Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 35

Lettre de Bolivie

Tupac · Quatrième Internationale, n° 35 · janvier 1969 · p. 22-26 · 3 734 mots

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En ce début de septembre, la dictature militaire présidée par Barrientos connait les moments les plus dramatiques de sa vie. Les signes de sa décomposition non seulement sont vus par le peuple bolivien

La crise qui ronge le régime plonge ses racines dans l'opposition et la résistance des masses qui, bien que frappées et persécutées, maintiennent ferme leur esprit combatif. Les militaires, parle coup d'Etat préventif de 1964, s'emparèrent du pouvoir pour écraser les masses qui avaient mis en danger le capitalisme. Mais en dépit des massacres des mineurs en 1965 et 1966, en dépit de la dissolution des syndicats, d'une répression économique (caractérisée par les licenciements des travailleurs) et politique (arrestations, etc.), les masses se sont à nouveau lancées dans la lutte. La dictature a échoué dans sa tentative de mater le peuple; la violence armée qu'elle emploie contre les masses a certes infligé des défaites sé. rieuses à celles-ci, mais elle n'est pas parvenue à les terrasser. Au contraire, malgré la violence militaire, elles sont aujourd'hui largement mobilisées contre Barrientos et son gouvernement.

En servant les intérêts de l'impérialisme et des exploiteurs nationaux, la dictature a aggravé la crise économique et livré, sans la moindre utilité pour le pays, ses richesses aux entreprises nord. américaines. Les contrats passés avec celles-ci concernant le zinc, les scories des mines nationalisées, l'or, le pétrole, etc. ont produit des centaines de milliers de dollars empochés par les généraux et la caste gouvernante. La politique officielle des dictateurs militaires boliviens se réduit à l'art de vendre le patrimoine national.

On se trouve devant le paradoxe — plus évident que jamais — d'un pays riche en matières premières et pauvre en ressour. ces tinancieres. Alors que la Gult Oil Co avait, à la suite d'une exploitation de quelques mois en 1967, exporté de Bolivie 46 millions de dollars de bénéfice net, le budget du pays pour cette même année accusait un déficit de 12 millions de dollars que le gouvernement demanda anmais ils se sont montrés à l'échelle internationale à l'occasion des scandales politiques provoqués par l'ex-ministre Antonio Arguedas et l'ex-chef d'état-major de l'armée Marcos Vazquez Sempertegui. xieusement aux Etats-Unis de couvrir par un prêt, que ceux-ci refusèrent d'accorder après sept mois de pourparlers. Pour ré. sorber le déficit, le gouvernement Barrientos a recouru à de nouveaux impôts qui d'une part aggravent la misère des masses laborieuses et d'autre part mé. contentent la bourgeoisie commerciale et industrielle par suite des méventes. C'est ainsi que la politique économique gouvernementale non seulement accentue : la misère de la population et entrave l'activi.

de divers secteurs productifs, mais crée encore une situation d'exacerbation dans des couches plus larges de la popu lation. La Bolivie est un des pays au revenu le plus bas, mais est aussi, compa. rativement, un des plus chers du monde. Depuis dix ans déjà les salaires et appointements sont bloqués, le salaire minimum est de 205 pesos boliviens par mois (17 dollars). Pour augmenter ce salaire de misère, le travailleur doit chercher un travail supplémentaire afin de pouvoir subsister dans des conditions pourtant sous.humaines. Même son morceau de pain dur, il ne peut le manger tranquillement à cause de la répression systématique menée par la dictature.

Une des raisons - pas la seule - qui détermine l'esprit combatif des masses bo_ liviennes et les impulse constamment à la lutte, c'est • cette condition d'extrême ex. ploitation à laquelle elles sont soumises par la caste militaire. La crise du système capitaliste ne permet pas de « donner plus » aux masses ni d'améliorer leurs conditions de vie, ce qui seul pourrait arrêter l'offensive populaire. Loin de là, on fait appel à la force, à la violence. Mais un tel recours a ses limites, comme le cas de la Bolivie le prouve. La violence de la dictature engendre et fait mûrir la violence du peuple dont l'expression fidèle de nos jours, c'est la guérilla qui chassera l'odieuse dictature Barrien. tos.

