert des forces révolutionnaires un examen des raisons des faiblesses de notre mouvement de guerilla, afin d'être en mesure de faire face à l'impérialisme et au sionisme avec un mouvement populaire armé. Ce mouvement doit avoir un objectif clair et disposer de masses combatives - ce qui garantit la victoire.
La raison essentielle de la faiblesse des guerillas est le manque d'une idéologie révolutionnaire qui éclaire l'horizon politique du combattant palestinien et doit s'incarner dans un programme militaire et politique conçu par étapes. Sans une idéologie révolutionnaire, le combat national reste prisonnier de ses nécessités pratiques et matérielles. La bourgeoisie arabe est prête à satisfaire en partie les exigences du combat national tant que celui-ci reste dans les limites prévues par elle. En voici un exemple clair, c'est l'aide matérielle que l'Arabie Séoudite accorde à Al-Fatah, tandis que Al-Fatah de son cóté déclare la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats arabes. Le but de cette politique de non-ingérence est d'assurer cette petite aide matérielle de la bourgeoisie arabe. Comme la plupart des mouvements de guerilla n'ont pas d'armes idéologiques, bourgeoisie peut déterminer dans ce cas le destin de la guerre de guerilla. Il en résulte que la lutte du peuple palestinien doit être soutenue par les classes laborieuses arabes qui luttent contre toute forme de domination de l'impérialisme, du sionisme et de la bourgeoisie. révolutionnaire. contient les lois de la lutte de classe, du matérialisme historique et dialectique, Le programme d'action conçu par Cette idéologie révolutionnaire, c'est l'idéologie marxiste-léniniste étapes ne peut pas être réalisé sans idéologie qui étant le véritable garant de l'action des masses à toutes les étapes de la lutte. Car le marxisme-léninisme sert les intérêts des classes laborieuses et relie la théorie à la pratique de façon dialectique, de sorte qu'il n'en découle aucun paradoxe. Au contraire : dans le marxisme-léninisme, la pensée est déterminée par l'existence sociale et en retour agit sur l'existence par l'intermédiaire de la conscience. IV. La guerre de libération est une guerre de classe qui est guidée par une idéologie révolutionnaire.
Si nous considérons que le problème central, en ce qui concerne l'avenir de la guerre faut que nous prenions l'initiative et que nous exposions les données élémentaires qui de guérilla et aussi de notre mouvement est l'absence d'une théorie révolutionnaire, il doivent être une partie du processus de la dialectique historique dans le mouvement révolutionnaire. Nous ne pouvons pas nous contenter de faire le tour des problèmes de notre combat révolutionnaire sous prétexte que notre lutte est une lutte nationale et non pas de classe. La lutte nationale est une lutte pour la terre et ceux qui luttent sont les paysans une lutte de classe. Car la lutte nationale représente à son origine un problème de la lutte qui ont été chassés de leur terre... La bourgeoisie est toujours prête aussi à se mettre à la tête du mouvement national, dans l'espoir de dominer le marché intérieur. Si la bourgeoisie réussit à contrôler le mouvement national, elle l'amène à faire des compromis avec sionisme sous le masque d'un « règlement pacifique », qui renforce sa position. Cela lui apporte une aisance relative même si celle-ci ne constitue qu'une l'impérialisme et le petite fraction de la richesse totale que le néo-colonialisme enlève à nos pays par diverses méthodes.
