Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 35

La conférence des partis communistes

Quatrième Internationale, n° 35 · janvier 1969 · p. 6-8 · 1 227 mots

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Quelques mois après l'intervention militaire en Tchécoslovaquie des troupes soviétiques et de leurs alliés, les partis communistes qui avaient, au prime abord, déclaré que la conférence internationale des partis communistes prévue pour novembre 1968 était prématurée, ont finalement accepté en novembre qu'il y aurait une réunion préparatoire en mars et la conférence en mai de l'année 1969. Admettons que rien d'ici là ne surviendra qui trouble cette planification. Admettons aussi que les partis qui se sont réunis à Budapest se retrouveront tous à Moscou dans six mois environ. Faut-il en déduire que l'opération de Prague quí avait été un échec politique dans sa première semaine montre tout de même payante? Des directions comme celle du P.C. du P.C. français, ont reculé. Est-il vrai, comme la rumeur assez certaine le dit, que ces directions ont cédé après avoir été menacées d'être directement attaquées de Moscou comme « opportunistes »? On aurait même montré a certaines délégations des documents déjà tout préparés à cet effet. On peut conclure de cela que le coup opéré par le Kremlin n'a pas été sans effet temporaire auprès des directions des partis communistes. Mais ce n'est tout de même là qu'une apparence trompeuse sur l'état de ce monde communiste officiel dont les convulsions iront en s'aggravant.

L'histoire même de cette conférence est plus qu'instructive. La précédente a eu lieu plus de huit ans auparavant. Elle s'était conclue à huis clos par un compromis sino-soviétique qui n'a pas tenu longtemps. Les efforts pour réduire le différend n'ont rien donné. Khrouchtchev a hésité longtemps avant de soutenir l'idée de la tenue d'une nouvelle conférence, et ce fut une des raisons qui contribua à sa chute. Les successeurs et Cie - ont eux aussi recherché un nouveau compromis, puis ont résolu de mener campagne pour obtenir des autres partis communistes de cette conférence. réunion préparatoire de Budapest a failli échouer, les Roumains étant sortis en claquant la porte. Ensuite vint l'affaire de Prague dont nous avons parlé au début. De toute façon, la Chine, Cuba, le Vietnam, la Corée, la Yougoslavie, l'Albanie n'y seront pas. Que signifiera la présence de la Tchécoslovaquie enchaînée? Et combien qui seront présents veilleront à ce que les textes votés n'aient aucune valeur d'engagement?

En outre, et c'est là l'essentiel, ce qui se passe au niveau des directions des partis communistes est considérablement en retard sur ce qui se passe au sein des partis et dans leur rapport avec les masses.

Voyons encore ce que pourra être une telle conférence ? Quelle forme aura-t-elle et quels rapports exprimera-t-elle ? A la place du système rigide et monolithique du temps de Staline, s'était substituée une sorte d'association d'Etats et de partis « égaux » en droit. Mais, cette « égalité » était formelle et ce droit avait un caractère bourgeois. Les Soviétiques pouvaient envoyer ou retirer leurs techniciens et leur participation au développement économique d'un pays, la réciprocité n'était pas vraie. Kremlin pouvait avoir des armes nucléaires ; il contestait ce même droit à la Chine. l'opération de Prague, il s'est arrogé le droit d'envoyer des chars et un demimillion d'hommes de troupes pour changer la direction ou, à défaut d'y parvenir d'un coup, pour modifier la politique d'un Etat et d'un parti. Peut-il y avoir « égalité » en la matière? La réponse à cette question est trop claire.

