Au moment où nous écrivons, la guerre fait rage contre les Etats orientaux en vue d'affirmer la continuité de l'Etat et de la nation nigériens, ce qui en dernière analyse déterminera la voie de développement de tous les peuples du Nigéria. Aujourd'hui on prétend que le front oriental du conflit est dominé par les Ibos, et l'opposition semble être dirigée principalement contre le peuple Ibo, indépendamment de toute condition de classe, La guerre, pour les observateurs naifs, est une conséquence directe du rôle économique et politique des tribus Ibos et du soi-disant rôle militaire de
Le pays Ibo se trouve dans la partie de l'Afrique occidentale délimitée à l'ouest par Kwale, au nord par Ognugu et Ikem, à l'est par Abubra, Afikpo, et Arochukwu, et au sud par Port-Harcourt et Degema (er dehors de l'Etat). C'est un pays très boisé avec une épaisse savane au nord, de denses forêts au centre, de nombreux marais dans les zones boisées proches de la côte. Ce facteur géographique explique pour une grande part les nombreux clans au travers desquels le pays s'est constitué durant l'histoire. Il y a trente sous-tribus et presque soixante-dix clans. Les Ikas sont à l'ouest du Niger avec les Onitsha-Awkas de l'autre côté de la rivière, les Abadjas au nord, et les Ngwassouth avec de plus petits comme les Ututu et Ngbo respectivement près des frontières du nord et de l'est. Cette région fait partie du groupe soudanais de l'Afrique occidentale, auquel appartiennent aussi les Yorubas du Nigéria et les Akans du Ghana. Ils ne ressemblent pas aux peuples de l'Etat du sud-est, excepté les Ijaws qui sont
Le pays Ibo, jusqu'à la colonisation, était sûrement dans un stade pré-féodal de développement. L'ethnologie Ibo, quelques officiers Ibos, qui ont conduit le pays au chaos en faisant une tentative de coup d'Etat. En réalité, la crise actuelle est l'étape finale d'une série de conflits au sein des classes dirigeantes, qui ont usé de leur « chauvinisme tribal » pour assurer leur base politique sous la première république. La crise politique de la classe dirigeante est portée à son point culminant, la guerre civile. Sans doute la guerre résoudra d'autres questions. Ce qui nous intéresse ici est de savoir si la guerre résoudra le problème du statut national des Ibos et le problème national de tout le Nigéria. des semi-Bantous. De ce fait, nous voyons que les Ibos ne sont pas une race particulière mais un élément de la totalité africaine, seulement diversifié par le climat et la situation qui a influencé son économie et partant son développement social.
Le pays Ibo est un pays vraiment magnifique. La simplicité de la vie, l'influence de la famille, le caractère démocratique des affaires sociales ont été mis en évidence grâce à la plume du romancier Chinua Achebe, un écrivain descriptif d'un réel mérite littéraire, mais manquant de perspectives sociales. Tout étudiant intéressé peut trouver la même description, sous une forme plus systématique, de l'interaction des vies d'une communauté paysanne dans son stade « communocratique pré-féodal » de développement dans My Africa de Mbonu Ojike. My Africa est une thèse qui assimile symboliquement, mais de manière incorrecte, la micro-structure de la société Ibo aux sociétés plus mêlées et ouvertes de l'Afrique. peinte par P. Amaury Talbot dans The People of Southern Nigeria (1926), établit clairement ce stade. Il n'en reste
LE PAYS IBO
LE STADE DE DEVELOPPEMENT
LE PAYS IBO
LE STADE DE DEVELOPPEMENT
INTERNATIONALE pas moins qu'en dépit du développement accéléré imposé par le pouvoir colonial, les coutumes Ibos restent les mêmes que celles d'une communauté close. Le pays Ibo fut, jusqu'à la formation des classes bourgeoises accumulatrices, dirigé par des conseils d'anciens avec parfois quelques chefs de clan (même là, nous ne trouvons pas une classe dirigeante de type troïka, composée des militaires, des prêtres, et de la cour, si répandue dans les sociétés africaines primitives). Les anciens, pour la plupart, devenaient des chefs. Ni leur règne, ni leur exploitation des communautés, n'étaient définis ou limités par la loi. Les habitudes ne s'étaient pas développées selon une série de règles coutumières relatives à l'accumulation de la propriété et à sa protection, qui auraient formé la base juridique de l'économie rurale. Comme cela a été établi dans « Le Programme du Parti travailliste nigérien » (1964) :
« L'est du Nigéria était encore dans un stade « communocratique » de développement social quand les Britanniques vinrent. Les peuples étaient organisés en clans, et les clans étaient dirigés par les anciens. Il était alors impossible de met-
La structure sociale dans laquelle les anciens étaient la caste dominante et où les groupes d'âge déterminaient les « classes sociales » fut détruite par l'impact de l'impérialisme et du capitalisme. Dans son ouvrage Ibo Village Affairs, Greene décrit de manière détaillée mais partiale l'évolution de ces structures. Aujourd'hui les croyances et la culture (c'est-à-dire depuis les coutumes jusqu'à l'économie agraire) de la société traditionnelle des Ibos sont la base du pays. Nous avons aussi le prolétariat Ibo, la moyenne et la grande bourgeoisie et la classe dirigeante dominant la société
MIGRATION ET
La classe dirigeante Ibo, néanmoins, continue de tenter de son mieux d'utiliser tous les avantages des règles tribales tirées de la magie et du jardinage de subsistance pour mobiliser tous les Ibos derrière elle, pour faire marcher les usines et vivre sur le surplus de leur travail. Jusqu'alors ils ont réussi, mais cela a amené de graves tensions qui sont à l'origine de la présente débâcle.
