par Jean DEVAUX
La livraison de la revue d'économie du P.C.F., Economie et Politique, inti. tulée « les luttes de mai-juin 1968 et le capitalisme monopoliste d'Etat » confirme l'heureuse surprise que nous avait réservée son numéro de mai-juin : cette publication ne se donne plus pour une « revue marxiste d'économie ». L'abandon de ce sous-titre constitue un geste d'honnêteté politique qu'il convient de saluer. Nous souhaitons d'ailleurs que le P.C.F. persévère dans cette voie en re-
LES RESULTATS
Nous avons déjà écrit que les résultats obtenus par les travailleurs à la suite de la grève générale, sans être négligea. bles, étaient sans commune mesure avec l'ampleur et la force du mouvement. Il aurait été possible d'obtenir beaucoup plus sans la politique capitularde des directions traditionnelles, dont la princi. pale préoccupation fut de maintenir les revendications dans un cadre strictement économique avant d'aiguiller la combativité ouvrière vers la voie de garage des élections.
Economie et Politique commence évidemment par célébrer l'ampleur des conquêtes réalisées et entreprend d'en dresser un bilan chiffré. Après avoir sa. lué le relèvement du SMIG comme « une grande victoire pour les travailleurs intéressés », elle indique que « dans un certain nombre de corporations et d'entreprises » le salaire minimum garanti été fixé à un niveau supérieur au SMIG. Ainsi, « dans l'assurance, le minimum annuel de ressources a été majoré de 17 % et sera de 8.200 F ce qui le porte par exemple à 3,42 F de l'heure pour DEUX CENTS HEURES DE TRAVAIL PAR MOIS » (nous soulignons) !
Une telle impudence serait à la rigueur admissible si les travailleurs des assurances avaient la garantie de voir diminuer la durée du travail. Ce serait le cas pour les auteurs puisqu'ils les invitent à se ré. jouir de ce que « le gouvernement et le patronat (aient) dû admettre l'objectif du retour aux quarante heures... ». Qu'ils se soient « refusés à l'élaboration d'un cajetant l'adjectif auquel il n'a plus aucun droit, celui de communiste. Une telle décision serait doublement bénéfique ; d'une part elle favoriserait sa politique d'union avec les « autres forces démocratiques » (bourgeoises), d'autre part elle contribue. rait sérieusement à clarifier la situation aux yeux de la classe ouvrière.
Cette justice lui étant rendue, voyons maintenant comment cette revue à pré. tentions théoriques analyse les événements révolutionnaires de mai-juin 1968. DES GREVES lendrier précis » ne semble pas inquiéter outre mesure MM. Nolleau et Magniadas ! De même, en ce qui concerne les droits syndicaux, il faudrait se féliciter de ce que « le gouvernement (se soit) engagé à élaborer un projet de loi relatif à l'exercice du droit syndical dans l'entreprise... ».
Pendant ce temps le patronat, avec l'ap. probation bienveillante du ministre du Travail, repousse toute proposition d'élar. gissement du droit syndical. Il accélère les cadences de production afin de compenser les diminutions d'horaires. Il licencie les militants qui se sont montrés les plus actifs en mai-juin. Que fait la direction de la C.G.T. ? Elle continue à courir en tous sens dans les couloirs des ministères à la recherche d'un interlocuteur prêt à appli. quer une politique plus « démocratique » !
Après avoir appelé
«gauchistes » les n'est-elle d'ailleurs s'abattre sur les à la répression contre étudiants, peut-être pas fâchée de la voir travailleurs les plus conscients qui, non contents d'avoir déclenché les grèves sans en demander l'au. torisation aux bonzes syndicaux, les ont poursuivies et renforcées après les accords de Grenelle !
