Au cours des derniers mois, le régime dictatorial d'Ayub Khan au Pakistan s'est très fortement décomposé. Les manifestations d'ouvriers et d'étudiants se sont multipliées. Le gouvernement pakistanais n'a pas hésité à les réprimer par le feu : nombre de manifestants ont été tués. Mais cette répression n'a pas réussi à enrans les ce de messi par a raine le sa a resse ress enrayer les mouvements; au contraire, prépare à organiser une • table ronde › à laquelle participerait l'opposition entendez par là non les ouvriers et les paysans, mais d'autres bourgeois. Même cette proposition a rencontré un refus. Le Pakistan est désormais entré dans une situation pré-révolutionnaire, dans laquelle la chute du régime d'Ayub Khan est posée à l'ordre du jour. L'article ci-après a été repris du journal The Black Dwarf qui parait à Londres, sous la direction du camarade pakistanais
Les récents événements qui se sont produits au Pakistan ont été l'objet de rapports quelque peu détaillés dans la presse bourgeoise occidentale, mais, même maintenant, leur intérêt semble avoir été terni en grande partie à cause de la tentative d'assassinat du dictateur pakistanais, Ayub Khan. Cet intérêt soudain pour la politique pakistanaise semblerait donner l'impression que c'est la première opposition sérieuse au régime d'Ayub Khan. C'est une impression fausse. L'opposition au régime existe virtuellement depuis les débuts de ces dix années de tyrannie, une tyrannie qui opprime les masses pakistanaises depuis octobre 1958. Elle eut l'impudence de l'appeler la • Révolutio d'Octobre
Tariq Ali. faveur du retrait de l'O.T.A.S.E. et du C.E.N.T.O. seraient portés au pouvoir. Le propre frère d'Ayub Khan, Sardar Bahadur, fit part un moment de sa « conviction inébranlable » que la C.l.A. était impliquée dans le coup d'Etat. Le président Ayub Khan déclara à la nation que la démocratie bourgeoise n'avait pas de sens pour les Pakistanais. • Nous devons comprendre que la démocratie ne peut pas fonctionner dans un climat chaud. Pour avoir la démocratie, il faut un climat froid comme en Grande-Bretagne. »
Avec cela comme motif, le nouveau régime interdit tous les partis politiques, imposa une censure féroce sur la presse et prévint que toute participation des masses à la politique serait considérée avec sévérité. Cela remplirait un volume entier que donner un compte rendu détaillé des iniquités du régime d'Ayub Khan. Certains faits. cependant, doivent être Certains taits, rappelés. Hassan Nasir, un militant communiste bien connu à Karachi, fut arrêté et emmené à Lahore où il fut enfermé dans le célèbre fort, un palais des tortures datant du XVe siècle. Après avoir été torturé pendant des semaines, Hassan fut assassiné et on fit disparaitre son corps. Dans le village de Kooli près de Quetta (dans le Belouchistan), quatre cents Baluchis cents furent emmenés dans un camp de concentration. Dans ce camp, les personnes à demi-nues étaient pendues par les pieds et soumises à des tortures abominables. Sept
Baluchis furent pendus dans la prison d'Octobre ».
Après dix années sition s'est répandue tous les secteurs de libéraux-conservateurs, de dictature, l'oppoet touche presque la vie publique. Les les conservateurslibéraux, les sociaux-démocrates, les staliniens, les socialistes sont tous en opposition au régime. Tous, c'est-à-dire, à l'exception de l'extrême-droite du JamaatI-Islam (version pakistanaise des Frères musulmans) et une partie importante de ceux qui s'appellent maoïstes, dont nous parlerons ci-dessous.
La raison principale de la mainmise militaire sur le Pakistan par Ayub Khan, en 1958, était d'éviter les premières élections générales du pays qui étaient prévues pour avril 1959; il était évident que, lors de ces élections, les partis politiques en
QUATR d'Haiderabab. Leur seul crime était d'avoir réclamé l'autonomie provinciale. Bien que ces informations soient niées par le régime d'Ayub Khan, il n'y a aucune raison de douter de leur authenticité et le temps n'est pas loin où elles seront dévoilées au grand jour par les oppositionnels au régime.
