Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 33

La débâcle du gouvernement Wilson

Quatrième Internationale, n° 33 · avril 1968 (2e trimestre) · p. 9-11 · 1 490 mots

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Le bilan mélancolique du régime Wilson en Grande-Bretagne est maintenant trop bien connu pour qu'il soit besoin de le récapituler. Il faut seulement ajouter que cette faillite éclatante d'un gouvernement social-démocrate majoritaire a entraine, outre une déception de masse et la démoralisation dans les rangs du Labour Party, un sentiment sans pareil de mépris et de révulsion envers ses dirigeants.

En 1964, pendant une courte période, deux tendances paraissaient se déplacer correspondre aux espoirs et aspirations des grandes masses des ouvriers anglais ainsi parallèlement qui opposées. A cette époque, l'orientation de la direction du Labour se séparèrent et vont à présent clairement dans Party semblait directions seurs discrédités du capitalisme britannique, et le « socialisme » allait être à la fête. tournaient le dos aux tories défen-

Les premiers désappointements dans la période 1964-1966 furent écartés précaire de cinq ou six voix au Parlement fut remplacée ar une majorité écrasante de 94 voix et parti du « socialisme » put passer sans risque à la réalisation de son programme. piétiné les espoirs de tous ses partisans. Tous les Depuis lors, le gouvernement Wilson s'est moqué de tous les besoins et a gouvernement qu'employaient les tories ont été retirés de la poubelle et ressuscités. vieux accessoires et procédés de Du racisme avoué au soutien servile du génocide américain au Vietnam ; de la capitulation abjecte aux diktats du capital financier américain et de ses cousins de la Cité de Londres aux attaques sauvages contre le niveau de vie de la classe électorale de Wilson, le service gratuit de santé a fait place au paiement de frais ouvrière britannique. Même dans le petit domaine où se réfugiait la fierté prémédicaux. Si l'ouvrier bien portant doit « socialiste » Wilson exige que le malade souffre lui aussi un peu plus. voir Sa paye réduite, l'équité selon le

En ce qui concerne les possédants de l'économie britannique, une partie aura à subir certaines pertes de capital par suite des gouvernement dans le budget de cette année, mais le Times de Londres accourt à nouveaux impôts inscrits par le la défense du programme économique général du gouvernement Wilson. Il souligne justement que les seuls membres de cette classe qui connaîtront des pertes ceux qui « dirigent leurs affaires maladroitement ». Dans son éditorial à l'adresse sont des classes possédantes du pays, il souligne qu'« en général les mesures de gauche, en dehors des impôts, tendent à rendre les riches plus riches. » En ce qui concerne les impôts, le Times souligne que le riche... « riposte en embauchant des comptables, des avocats spécialisés, des agents de change, des banquiers d'affaires, des immobiliers afin de défendre ses poches. » Et si quelque lecteur pouvait avoir un scrupule moral à se dérober à ses obligations, il ajoute : « Ils ont raison de le faire. » (23 mars). Pourrait-on exprimer plus clairement la réalité actuelle de la société britannique? Rien d'étonnant que Tribune, l'organe des centristes du Labour Party, titre le même jour en première page son éditorial «Climat de désastre ».

L'avis donné aux riches par le Times est franc, direct, conscient et vraiment dépourvu de toute illusion ou confusion. !! est d'autant plus triste de lire L'organe du deuxième syndicat par le nombre, celui des métallos (A.E.U.). Ce syndicat s'ap prête à négocier maintenant pour des augmentations de salaire, il a ouvertement affirmé son opposition aux limitations des augmentations de salaires et, dans le contexte actuel de la politique britannique, cela pourrait signifier une confrontation majeure avec le gouvernement. Pourtant, dans le numéro de son «Journal» de mars 1968 il imprime un article du rédacteur de la rubrique du mouvement ouvrier du « Sun » de Londres qui déclare que, qu'ils le veuillent ou non, les syndicats auront à accepter la décision du gouvernement selon laquelle les augmentations de salaires ne pourront être obtenues que par des négociations d'accroissements de productivité. Dans les conditions économiques actuelles, cette disposition est une invitation à augmenter les cadences et à démolir les conditions difficilement conquises syndicats face à la montée galopante des prix. préparation idéologique à une lutte qui promet de devenir un défi majeur au gouvernement Wilson.

