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La revue › n° 33

La question nationale canadienne-française

Quatrième Internationale, n° 33 · avril 1968 (2e trimestre) · p. 31-35 · 3 292 mots

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Nous publions ci-après une déclaration provisoire de la Ligue Socialiste Ouvrière — League for Socialist Action ((L.S.O.-L.S.A.) sur le Québec et ((L.S.O.-L.S.A.) ia question nationale canadienne-française. Une session plénière de son comité exécutit, tenue en juillet 1967, la adoptée. Le congrès de 1968 de la L.S.O.-L.S.A. adoptera un document plus général exprimant plus en détail sa politique sur le nationalisme canadien-français et sur les tâches et les perspectives des socialistes révolutionnaires au Québec.

1) Plus de 80 % des Canadiens-français vivent à l'intérieur et autour des frontières actuelles de la province de Québec ; ils possèdent toutes les caractéristiques d'une nation. C'est un peuple constitué historiquement, possédant une tradition culturelle et un langage commun. En notant que le développement industriel, les échelles de salaires et les «trade patterns » au Québec peuvent être distingués de leurs voisins de l'Ontario et des Etats-Unis, on peut dire que les Québecois ont une vie économique commune. La particularité nationale du Québec reçoit même une reconnaissance partielle, quoique déformée, dans les dispositions de l'Acte de l'Amérique du nord britannique pour l'usage du français comme l'une des langues officielles du Québec, et pour le droit unique des provinces de légiférer sur la propriété et les droits civils.

Plus décisif que ces critères formels, pourtant, est la nouvelle conscience nationale des Canadiens-français — les «latino-américains » d'Amérique du nord — qui dans l'espace d'à peine quelques années ont complètement discrédité les vieux clichés chauvins canadiens-anglais d'une société menée par les prêtres, arriérée, d'orientation rurale et conservatrice. C'est l'existence de cette conscience nationale et de sa poussée inhérente vers une identification nationale croissante des Canadiens-français en tant que Québecois, qui, plus que toute autre chose, définit leur caractère national et distingue les Québecois des autres «nationalités » ou minorités culturelles distinctes au sein de la confédération canadienne actuelle.

D'une façon semblable, le Canada anglais constitue lui aussi une nation. La bourgeoisie canadienne-anglaise a une longue tradition historique, définie à l'origine dans sa lutte contre la révolution bourgeoise américaine du XVIII• siècle. Elle a son propre Etat - dominant le régime central («fédéral») à Ottawa, source de l'oppression politique de la nation canadienne-française. Elle a, pour les raisons précédentes, une vie économique commune clairement définie. Ce sont premièrement ces critères politiques qui définissent la conscience nationale des Canadiens-anglais, dont la « culture » nationale n'est, sous d'autres rapports, guère plus qu'une extension de la culture nordaméricaine. La nation canadienne angiaise s'est développée à partir d'une variété d'origines nationales, desquelles les Anglais eux-mêmes ne forment qu'un secteur minoritaire. Elle se caractérise par une conscience culturelle nationale qui n'est pas, et de loin, aussi profonde que celle trouvée au Québec. Son indifférence « nationaliste » est celle d'une nation opprimante et de larges couches de sa population affichent plus que de l'arrogance dans leur attitude envers les Canadiens-français et la nation canadienne-française.

2) La nation canadienne-française est une nation opprimée, subordonnée politiquement au régime fédéral, et économiquement aux intérêts capitalistes canadiens-anglais et américains. Son statut subordonné se manifeste le plus clairement dans les salaires, revenus et standards de vie inférieurs lorsque comparés à ceux, par exemple, de l'Ontario, qui est également une province développée et hautement industrialisée.

Tandis que ces différences relatives de salaire reflètent l'unique situation de la structure économique du Canada-français (Québec), la question de la langue met à nu le divorce entre propriétaires et salariés, reflète de la manière la plus brutale et directe les différenciations de la politique de classe au sein de l'industrie et de la société québecoise. La question de la langue forme la conscience nationale des Canadiens-français plus que tout autre facteur. En fait, le « nationalisme québecois » assume en premier lieu la forme de « conscience de langue ».