Dans cette atmosphère de répression, l'opposition demeurait silencieuse. Quand elle s'exprimait, elle le faisait par le biais de la communauté étudiante, qui, du fait de sa position dans la société, était la seule force organisée du Pakistan. Non pas organisée dans un sens politique mais parce que les étudiants pouvaient se rassembler en grand nombre dans les écoles et dans les universités. Les premières manifestations au Pakistan ne portèrent pas sur les droits politiques. Elles furent organisées pour protester contre l'assassinat de Patrice Lumumba en 1961. Les manifestants scandaient des mots d'ordre anti-américains et contre les Nations Unies. Quelques-uns lançaient des mots d'ordre contre le régime d'Ayub Khan. Le fait important était le défi lancé par les étudiants à l'égard de la loi martiale qui interdisait toute manifestation politique.
La force principale de l'opposition se trouvait dans le Pakistan oriental (séparé du Pakistan occidental par 1.600 kilomètres de territoire indien) où les étudiants jouèrent un rôle décisif en propulsant les masses qui possèdent des traditions de combat remontant aux luttes contre l'impérialisme britannique. En 1963, après qu'Ayub Khan eut promulgué une nouvelle Constitution, avec suffisamment de contraintes et de compensations pour préserver d'une manière semidéfinitive sa position, des manifestations de protestation se produisirent au Pakistan oriental. Un ministre du cabinet défendant les positions gouvernementales fut malmené à l'Université de Dacca pour avoir insulté la masse des étudiants militants. Des centaines d'étudiants furent arrêtés. Les ordonnances insidieuses de l'Université furent mises en application faisant un crime de la part des étudiants de « s'ingérer » dans la politique et interdisant les élections libres dans les Universités. Au Pakistan occidental, de même, le gouvernement taxa de crime (peine maximum de deux années d'emprisonnement rigoureux) le fait que les étudiants et les étudiantes se parlent sur le campus de l'université. Des représentations théâtrales où les castes étaient mélangées furent interdites ! La répression politique et sexuelle régnait souverainement. regnait souverainement.
Les élections de 1964 (connues Pakistan comme les élections du « général ») virent à nouveau des manifestations contre le régime. Cette fois, des masses importantes d'ouvriers et de paysans manifestèrent en faveur de Fatima Jinnah qui était la figure principale de l'opposition à Ayub Khan, et qui plus est, est la sœur de Mohd Jinnah, le « fondateur du Pakistan ». De ce fait, elle devait être traitée avec quelque « respect » par la dictature. Miss Jinnah réussit à unifier les partis de l'opposition derrière elle et s'il y avait eu des élections directes, non entachées de corruption, elle les aurait gagnées. Car le mode d'élections indirectes, où 80.000 « démocrates de base » élisent le Président, fonctionna en faveur d'Ayub Khan. Les « partis politiques › qui soutinrent Ayub Khan, l'armée et le service civil, firent de telle sorte que le Patron l'emporte ; mais, même dans ces circonstances, 40 % des « démocrates de base » préférèrent voter pour Miss Jinnah.
