La guerre de juin 67 a révélé et exprimé succinctement les contradictions qui se développent dans les pays du Moyen-Orient.
En Israël, la nature sioniste de l'Etat et de sa direction est devenue plus évidente la tendance à l'annexion et à l'expansion, en demi-sommeil depuis la guerre de Suez, s'est maintenant réveillée. Les liens du régime sioniste d'Israël avec l'impérialisme ont manifestes et se sont raffermis.
Il est apparu que dans les pays arabes, particulièrement en Egypte, la révolution nationale anti-impérialiste n'a pas fait plus de la moitié du chemin.
A la veille de la guerre de juin, les dirigeants israéliens déclaraient qu'ils ne désiraient annexer aucun territoire. Mais toutes ces déclarations furent oubliées le lendemain.
L'appétit vint en mangeant. La vérité, c'est que la tendance à l'annexion et à l'expansion fut toujours inscrite dans la politique du sionisme - non seulement dans le parti Heruth qui le proclamait publiquement, mais aussi dans les tendances plus modérées qui ne le reconnaissaient pas ouvertement, pour des raisons d'ordre politique et propagandiste quand le moment n était pas opportun.
Après la guerre de juin, le contrôle d'Israël s'étend sur la totalité du territoire du mandat de Palestine, sur de vastes étendues de l'Egypte et sur une région du sud de la
Syrie.
Au début, les dirigeants d'Israël déclaraient que, dans cette situation où « Israël détenait toutes les cartes », il leur était possible d'imposer selon leur gré, un accord aux
Arabes, qui auraient à accepter les conditions d'Israël. Mais ces espoirs s'avérèrent faux.
La victoire militaire, loin d'avoir résolu les problèmes d'Israël, les a intensifiés.
Le conflit historique entre le sionisme et Israël dans sa forme présente, d'une part, et le monde arabe d'autre part, provient de ce que la « tentative sioniste » dès son tout début, fut un processus de colonisation délibéré et planifié par des étrangers qui s'établirent dans le pays et déplacèrent la population indigène ; dans cela, le sionisme fut soutenu et assisté par l'impérialisme pour s'opposer aux développements révolutionnaires dans le monde arabe. L'une des raisons principales du refus des Arabes d'accepter l'existence d'Israël était qu'elle leur apparaissait non seulement comme le produit du sionisme, mais aussi comme un instrument de poursuite et d'extension de ce processus à leurs dépens.
Par l'attitude d'Israël depuis la guerre, les Arabes ont vu confirmées leurs pires craintes, le conflit historique s'approfondissant ainsi grandement.
La tentative à courte vue La tentative à courte vue du sionisme d'exploiter ce « moment opportun » pour du sionisme d'exploiter ce « moment gagner des territoires et pour imposer ses propres conditions aux Arabes, se retournere sans nul doute contre Israël à long terme.
La croyance que le contrôle d'Israël sur de vastes territoires améliorerait sa sécurité actuelle s'est avérée erronée.
La victoire militaire n'a pas mis un terme aux actions de guerrillas et aux sabotages Au contraire, dans la situation nouvelle, elles ont pris une ampleur accrue. Mais, alors que l'opinion mondiale avant la guerre condamnait largement de telles actions, elle regarde désormais ces actions de plus en plus comme des moyens légitimes de résistance d'un peuple battu et soumis.
Le peuple arabe palestinien, victime principale et directe de la colonisation sioniste, a été réduit dans sa grande partie, depuis 1948, à un état de réfugiés paupérisés ; une autre partie a vécu durant vingt années en Israël, dans des conditions de discrimination et d'appauvrissement ; ce peuple est maintenant dans une situation de soumission totale. Il s'est vu ôté non seulement les droits politiques les plus élémentaires, mais aussi toutes chances d'une existence nationale et humaine. Quant au sort de ce peuple, les propositions diverses formulées par les cercles gouvernementaux israéliens vont de l'annexion complète à Israël (accompagnée de pressions pour le forcer à émigrer du territoire annexé et même de mesures pour tenter de réduire le taux de natalité arabe, « d'agir sagement avec eux de crainte qu'ils ne se multiplient », comme s'exprima jadis le Pharaon...), à l'établissement d'un Bantoustan, d'un « hameau stratégique » politique sous la forme d'un protectorat camouflé dans une « fédération » entre le seigneur israélien et le sujet arabe.
Pour un peuple battu et soumis, se battre est à la fois un droit et un devoir. Les voies, les moyens, les méthodes appropriés et nécessaires pour une telle lutte doivent être choisis par ce peuple lui-même ; il serait hypocrite de la part d'étrangers — particulièrement s'ils appartiennent à la nation opprimante - de lui adresser des sermons indiquant * Ceci tu feras, ceci tu ne feras pas. »
Bien que reconnaissant le droit inconditionnel des opprimés à résister à l'occupatio ous ne pouvons soutenir que des organisations qui. en plus de la résistance à l'occupa tion, reconnaissent aussi le droit du peuple d'Israël à l'autodétermination. Sur de telles bases, la lutte du peuple palestinien peut se combiner dans une lutte commune des Arabes et des Juifs dans cette région pour un avenir commun.