3) La source de l'oppression nationale du Canada-français se trouve dans sa subordination à l'impérialisme — le fait que la propriété et le contrôle de ses ressources naturelles ne sont pas mains des Quebecois, mais dans les bureaux d'administration capitalistes de New York, Toronto et Montréal. La bourgeoisie canadienne-française, dont les intérêts sont liés indissolublement à ceux de la classe capitaliste canadienne-anglaise (qui, à son tour, n'a pas de conflits d'intérêts fondamentaux avec l'impérialisme américain) manque des moyens, du désir et même de la raison pour mettre le contrôle et la possession de ces industries et ressources dans des mains canadiennes-françaises. Alors que la question de la langue — et aussi le problème de l'écart des salaires - peut en général être résolue sous le capitalisme sans une révolution socialiste, il est clair que la seule façon par laquelle les Canadiensfrançais s'attribueront le contrôle de l'économie du Québec est par le socialisme - la nationalisation de l'industrie et sa gestion par les ouvriers eux-mêmes.

Un Québec socialiste se fédérerait vraisemblablement dans une union libre et égale avec des Etats-Unis d'Amérique du Nord socialistes incluant le Canadaanglais et les Etats-Unis. La constitution des nouveaux Etats-Unis socialistes protégerait incontestablement l'intégrité nationale du Canada-français actuel en reconnaissant explicitement le droit d'autodétermination de la nation canadienne-française.

Tandis qu'il est vrai que, sous des aspects importants, le Québec ressemble à une colonie, il est également vrai qu'il diffère par des points significatils du modèle colonial classique. Un programme pour une libération nationale - et de classe - du prolétariat canadien-français ne peut pas dériver d'une simple définition du Québec, à savoir, si c'est ou ce n'est pas une colonie, ni si la bourgeoisie nationale est « compradore», ou « néobourgeoise » ou impérialiste. Ce qui compte par-dessus tout, ce sont les différences, internes, de classes. Pour paraphraser Trotsky, lorsqu'il parlait de la Chine prérévolutionnaire, on doit poser et répondre aux questions suivantes: Quelles sont les classes qui luttent au Québec?

Quelles sont les relations entre ces classes ? Comment, et dans quelle direction, ces relations sont-elles en voie de transformation ? Quelles sont les tâches objectives de la révolution québecoise, par exemple, les tâches dictées par le cours du développement historique? Sur les épaules de quelles classes repose la solution de ces tâches ? Avec quelles méthodes peuvent-elles être résolues ?

4) Il est nécessaire de distinguer entre « conscience nationale » et « nationalisme» ; ou, plus correctement, entre le nationalisme comme une tendance et le nationalisme comme un mouvement. Tous les Canadiens-français, quel que soit leur position sociale de classe, ont jusqu'à un certain point une conscience collective d'identification comme Canadiens-français ou Québecois, qui se distingue, disons, du sens d'être «Canadien » ou « internationaliste ». Mais la conscience nationale ne se développe pas nécessairement en un programme positif de nationalisme, encore moins en séparatisme. La conscience nationale se refère simplement au phénomène d'identification nationale, comme une partie d'un groupement culturel particulier avec une histoire, une langue et en général un territoire commun, tandis que le nationalisme et a fortiori le séparatisme se réfère à un programme conscient pour un Etat national.

Il dépend, pour que la conscience nationale des travailleurs canadiens-français se développe en un soutien pour le séparatisme et la création d'un Etat du Québec séparé de la Confédération canadienne actuelle, d'un nombre de facteurs et de conditions qui n'ont pas encore mûri - et peuvent ne jamais mürir — (par exemple, la complexité des divisions de classe au sein de la nation, l'étendue et la qualité des relations déjà existantes entre les travailleurs canadiens-français et canadiens-anglais; la situation géographique et le milieu de la nationalité donnée, l'orientation et les tâches de la lutte qui découlent nécessairement de cette situation - par exemple, en Algérie, la lutte était nécessairement pour la création d'un Etat national arabe séparé, et la création d'une forte conscience nationale était un élément nécessaire de la lutte des masses pour cet Etat.)

5) Le « nationalisme canadien-français » ne peut pas être défini en un seul mot ou définition. Dans le sens le plus large, cela veut dire à l'heure actuelle, une conscience nationale, une identification nationale comme Québecois, parlant une même langue. Cela signifie une certaine fierté ou au moins une connaissance de la culture nationale du Canada français, une conscience de groupe, une aversion pour la domination anglaise, qu'elle soit canadienne-anglaise ou américaine, et (parmi les plus avancés politiquement) un écœurement de l'attitude fantôche d' « Oncle Tom » des « élites» bourgeoises canadiennes-françaises qui contribuèrent tellement au maintien de l'oppression politique et économique de la nation canadienne-française.