L'INSTABILITE DU REGIME

EST DUE A LA MOBILISATION DES MASSES

L'INSTABILITE DU REGIME

EST DUE A LA MOBILISATION DES MASSES

UNE NOUVELLE MONTEE

L'esprit combatif des masses et leur opiniâtre résistance sont en train de décomposer la dictature militaire et de miner les dernières bases qui la soutiennent.

Les niveaux les plus élevés de la lut. te des masses atteignent aujourd'hui cer. taines couches parmi les classes moyennes, dont les enseignants • et les étudiants, auxquelles la dictature ne peut pas appliquer les mêmes méthodes qu'envers les travailleurs des mines et les paysans. Ça ne veut pas dire que les ouvriers se considèrent battus, mais la répression gouvernementale empêche l'extériorisation de ce qui se passe dans les mines et les usines.

Les zones minières sont de véritables camps de concentration, de travaux forcés. En mai 1965 les salaires des mi. neurs ont été amputés jusqu'à 50 % et leur nombre a diminué. Avec des salaires réduits et moins de travailleurs dans les mines, la production a été poussée, déterminant une baisse de prix du minerai. C'est la « rationalisation du tra. vail » - moyennant l'emploi de la mitraillette du flic et les licenciements de mineurs.

Dans les mines il y a trois forces répressives : une police constituée par des civils à la solde du patronat, chargée de surveiller le travailleur à la tâche; le corps des carabiniers — ou Garde nationale — et l'armée. Ces trois forces agissent en coordination pour contrôler la vie des mineurs qui se trouvent véri. tablement encerclés par des postes qui enregistrent leurs déplacements. On ne peut entrer dans ces zones minières qu'après avoir passé par des contrôles successifs, et à condition de ne pas être sur les listes noires.

La réduction du personnel a laissé sans travail des milliers de travailleurs qui, la nuit tombée, envahissent certaines zones minières à la recherche du minerai qu'ils vendent sous le manteau pour se procurer de quoi vivre. Nuit après nuit, ces mineurs en chômage engagent une lutte inégale avec les carabiniers et l'armée — surtout dans la région de Huanuni; ils ont des blessés et des prison. niers. Ces derniers sont conduits dans les casernes où ils sont obligés de fournir un travail gratuit. Sitôt libérés, retournent aux mines à la recherche du

«pain quotidien », c'est-à-dire de quelques morceaux de minerai, sous les bal. les des carabiniers et des soldats.

Tel est le climat des mines bolivien.

nes. Leurs maîtres ont dû les entourer

LES ETUDIANTS A

Tous ces faits caractérisant la situa. tion dans les secteurs les plus importants des masses( mineurs, ouvriers, paysans) expliquent pourquoi ce sont les secteurs de la classe moyenne, notamment les intellectuels, qui se trouvent

ONALE 23 DEFIE LA REPRESSION d'un cordon de soldats pour pouvoir faire fonctionner les bureaux. Les bureaux de Huanuni ont été transférés loin de cet endroit (Plaza Verte) à la caserne de l'armée. Les mineurs de cette zone qui veulent faire une réclamation quelconque doivent parcourir à pied quatre ki. lomètres et se présenter à la caserne où la plupart d'eux sont faits prisonniers sont licenciés En moins de 24 heures, la police armée chasse des lieux les vriers extrêmistes » avec leurs familles et leurs pauvres effets. Si quelqu'un ré. siste, la parole est donnée aux fusils et un nouveau massacre s'ensuit.

Dans les usines, la situation n'est pas au même niveau que dans les mines, mais l'ouvrier est menacé par le licenciement et la prison.