Loin de montrer comment organiser la résistance et préparer la nouvelle étape des luttes, Economie et Politique, fidèle à sa mission, encourage les pires illusions sur la possibilité que le gouvernement et le patronat respecte les engagements pris dans une période difficile. Il y a une sin. gulière contradiction à proclamer que la bourgeoisie essaie de reprendre d'une main ce qu'elle a dû concéder de l'aufre et à laisser croire ensuite qu'elle accordera de bon gré ce qui ne lui a pas encore été arraché ! Loin d'attirer la méfiance des travailleurs à l'égard des promesses du
Mais les auteurs ne sont ni à une trahiapres avoir célébré la « grande ictoire» ni à une contradiction près. Ainsi, des travailleurs, Economie et Politique nous explique que « sur le plan économique, les changements, sans être fondamentaux, ont créé une situation nouvel. le » (sic) et que, dans le cadre du Marché commun « les avantages obtenus tendraient à rétablir sans plus une situation qui avait évolué au détriment des travailleurs français ». Le sort des tra. vailleurs allemands, italiens, belges, hol. landais ou luxembourgeois a-t-il donc évolué de manière si enviable? Et qu'est. que cette grande victoire qui n'apporte pas de changements fondamentaux ? La vérité est qu'Economie et Politique tient un double langage. Le premier s'adresse aux travailleurs qu'il faut convaincre de la justesse de la politique du P.C.F. et de la C.G.T. en embellissant les avantages obtenus. Le second vise à rassurer les «autres forces démocratiques» (bour. geoises) auxquelles il faut montrer qu'on est raisonnable et qu'on ne cherche pas à « casser la baraque ». Au cas où elles ne seraient pas entièrement convaincues et redouteraient encore les répercussions du résultat des grèves sur la santé de l'économie, Economie et Politique leur montre la voie : « le manque a produire est évalué à environ 4 % de la production inté. rieure annuelle, évaluation qui est sans doute un maximum, COMPTE TENU DES RATTRAPAGES POSSIBLES » (nous soulignons).
On se frotte involontairement les yeux devant tant de duplicité. Après avoir exhalté les grandes luttes des travail. leurs, Economie et Politique n'a pas un mot contre la surexploitation à laquelle les patrons les soumettent au nom des rattrapages, afin de compenser leur manque à gagner !
Mais il ne suffit pas à . Economie et Politique de montrer que les revendications qu'elle soutient ne présentent aucun danger, elle éprouve encore le besoin de les justifier et d'expliquer qu'elles sont bienfaisantes pour une économie qui, du coup, cesse d'être capitaliste pour de. venir « nationale ». Elle aboutit ainsi à une somme incroyable d'aberrations.
AInSI, indiquera-t-elle d'abord que les revendications pouvaient être satisfaites parce que la forte croissance de la production industrielle et de la productivité permettait, Elle expliquera ensuite qu'elles devaient l'être afin de « porter un coup à la politique : désastreuse, génératrice de crises et de difficultés des grands monopoles ». Ce raisonnement tendrait d'ailleurs à laisser croire que gouvernement et des patrons, de tels bavardages ont pour conséquence de les désarmer devant leur contre offensive. Cette ment que e meme une carvelle trahison e attitude ne peut être caractérisée cette politique n'a pas été si désastreuse puisque les progrès accomplis permettaient d'accorder d' « aussi grands avan. tages » aux travailleurs sans mettre en danger la compétivité de l'économie ! Mais notons surtout la rupture nette et franche des auteurs avec le marxisme : ce n'est plus le capitalisme en tant que tel qui est porteur de crises mais seule. ment la « politique des grands monopoles » ! Cette politique ayant toujours consisté à comprimer le pouvoir d'achat, la solution de tous nos maux réside dans l'élévation des salaires qui « peut gran. dement aider à la relance de notre économie » en déterminant un accroissement de la consommation.
La confusion est alors à son comble : • l'économie française n'est plus une économie capitaliste, les industries ne sont plus la propriété de la bourgeoisie, ce sont « notre économie » et « nos industries », le patrimoine commun des ex. ploiteurs et des exploités... Ayant assimilé le capitalisme à la politique des monopoles et la hausse des salaires (confirmation de l'esclavage capitaliste) à la mort du capitalisme (« réduire les profits capitalistes, c'est rompre le cercle vicieux de l'investissement pour l'investisse. ment » !) aucun des auteurs ne peut plus nous dire si nous nous trouvons encore dans une société capitaliste ou, déjà, dans une société de transition vers le socialisme ! Décidément tous les moyens sont bons pour escamoter le problème de la révolution. Les divagations succèdent alors aux divagations : « cet accroissement de la consommation sera un puissant stimulant du progrès économique, lui-même permettant d'assurer progressivement la résorption du chômage et, en liaison avec l'élévation de la productivité, le relèvement du pouvoir d'achat des travailleurs ». Est.il utile de réfuter dans le détail une telle absurdité lorsqu'elle émane non de théoriciens bourgeois de la « croissance dans la stabilité » mais de prétendus économistes marxistes ? Ces mêmes gribouil. leurs affirment sans rire que la hausse des salaires sera « particulièrement favorable aux petites et moyennes entreprises ». Il est clair au contraire que bon nombre d'entre elles qui ne peu. vaient subsister qu'en payant des salai. res extrêmement bas seront incapables de résister à la hausse du SMIG et disparaîtront. Ces fermetures ne contribue. ront certainement pas à la résorption du chômage. Parallèlement, dans une toute autre série d'industries, la hausse des sa.