Dans un sens plus étroit, appliqué à certaines couches ou classes de la nation, cela signifie le désir d'un Etat du Québec séparé, allant beaucoup plus loin que la demande presque universelle d'une « autonomie » un peu agrandie pour le Canada-français au sein d'une structure politique pan-canadienne.

6) Toutefois, le soutien pour le séparatisme et les mouvements nationalistes en général (par exemple, les Sociétés St-Jean-Baptiste) ont jusqu'à maintenant été limités presque entièrement aux petitsbourgeois, soit du type rural (Regroupement national) ou urbain (R.I.N.). Ni la classe ouvrière, ni la «grosse » bourgeoisie (financiers, industriels, etc.), qui jouit d'une relation essentiellement de compradore avec les intérêts capitalistes étrangers (non canadiens-français), n'a indiqué de tendance marquée, d'attrait, vers le programme ou les mouvements nationalistes. La «révolution tranquille » du Québec est beaucoup plus que l'accroissement bien publicisé de la conscience nationale et du nationalisme. Plus que toute autre chose, c'est la conscience et le militantisme croissant des travailleurs qui ont mobilisé de larges couches du prolétariat industriel, rejoignant même les rangs des « cols-blancs », tels les infirmières, les enseignants, les fonctionnaires. Dans son sens le plus général, la révolution tranquille est le résultat du développement du mouvement ouvrier organisé qui a quadruplé depuis la deuxième guerre mondiale et a doublé dans les cinq dernières années. Cet accroissement a lieu parallèlement avec un exode de masse des fermes et régions rurales et une croissance sans précédent de la force ouvrière industrielle. Dans le contexte du Québec — une des provinces les plus industrialisées du Canada, avec un conflit de classes bien développé - la conscience sociale croissante de ses masses ne prend pas une orientation principalement nationaliste-séparatiste.

7) Néanmoins, ce qui est seulement une tendance aujourd'hui - même une tendance étouffée, pas très prononcée — peut devenir un mouvement avec des racines dans les masses et un appui populaire demain. A cause de l'existence de la nation canadienne-française, et du développement de la conscience nationale, particulièrement parmi les jeunes, étudiants et travailleurs, aussi bien que de

NALE 33 l'existence du mouvement séparatiste qui jouit du soutien électoral de près de 10 % de la population, il est nécessaire de mettre en avant et de défendre le droit d'autodétermination des Canadiens-français — leur droit de déterminer leur sort en tant que peuple autonome. Si une majorité des Canadiens-français, dans et autour de la province de Québec actuelle, décidaient à un certain moment de se retirer de l'Etat canadien et d'établir leur propre gouvernement autonome, nous les supporterions dans cette tâche. Toutefois, notre défense du droit d'autodétermination ne signifie pas que nous, en tant que socialistes révolutionnaires, appuyons nous-mêmes le séparatisme. Nous ne sommes pas nationalistes, encore moins séparatistes.

Où des sentiments séparatistes ont été exprimés parmi des sections significatives d'ouvriers avancés, comme dans les provinces catalane et basque d'Espagne des années 1930, notre mouvement a soutenu la demande démocratique pour un référendum ou un plébiscite sur la question de la séparation. D'une façon similaire, nous appuyerions une telle demande au Québec, et à travers la nation canadienne-française, sil devient clair que les ouvriers s'orientent dans cette direction. Toutefois, il n'est pas nécessaire, en ce moment, d'avancer la demande pour un référendum, ou quelque revendication démocratique autre que la défense nécessairement abstraite du droit d'autodétermination, quand il y a peu ou pas d'évidence pour suggérer que c'est une question urgente d'importance pour les travailleurs canadiens-français avancés. A cela, il est nécessaire d'ajouter qu'un régime socialiste révolutionnaire canadien considérerait comme une de ses tâches premières la convocation immédiate d'une Assemblée constituante élue démocratiquement par les ouvriers des deux nations canadiennes, pour décider du caractère des relations qu'ils désirent établir entre les deux nations dans l'Etat ouvrier canadien. Jusqu'à ce moment, tant que le gouvernement fédéral est aux mains de la bourgeoisie, de langue française et anglaise, la demande pour l'autodétermination signifie que seule la nation canadienne-française devrait décider de ses relations avec le Canada-anglais, sans intervention des Canadiens-anglais et de leurs dirigeants capitalistes.