La crise actuelle, la septième depuis la guerre pour la Grande-Bretagne, •ne diffère des autres que par sa connexion étroite avec une crise mondiale, celle du proche effondrement du système monétaire international. Mais, comme dans toutes les autres crises antérieures, on retrouve la même attaque sauvage contre le standard de vie de la classe ouvrière. Le programme ne diffère de ceux employés par les tories dans le passé que par le mensonge patelin selon lequel il servirait à promouvoir la cause du socialisme, car il assurerait plus d'égalitarisme. Cette fois-ci, les technocrates de Wilson assurant qu'en recourant à la courbe statistique inventée par un obscur statisticien italien, Gini, on apprend que le budget gouvernemental apportera 1,5 % de plus dans l'égalisation des revenus.

La courbe Gini, vraiment ! La pure vérité est que les explications et rationalisations des ministres sont aussi peu honnêtes que possible. : les études sérieuses de la structure du capitalisme britannique dans montré que les riches sont devenus plus riches, que le contrôle des monopoles s'est accru, que la part en pourcentage de la classe ouvrière, y compris tous les avanrevenu national reste sensiblement la même. Les faibles étaient directement liées à l'action du mouvement syndical. Dans le mouvement syndical se font sentir des tensions. A la base, une méfiance répandue envers le gouvernement travailliste qui existait depuis quelques années se développe en colère. Les fonetionnaires syndicaux qui collaborent le pouvoir ont, dans un syndicat après l'autre, de plus en plus de difficultés retenir leurs adhérents. Ceci a été dramatiquement confirmé à la récente Conférence des syndicats où la tentative de faire adopter un programme de collaboration avec la formule de blocage des salaires du gouvernement a rencontré l'opposition des plus grandes fédérations et où le formellement qu'à une faible majorité. Cela fut considéré à juste titre comme une sérieuse défaite de la tentative gouvernementale de s'assurer un accord volontaire des syndicats ses mesures anti-ouvrières. Wilson se prépare à faire voter une législation portant atteinte aux syndicats. Ceci constitue un élargissement de la brêche entre la direction du

Get le mouvement syndical, une brêche sans parallèle dans l'histoire de la classe ouvrière britannique.

Dans un appel au groupe parlementaire travailliste pour lui demander d'être ferme dans la crise actuelle, le Premier Ministre a déclaré que le plus grand danger pour l'existence de gouvernement travailliste provenait du rejet possible de sa « politique des revenus » au niveau des entreprises. Il présenta la perspective effrayante de l'éviction du pouvoir du gouvernement travailliste. Pour les parlementaires, c'est vraiment une perspective effayante. Mais il n'est plus certain que la voie du passé, quand la défaite d'un parti au pouvoir entraînait presque automatiquement l'accession au gouvernement du parti d'opposition. Tout le système de gouvernement parlementaire qui avait été déve- loppé avec tant de finesse par la bourgeoisie britannique est maintenant de plus en plus considéré comme une entrave.

Dans le dos des acteurs parlementaires, une logique puissante prépare ses surprises. Aussi longtemps que le système parlementaire pouvait contenir et amortir le choc des intérêts de classe et le capitalisme grandir et prospérer, il apparaissait comme le plus parfait des instruments. Ceci inspira une croyance répandue et profonde à ses mérites. Il a servi de principal article de foi à la social-démocratie pendant plus de soixante années. Celle-ci prêchait que, par un accroissement graduel de sa force électorale, le jour viendrait où elle pourrait opérer avec une majorité au Parlement et introduire ainsi des mesures socialistes. Le jour était venu et la réalité ne fut qu'une pénible parodie.

Mais le système parlementaire n'est pas un article de foi pour la classe dirigeante britannique. Au contraire. Ni illusion ni sentiment ne se trouveront sur son chemin dès qu'elle sera convaincue qu'il ne lui sert plus à rien.

Dans l'éditorial mentionné ci-dessus, «Tribune » conclut par un avertissement selon lequel « peu de réalisent, pensons-nous, combien fragile et dangereuse est la situation politique dans le pays... ce n'est pas seulement la survie du gouvermême celle du Labour Party qui est en jeu, mais celle de la politique démocratique dans ce pays. » Dans cet éditorial désespéré, les porte-parole de l'aile gauche du Labour Party ne voient que deux rayons d'espoir. L'un est l'élection d'un McCarthy, d'un Kennedy ou d'un Rockefeller aux Etats-Unis, l'autre celui d'une opposition syndicale effective aux limitations des salaires.

de ces cas, « Tribune » ne peut espérer voguer dans le vent. Comme tous les courants centristes du mouvement ouvrier européen qui ont survécu aux anciennes luttes, cette gauche est réduite à se tordre les mains en gémissant d'impuissance. Une nouvelle génération de militants révolutionnaires puisant aux sources profondes de la rébellion dans la classe ouvrière anglaise et la nouvelle génération doit entrer en scène. Les premiers cadres sont déjà en train de se former.

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