Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 31

Le problème palestinien et le conflit judéo-arabe

Quatrième Internationale, n° 31 · juillet 1967 (3e trimestre) · p. 12-14 · 1 821 mots

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Nous publions ci-après un document rédigé, avant que ne se déclenche la crise au Moyen-Orient, par le Comité Central de l'Organisation Socialiste Israélienne, mouvement israélien non sioniste qui regroupe des militants arabes et juifs d'Israël. Ce document explique les causes profondes de la crise qui ensanglante le Moyen-Orient par d'incessants incidents débouchant sur des guerres, la troisième en moins de vingt ans. Il apporte également une solution qui, selon ses propres termes, est socialiste et internationaliste. Cette solution mérite d'être connue, discutée. Ajoutons que ce texte a été lu à une réunion organisée le 18 mai à Paris par l'Association des étudiants musulmans nord-africains et l'Union générale des étudiants palestiniens. Le dix-neuvième anniversaire de la création de l'Etat d'Israël aura lieu ce mois-ci. Au bout de ces dix-neuf années, le conflit israélo-arabe n'est pas plus près d'être résolu. Le problème palestinien demeure une plaie ouverte au sein du Moyen-Orient, une source incessante d'effusion de sang, de souffrances et d'injustices, un lourd fardeau pesant sur les ressources économiques de la région, un pre texte d'intervention impérialiste et d'agression militaire, une menace d'agression pour la paix mondiale.

Mais ce qui est particulièrement grave, c'est la situation des Arabes palestiniens, les victimes directes de la guerre de 1948 et de la collusion entre « les ennemis bienveillants » : Ben Gourion et Abdallah. La majorité des Arabes de Palestine ont été dépossédés de leur foyers et de leurs champs durant la guerre de 1948 ; depuis celle-ci, ils vivent, comme réfugiés, dans les souffrances et la détresse hors d'Israël. Les dirigeants israéliens refusent catégoriquement de reconnaître leur droit élémentaire au rapatriement. Les Arabes qui sont restés en Israël sont victimes d'une sévère répression économique, civique et nationale.

Durant ces dix-neuf années, Israël a été un ilot isolé au sein du Moyen-Orient, un Etat qui n'est indépendant qu'au sens formel du terme, vu sa dépendance économique et politique des puissances impérialistes, spécialement des Etats-Unis. Il a servi continuellement d'instrument de ces puissances contre la nation arabe et contre les forces progressistes du monde arabe. Ce rôle de la politique officielle israélienne s'est manifesté le plus clairement (mais ce ne fut pas la seule occasion) en 1956, lorsque le gouvernement israélien s'est joint aux impérialismes anglais dans une collusion agressive contre l'Egypte, fournissant même à ces puissances le prétexte d'une intervention militaire.

L'état de guerre et d'hostilités entre Israël et ses voisins arabes s'est poursuivi depuis dix-neuf ans et les dirigeants sionistes d'Israël n'ont aucune perspective réelle de modifier cette situation. La politique israélienne est dans l'impasse.

La crise économique actuelle en Israël, qui a entraîné un chômage important parmi les ouvriers et qui soumet les masses populaires à une pénible épreuve, sert aussi à souligner le fait qu'Israël ne peut continuer à exister longtemps sous sa forme présente, en tant qu'Etat sioniste, coupé de la partie du monde où il se situe.

Ainsi, la situation actuelle est contraire aux intérêts des masses arabes: Israël sous sa forme actuelle, constitue un obstacle important à la lutte de ces masses contre l'impérialisme et pour l'unité socialiste arabe. Le maintien du statu quo est également contraire aux intérêts des masses israéliennes.

L'Organisation Socialiste Israélienne, qui compte dans ses rangs aussi bien des Juifs que des Arabes, est d'avis que le problème palestinien et le conflit israélo-arabe doivent être résolus d'une manière socialiste et internationaliste, en tenant compte des particularités uniques de ce problème complexe.

