Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 31

Tout le peuple est aux côtés des guérillas

Quatrième Internationale, n° 31 · juillet 1967 (3e trimestre) · p. 15-18 · 2 600 mots

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La guerilla s'est declenchée en Bolivie. Dans ce numéro, on trouvera d'amples données à ce sujet dans l'article de Livio Maitan en réponse au livre de Régis Debray. D'autre part, nous mentionnons les arrestations, de nombreux dirigeants, dont ceux du P.O.R., l'organisation trotskyste boliväenne. Depuis, nous avons appris la réorganisation de la direction 'de celle-ci, la publication par elle de nombreux tracts et d'un appel au peuple bolivien pour le soutien des guérillas. Cet appel, rédigé par le camarade Hugo Gonzales Moscoso à la veille de son arrestation, a été publié en brochure par le P.O.R. sous le titre « Tout le peuple est aux côtés des guerillas ». Nous le reproduisons ci-après. poursue ce inlasse est me il faut assertion de se e Debrerquon des Une campagne est menée pour la libération de Régis Debray qu'il faut militants révolutionnaires boliviens, actuellement placés dans des conditions tragiques.

Levons-nous en l'honneur des guérillas de Nancahuazu 1 Face à la démoralisation des hésitants, à l'opportunisme des exploiteurs et alors que la répression militaire après avoir rempli les camps de concentration des forêts orientales a mis hors-la-loi le P.O.R. et le P.C., l'apparition des guérillas dans le sud-est du pays constitue la réponse adéquate aux crimes des gorilles dictateurs. Les guérillas sont un appel au combat et éclairent le chemin que doivent suivre les masses boliviennes pour secouer le joug qui les opprime et les exploite.

Les guérillas ne sont pas une folle aventure et moins encore une transposition mécanique et artificielle de la guérilla cubaine Sil est vrai que la litte de la Sierra Maestra est une des leçons les plus valables de la révolution cubaine qui a enseveli le révisionnisme des partisans du « modus vivendi » avec l'impérialisme et des «voies pacifiques socialisme», la guérilla surgie en Bolivie est le point culminant d'un processus politique intérieur. Le peuple bolivien n'est pas étranger à la lutte armée, c'est au contraire la conclusion qu'il a tirée de sa réalité objective actuelle. Toute l'histoire de la Bolivie est marquée par les soulèvements armés des masses afin de briser leurs chaines. L'action des guérillas de l'Indépendance, des Padilla, des Juana Azurduy, des lanza, des Moto Mendez, les thèses de Pulacayo et ses comités armés, l'action dul 9 avril avec les milices syndicales armées constituent la source historique où s'alimentent les guérilleros de Nancahuazu. Il est symbolique que le théâtre de leurs actions soit le même que celui où Juana Azurduy et Manuel Padilla ont vaincu les armées royalistes espagnoles grâce aux guérillas au cours de la deuxième décennie du siècle précédent.

Le peuple bolivien devait revenir à cette tradition historique poussé par l'expérience vécue de ces quinze dernières années. guérilleros de Nancahuazu expriment un courant populaire général et sont ses meilleurs porte-parole.

La décision de passer à la lutte armée mürit dans la conscience ouvrière et populaire au travers d'un lent processus. Ces quinze dernières années montrent comment les travailleurs, les paysans, les intellectuels, les partis ouvriers et populaires et tout le peuple bolivien ont lutté pour élever leurs conditions de vie, pour sortir le pays de sa dépendance et de son retard. De nombreux congrès ouvriers, paysans et étudiants ont élaboré des revendications, ont formulé des l'autre des directions bourgeoises pour que, une fois au pouvoir, plans et des programmes. Les masses mobilisées ont donné leur appui et leur force à l'une ou elles donnent satisfaction leurs aspirations et à leurs désirs de progrès. Mais les masses ont toujours été trompées. Les conquêtes sociales et politiques imposées au prix de nombreux sacrifices, se transformèrent au moment de leur réalisation en discours lyriques et pompeux. La réforme agraire n'améliora pas l'existence des masses paysannes qui restent dans la misère avec un revenu annuel par tête qui est le plus bas d'Amérique latine. La nationalisation des mines servit à enrichir une caste et ce, dans le but étrange de créer une « forte bourgeoisie ». Au lieu de donner l'indépendance nationale, le capital financier s'est emparé à nouveau du pétrole et de l'or. Les agents impérialistes se sont infiltrés dans toutes les institutions en commençant par le gouvernement, l'armée, l'enseignement et toutes les activités administratives et économiques du pays. Des centaines d'espions du prétendu « Corps de la Paix », des commissions militaires, bancaires, agricoles, minières, culturelles dominent d'un bout à l'autre du territoire.

