Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 33

Situation prérévolutionnaire au Bengale

Quatrième Internationale, n° 33 · avril 1968 (2e trimestre) · p. 7-9 · 1 112 mots

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Après avoir renvoyé le gouvernement du « front unique de gauche » dirigé Ajoy Mukherjee et après avoir essayé d'obtenir une majorité parlementaire nouvelle par axée sur le Parti axée sur le Parti du Congrès, pour le nouveau gouvernement constitué par Gosh, le gouvernement central de l'Inde a fini par dissoudre l'Assemblée législative P.C. tions au Bengale, ce qui a amené les dirigeants de gauche à crier victoire. Mais ces du l'Union Bengale indienne. Cette mesure entraîne l'obligation occidental et y imposer l'administration directe d'organiser de nouvelles par le président de élecmêmes dirigeants avaient fait dévier depuis des mois le mouvement de résistance des masses contre l'Etat bourgeois et la répression policière brutale vers vement de désobéissance civile à des fins purement électorales. Ils ont délibérément un moupaysannes entrent en lutte pour leurs propres revendications et avec leurs* saboté les possibilités réelles qui existaient pour que les masses ouvrières et organes de combat de classe. propres

Toute: la stratégie de la gauche traditionnelle au Bengale occidental était orientée vers la canalisation du mécontentement des masses dans le cadre de la Constitution bourgeoise. Elle voulait utiliser le mécontentement des masses et la menace d'actions de masse, pour obtenir des élections anticipées et non pour mettre en cause l'ordre capitaliste en tant que tel. Le gouvernement central, qui comprit ce jeu de la « gauche », traditionnelle, prit sa décision avant que le mouvement de masse n'échappât au contrôle du « front unique »,

L'opportunisme des dirigeants de ce « front unique » se révèle même sur le le plan parlementaire. C'est un groupe de députés dissidents bourgeois du Congrès, derrière Ashutosh Ghosh, qui renversa le gouvernement Moukherjee et fit basculer la majorité au sein de l'Assemblée législative du Bengale occidental. Mais ce même groupe est maintenant prêt à former un nouveau gouvernement, et Mukherjee et Jyoti Basu, les deux dirigeants du « front unique » (ce dernier, chef du Parti communiste de gauche, dit « marxiste-léniniste » !), affirment immédiatement qu'ils appuieront ce gouvernement, à condition qu'on veuille bien d'eux comme ministres !

Le gouvernement de la Nouvelle-Delhi a pris un risque calculé en imposant l'administration directe par le président de la République. De nouvelles élections anticipées devraient avoir lieu normalement avant la fin de l'année. Mais cette période pourrait être étendue en cas de « circonstances exceptionnelles » ; la dictature bourgeoise pourrait utiliser une tactique dilatoire jusqu'à ce que la combativité des masses se soit refroidie.

Si des élections ont lieu, le « front unique » se renforcera sans doute. Sa composition s'est quelque peu modifiée, puisque les deux partis sociaux-démocrates, PSP et le SSP, se sont discrédités aux yeux des masses, et que son participant bourgeois principal, l'ancien Bangla Congress, s'est scindé.

Le parti le plus puissant au sein du « Front » est incontestablement le parti communiste de « gauche ». Mais celui-ci, justement, n'a pas modifié son orientation opportuniste. Il conserve la nostalgie du « front » avec la « bourgeoisie progressiste ». Il se traîne à plat ventre devant les restes du Bangla Congress pour qu'ils bien se maintenir au sein du « Front Unique ». Une victoire électorale du « front unique » aux élections anticipées aboutirait donc à la reconstitution d'un gouvernement de coalition avec la bourgeoisie, du même type que le gouvernement Mukherjee qui a gouverné pendant neuf mois après avril 1967, et dont on connaît le bilan de faillite.

Le seul facteur positif de la situation, c'est la combativité des masses laborieuses très grande, l'entrée en action des paysans assoiffés de terre, et le fait que ces masses se rendent de plus en plus compte des difficultés insurmontables que rencontrent les tentatives de résoudre leurs problèmes dans le cadre du régime capitaliste.

Dans plusieurs districts, des terres agricoles ou forestières dont les grands propriétaires n'habitent pas sur place ont été occupées et mises en culture par des sans terre. La révolte spectaculaire des paysans de Naxalbari, et ce sous le gouvernement du « front unique », n'était qu'une des manifestations du nouveau climat en train de s'établir chez les paysans pauvres (1). Confrontée avec la perspective d'un chômage massif, par suite de la fermeture de nombreuses entreprises métallurgiques, textiles et autres, la classe ouvrière n'a pas le choix: elle entre de plus en plus en collision avec l'appareil d'Etat qui protège les patrons capitalistes. Le mécontentement va aussi croissant dans les masses petites bourgeoises urbaines et chez les étudiants.

Cette impatience croissante des masses se reflète au sein même du Parti Communiste de « gauche » ; le groupe de Naxalbari, influencé par le maoïsme en est une des expressions, mais la seule. Les ont d'ailleurs commencé à attaquer les dirigeants du Parti Communiste de « gauche » comme des « néo-révisionnistes » ; et ceux-ci ont commencé à exprimer des critiques à l'égard de Pékin.

Quel que soit le résultat des élections anticipées, le Bengale occidental continuera à connaître dans l'avenir immédiat une situation prérévolutionnaire avancée.

(1) Voir l'article de Kailas Chaudra dans le numéro de novembre-décembre 1967 de * Quatrième Internationale ».

La tâche principale des marxistes révolutionnaires est de développer de coordonner la lutte des ouvriers, base d'un programme anti-capitaliste et anti-propriétaire foncier. La lutte des pauvres et des étudiants, sur la pauvres devrait être amenée à un niveau plus élevé autour de revendications l'abolition de toutes les dettes, la législation des occupations de terre, la distribution des terres des propriétaires fonciers et des paysans sans terres, le salaire minimum pour les ouvriers agricoles, etc. aux paysans pauvres et

Les luttes des ouvriers de l'industrie devraient être coordonnées autour d'objectifs tels que la nationalisation sans indemnisation de toutes les ou entièrement fermées, et leur mise sous gestion ouvrière ; le paiement de salaires entreprises partiellement aux ouvriers licenciés ; l'élection de comités d'usines, etc.

Dans un appel adressé aux partis ouvriers du Bengale, le Comité régional dans cet Etat du Parti Socialiste Ouvrier (Socialist Workers Party), section indienne de incluant des représentants élus des masses non membres du front unique électoral, IVe Internationale, exige en outre la création de comités de front unique l'organisation de Gardes ouvrières et de Gardes de jeunes armées, afin de protéger les travailleurs et les paysans pauvres contre la brutalité de la répression. Elle lance

La politique opportuniste de coalition gouvernementale avec la bourgeoisie « libérale » poursuivie par les partis traditionnels de « gauche » doit être complètement dénoncée. Ce que demande la situation prérévolutionnaire, c'est un front unique des organisations ouvrières et paysannes fondé sur des organes directement élus par les masses, et dont campagnes électorales et activités parlementaires strictement subordonnées aux besoins de la lutte de classe extra-parlementaire.

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