Il ne s'agit pas ici d'un conflit ordinaire entre deux nations. Il ne saurait donc suffire de réclamer « une coexistence basée sur la reconnaissance mutuelle des justes droits nationaux des deux peuples ».

L'Etat d'Israël est l'aboutissement de la colonisation de la Palestine par le mouvement sioniste, aux dépens du peuple arabe et sous les auspices de l'impérialisme. Dans sa forme sioniste actuelle, Israël est également un instrument pour la poursuite de « l'entreprise sioniste ».

Le monde arabe ne peut acquiescer à l'existence en son sein d'un Etat sioniste dont le but avoué est, non pas de servir d'expression politique à sa propre population, mais tête de pont, d'instrument politique et de destination de l'immigra-

Juifs du monde entier. Le caractère sioniste d'Israël est également conaux véritables intérêts des masses israéliennes, parce qu'il signifie que le se trouve être dans une dépendance constante de forces extérieures.

Nous estimons, par conséquent, qu'une solution du problème requiert la désionisation d'Israël. L'Etat d'Israël doit subir une profonde transformation révolutionnaire, de sorte que cet Etat sioniste (c'est-à-dire Etat des Juifs entier) devienne un Etat socialiste représentant les intérêts des masses qui s'y trouvent. En particulier la « loi du retour » (qui accorde à tout Juif du monde le droit absolu et automatique d'immigrer en Israël et d'en devenir un citoyen)

abrogée. Chaque demande d'immigration en Israël sera alors jugée séparément sur ses mérites propres, sans discrimination aucune de nature raciale ou religieuse.

Le problème des réfugiés arabes de Palestine est l'aspect le plus douloureux du conflit israélo-arabe.

Nous sommes donc d'avis que toute réfugié qui désire retourner en Israël

Men mesure de le faire; dans ce cas, il devrait obtenir une réhabilitation économique et sociale intégrale. Les réfugiés qui choisiraient librement de ne pas être rapatriés seraient intégralement indemnisés pour la perte de propriété et les souffrances personnelles subies.

En outre, tous les règlements et lois ayant pour objet d'exercer une discrimination envers la population arabe d'Israël, de l'opprimer d'exproprier terres doivent être abrogés. Toutes expropriations et tous dommages (relatifs à la terre, à la propriété et à la personne) causés par ces lois et règlements doivent être intégralement dédommagés.

La désionisation d'Israël implique également que soit mis fin à la politique extérieure sioniste qui sert l'impérialisme. Israël doit prendre une part active lutte des Arabes contre l'impérialisme et pour l'établissement d'une unité socialiste arabe.

La colonisation sioniste de la Palestine se différencie de la colonisation d'autres pays sous un rapport essentiel : alors que dans d'autres pays les colons ont fondé sur l'exploitation du travail des autochtones, la colonisation de la Palestine a été réalisée par le remplacement et l'expulsion de la population indigène

Ce fait a engendré une complication unique en son genre du problème palestinien. En résultat de la colonisation sioniste, il s'est formé en Palestine une nation hébraïque avec ses propres caractéristiques nationales (langue commune, économie séparée, etc.). Qui plus est, cette nation connait une structure de classe capitaliste; elle se divise en exploiteurs et exploités, en bourgeoisie et prolétariat.

L'argument que cette nation s'est formée artificiellement et aux dépens de la population arabe indigène ne change rien au fait que cette nation hébraïque à présent. Ce serait une erreur désastreuse

La solution du problème palestinien doit non seulement redresser les torts dont les Arabes de Palestine ont été les victimes mais également garantir l'avenir national des masses hébraïques. Ces masses ont été amenées en Palestine par le sionisme, mais elle ne sont pas responsable des actions du sionisme. Tenter de punir les travailleurs et les masses populaires d'Israël pour les péchés du sionisme ne peut résoudre le problème palestinien, mais seulement occasionner de nouveaux malheurs.