Quand les masses se sont senties dupées, elles se sont impatientées et ont exigé des solutions et des changements complets dans leur existence. Leurs idoles devinrent leurs bourreaux et chaque revendication, chaque mobilisation des travailleurs furent accueillies par une répression militaire ouverte. Mais l'emprisonnement des dirigeants ouvriers, l'isolement des dirigeants trotskystes et communistes ne résolurent pas la crise économique et ne firent pas disparaître le chômage pas plus qu'ils ne donnèrent à manger au peuple.

L'aggravation de cette crise porta les militaires au pouvoir ; le gouvernement militaire est apparu pour écraser le peuple. Son impuissance à résoudre les problèmes nationaux et ouvriers l'amena à massacrer les mineurs de Siglo XX, à bombarder et à mitrailler Milluni, et El Alto à La Paz, à confisquer les biens syndicaux et à ne pas tenir compte des syndicats. Au lieu de donner plus de pain au peuple, le gouvernement militaire baissa les salaires de plus de 300 %. Avec la dictature militaire, l'oppression impérialiste s'est aggravée. En conséquence, les derniers vestiges de liberté, la démocratie pour les masses et pour leurs partisans ont disparu. Mais la capitulation devant l'impérialisme, la destruction des syndicats, le chômage et, finalement, la mise hors-la-loi du P.O.R. et du P.C.B., loin de résoudre la crise économique n'ont fait que l'accentuer. Le gouvernement militaire et ses méthodes de terreur ne peuvent résoudre le moindre problème tant que se développent le chaos et la banqueroute.

LES GUERILLAS OUVRENT LA VOIE DE LA LIBERATION DE LA BOLIVIE Les guérillas sonnées pour en finir verte sition provine chemin, véritable celui-là, qui assure le progrès du pays. Les méthodes de lutte normales, légales se sont avérées inefficaces face à la dictature. La lutte armée, sous la forme de guérillas, a été imposée par les conditions actuelles. La dictature militaire a fermé le chemin de la démocratie et a provoqué la naissance des guérillas. C'est une vérité indiscutable. Quand on massacre et on détruit les syndicats, quand on emprisonne et poursuit les dirigeants syndicaux et les militants révolutionnaires, quand on répond à chaque revendication et à chaque proposition ouvrière par les armes et la prison, c'est qu'il n'y a plus de place pour les méthodes de lutte légale et démocratique.

C'est la dictature militaire qui s'est mise hors-la-loi et qui a provoqué la lutte armée. Seul le gouvernement militaire, laquais de l'impérialisme, est responsable de l'existence des guérillas et de leurs conséquencs.

Les masses ont appris grâce à leur expérience quotidienne qu'actuellement, la rébellion armée est la seule voie qui permette de renverser la dictature militaire et l'impérialisme et de créer ensuite un Etat ouvrier et populaire. Le peuple a constaté de près que la bourgeoisie et l'impérialisme étaient incapables de développer le pays. Les réunions des ministres des Affaires étrangères de l'O.E.A., de la .E.P.A.L. la réunion au sommet des présidents, l'Alliance pour le Progrès, les plans économiques de tous ordres, ont échoué et sont devenus des rideaux de fumée destinés cacher la réalité latino-américaine et bolivienne, dramatique et déchirante.