La lutte présente doit être considérée, en conséquence, à la fois comme la continuation de la lutte contre le régime et comme un progrès. Elle a amené des partisans de la première heure d'Ayub Khan en opposition directe à la dictature ; il est nécessaire de replacer leur « opposition » dans sa perspective exacte. Il faut ajouter que la décision de certains des membres dirigeants de la fraction d'Ayub Khan de s'opposer au Patron a eu des effets traumatisants sur les masses. C'est comme si Khrouchtchev et d'autres membres de la fraction stalinienne avaient publiquement manifesté leur opposition à Staline immédiatement après la Seconde Guerre mondiale ! LES RELATIONS SINO-PAKISTANAISES
Il devint clair, en 1964, même pour le plus réactionnaire des membres de la coterie d'Ayub Khan, que les Etats-Unis étaient Etats-Unis étaient plus intéressés par l'inde que par le Pakistan. C'était vrai à la\fois sur le plan militaire et sur le plan géographique. Politiquement, bien sûr, l'Inde était le modèle du « monde libre » face à la Chine. (A quel point aujourd'hui cela parait absurde.) Il était clair aussi que le but des Etats-Unis était d'unifier militairement l'Inde et le Pakistan en une « base contre la Chine ». A coup sûr, Ayub Khan joua son rôle à la perfection. Il fit appel à Nehru pour une « défense commune » ! « Se défendre en commun contre qui ? », répondit le Premier ministre indien. Les Etats-Unis n'avaient pas encore convaincu le gouvernement indien de la nécessité d'affronter la Chine. En outre, le social-démocrate Nehru considérait le réactionnaire Ayub Khan, formé à l'école de Sandhurst (le Saint-Cyr britannique), avec un dégoût mal dissimulé. Après la rencontre indo-pakistanaise, Ayub était toujours prêt, comme auparavant, à parler « affaires », mais il fut repoussé. Alors, le gouvernement pakistanais décida d'entretenir des « relations amicales » avec le gouvernement chinois. Cela fut fait à l'origine dans le but de « faire chanter » les EtatsUnis. Ces derniers, cependant, savaient parfaitement bien que si l'on en venait à l'affrontement, Ayub Khan soutiendrait ceux qui l'engraissaient. « L'amitié » avec la avec Chine fut autorisée à aller de l'avant. Chou En-lai visita le Pakistan et Ayub Khan la Chine. Au cours d'une de ses visites à Lahore, le maréchal Chen-yi déclara : « La démocratie de base est très semblable à nos communes populaires. » Cela gêna même les maoïstes pakistanais. La démocratie de base est le nom donné par Ayub Khan au système en place actuellement au Pakistan | L'un des bâtisseurs de « l'amitié » avec la Chine fut le ministre des Affaires étrangères, Zulfiquar Bhutto. Sa rhétorique anti-impérialiste était utile au régime pendant qu'il jouait la carte anti-impérialiste. Pendant la guerre indo-pakistanaise, la Chine fut la seule puissance importante à apporter un soutien total aux positions du Pakistan sur le Cachemire. ! apparait clairement, et Bhutto l'a constamment affirmé, que ce fut la menace de l'intervention militaire chinoise qui empêcha le gouvernement indien d'envahir le Pakistan oriental. (Et incidemment qui provoqua aussi la crainte des Etats-Unis et de I'U.R.S.S., les incitant à mettre un terme à la guerre.) Car ce qui était tout aussi clair, c'est que ni les Etats-Unis ni l'Union soviétique n'étaient prêts à accepter une altération au « statu quo » dans le sous-continent indo-pakistanais. Pour eux, les droits des peuples du Cachemire, de l'Inde ou du Pakistan étaient tout à fait dépourvus d'intérêt.
La popularité de la Chine au Pakistan s'accrut considérablement après la guerre: Les actualités montrant Mao ou Chou En-lai étaient l'objet d'applaudissements massifs dans tous les cinémas du pays. Mais l'attitude du gouvernement à l'égard de la Chine commença à fortement se refroidir. Bhutto fut obligé de démissionner quand le gouvernement américain refusa de reconduire son
ONALE 25 aide s'il faisait partie du cabinet. La démission de Bhutto fit de lui le fer de lance de l'opposition contre la dictature. On oublia les sept années durant lesquelles il avait servi la dictature fidèlement. Aux accusations d'Ayub Khan, il répondit que son plus grand crime avait été d'accepter d'occuper un poste sous la dictature. L'élimination de Bhutto du cabinet coïncida avec le limogeage de divers officiers partageant les mêmes opinions. Certains d'entre eux avaient visité Pékin. LA GREVE DES CHEMINS DE FER DE 1966