En partie à cause de la nature aride de la terre et de l'épaisseur de la forêt, les Ibos, en très peu de temps, ont émigré en grand nombre dans tout le Nigéria et au Kamerun où ils se sont installés dans des zones déjà peuplées tre sur le trône des anciens, démocratiquement élus, comme chefs ou émirs... Grâce à la dispersion des nombreuses tribus, les Britanniques furent capables de faire du chantage et d'exercer des pressions sur les anciens, clan par clan, jusqu'à ce qu'ils soient intégrés dans des provinces qui, en tant que partie des provinces du sud, furent amalgamées avec le nord du Nigéria dans la colonie et le protectorat du Nigeria en 1914. »
Il est ainsi explicable que les Ibos, aujourd'hui, paraissent agir selon des normes communautaires. Ce qui est inexplicable, c'est que le système impérialiste le plus avancé et le développement rapide du capitalisme au Nigéria n'ont pas réussi jusqu'à maintenant à étouffer le système traditionnel des Ibos et n'ont pu leur faire accepter la culture et l'individualisme occidentaux. A partir du stade féodal de développement, les cultures changent en relation avec les changements destructeurs et constructeurs apportés par le féodalisme lui-même. La culture d'une société pré-féodale est nécessairement celle d'un système social clos, qui, par conséquent, est victime de confrontations avec d'autres cultures. moderne. Cette classe dirigeante est restée incontestée parce que la bourgeoisie Ibo a toujours utilisé les liens traditionnels de l'indigène Ibo pré-féodal pour mener à bien son exploitation au sein de la société capitaliste nigérienne que, par ailleurs, elle cherche à dominer. Et nous trouvons ici l'essence de la crise du sentiment national Ibo : se transformer en une nation en utilisant des règles tribales non plus fondées sur les groupes d'âge mais sur des groupes à base économique, va à l'encontre de la loi de la nature. ASSIMILATION d'Ibos. Leur motivation a toujours été la recherche de l'emploi et un bon revenu afin de soutenir le clan. Malheureusement, selon le Dr. Ikenne Nzimiro, un anthropologue Ibo progressiste mais chauvin, les Ibos ont toujours eu du mal à s'assimiler et sont toujours restés un groupe distinct ne se mélangeant pas beaucoup avec leurs hôtes. Il a tenté de justifier ce trait par la force des circonstances qui ont amené l'Ibo à émigrer et par la coopération et l'aide qu'il reçoit facilement de ses frères Ibos lorsqu'il est à l'étranger. Nous sommes d'accord que, dans une certaine mesure, les membres d'une culture qui n'ont pas l'habitude du
LA STRUCTURE SOCIALE
LA STRUCTURE SOCIALE changement trouvent nécessairement difficile d'amender leur culture lorsqu'ils sont en contact immédiat avec une autre culture. Précisons tout de même que le petit commerçant, le travailleur d'usine et l'intelligentsia Ibo, lorsqu'ils ont quitté le clan, ont assimilé une partie de cette culture étrangère dans laquelle ils vivent, que ce soit dans les mines
L'UNION DE
L'Union de l'Etat Ibo est une organisation fédérale des tribus Ibos du Nigéria au caractère réellement progressiste. Depuis des années, cette organisation tout comme l'EGBE OMO ODUDUWA des . Yorubas est devenue le parlement des classes dirigeantes Ibo et de leurs collaborateurs de la bourgeoisie et de l'intelligentsia. Cette organisation est aussi un instrument qui vise à empêcher l'assimilation de l'Ibo dans la société nigérienne dans laquelle il vit. Tandis que les associations tribales véritablement progressistes organisent une aide mutuelle et des formes de développement communautaire, les dirigeants de l'union d'Etat Ibo encouragent l'IGBOKWENU - (IBOisme) - afin de se préserver le soutien loyal des Ibos et de collecter - En employant la solidarité tribale, la clique dirigeante Ibo a cherché, non seulement à accélérer le développement du peuple Ibo afin d'atteindre le niveau des autres tribus (comme le Dr. Azikiwe l'affirmait), mais a cherché aussi à affirmer I~ domination de la nation nigérienne par la classe dirigeante Ibo (les autres dirigeants tribaux comme les Akintolas ont essayé de faire la même chose). Cette volonté de domination de la classe dirigeante Ibo s'est affirmée dans tous les domaines. Dans l'économie, toutes les industries secondaires (distribution, industrie légère, artisanat)