DES REVENDICATIONS « JUSTES ET NECESSAIRES »
DES REVENDICATIONS « JUSTES ET NECESSAIRES »
laires incitera le patronat à remplacer du « travail vivant par du travail mort », c'est-à-dire à introduire un outillage, des équipements plus modernes, ce qui élèvera la productivité mais repoussera de nouveaux travailleurs hors de l'industrie. Faut-il rappeler à MM. Baron, Launay et Vernay que l'extension du chômage
LES MOUCHES
Le gouvernement gaulliste, lui, n'essaie pas de masquer les réalités. L'objectif avoué de sa politique, telle qu'elle s'exprime notamment dans le dernier collectif budgétaire, est de substituer l'investissement à la consommation comme moteur de l'expansion. Pour qu'elle réussisse, il faut accroître l'exploitation de la force de travil et bloquer la dynami. que revendicatf. Du côté d'Economie et Politique, que propose-t-on ? Des me. sures qui « peuvent être prises dans le cadre même de la législation existante », par exemple l'application de la législation du contrôle des prix par les commissions nationales et départementales. Il est clair qu'aucun contrôle réel des prix ne peut avoir lieu • sans l'abolition du secret commercial et l'ouverture des livres de comptes qui, jusqu'à preuve du contraire ne figurent pas dans la « législation existante ». Y figureraient-ils d'ailleurs, qu'aucune administration, aussi plé. thorique soit-elle, ne pourrait jouer effectivement ce rôle et qu'il ne pourrait être qu'une attribution des comités de contrôle ouvrier fonctionnant dans chaque entreprise.
« Le gouvernement a les moyens de juguler les tensions inflationnistes d'écarter la dévaluation. Il doit les appliquer imédiatement ». Pourquoi ne pas lui demander en même temps de dissoudre l'armée et la police et de créer des mi. lices ouvrières ?
Se prémunir contre l'inflation, c'est lutter pour l'échelle mobile des salaires (Séguy l'a souvent proposée ces derniers mois... sauf à Grenelle quand le rapport des forces permettait de l'arracher) ; se prémunir contre le chômage, c'est exiger le retour immédiat aux quarante heures sans diminution de salaire, premier pas vers l'échelle mobile des heures de travail. Ce sont les seules choses dont MM. Baron, Launay et Vernay ne parlent pas. Réclamer une forte « pression populaire » et laisser croire qu'elle fera marcher l'économie capitaliste sur la tête,
A. Cousin nous affirme doctement dans son article que « la propriété privée des principaux moyens de production n'est plus dans de nombreux secteurs une condition du progrès » (sic). Nous aimerions qu'il nous énumère ceux où elle
ONALE 53 n'a pas de conséquences favorables sur le pouvoir d'achat des travailleurs ? Faut. il leur apprendre que l'inflation se développe et qu'une de ses conséquences est d'ailleurs d'annuler progressivement l'effet stimulant sur l'activité économi. que de l'augmentation du pouvoir d'achat ? DU COCHE c'est encore une fois laisser la classe ouvrière désarmée devant la contre.offensive du gouvernement et de la bourgeoisie. C'est encore une fois une trahi. son !
Mais les rédacteur d'Economie et Politique ignorent les lois de fonctionnement du capitalisme. S'agit.il d'expliquer pourquoi les capacités de production ne sont pas pleinement utilisées ? J. Servant nous le dit : « Parce que le capital est mal géré ». Dans le « capitalisme d'aujourd'hui » les surcapacités de produc. tion ne sont pas, avec l'inflation, une ma. nifestation de la tendance fondamentale du capitalisme aux crises de surproduction et un moyen de les amortir en récessions, mais le résultat du fait que « la qualité du « management » français n'est pas particulièrement brillante » . Pourquoi ne l'est-elle pas ? A cause des dé. fauts du « système éducationnel ». Voilà sans doute pourquoi les étudiants et les enseignants sont des alliés de la classe ouvrière et pourquoi il faut rénover l'université : pour améliorer le «management » de NOS entreprises dans l'intérêt de NOTRE économie !
