Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 35

Pas de troupes étrangères au Moyen-Orient

Quatrième Internationale, n° 35 · janvier 1969 · p. 10-11 · 867 mots

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Depuis la « guerre des six jours » (juin 1967), la question du Moyen-Orient n'avait guère disparu de l'ordre du jour. Le cessez-le-feu était souvent plus théorique que réel. Les incidents se multipliaient. Tout récemment, la situation est devenue encore plus tendue et les dangers d'un renouveau des hostilités se sont accrus au point que les chancelleries des grandes puissances ont estimé nécessaire de tenter de trouver une solution.

Nous accorderons, dans notre prochain numéro, une place importante à des documents sur la question palestinienne, et nous renvoyons nos lecteurs aux articles que nous avons déjà publiés en 1967 pour comprendre le fond du problème. Nous voulons ici marquer nos positions dans une courte note.

La défaite des Arabes au cours de la « guerre des six jours » a eu, du moins, comme conséquence « bénéfique » qu'elle a en partie clarifié la situation sur un certain nombre de problèmes qui apparaissent désormais dégagés de toute une série de considérations qui les défiguraient avant cette guerre. Les mensonges de la propagande sioniste sont de plus en plus évidents ; la politique d'annexions et de colonialisme du gouvernement d'Israël est de plus en plus nette, faisant table rase de tous les propos sur la défense contre l'extermination. D'autre part, la « guerre des six jours » a assuré l'élimination des Choukairi et Cie ; elle a montré l'incapacité des directions arabes — qu'il s'agisse aussi bien d'Hussein que de Nasser — à stimuler les masses arabes (voir à ce propos le document publié dans notre précédent numéro « Leçons de la défaite arabe en juin 1967 ») et elle a amené, sur le devant de la scène politique et militaire, des militants palestiniens — qu'il s'agisse d'El Fatah ou du Front de Libération - dont les programmes constituent un énorme pas en avant sur le plan social et, aussi, sur le problème des rapports entre Arabes et Juifs.

Pour la première fois, on ne se trouve plus en présence d'une exploitation des masses arabes de Palestine par des leaders bourgeois, petits bourgeois ou féodaux du Moyen-Orient, mais d'une lutte des masses palestiniennes qui, en dépit de la confusion qui subsiste dans leur sein, combattent pour elles. C'est ce fait nouveau qui a certainement alerté tous les gouvernements, y compris celui de l'Union soviétique car la bureaucratie soviétique, au Moyen-Orient pas plus qu'ailleurs dans le monde, n'est soucieuse de voir triompher une lutte populaire et ne songe qu'à puiser dans la situation créée par une telle lutte des éléments favorables pour ses rapports et négociations avec l'impérialisme américain.

Il est à peine besoin de souligner comment ce « danger » d'une lutte révolutionnaire des masses palestiniennes fait pencher les dirigeants arabes vers une solution dans laquelle les impérialistes et l'Union soviétique ensemble leur assureraient une « solution » acceptable face aux prétentions du gouvernement d'Israël, à la fois soûl de sa victoire militaire et désespéré par l'inanité de celleci. Les dirigeants arabes voudraient aussi que cette « solution » leur donne quelque garanties contre les masses arabes que la défaite militaire de 1967 a exaspérées et que la résistance des guerillas palestiniennes ne peut qu'orienter vers des solutions révolutionnaires.

Le « danger » de la situation a été exprimé en termes assez clairs par de Gaulle quand il a pris sa décision d'embargo sur les armes à destination d'Israël : la poursuite de la politique de ce gouvernement, a-t-il dit en substance, contribuerait à remplacer les dirigeants arabes actuels par d'autres plus « extrémistes ».

Dans les pourparlers entre chancelleries qui se poursuivent actuellement, c'est beaucoup moins le maintien d'une soi-disant paix qui est l'objectif que, précisément, l'endiguement et l'écrasement du mouvement révolutionnaire en Palestine qui, dans son développement, peut devenir le plus important foyer pour la révolution socialiste dans le monde arabe.

Il faut d'autant plus vigoureusement souligner cet objectif réel que l'argument sur le « maintien de la paix » sert entre autre à préparer la pire des interventions. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des propositions qui sont discutées par les gouvernements, dans le cadre ou non des Nations Unies. Il suffit de dire qu'il est un peu partout question d'une « solution » dans laquelle la « paix » serait assurée, par la présence de troupes, notamment des grandes puissances, porteuses ou non du « casque bleu » des Nations Unies. Une telle « solution » ne serait rien d'autre qu'une présence militaire au Moyen-Orient conjointe des impérialismes et de l'Union soviétique, funeste pour la cause du socialisme dans cette région du monde. Elle est totalement inacceptable. Elle doit, d'ores et déjà, être dénoncée et combattue. L'impérialisme américain au Vietnam, le gouvernement soviétique en Tchécoslovaquie ont montré qu'il ne fallait en rien leur faire confiance. La solution en Palestine ne pourra sortir que de la lutte des masses arabes de ce pays, soutenues par les militants juifs d'avant-garde dont le nombre aujourd'hui encore faible ne peut manquer de grandir, pour une société socialiste. Dans celle-ci il n'y aura pas de place pour une colonisation sioniste, mais les Juifs pourront y vivre comme une communauté disposant des mêmes droits que toute autre communauté dans cette région du monde.

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