Chez les paysans la situation est à peu près la même; ils sont sous la férule de la dictature militaire. De vastes zo. nes paysannes, les plus peuplées, sont tenues par de larges concentrations de l'armée qui y est l'autorité indiscutable Cependant, en plus de l'armée il y a la paysanne » qui agit au « bureaucratie nom des syndicats; elle est armée et payée par le gouvernement. Armée et bureaucratie ont immobilisé les massition qui ses paysannes se manifeste, en s'emparant et écrasent toute oppodes terres et du bétail du paysan opposant, et même en mettant le feu à son habitat.

Le soutien du gouvernement Barrientos par la paysannerie n'est qu'une pure tar. Manes te pacte militaire-paysan ce. Le soi-disant a été passé par des bureaucrates stipen. diés. La masse paysanne est contre la dictature militaire ; si cette opposition ne s'extériorise pas, c'est à cause des formes extraordinairement barbares de la répression à la campagne. De toutes les classes sociales, le paysan est sans doute le plus doué d'un sens pratique : avant d'arriver à lire et à écrire, il apprend à compter, à mesurer les avantages ou les désavantages concrets, réels, Or le gouvernement Barrientos n'a rien accordé aux paysans, dont les conditions économiques, culturelles ou sanitaires ne se sont pas améliorées. Au contraire la dictature militaire a encouragé les anciens gros propriétaires fonciers qui ont vu leur situation revigorée et espèrent récupérer les terres dont ils avaient été expropriés. D'une façon générale, c'est sur la paysannerie que l'aggrava. tion de la crise économique pèse le plus. Chaque année, quelque 70.000 hommes émigrent de la campagne vers les villes en quête d'emploi.

L'AVANT-GARDE aux premiers rangs de la lutte actuel. le.

En réalité, les enseignants et les étudiants expriment la montée des cou. ches majoritaires des masses. L'élan, le courage des étudiants se nourrissent de

QUATRI la force révolutionnaire contenue dans les mines, la campagne, les usines. Les enseignants et les étudiants ne pourraient être les protagonistes d'une mobipas lisation hautement vigoureuse s'ils n'étaient approuvés par la sympathie des grandes masses.

Dans le passé, les enseignants se sont insurgés et ont demandé, comme aujourd'hui, une augmentation de leurs traitements. Mais leurs révoltes furent promptement matées. L'instituteur bolivien gagne mensuellement l'équivalent de 40 dollars; il en demande 76. Autour de cette revendication se sont mobilisés plus de 30.000 enseignants, solidement unis. En dépit de l'arrestation de leurs dirigeants (A. L. et B.), le contlit conti.

nue. Le gouvernement, impuissant, a cloturé l'année scolaire, mais les choses sont loin d'être finies car les parents des élèves sont apparus, mécontents du préjudice que cette clôture constitue pour leurs enfants. L'ouvrier qui ne peut pas s'exprimer dans l'usine y trouve loccasion d'intervenir en soutenant les enseignants, amplifiant leur mouvement.

Sans aucun doute, le centre révolutionnaire le plus actif est constitué par les Universités de Bolivie. Il est intéressant de signaler que jusqu'à 1966 elles étaient sous le contrôle de la droite (F.S.B. - P.N.C.). Puis, s'est opéré un virage qui a fait passer la direction dans les mains de la gauche. L'Université est aujourd'hui un laboratoire des pensées révolutionnaires, elle compte une masse majoritaire de gauche, où l'on rencontre plusieurs tendances Aucun parti n'y détient la majorité, pas même une force numérique tant soit peu considérable. Un grand nombre se réclame d'un marxisme indépendant, d'autres sont sans parti, ou guevaristes, ou castristes,

Cette violente lutte de masses avec l'aggravation vait inévitablement se projeter sur l'ap de la crise économique pareil d'Etat et le gouvernement lui-même. C'est une vérité bien connue que la lutte des classes pénètre tous les ap pareils si monolithiques soient-ils, désa. grège les gouvernements, use les partis.

Cette lutte de masses en Bolivie désarçonne déjà le faible front civique de Barrientos. Ce n'est pas sans peine et sans graves dangers que le dictateur par-

EME INTERNATIONALE et tous ouvertement pro-guérilleros. Les partis ont dû faire front unique avec ce secteur indépendant.