La situation économique se détériora rapidement après la guerre. Les prix du sucre et de la farine subirent une hausse colossale. Un rationnement rigoureux fut imposé, les ouvriers et les paysans devaient faire la queue des heures durant pour être servis. Il en résulta que certains durent se passer de leurs journées de travail pour toucher leur ration. Les travailleurs furent les plus atteints par cet état de choses, car cela signifiait manquer deux jours dans de nombreux cas. Les ouvriers firent appel aux lautorités pour ouvrir des magasins de rationnement spéciaux. Elles refusèrent. || faut signaler ici que le droit de grève n'est pas reconnu par le régime d'Ayub Khan. Les ouvriers sont obligés pour obtenir quelque chose de recourir à la machinerie de conciliation du gouvernement et aux tribunaux industriels. Le syndicat des ouvriers des chemins de fer était et reste un syndicat pourri, complètement vendu aux «intérêts nationaux ». Le syndicat * non officiel » était contrôlé par l'aile maoiste du Parti national Awami (NAP). Cette dernière s'opposa à toute grève à cause de la nature « anti-impérialiste du régime d'Ayub Khan ». Toute grève nationale affaiblirait le régime et n'aurait fait que servir l'impérialisme | (Incidemment, cette ligne fut développée par Chou En-lai luimême lorsqu'il rencontra Maulana Bhashani, dirigeant de l'aile maoiste du NAP, qui était en traitement dans un hôpital de Pékin en 1964.) Il en résulta que, d'une manière totalement spontanée, des comités indépendants d'ouvriers furent constitués et que l'ordre de grève fut donné de bouche à oreille et par quelques tracts succincts et mal distribués. La grève fut un succès complet. Dans tout le Pakistan occidental, les transports ferroviaires furent arrêtés totalement. Des anciens déclarèrent que c'était la pre-
QUATR mière grève réussie dans l'histoire des chemins de fer du sous-continent indopakistanais. Pendant deux journées entières, pas un seul wagon ne circula sur les rails dans tout le Pakistan occidental. Le gouvernement convoqua le dirigeant « maoiste • Mirza Ibrahim, pour qu'il fasse cesser la grève. Il accepta à la condition que son syndicat fut reconnu par le gouvernement comme le syndicat officiel. Le gouvernement répondit que s'il réussissait à faire cesser la grève, cette revendication particulière serait accordée. Mirza Ibrahim organisa un grand meeting des travailleurs des chemins de fer à Lahore et leur demanda de reprendre le travail. II déclara que la grève était « financée » par le C.I.A. Comme cela déclenchait uniquement des rires, il se fit plus théorique : « La grève, dit-il ensuite, empêchait le grain de parvenir aux paysans. > Les ouvriers, en colère, lui crachèrent dessus et lui enjoignirent dans des termes précis de rentrer chez lui, mais, hélas! on n'en resta pas là ! Le régime soupçonna Mirza Ibrahim et ses collègues de n'en avoir pas assez fait pour arrêter la grève et les emprisonna | Il ne fut pas fait mention soit de la grève soit de l'arrestation des maoïstes (malgré eux) dans Pékin Information ou dans La Chine en construction. Un oubli, pense-t-on ! Durant ce temps, le gouvernement utilisa toute sorte d'intimidations pour mettre un terme à la grève et finalement y réussit. Il y eut des licenciements massifs et des arrestations sans procès. A Haiderabab, quand des ouvriers en grève se couchèrent sur les rails pour empêcher les jaunes de faire marcher les trains, on leur fit passer les trains sur le corps Certains moururent. D'autres furent sérieusement blessés. La chose surprenante dans cette grève fut le degré d'organisation et l'esprit de solidarité développés par les ouvriers. La direction de la grève fut centralisée entre les mains de jeunes ouvriers. Les intellectuels de salon n'avaient jamais entendu leurs noms auparavant ni même depuis ! Les syndicats, officiels ou « non officiels », furent totalement débordés. LA CRISE ACTUELLE
La crise actuelle éclata à la suite d'une décision du gouvernement d'interdire tout meeting public d'opposition et en particulier ceux auxquels parlait Bhutto. La communauté étudiante refusa cette mesure particulière et les meetings furent tenus comme prévu.