Tous ces organismes ont étudié la crise bolivienne pendant vingt ans. Il ne manque certes pas de plans, de programmes, d'enquêtes, etc. La Bolivie a été étudiée sous tous les angles, mais les impérialismes et leurs laquais n'ont jamais su trouver de remède à son arriération. La raison en est bien simple ; les maux de la Bolivie : son état arriéré, sa dépendance et sa misère ne peuvent étre soignés que par le socialisme, et ce remède est un venin pour les exploiteurs yankee et la bourgeoisie nationale. est donc naturel que les peuples n'aient plus foi dans les plans et les organismes de l'impérialisme et des bourgeoisies semi-coloniales. Après une longue expérience on ne peut plus attendre que les exploiteurs changent et deviennent sensibles aux besoins et aux intérêts de leurs exploités; ils sont tout juste arrivés à se dissimuler sous un verbiage vide et démagogique. Barrientos parle de développement, de dialogue avec le peuple, mais pour lui, le développement c'est la capitulation et il dialogue avec l'oligarchie et avec les agents de l'impérialisme. Il parle de concorde et de pacification pacification entre Boliviens, Boliviens, mais en même

Oil persécute, emprisonne et il massacre. Le dialogue dont parle Barrientos, nous l'avons vu à Siglo XX lorsque l'armée y a pénétré et la paix qu'il offre, c'est la paix des cimetières, comme ce fut le cas pour l'ouvrier du bâtiment Adrian Arce, pour le dirigeant des mineurs, membre du P.O.R., Cesar Lora, assassiné d'une balle dans la c'est la pacification du panoptique, de San Pedro, de Puerto Rico, de Huaragoys, de Pekin, de Madidi, de Ixiamas, Ulla Ulla où sont confinés les opposants révolutionnaires à son régime anti-national et anti-ouvrier. C'est l'interdiction P.C.B. Le peuple peuple bolivien tout entier rejette et condamne de tels dialogues et une telle pacification.

LES GUERILLEROS SONT LES FILS DU PEUPLE C'est grâce à cette conviction que le peuple et la grande majorité de la nation sont persuadés que la lutte armée et la guérilla sont aujourd'hui la seule voie et la seule issue. C'est pour cela que les guérillas émanent des besoins du peuple et de ses entrailles.

Dans les sierras de Nancahuazu, les enfants les plus décidés et les plus courageux du peuple qui furent expulsés des mines et condamnés faim, les ouvriers d'usine et du bâtiment qui ont vu diminuer leur salaire et supprimer leurs les paysans qui dans leur humble chaumière ont attendu en vain le progrès et ont vu la réforme agraire transformer en une farce cruelle, les jeunes sans travail qui plutôt que de s'exiler ont préféré pour la patrie, les universitaires dent les espoirs ont été trompés ces fils de mineurs, d'ouvriers, de paysans et d'intellectuels, « mercenaires étrangers » par la dictature militaire. Nous rejetons cette patriotes qui sont les enfants du peuple. Les mercenaires sont les espions yankee honorés depuis le Palais du Gouvernement jusqu'au dernier des bureaux. Le « gorillisme » de Barrientos a monté un scandale à propos de trois journalistes, mais il se tait sur l'arrivée de yankee et d'agents du F.B.I. Les mercenaires étrangers sont les militaires argentins, nord-américains et brésiliens qui, foulant aux pieds la souveraineté nationale, faits le haut commandement militaire incapable et le gouvernement lui-même. Les mercenaires sont ceux qui suivent le maître impérialiste et ont transformé la Bolivie en une prison pour les Boliviens.

POUR QUOI LES GUERILLEROS LUTTENT-ILS guérilleros sont clairs et n'ont pas besoin de propagande particulière. finir avec l'injustice sociale garanties et de liberté démocratique, avec l'oppression nationale imposée par l'impérialisme.

La lutte de guérilla prend sa source dans toutes les aspirations populaires et ouvrières, les revendications mineurs, ouvriers, universitaires qui jusqu'à ce jour n'ont reçu qu'une réponse négative et violente de la dictature militaire.