Le mouvement universitaire des étudiants dans cette dernière période a commencé avec la revendication de la défense des libertés et droits démocratiques, contre la répression, pour la libération des prisonniers, etc. La parution et le développement des guérillas l'an dernier ont fouetté et influencé grandement les universitaires. A la mort du

Che, les universitaires le déclarèrent leader national. Ensuite, le mouvement étudiant se joignit à celui des enseignants. L'accentuation de la répression fit des universités des « territoires libres » - ce qui provoqua des chocs avec le gouvernement et l'intervention de celui-ci dans les universités.

Au cours de ce processus, les universitaires ont peu à peu avancé au mi. lieu de luttes violentes de rues qui ont fait des morts et des blessés à Tarija, Cochachamba, La Paz, Sucre, _ Oruro ; ils ont atteint des positions et des buts politiques eleves. Lors de la rencontre internationale universitaire, qui s'est tenue a sucre, en tin aout, ils ont adopte une motion précisant que leur lutte n'a nullement pour but le remplacement des généraux gouvernants, mais la destruction du régime capitaliste pour cons. truire un régime socialiste. C'est pour le triomphe du socialisme que la jeunesse universitaire et lycéenne dresse des barricades et affronte la police et l'ar. mée tous les jours dans les principales villes de la Bolivie! Dans cette lutte, elle cherche à s'unir aux ouvriers et aux couches populaires, tandis que les manifestations universitaires parcourent les quartiers populaires. soutien populaire qui lui fait défaut.

Mais plus important que le parti unique civil dont rêve Barrientos, est le parti unique militaire, c'est-à-dire l'armée, qui existe réellement et qui contrôle le gou. vernement à tous les niveaux.

La dictature de Barrientos-Ovando est venue au pouvoir sans aucun soutien de la population; elle s'y maintient grâce à l'armée et à la répression sanglante. Mais ce pilier militaire du régime est déjà lézardé. Autrement dit, l'armée connait sa crise. Les vieilles rivalités entre Ovando, Barrientos et d'autres généraux guereient de poe puristement se ambitieux de pouvoir, subsistent. Ils se la fin ils s'entendent comme larrons en foire. Ils préparent des coups d'Etat les uns contre les autres, tout en étant unis par les liens d'une politique criminelle et compradore Ils se séparent souvent pour se réunir à nouveau effrayés par le spectre des mineurs massacrés.

L'envoi à Cuba du Journal du Che, la fuite et les révélations à ce sujet du ministre Arguedas, la rebellion puis le revient à maintenir unis ses se plaint constamment que compris le vice-président, dans le gouvernement et u partisans. Il ses amis, y ont un pied n autre dans l'opposition. Il fait des efforts pour construire un « parti unique » où se rassembleraient™ tous les opportunistes qui voudraient faire carrière sous la protection officielle. Or un tel parti unique ne serait que le replâtrage de tout ce que Barrientos a construi dans ce domaine depuis son arrivée au pouvoir. C'est ainsi qu'il cherche à compenser le

LA CRISE DE L'ARMEE

LA CRISE DE L'ARMEE pentir de Vazquez Sempertegui, sont autant de facteurs qui accélèrent la désa. grégation du gouvernement Barrientos et incitent les masses s'attaquer décisivement à la dictature.

Si la crise dans les sommets de l'armée est importante, plus importante est celle qui se développe au sein des jeunes officiers qui se voient éloignés des privilèges accordés aux seuls hauts chefs. Ceci amène les jeunes militaires à réfléchir sur la situation du pays et sur la leur.

Les généraux sont des vieux, proches de la mort. Arrivés à la soixantaine, ils n'ont d'autre but que de jouir tranquillement de leur magot. Si le régime tombe, ils pourront sortir du pays sans préoccupations majeures.