C'est pourquoi la phrase « la lutte de libération est fondamentalement une lutte de classe » insiste sur la nécessité pour la classe ouvrière et paysanne d'avoir un rôle diri geant aans la révolution nationale. Si la classe ouvrière et paysanne n'assume pas ce rôle dirigeant, le danger existe alors de voir la révolution nationale dévier de son objectif essentiel. Si la petite bourgeoisie prend la direction, la révolution nationale est sacrifiée aux interêts de classe de cette direction. On commet une grave faute si on en conclut que la provocation sioniste exige l'union nationale. Alors on ne comprend vraiment pas la véritable structure de classe du sionisme. opprimée est la seule qui soit en mesure de se charger d'une telle confrontation avec La lutte contre Israël est avant tout une lutte de classe. C'est pourquoi la classe le sionisme. V. Le champ principal de notre lutte révolutionnaire est la Palestine.
que l'affaiblissement de l'impérialisme et du dans le monde entier ouvre le chemin vers la victoire. De même le renforcement de notre Nous ne devons pas oublier arabes contre l'impérialisme et la bourgeoisie internationale. Il dépend aussi du soutien que nous recevons de toutes les forces révolutionnaires du monde. des masses décisive contre le sionisme doit avoir lieu sur le sol palestinien. Le facteur décisif pour la victoire est la durée extrême de notre lutte révolutionnaire. Mais la bataille De ce fait, la possibilité de transporter notre lutte révolutionnaire à l'intérieur de la Palestine est le problème essentiel et décisif. La lutte armée du peuple à l'intérieur de la Palestine peut armes les plus simples pour détruire l'économie et la machine de guerre de utiliser les sioniste. Il peut même se servir des armes de l'ennemi. Le déplacement de la l'ennemi lutte populaire à l'intérieur de la Palestine s'appuie davantage sur l'agitation et l'orga- nisation des masses que sur l'action à la frontière, au-delà de la vallée du Jourdain, des guerillas, même si cela est également important pour la lutte à l'intérieur de la Palestine.
VI. La vallée du Jourdain - un handicap pour la guerilla.
Après avoir commencé leurs actions dans la partie occupée, les organisations de guerilla rencontrèrent une répression militaire brutale des forces militaires sionistes.
Comme ces organisations n'ont pas d'idéologie révolutionnaire et par conséquent pas de programme révolutionnaire, elles se sont pliées à ce qu'exigeait leur propre conservation et se sont retirées dans les territoires situés à l'Est de la vallée du Jourdain. L'ensemble des actions devint donc des actions de frontière. Par la présence aussi des organisations de guerilla dans la partie jordanienne, la bourgeoisie de Jordanie et ses services secrets peuvent anéantir ces organisations si elles ne sont plus considérées comme un moyen de pression pour le règlement pacifique. VII. La révolution dans les deux parties de la Jordanie.
Si nous parlons du déplacement de la guerre de guerillas vers la Palestine, nous ne devons pas négliger la lutte en Jordanie orientale, car ce pays était davantage lié à la Palestine qu'aux autres pays arabes. Le problème de la révolution en Palestine est dialectiquement relié au problème de la révolution en Jordanie orientale. Une série de complots de la monarchie jordanienne avec l'impérialisme et le sionisme a prouvé ce lien.
Les actions de frontière doivent continuer à exister pour assurer des renforts aux révolutionnaires qui luttent à l'intérieur de la Palestine.
Mais la lutte en Jordanie orientale doit prendre la voie juste, c'est-à-dire celle de la lutte de classe. La lutte révolutionnaire palestinienne ne doit pas - consciemment ou non - être utilisée comme moyen pour soutenir la monarchie jordanienne sous le masque de l'unité nationale.
Le problème essentiel de la lutte révolutionnaire en Jordanie orientale est la création d'un parti marxiste-léniniste qui ait un programme d'action clair d'après lequel il puisse organiser les masses pour pouvoir jouer son rôle national et son rôle dans la lutte de classe. La liaison de la lutte dans les deux parties doit être facilitée par des organes de coordination. Les tâches essentielles de ces organes de coordination sont : — d'assurer des renforts à l'intérieur - en Palestine ; — de réaliser des actions de frontière contre l'ennemi sioniste ; - l'agitation et l'organisation des paysans et des soldats dans la région frontalière.
C'est la seule voie par laquelle Amman peut devenir le « Hanoi » arabe, donc représenter un arrière-pays pour les révolutionnaires qui luttent à l'intérieur de la Palestine.