Il n'est plus question pour le P.C.F. de transformation révolutionnaire de la société, mais de son aménagement. Il est clair d'ailleurs comme une précédente citation nous l'affirme, que si « l'accroissement de la consommation » entraîne à terme « le relèvement du pouvoir d'achat des travailleurs » (le seul énoncé de ce raisonnement réduit à ses extrê mes suffit d'ailleurs à en montrer la pro. fondeur !) « notre » économie capitaliste peut ne pas fonctionner si mal à condi. tion de lui apporter quelques retouches. L'origine des difficultés et des crises se trouve non dans le capitalisme luimême, mais dans la politique des grands monopoles, il suffit de transformer cette partie du capitalisme privé en secteur capitaliste d'état par l'intermédiaire des nationalisations... l'est encore ! Il faudra donc nationaliser ces secteurs, mais « un large secteur capitaliste privé subsistera ». Ces nationalisations, propriété du « peuple tout entier » devront constituer « l'instrument essentiel d'une véritable politique éco-
LES NATIONALISATIONS
LES NATIONALISATIONS nomique démocratique ». Là encore, il est clair qu'il n'est pas question d'aller au socialisme mais seulement de rajeunir le capitalisme en le réformant et en le modernisant, c'est.à.dire en fin de compte de rationaliser l'exploitation.
Rien n'est dit sur la manière dont les nationalisations seront opérées. Aucune réponse n'est donnée à la question parti. culièrement importante de savoir s'il s'agira de rachats ou d'expropriations. La première hypothèse, outre qu'elle équi. vaut dès l'abord à une reconnaissance du sacro-saint droit de propriété, aboutit à couvrir immédiatement de dettes le gouvernement qui y procède. Elle est évidemment inacceptable. Les usines sont le produit du vol des travailleurs, elles leur appartiennent de droit et leur expropriation est la seule solution de jusțice.
Mais, le seule terrain sur lequel l'au. teur se sente à l'aise, est celui des ambi. guïtés et de la confusion. Il ne pose les problèmes que pour les diluer aussitôt dans un vain bavardage sur l' « intérêt national». Ainsi en ce qui concerne la gestion des entreprises nationalisées, Cousin, puis Kahn, insistent sur la nécessité d'une gestion démocratique « sans quoi il ne saurait y avoir de contrôle démocrati_ que de la production et de l'emploi des principales ressources du pays, mais seulement des contrôles bureaucratiques, d'ailleurs inefficaces ». Malheureusement, les moyens d'y parvenir sont totalement passés sous silence. Pour que la nationalisation ne s'opère pas bureaucratiquement, il faut évidemment que les travail. leurs s'y préparent dès maintenant en intervenant dans la gestion de l'industrie et de l'économie toute entière. La forme de cette intervention doit être le contrôle ouvrier exercé par un comité élu par l'ensemble du personnel et qui sera pour les travailleurs une école de l'autogestion et de la planification socialiste.
Quant à la question « qui détient le pouvoir ? » Cousin constate : « la nationalisation n'est pas un but en soi et on ne peut porter un jugement à son égard sans considérer en premier la nature de
Durant ces dernières années, l'économie française, sous la pression d'une concurrence internationale grandissante, s'est considérablement modernisée et rationalisée. Ce processus s'est traduit pour les travailleurs par une intensité accrue de l'exploitation et par l'aggravation des conditions de travail en usine (accélération des cadences, durcissement de l'autoritarisme patronal...) Cette situation, encore accentuée par la reprise conjonc. turelle du début de l'année, est fonda. mentalement à la base de l'explosion de Mai 1968. La combattivité des travailleurs n'était pas fondée uniquement sur des rel'Etat qui exerce sa tutelle sur les entreprises ». Il omet totalement par la suite d'y répondre si ce n'est en confondant nature de l'Etat et composition parlementaire du gouvernement qui devra être... démocratique, évidemment.