Ce n'est pas le cas pour les jeunes officiers de 25 à 35 ans qui ont devant eux une carrière militaire. Ils sont de ce fait sensibles à l'engagement de l'armée envers la politique désastreuse du gouvernement Barrientos Ovando. D'autre part, ces jeunes officiers ne peuvent pas être à l'abri des influences qui se dégagent de la situation mondiale. Ils voient que l'impérialisme craque de tous côtés; leur esprit est frappé par les victoires, la té. nacité et l'héroïsme du peuple vietnamien; ils ne peuvent pas ne pas voir que tout ce que les conseillers militaires yankees leur apprennent est jour après jour infirmé au Vietnam.

Nombre de ces jeunes officiers arrivent à la conclusion que dans peu d'années la défaite de l'impérialisme sera inévitable et la victoire • du socialisme un fait. Ils se demandent à juste titre ce qu'il adviendra d'eux quand les masses prendront le pouvoir et que la société socialiste commencera à s'organiser.

A travers ce mécanisme de pensée et sous la pression de la réalité, les jeunes militaires ont embrassé une thèse dite « thèse institutionnaliste » préconisant le retour de l'armée à ses casernes, c'est-àdire la séparation d'avec le gouvernement. Ils font pression pour se différencier des vieux généraux qui se sont compromis avec celui-ci, bien que tel ou tel général comme Vazquez Sempertegui cherche a utiliser les jeunes officiers pour utils buts eute cose de armée tendra ses proà s'aggraver. Chez les jeunes elle s'exprime par l'apparition de tendances de gauche et de droite qui finiront par ronger tout le corps militaire.

Devant cette crue réalité, les directions et forces politiques qui mènent le jeu en Bolivie se conduisent d'une manière qu'il faut mettre à nu. D'une part, l'impérialisme tiré ses propres conclusions : pour lui, les gouvernements latino-américains sont bons ou mauvais, selon qu'ils font ou non la politique qui lui convient. Dans le premier cas, ils sont soutenus et défendus par l'impérialisme, dans le deuxième cas il intervient pour les chasser. Le M.N.R et Paz Estenssoro ont connu ce bannissement après avoir été pendant toute une période très utiles à l'impérialisme. D'autre part, l'impérialisme mesure l'uti.

IONALE 25 lité de ces gouvernements à leur capacité de contenir et d'écraser les masses. Quand les masses bravent le gouvernement et créent une situation dangereuse pour les investissements impérialistes dans le pays, le gouvernement est congédié. Tel a été le sort de tous les gouvernements latino-américains, qu'ils soient oligarches, nationalistes bourgeois ou petit-bour. geois.

Barrientos a joué son rôle envers l'impérialisme en massacrant les mineurs, en détruisant les syndicats et les stations de radios ouvrières, mais aujourd'hui il risque d'être dépassé par la radicalisation des masses. Il faut lui chercher un remplaçant : tel est le raisonnement froid, impersonnel de l'impérialisme. C'est ainsi que ce dernier cuisinait un coup d'Etat contre Barrrientos, dans lequel il voulait associer la Falange Socialista Boliviana et le M.N.R.

Mais Barrientos, tout en étant un agent de l'impérialisme, un homme façonné par le Pentagone, a lui aussi ses ambitions et refuse de tomber. Il se veut Caudillo et veut gouverner. Résistant aux pressions, il para le coup d'Etat en prépa. ration en parlant, en guise de chantage, de relations économiques avec I'U.R.S.S.

Alors que l'impérialisme resserrait les vis sur ses laquais, il leur accordait de nouveaux crédits et renforçait l'intervention • des agents de la C.I.A. dans le pays, l'équipe Barrientos se servit de l'affaire concernant le Journal de Che, du scandale Arguedas. Cette affaire, si on la dépouille tout aspect sensationnel, était destinée à sauver le gouvernement Barrientos. La manœuvre diabolique visait :

1) à parer le coup militaire;

2) à imposer une entente aux EtatsUnis;

3) à dévier l'attention des masses.