L'ATTITUDE DE LA DICTATURE MILITAIRE Le « gorillisme » a répondu à la présence des guérillas à Nancahuazu comme il avait répondu auparavant aux revendications ouvrières, c'est-à-dire par la terreur, le mensonge et la tromperie. Loin de réfléchir sur ses causes économiques et sociales, la camarilla militaire s'est lancée avec rage contre le peuple. Dans les villes, dans les mines, des dizaines de dirigeants syndicaux révolutionnaires ont été emprisonnés. Les camps de concentration des forêts orientales regorgent de militants et de dirigeants du P.O.R., du P.C.B. et du P.R.I.N., de dirigeants des mineurs et de dirigeants étudiants. Dans les campagnes, la bureaucratie dévouée à la dictature a déclenché la terreur et les victimes paysannes sont nombreuses. Dans la zone des guérillas, les militaires yankee, argentins et brésiliens font preuve d'une sévérité criminelle ; contre une poignée de patriotes boliviens, 3.000 soldats d'infanterie, l'artillerie lourde, les avions de chasse, les bombardiers, les parachutistes, la D.I.C., la Garde Nationale avec des chiens policiers ont été lancés contre les guérilleros. Tous les jours on bombarde et on mitraille avec violence et sans discrimination les forêts, les « chaco » (1) et les bâtiments, les paysans, les éleveurs, les paysans pauvres qui reçoivent les bombes au napalm de l'aide américaine. Les villages de Camiri, Lagunillas, Muyupampa, et de Monteagudo vivent des heures d'angoisse à cause des bourreaux militaires. Jour après jour, on fait des prisonniers, on arrête des partisans supposés des guérillas dont beaucoup sont « suicidés » après d'horribles tortures.

(1) Chaco: Cercle qu'on forme en faisant une battue pour chasser le gibier.

attitude des militaires mercenaires yankee, argentins et brésiliens ainsi que des traîtres boliviel ontraste avec la conduite humaine des guérilleros qui appellent à la reddition et qui ne tire que pour se défendre, qui traitent bien les prisonniers et les libèrent après les avoir soignés.

C'est à cause de cela qu'il y a des morts dans la zone de guérilla ; c'est la dictature militaire et ses mercenaires gorilles qui en portent l'entière responsabilité.

C'EST UN DEVOIR D'APPUYER LES GUERILLAS

La cause des guérilleros c'est la cause de tous les Boliviens. Les guérillas sont le bras armé peuple qui doit s'opposer à ceux qui affament les masses, aux assassins de Arce et de Lora,

XX, de Milluni, d'Alto La Paz de 1965, à ceux qui sont responsables du retard et de la misère de la Bolivie, de la baisse des salaires, enfin à ceux qui vendent et livrent la patrie à la voracité impérialiste.

secteur de la population est représenté par les guérilleros, dont la lutte est celle de toute la Bolivie. Mais il est nécessaire d'organiser et de coordonner l'appui du peuple. La meilleure aide est de développer la lutte des masses urbaines, des mineurs, des ouvriers, des paysans, des universitaires pour leurs propres revendications. Il faut lutter pour la des mines ! Il faut lutter pour obtenir une augmentation générale des salaires ! Il faut développer la lutte des instituteurs, des universitaires, des étudiants, des paysans ! Il faut pour obtenir des garanties démocratiques et la liberté pour les prisonniers ! Les appuient la lutte du peuple les armes à la main ! Mobilisez-vous contre la dictature militaire et contre les mercenaires et les gorilles!

Tous les révolutionnaires doivent s'unir pour renforcer le puissant Front de la Gauche. Dans les syndicats, il faut que réapparaissent les comités milices armées, il faut des directions syndicales audacieuses. Dans ce processus, faut réorganiser vigoureusement les syndicats, depuis la base jusqu'à la direction de la C.O.B., avec des hommes qui soient à la hauteur de la lutte armée commencée par les guérillas. Les masses doivent partir du niveau

Sont atteint grâce aux expériences des dernières années.

LES GUERILLAS TRIOMPHERONT

Le peuple est invincible et les guérillas qui sont son expression armée triompheront. La faiblesse gouvernement fantoche sont visibles, et l'on voit déjà des signes de crise et de démoralisation au niveau du haut commandement militaire, des officiers et de la troupe. Le cabinet mixte du Cao Ky bolivien, Barrientos, chancelle. S'il n'y a pas eu de l'armée et le gouvernement jusqu'à ce jour, c'est à cause de la pression de l'ambassade américaine. Une partie de l'armée a réclamé la démission de Barrientos et exige un gouvernement uniquement aujourd'hui, est freinée, mais elle s'accentuera et éclatera. La guérilla et la lutte des masses briseront tous les obstacles et les appareils répressifs. Après, la Bolivie sera elle trouvera le chemin de son développement qui l'amènera à créer une société nouvelle de travailleurs où les exploiteurs n'existeront plus.

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