Il faut passer à un autre article pour trouver une réponse plus explicite qui montre d'ailleurs que cette confusion est voulue par l'auteur : « le caractère nouveau de l'Etat... donne un caractère objectivement nouveau à la prise de possession du pouvoir politique de l'Etat en mettant à la disposition de la classe ouvrière et des couches sociales alliées un instrument déjà placé au centre de la vie économique et nationale ». Cette phrase permet d'apprécier le chemin parcouru par le P.C.F. dans son processus de social.démocratisation. La conception léni. niste de l'Etat est totalement rejetée. La classe ouvrière victorieuse ne doit plus détruire l'Etat bourgeois et bâtir sur ses ruines le sien propre, instrument de sa dictature contre l'ancienne classe exploiteuse. Elle peut, pour assurer et consolider sa victoire, pour entamer et mener à bien les tâches de la construction du socialisme, utiliser l'appareil mis en pla. ce par la bourgeoisie pour préserver sa domination... « L'Etat et la Révolution » se trouve dans toutes les bonnes bibliothèques. Rien ne nous permet de penser, bien au contraire, que ses enseignements fondamentaux soient périmés ; et surtout pas les bavardages de Louis Perceval.
L'attitude général du P.C.F. se résume parfaitement dans cette dernière citation : « La solution n'est pas dans le re. fus des institutions et de la légalité, mais dans une lutte constante pour leur donner un contenu toujours plus démocratique ». C'est clair : le P.C.F. abjure explicitement toute position révolutionnaire. Il ne refuse pas les institutions bourgeoises, la Bourse et la préfecture de police ; il reconnait la légalité bourgeoi. se, le droit de la bourgeoisie à l'exploitation et à l'oppression des travailleurs, il ne veut plus que les démocratiser vendications d'ordre quantitatil, mais orrespondait à une révolte contre le sys. tème de l'usine et le capitalisme dans son ensemble.
Durant ces événements, le P.C.F. et la C.G.T. sont apparus comme les meilleurs soutiens du système. Face à la montée des aspirations revolutionnaires, is ont maintenu, au mépris de toute évidence, leur stratégie des voies pacifiques et démocratiques vers le socialisme. La seule perspective qu'ils ont ouverte a été celle d'une victoire électorale permettant, au niveau gouvernemental, une collaboration avec des forces politiques capitalistes
MAI 68 ET LES « VOIES AU SOCIALISME »
MAI 68 ET LES « VOIES AU SOCIALISME »
Coaptisées pour la circonstance « démocratiques ») dans le but d'introduire par le biais de la planification des éléments non capitalistes dans l'économie. Il est clair que cette analyse est aberrante à deux points de vue. D'une part, elle laisse croire que des forces capitalistes pour. raient avaliser l'application de mesures contraires aux intérêts de ceux qu'elles représentent. D'autre part, elle suppose qu'il serait possible de modifier le méca. nisme de fonctionnement de l'économie sans provoquer de crises et sans avoir à faire face à une résistance farouche de la bourgeoisie. D'après Economie et Politique, la conjoncture nationale et internationale rend possible « par la voie pacifique, l'établissement d'une démocratie authentique, et, par son développement continu, dans la libre expérience des mas. ses, la transition vers le socialisme ». A côté de ces messieurs les grands théori. ciens du réformisme font figure d' « enragés » !
Encore, faudrait-il qu'il y ait victoire électorale ! M. Perceval déplore que « la prise de conscience claire de la nécessité et de la possibilité de passage au socialisme (ne soit) pas encore générale dans
IONALE 55 toutes les couches exploitées et aliénées » mais lui et ses amis portent toute la responsabilité de cette situation. Ils s'éton. nent de ce que la grande mobilisation de mai-juin ait été suivie d'un renforcement parlementaire du gaullisme. Cette contra. diction apparente prouve seulement pour des marxistes que le passage au socialisme en France ne pourra pas faire l'économie d'une révolution « violente » et de la dictature du prolétariat.
Une nouvelle génération de militants, dans tous les secteurs de l'activité économique, ont fait leur première grande expérience politique et se sont placés dès l'abord sur des positions révolutionnaires. Ces militants tentent maintenant de se réunir, de s'organiser et de donner à la classe ouvrière française le parti d'avantgarde dont elle a besoin. Ils seront re. joints par de nouvelles couches de travailleurs qui tirent les leçons de Mai et comprennent progressivement le rôle joué par les directions traditionnelles.
Mai 1968 a ouvert de gigantesques perspectives. Quant à Economie et Politique, son destin est clair : il se termine dans les poubelles de l'Histoire.