Le premier de ces buts fut atteint. Le coup militaire écarté, Barrientos cherche maintenant à se débarrasser des hommes les plus dangereux pour lui. Mais ce n'est que provisoire. Les relations, avec l'impérialisme ne changeront pas; au plus, seront-elles moins tendues -c'est ainsi qu'on s'explique le remplacement de l'ambassadeur.

Mais le plan Barrientos échoua dans son but de dévier l'attention des masses car le scandale représenté par le cas Arguedas (envoi à Cuba du «Journal» de Che, accusations contre la C.I.A.) a plutôt joué contre Barrientos. En eifet, la publication du Journal de Che a constitué un événement extraordinairement positif pour la lutte en Bolivie. En outre les accusations contre la C.I.A. ont exacerbé l'anti-impérialisme des masses et stimulé les mobilisations populaires. Arguedas s'est évertué plusieurs fois à blanchir Barrientos, à le présenter com-

QUATRI me une victime, à plaider sa cause et à ne pas conseiller la violence contre lui, compte tenu, dit_il, que tout coup contre Barrientos servirait la C.I.A. Il se prononça pour la convocation d'élections qui effaceraient les divergences avec l'opposition; enfin il recommanda à la jeunesse la lecture des idéologues du nationalisme bourgeois.

LES ALTERNATIVES

Les partis bourgeois d'opposition sont conscients de la situation, mais ils veulent survivre dans le cadre de la dicta. ture militaire, ne cherchent l'éviction de Barrientos que pour le remplacer par un autre général et sont en quête de l'aval de l'ambassade américaine pour la réussite de leurs complots.

Cela explique les origines du complot F.S.B.-M.N.R._P.R.I.N. partis associés à une fraction de l'armée, dont Vazquez. Il y avait dans ce complot une division du travail : les partis politiques étaient chargés d'entretenir et même de raviver la flamme de l'agitation sociale, tandis que l'armée se chargeait de faire la relève de Barrientos. A la vérité, partis et militaires veulent toujours se servir de la mobilisation des masses pour parvenir à leurs fins bourgeoises.

Maintenant, le coup militaire ayant échoué, les partis politiques qui étaient associés à l'entreprise se considèrent trompés par les militaires, mais songent toujours à la réaliser avec Vazquez Sem. pertegui. Or, les militaires savent que pour s'emparer du pouvoir ils n'ont pas Dessin de cespar dis maisdarmes. mastez a effectivement déclaré qu'il prendrait le pouvoir avec les militaires patriotes, sans aucune compromission avec les partis politiques. A l'instar d'autres généraux

Mais, les masses, dans leur lutte contre l'impérialisme, se sont affrontées à Barrientos et à tous les militaires. Et c'est là que l'échec du plan Barrientos est plus évident. Le scandale Arguedas, tout comme le scandale Vazquez Sempertegui ne sont que des produits de la dé. composition extrêmement avancée du régime. DE LA SITUATION ambitieux, Vazquez voudrait avoir le soutien de jeunes officiers encore hé. sitants. C'est pourquoi, il demandait des élections et se réclamait du courant « institutionnalistes ».

Quant au parti communiste, il est aligné sur Moscou et partisan du coup d'Etat, bien qu'il ne soit pas dans le front constitué par le M.N.R., la F.S.B. et le P.R.I.N. (ce dernier étant pour l'adhé. sion du P.C.). La position de la tendance pro-chinoise du P.C. n'est pas très claire a ce sujet, mais on peut penser que ses déclarations pro-guérillas l'écartent du front oppositionnel.

A vrai dire, il y a deux courants au sein de l'opposition, le courant préconisant le coup d'Etat pour installer un gouvernement militaro civil dans le cadre de la politique impérialiste (*), et le courant pour qui il n'y a pas d'autre alternative que la lutte armée au moyen de la guérilla.

(*) Ce courant est représenté par la F.S.B., le M.N.R., le P.D.C., le P.R.I.N et le P.C.B (pro-soviétique) Ces derniers justifient leur position en arguant que, le régime terrassé, ils pourraient reconstituer des cadres, le mouvement ouvrier parviendrait à se réorganiser, etc.

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