IEME INTERNATIONALE Quand la police intervint, des bagarres se produisirent dans différents endroits et, dans certains cas, les étudiants en sortirent vainqueurs. Si les « troubles » n'avaient été que le fait des étudiants, le régime aurait été très capable de les surmonter. Les étudiants agirent comme détonateur et de nombreux ouvriers descendirent dans les rues. A son tour, cela donna aux « directions » des différents partis politiques l'occasion d'apparaitre en public à la tête des manifestations. La tentative d'assassinat d'Ayub Khan n'est tout simplement qu'un symptôme des troubles économiques et politiques qui règnent dans le pays. L'arrestation de Zulfiquar Bhutto en est un autre. Bhutto est un politicien petit-bourgeois sans base politique dans le pays à l'exception des étudiants. Les observateurs politiques avertis assurent qu'il n'est tout simplement pas intéressé à se constituer une sérieuse base politique. Il est certain que le manifeste de son Parti du Peuple du Pakistan est extrêmement confus. Tout en parlant de la nationalisation des secteurs clés de l'industrie, il parle encore du « rôle utile que le secteur privé jouera dans le cadre de l'économie mixte envisagée, mais qui ne sera pas habilité à constituer ses propres domaines monopolistes réservés. || devra se développer selon les conditions propres à l'entreprise privée, c'est-à-dire celles de la concurrence...»
Parmi les autres partis d'opposition, Parti National Awami (N.A.P.) est scindé en une fraction pro-Pékin et une autre pro-Moscou. Nous avons exposé l'orientation de la première. La seconde est formée de libéraux et d'anciens staliniens, de tradition identique à celle des membres de n'importe quel parti communiste d'Amérique latine. Ses objectifs semblent limités au Parlement! La Ligue musulmane est le parti des propriétaires les plus « progressistes » et des secteurs de la bourgeoisie montante qui est comparable aux éléments Tory radicaux des Partis conservateur et travailliste britanniques. L'aile pro-chinoise du N.A.P. exerce une certaine influence sur les mouvements ouvriers et les organisations paysannes : elle est plus forte dans la partie orientale que dans la partie occidentale du Pakistan. Comme il a été montré ci-dessus, elle se servit des * relations > Pékin-Rawalpindi pour se dégager de l'opposition politique au régime d'Ayub Khan. Lors d'une manifestation récente à Lahore qui s'étendait sur plus de quatre kilomètres, les maoistes se tinrent à l'écart ! Ce qu'ils ne parviennent pas à comprendre, c'est que, sous une dictature d'extrême-droite, même la revendication de la « démocratie bourgeoise » possède un contenu révolutionnaire. Il faut une liberté minima pour pouvoir éduquer et influencer les masses avant qu'un parti révolutionnaire puisse progresser. CONCLUSIONS
Personne ne peut nier que le régime d'Ayub Khan est dans une situation de crise sérieuse. Les étudiants sont en position de rébellion effective. Pour la première fois, les lycéens ont manifesté avec les étudiants et ont fait preuve d'un héroisme exemplaire face aux brutalités de la police. Les enseignants sont menacés de renvoi immédiat s'ils prennent part à la vie politique. Une lettre envoyée par le ministre de l'Education à tous les proviseurs des lycées et collèges indiquait : * ...En ce qui concerne les établissements d'enseignement qui reçoivent une aide financière du gouvernement, une condition d'octroi des subventions est que les établissements intéressés établiront des dispositifs et des règlements de leur propre initiative [sic] pour s'assurer que les personnes employées à plein-temps ou à mi-temps ne se présentent pas comme candidat à quelque élection...»
Dans un pays peuplé de cent millions d'habitants où le taux d'alphabétisation est inférieur à 20 %, dont 3 % seulement pour la population féminine qui, dans les conditions existantes, compte peu, sur les 17 % qui restent, 7 % sont écartés de la politique parce que ce sont des employés du gouvernement, y compris les enseignants et les journalistes (dans les services gouvernementaux). Les enseignants représentent la plus grande partie de la population « alphabétisée » du pays. Toute participation à la vie politique leur est interdite. On pourrait presque croire que des marxistes se sont sont infiltrés dans le régime d'Ayub Khan pour indiquer délibérément les mauvaises mesures à prendre afin d'élever la conscience politique de la population. La situation des ouvriers et des paysans est encore pire.