A la fin, évidemment, nous reconnaissons que la question nationale sera résolue seulement par le socialisme et avec un régime ouvrier et à Ottawa et à Québec. Néanmoins, la demande démocratique supportant le droit d'autodétermination est objectivement de caractère transitoire - sa présentation conséquente

QUAT et son application par les camarades canadiens-français et canadiens-anglais exposent l'hypocrisie et la réaction de la bourgeoisie qui, à chaque occasion, utilise la question nationale comme levier de division pour désunir la classe ouvrière de ce pays pour des raisons de « distinctions nationales » souvent causées artificiellement.

8) Les intérêts qu'a la bourgeoisie à maintenir et, dans certains cas, à stimuler les distinctions nationales et culturelles entre Français et Anglais ont été révélés avec évidence dans certains des résultats rétrogrades de la question nationale comme elle s'est développée dans le passé - à savoir, l'influence très forte de l'Eglise, en termes à la fois d'idéologie et d'influence dans la société canadienne-française général (système d'éducation, etc.). Il est vrai que leur situation particulièrement opprimée signifie que les travailleurs canadiensfrançais sont appelés à jouer un rôle d'avant-garde — en fait, certains pourraient dire, avec justice, le rôle d'avantgarde dans la révolution socialiste canadienne qui vient. Cette affirmation tout à fait correcte ne signifie pas qu'ils sont présentement, ou seront toujours, dans les positions d'avant-garde. Aujourd'hui, quelques-unes des grèves et des luttes ouvrières les plus militantes dans ce pays se développent au Canada-français. Cependant, il est important que nous ne fermions pas les yeux sur le fait indéniable que, sous d'autres rapports significatifs, les travailleurs canadiens-français sont plus arriérés que leurs confrères canadiens-anglais déjà arriérés. L'absence malheureuse d'un parti politique des masses ouvrières canadiennes-françaises au Québec montre le plus leur situation arriérée. Surmonter cette faiblesse est la tâche la plus importante qu'ont à affronter les travailleurs d'avant-garde et les révolutionnaires québecois d'aujourd'hui. C'est précisément pourquoi notre mouvement prône un parti ouvrier, un parti basé sur les syndicats — qui sont des organisations que les ouvriers ont créées eux-mêmes au cours de leurs luttes difficiles contre le pouvoir et les intérêts du capital. Seul un parti posera, dans la conjoncture présente, la politisation progressive et historiquement nécessaire du mouvement syndical. Il indiquera la direction vers une politique ouvrière indépendante en menant la lutte contre la bureaucratie syndicale objectivement réactionnaire au sein des syndicats, jusqu'au niveau politique, où, en fin de compte, elle sera résolue.

9) En plus de notre demande majeure, pour un parti ouvrier, nous prônons se-

RIEM E INTERNATIONALK condairement des demandes démocratiques exprimant la position socialiste sur les problèmes nationaux du Canadafrançais. Entre autres celle d'un système d'éducation universel qui serait administré par le gouvernement du Québec, nonclérical, et libéré une fois pour toutes du contrôle de l'Eglise. Nous nous solidarisons aussi avec des nationalistes pour l'établissement du français comme seule langue officielle du Québec. Nous appuyons avec enthousiasme et énergie la demande des syndicats pour une parité de salaires avec les provinces canadiennes anglaises les plus développées, et même avec les Etats-Unis, qui est courante dans les syndicats industriels tels que celui des travailleurs de l'automobile et de l'acier. (Cette demande pour l'égalité de salaire ne nous empêche pas, évidemment, de supporter toutes demandes de salaire qui placeraient les travailleurs canadiens-français en avant des autres ouvriers nord-américains.)