Pour essayer de justifier cette « égalité » d'un type nouveau, les Soviétiques (Pravda, 25 septembre) ont élaboré une argumentation selon laquelle il fallait envisager l'égalité et l'indépendance nationale d'un point de vue de « classe » quand un pays socialiste est menacé de retourner au capitalisme, tous les autres pays socialistes sont concernés et ont le devoir d'intervenir. La solidarité internationale contre le capitalisme peut apparaître comme un axiome indiscutable.

les circonstances, faut voir nouvelle « théorie » du Kremlin. Elle n'annule pas du tout la politique de « coexistence pacifique » avec l'impérialisme ; elle n'a tout l'interprétation que voudrait lui donner, pour la défense du Vietnam, de Cuba, etc. après coup pour justifier l'intervention en Tchécoslovaquie où l'on doit aussi bien rechercher le « danger contre-révolutionnaire » que les auteurs tchécoslovaques de l'appel à l'intervention. L'intervention soviétique ne met pas en cause la partie technocratique des décisions du Comité central de janvier 1968, elle a obtenu par contre la suppression de libertés, le retour de la censure, le retour de méthodes policières, etc. L'argumentation de Gomulka à l'appui de cette intervention, selon laquelle il y a deux sortes de partis communistes, ceux qui sont au pouvoir et qui ont à prendre des décisions, et ceux qui ne le sont pas et qui n'auraient qu'à suivre, n'apporte rien d'autre à cette « théorie », si ce n'est que Gomulka confirme que les partis communistes de France, d'Italie, etc., ont pris leur position en août non pour des raisons de principe mais pour les besoins de leurs rapports avec des partis bourgeois et réformistes. Cette nouvelle « théorie » de Brejnev et autres ne dissimule guère les intérêts de la bureaucratie soviétique qui, à nouveau par la voix de Gromyko, vient de faire savoir aux Américains : laissez-nous faire ce que nous voulons « chez nous », et tout ira pour le mieux entre vous et

Ni des interventions de chars ni des conférences de bureaucrates ni des « théories » vermoulues avant d'être compiètement formulées, ne peuvent arrêter les grands bouleversements qui viennent à éclosion. Qui pourrait en douter n'a qu'à penser à l'immensité de la crise qui affecte la plus ancienne, la plus réactionnaire et la plus habile des institutions, l'Eglise catholique, peuvent les différer, les rendre plus pénibles et plus coûteux. Au cours de dans la personne même de son clergé ! Elles ne peuvent les arrêter, mais elles l'année qui s'achève, de grands événements ont montré que la victoire du socialisme à l'échelle mondiale, se dessinait à l'horizon ; les masses se battent avec fougue, les échecs ou d'éventuels compromis pourris sont le fait de directions bureaucratiques.

L'effondrement de l'édifice stalinien ne condamne pas plus la notion de l'Internationale révolutionnaire du prolétariat que ne l'a fait l'effondrement de l'édifice social-démocrate en août 1914. Au contraire, dans les deux cas, des partis ouvriers qui furent créés pour guider les travailleurs vers la conquête révolutionnaire du pouvoir ont dégénéré par infection d'un virus « national ».

C'est celui-ci qu'il faut combattre implacablement dans le mouvement ouvrier.

Partout grandit aujourd'hui le nombre des « gauchistes », des « enragés », qui s'attaquent à l'ordre établi, à celui du capitalisme ici et dans les pays à structure coloniale, à celui de la bureaucratie dans les Etats ouvriers. Au dessus de leurs tactiques nécessairement différenciées suivant les conditions spécifiques à chaque pays, se pose - comme viennent de le montrer, autres choses, et l'intervention américaine au Vietnam et l'intervention du

Kremlin à Prague — la nécessité d'une stratégie globale pour le combat. Les manifestations internationales qui ont appuyé la révolution vietnamienne dans sa défense étaient et restent indispensables, mais elles ne sont pas suffisantes en raison de leur caractère improvisé, conjoncturel, à peine coordonné.

c'est pourquoi, face à cette crise qui affecte les vieux partis dégénérés, l'avant garde qui entend assurer la victoire mondiale du socialisme n'a pas seulement pour devoir de s'organiser sur la base du marxisme révolutionnaire, elle doit le faire à l'échelle internationale.

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