Malgré les louanges du Financial Times à l'égard du miracle économique pakistanais, les salaires réels des travailleurs ont baissé.
L'accroissement par tête d'habitant du revenu mentionné par les apologistes du régime est le produit de l'accroissement massif de revenu enregistré par 1 % (si ce
ONALE 27 n'est pas moins) des 20 % d'alphabétisés, qui dirigent le pays. Le Pakistan est dirigé par environ 20 familles parmi lesquelles figure en premier celle du maréchal en chef Ayub Khan. Ses fils, Gohar Ayub et Tahir Ayub, parlent même de « succession ».
Il est possible qu'avec l'apparition du maréchal de l'air Asghar Khan, une version honnête d'Ayub Khan, comme oppositionnel, les forces armées ne bougeront pas si Ayub Khan est renversé. Que cela soit ou pas. les partis de l'opposition devraient s'unir pour lutter pour les droits politiques. C'est la nécessité la plus urgente de l'heure. Les socialistes doivent exiger la libération de tous les emprisonnés politiques, la liberté d'expression et de presse, et pour CHAQUE INDIVIDU, UNE VOIX. Les maoïstes doivent se joindre à cette opposition; ils doivent cesser d'agir comme gardes-frontières de la politique de l'Etat chinois, et se situer dans une opposition de principe à la dictature. Ils doivent se demander pourquoi la presse chinoise a ignoré les luttes pour les libertés politiques au Pakistan. Pourquoi dans la même semaine où on tirait de sang-froid sur les étudiants, Mao recevait-il une délégation militaire du Pakistan dirigée par Gen Yahya, le commandant en chef de l'armée ? Ils doivent exiger des camarades chinois un peu plus de démonstrations d'internationalisme en pratique et un peu moins de slogans. Au moment où j'écris, j'apprends qu'une partie de l'aile gauche du N.A.P. a participé au Pakistan oriental à une manifestation contre la dictature. La manifestation s'est déroulée à Dacca le 7 décembre et la troupe fut appelée en renfort de la police. Selon un communiqué de presse du gouvernement, deux manifestants ont été tués et 20 autres blessés, mais les chiffres réels sont sans doute considérablement plus élevés. La raison de cette manifestation fut donnée par la visite d'Ayub Khan au Pakistan oriental. Son régime a toujours considéré le Pakistan oriental comme une colonie, et il n'est pas du tout surprenant que les ouvriers et les étudiants de Dacca l'aient reçu comme ils l'auraient fait à l'égard du représentant d'une puissance d'occupation. Ce déploiement de solidarité par les Pakistanais orientaux avec la lutte des Pakistanais occidentaux est d'une immense importance. La prise de conscience par les deux parties qu'elles se heurtent aux mêmes problèmes doit faire franchir un grand pas en avant sur la voie de la création d'une opposition unie.
Aujourd'hui, l'épreuve de vérité est incarnée par la lutte pour les libertés démocratiques. Ceux qui s'intitulent marxistes et léninistes doivent participer à cette lutte. S'ils choisissent d'ignorer cette lutte, ils seront eux-mêmes ignorés dans les temps qui viennent. Durant la période qui s'ouvre, tous les Pakistanais vivant à l'étranger doivent mettre en place des comités d'action. Ils peuvent fournir un soutien matériel et moral au mouvement qui se développe dans le pays. Ils peuvent écrire et diffuser des brochures expliquant la situation aux autres Pakistanais. En agissant ainsi, ils peuvent jouer un rôle auxiliaire mais néanmoins crucial dans la lutte. Pendant ce temps, au pays, la lutte continue. La lutte pour les libertés démocratiques, se combinant avec celle pour une réforme agraire radicale, déclenchera un processus de révolution permanente, qui ne pourra se terminer victorieusement que par la construction d'un parti révolutionnaire et l'établissement d'une alliance entre le prolétariat, les étudiants et la paysannerie pauvre, sous la direction du prolétariat.