L'IBO ne possède pas un sens de l'appropriation plus élevé que celui des autres nationalités. La différence est que le capitaliste Ibo en progression exploite les Ibos et les non-Ibos en relation avec les autres Ibos nouveaux riches. Parfois son sens d'entreprise et sa volonté de gain le font former à lui tout seul une société anonyme. Néanmoins les bourgeois Ibos, par relation, aide mutuelle, utilisation des ressources humaines et financières sont arrivés à contrôler les industries secondaires du pays Elik, du Colabor, des Camerouns,
NALE 29 d'Enugu, sous les brillantes lumières d'Onitsha cu sur le marché de Kano. Beaucoup de ce soi-disant échec d'assimilation peut donc être expliqué par l'effort conscient et organisé de l'actuelle classe dirigeante Ibo en vue de lier le citoyen nigérien d'origine Ibo à sa tribu et ce, pour son propre avantage de classe. L'ETAT IBO leurs épargnes pour en faire la base du développement de leurs entreprises capitalistes. Pour construire son African Continental Bank, le Dr. Azikiwe a fait l'apologie du rôle messianique des Ibos lorsqu'il était président de l'Union d'Etat Ibo. Et l'épargne de chaque Ibo est allée dans cette banque. De ce fait, la base tribale du pouvoir économique est devenue la base du pouvoir politique de la classe dirigeante Ibo. Il devenait alors naturel de prêcher l'hégémonie tribale Ibo. Il faut noter que les classes dirigeantes Yoruba et Fulani ont essayé les mêmes méthodes avec quelques succès. Mais ce succès ne fut pas total, car le Yoruba plus individualiste n'était pas facilement exploitable par l'intermédiaire du sentiment tribal. du Nigéria septentrional sont dans les mains de la bourgeoisie Ibo. Quelques intellectuels expliquent l'absence d'intermarriage et d'utilisation de main-d'œuvre d'origine nordique par les problèmes d'assimilation. Nous avons étudié un secteur de l'industrie secondaire, et avons pu constater qu'il était moins coûteux et plus profitable d'employer un frère de clan et de se marier avec une femme du clan que d'employer la maind'œuvre des régions où la bourgeoisie Ibo opère. N'est-ce pas autre chose que l'utilisation des liens tribaux pour mieux exploiter ses frères de race ? de la ville non Ibo de Port Harcourt, habitée maintenant par une majorité Ibo, à Binin et à Lagos, sans parler de leur contrôle total du nord. Il est vrai que l'économie du Nigéria ne s'est pas effondrée depuis l'exode des Ibos. Mais •l'économie crientale a cependant beaucoup souffert car elle profitait des gains réalisés par les commerçants Ibos à l'extérieur. Des sommes énormes sont ramenées au pays natal par les Ibos employés comme métayers dans l'ouest et comme employés d'usine ou de bureaux dans toute la Fédération, ou comme
L'HEGEMONIE TRIBALE
L'APPROPRIATION
L'HEGEMONIE TRIBALE
L'APPROPRIATION
Q UAT commerçants et membres de professions libérales dans le Nord, à Lagos et dans les Etats du centre-ouest et du sud-est. Tout cela, il faut en convenir, constitue un apport extraordinaire à l'économie de la part des Ibos. La direction politique réclamée par la classe dirigeante Ibo