Une chose est évidente : le renforcement du joug de la répression, les punitions collectives massives, dynamitage des massacres organisés sur une grande échelle (comme celui de Kerameh, le 21 mars) tout ceci est quasiment incapable de mettre un terme à la résistance.
A ceux qui expriment leur dégoût et leur indignation de voir des Israéliens innocents victimes d'actions de sabotage, nous disons : Votre dégoût et votre indignation sont parfaitement justifiés. Cette situation d'une horrible tragédie doit cesser immédiatement, et le moyen d'y mettre fin est le retrait immédiat de tous les territoires occupés. Ce n'est qu'à partir de cela qu'il sera possible de progresser vers une solution complète du différend israélo-arabe et du problème palestinien.
effondrement de l'armée évotienne au cours de la querre de juin a révélé les grave ontradictions sociales déchirant la société éayptienne. Ces contradictions ne furent qu reflétées et accrues dans l'armée.
Le coup d'Etat des • officiers libres » dirigé par Gamal Abd-el Nasser installa en Egypte un régime petit-bourgeois. Ce fut une « révolution faite à moitié ». Du fait de sa nature véritable, ce régime est constamment à la recherche d'un équilibre entre l'antiimpérialisme et la tendance à passer des compromis avec l'impérialisme, entre la gauche et la droite, entre la pression des masses et les intérêts de la bourgeoisie, de la bureaucratie et de la caste des officiers hyper-privilégiés.
Ce régime a réalisé une série d'importantes réformes, certaines très avancées ; il a aussi empêché l'Egypte de dépendre d'une manière excessive de l'impérialisme. Mais n'a pas rempli les espoirs des masses, ni défendu leurs intérêts. II n'est pas allé jusqu'à une révolution socialiste transformant les ouvriers de sujets de l'Etat en maitres de l'Etat. Des coups ont été portés aux classes exploiteuses de l'ancien régime, mais elles ne furent pas détruites. Elles ont largement continué à exister aux cótés d'une nouvelle couche militaro-bureaucratique qui leur est liée par ses origines et par ses perspectives.
A la suite de la guerre, les contradictions au sein du régime égyptien sont devenues plus aiguës. Le Président a été obligé de chasser, de leurs postes dans l'armée et au sein du pouvoir, certains éléments d'extrême-droite dont l'infamie avait été mise en lumière. Il a affaibli ainsi son aile droite et il lui est devenu plus difficile que jamais d'osciller entre la droite et la gauche.
Dans le même temps, la pression des masses sur le régime s'est accentuée. A la fin de février, les ouvriers égyptiens descendirent dans les rues et, pour la première fois depuis de nombreuses années, présentèrent spontanément leurs revendications. Dans son discours du 3 mars, le Président dut reculer devant la pression des masses et, deux semaines plus tard, un nouveau cabinet fut formé, plus orienté à gauche.
Dans d'autres pays arabes aussi, d'âpres luttes intérieures se développent. Ce ferment que les conséquences de la guerre ont catalysé, confère une plus grande actualité au problème de la transformation socialiste du monde arabe.
Nous pensons que la solution des principaux problèmes du Moyen-Orient, y compris du problème israélo-arabe, nécessite une transformation radicale des régimes dans toute la région : une révolution socialiste qui donnera le pouvoir à la classe ouvrière, qui libèrera d'immenses énergies latentes dans les masses et les entrainera vers des progrès économiques et sociaux. Une telle transformation est nécessaire non seulement dans des pays aujourd'hui sous domination monarcho-féodale, mais aussi dans les pays arabes relativement progressistes qui sont aujourd'hui des régimes petits-bourgeois, se qualifiant eux-mêmes de « socialistes ». Sans aucun doute, la transformation socialiste des pays arabes aura des conséquences sous la forme de la lutte du peuple arabe de Palestine et lui confèrera une nette coloration de gauche.
Quant à Israël, une révolution socialiste y est nécessaire pour changer radicalement la nature de cet Etat, le transformant d'un Etat sioniste, instrument de la poursuite de la colonisation sioniste, allié naturel de l'impérialisme, en un Etat socialiste représentant les intérêts véritables des masses israéliennes, ouvert sur la région environnante, désirant et s'efforçant en même temps de s'y intégrer.
Nous pensons que la solution socialiste révolutionnaire au conflit israélo-arabe reste valable - et est en fait plus valable que jamais — dans la nouvelle situation créée après la guerre. La voie de la solution c'est la désionisation de l'Etat d'Israël et son intégration dans une union socialiste avec les pays arabes.
A la place de la haine chauvine et nationaliste qui plonge le Moyen-Orient dans des guerres sans fin et inutiles, nous offrons aux deux côtés, aux Arabes et aux Juifs, la perspective socialiste de la prospérité économique, du progrès social et de la fraternité entre les nations.