10) Là où la demande pour l'autonomie du syndicat et du parti ouvrier est prônée, nous lui donnons un soutien critique. Cette demande est essentiellement progressive, reflétant le rejet des dirigeants bureaucratiques de l'extérieur du Québec, dans lesquels nous n'avons plus confiance. Nous supportons aussi le contrôle canadien-français des structures et du programme des organisations des travailleurs canadiens-français, libre de l'ingérence extérieure des bureaucraties syndicales du Canada-anglais ou des Etats-Unis. Mais nous insistons impitoyablement pour dire que la lutte contre les dirigeants arriérés et bureaucratiques est une lutte de caractère fondamentalement politique, et que la lutte contre ces trompeurs soit faite en premier leu autour de slogans démocratiques, plutôt qu'en premier lieu nationalistes. Nous sommes pour la «liberté syndicale ae tous les travailleurs canadiens-français », et pas simplement en faveur des syndicats canadiens-français pour Canadiensfrançais. Le fondement de la bureaucratie syndicale qui dans les deux nations a la même base sociologique, se situe chez les ouvriers privilégiés des syndicats et dans son identification avec les classes non ouvrières extérieures aux syndicats ; dans la longue et dure lutte à venir à la fois contre la classe capitaliste canadienne unifiée et son régime central, et cette bureaucratie ouvrière, les liens fraternels et organisationnels les plus forts possibles entre les travailleurs de langue anglaise et française se montreront de la plus grande valeur dans la mesure où ils n'empêcheront pas les procédés démocratiques internes, et le libre échange des idées et d'expériences entre les mili- tants des deux nations. La grève victorieuse des postiers en 1965 indique seulement les possibilités. L'entrée au Québec du concept de parti ouvrier à travers le N.D.P. (à prédominance anglaise) est un autre exemple du caractère progressif des liens déjà existants et du caractère uni de la lutte pan-canadienne. Ainsi nous nous abstenons de prendre parti pour ou contre des syndicats nationaux ou unités nationales de négociations. En même temps, nous appuyons et participons si possible dans les situations précises où les ouvriers canadiens-français luttent pour obtenir le contrôle complet de leurs propres organisations.

De la même façon, nous n'insistons pas pour que le parti ouvrier québecois, si et quand il sera organisé, adhère au N.D.P. du Canada anglais comme section nationale intégrante. (Nous insistons encore moins que le parti ouvrier soit le N.D.P.) Il se peut bien que le parti ouvrier du Québec ne se développe pas à partir du N.D.P.-Québec actuel à orientation fédérale, bien qu'il est clair que plusieurs des forces autour de cette formation joueront un rôle-clé dans la formation du parti ouvrier du Québec. Quel qu'en soit le nom ou la structure, quelles que soient les relations formelles entre le parti ouvrier au Québec et le N.D.P., les trotskystes encourageront des liens fraternels d'organisation entre les ailes socialistes respectives, comme, par exemple, dans la formation d'un Centre socialiste dans les deux sections nationales d'un parti uni. Un Centre socialiste dans le parti ouvrier du Québec, qui peut très bien être plus radical que le N.D.P. anglais dès le commencement, grâce au «privilège d'un retard historique», procurerait un essor extraordinaire et un encouragement aux forces socialistes encore embryonnaires qui sont actuellement dans le N.D.P. canadien-anglais. Similairement, les expériences du Centre socialiste du N.D.P. se montreront d'une grande valeur pour les nouvelles forces socialistes du parti ouvrier du Québec.

11) La contribution la plus importante des trotskystes canadiens à la lutte qui se développe au Canada-français a été et demeure notre concept du parti bolchevik socialiste-révolutioneaire, Dantat capita socialiste-révolutionnaire. Dans la lutte liste et l'institution d'un gouvernement des ouvriers et des paysans, conduisant à l'établissement d'un Etat ouvrier et à la victoire du socialisme, la classe ouvrière a besoin d'un parti de combat discipliné avec un programme marxiste-léniniste. Au Québec le noyau de ce parti est la Ligue Socialiste Ouvrière; au Canada-anglais c'est la League for Socialist Action. Parce que la lutte politique à la fois au Canada-français et au Canada-anglais reste en premier lieu orientée contre une classe capitaliste canadienne unie et son régime central à Ottawa, la L.S.O. et la L.S.A. sont unies dans une seule structure d'organisation. La L.S.O.-L.S.A. est complètement solidaire du mouvement trotskyste, la Quatrième Internationale. Nous partageons le programme de transition de ce mouvement mondial pour la révolution socialiste.

Montréal, juin 1967.

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