Pragmatiquement, disait le Dr. Azikiwe, s'adressant à l'Université du Nigéria à Nsuka, les conditions tribales sont un instrument de l'unité nationale. Au lieu de choquer la nation, toute la presse du Nigéria donna au discours du président une importance qu'il ne méritait pas. Le Dr. Azikiwe demandait seulement que la réalité concrète de la base tribale du pouvoir dans la politique nigérienne soit reconnue quand il disait dans un discours en 1964 : « Si le concept et la pratique du tribalisme constituaient un mode d'adaptation à la réalité, alors le tribalisme est un instrument d'unité nationale. » Le Dr. Azikiwe demandait en outre que l'on emploie le pouvoir provenant des « seigneurs de la guerre » comme idéologie nationale. Lors de son discours de Nsuka, il alla plus loin, disant que ce dont a besoin, c'est « d'une idéologie nigérienne » fondée sur l'éclectisme du bien-être. Parce que, comme l'ajoutait savant théoricien du capitalisme, « notre société, qui était l'embryon d'une société socialiste dans sa structure, mais capitaliste dans son contenu », doit être transformée en une « société socialiste qui approuve le capital privé et encourage l'entreprise individuelle privée ».
En lisant le Dr. Azikiwe, on comprendra alors que tout cet « iboisme », cette « hégémonie tribale », etc., sont des etforts mal orientés pour construire une société capitaliste au Nigéria sur ce, qu'à tort, les capitalistes du pays Ibo croient rester l'expression d'un fort sentiment
CONSEQUENCES DE
De la guerre civile naîtront les contradictions qui seront les « instruments pragmatiques de l'unité nationale » et du progrès social. Les contradictions qui s'enlisaient depuis cinquante ans dansla solidarité tribale imposée par les Ibos vont éclater d'abord dans l'Etat du Centre-Est. Et dans le reste du Nigéria, après la guerre, nous espérons que le slogan pour un Nigéria unitaire se développera en liaison avec la demande semble iustifiée par la position dominante qu'elle occupe dans la superstructure nigérienne, Il n'en reste pas moins que ce qui reste d'infrastructure dans le pays est entre les mains d'intérêts impérialistes ou sous le contrôle de l'Etat. populaire. Une importante part de la classe dirigeante Ibo chercha à diviser à l'amiable le Nigéria entre les tribus, c'est-à-dire entre les castes dirigeantes de chaque tribu. Les secteurs dominants de la classe ouvrière nigérienne et des progressistes et socialistes nigériens étaient et probablement restent Ibos. C'est pourquoi bien avant de prendre le contrôle du Biafra, la clique dirigeante Ibo commença une propagande anti-socialiste afin de désarmer les dirigeants Ibos des syndicats qui avaient infiltré l'est, et les travailleurs Ibos qui étaient exploités par les transporteurs durant cet exode et qui commençaient à ressentir l'exploitation de l'Ibo par libo. Aujourd'hui nous croyons que c'est cette partie Ibo de la classe dirigeante nigérienne qui est derrière la scission biafraise. Tout peuple, naturellement, chercherait à assurer sa sécurité après les pogromes qu'ont subis en 1966 les Ibos de l'extérieur, quelle qu'ait été l'origine de classe. Et il n'est pas exclu que les réactionnaires, les racistes, qui défendent les classes dirigeantes, utilisent ce désir naturel de sécurité pour se tailler un empire pour leur propre exploitation. La politique du pétrole veut que la richesse produite par les travailleurs soit réservée à un circuit de caractère racial Voulant établir une telle restriction, les classes dirigeantes Ibos, grâce auquel elles ont obtenu le pouvoir, sont en train, en dépit d'elles-mêmes, de faire naître la cause du peuple Ibo, afin qu'il soit accepté comme nation au sein de la communauté nigérienne. LA GUERRE CIVILE d'un programme économique, de telle sorte que tout le Nigéria puisse résoudre son problème national. Le Nigéria deviendra-t-il alors un Etat-nation ? Cela dépendra ce la nature du programme social, de son caractère suffisamment révolutionnaire pour unir toutes les tribus des mêmes classes exploitées dans la construction d'un nouveau Nigéria indépendant, pour le progrès de tous ses peuples.
4 septembre 1967.