Ceux des dirigeants nationalistes arabes qui en appellent à une jihad (guerre sainte) pour la libération de la Palestine, ignorent le fait que, même si Israël était vaincu militairement et cessait d'exister en tant qu'Etat, la nation hébraïque existerait encore. Si le problème de l'existence de cette nation n'est pas résolu correctement, une situation de conflit national dangereux et prolongé sera créée à nouveau, ce qui causera des effusions de sang et des souffrances infinies et servira de nouveau prétexte à l'intervention impérialiste. Ce n'est pas par hasard que les dirigeants qui préconisent pareille « solution » s'avèrent également incapables de résoudre le problème kurde.

De plus, il faut comprendre que les masses israéliennes ne seront délivrées de l'influence du sionisme et ne lutteront contre lui que dans la mesure où les forces progressistes du monde arabe leur présenteront une perspective de coexistence sans oppres-

L'Organisation Socialiste Israélienne estime par conséquent qu'une solution véritable du problème palestinien requiert la reconnaissance du droit de la nation hébraïque à l'autodétermination.

Autodétermination ne signifie pas nécessairement séparation. Au contraire, nous sommes d'avis qu'un petit pays tel qu'Israël, pauvre en ressources naturelles, ne peut exister en tant qu'entité séparée. Une seule alternative s'offre à lui : ou bien continuer à dépendre de puissances étrangères, ou bien s'intégrer dans une union régionale.

Il s'ensuit que la seule solution conforme aux intérêts des masses arabes autant que des masses israéliennes, est l'intégration d'Israël en tant qu'unité dans une union economique et politique du Moyen-Orient sur la base du socialisme.

Dans un tel cadre, la nation hébraïque sera à même de mener sa propre nationale et culturelle sans mettre en péril le monde arabe et sans que sa propre existence soit menacée par les Arabes. Les forces des masses israéliennes rejoindront celles des masses arabes dans une lutte commune pour le progrès et la prospérité.

Nous estimons, par conséquent, que le problème palestinien, de même que d'autres problèmes essentiels du Moyen-Orient, ne peut être résolu que dans le cadre d'une Union du Moyen-Orient.

L'analyse théorique et l'expérience pratique montrent toutes deux que l'unité arabe ne peut se faire et exister de manière durable que pour autant qu'elle ait un caractère socialiste.

On peut donc résumer la solution que nous proposons par la formule : désionisation d'Israël et son intégration dans une Fédération socialiste du Moyen-Orient.

Nous sommes d'avis que le problème de l'avenir politique des Arabes palestiniens devrait également être résolu dans le cadre décrit ci-dessus.

Certains estiment que la justice exige la création d'une entité politique spéciale des Arabes de Palestine. Notre opinion est que cette question doit être décidée par

Arabes palestiniens eux-mêmes, sans ingérence extérieure.

Cependant, nous pensons que ce serait une grave erreur de poser le problème de l'avenir politique des Arabes palestiniens séparément et indépendamment de la question de l'Union socialiste arabe. Les Arabes palestiniens sont à présent aux premiers rangs de la lutte pour l'unité. Si on devait leur présenter un objectif séparé et dépendant, la cause de l'unité arabe pourrait en subir de sérieux dommages. même, la création d'un petit Etat arabe séparé n'est pas conforme aux intérêts des la nation arabe, y compris du peuple arabe de Palestine.

Par conséquent, nous sommes d'avis que si les Arabes de Palestine se prononcent pour la création d'une entité politique propre, les dispositions politiques et territoriales nécessaires devraient être prises dans le cadre de la formation d'une Fédération socialiste du Moyen-Orient. Les pays qui détiennent actuellement des portions du territoire de la Palestine - Israël, Jordanie et Egypte - devraient contribuer en particulier à un tel règlement.

Nous en appelons aux forces socialistes révolutionnaires des pays arabes et des autres pays, afin qu'elles prennent en considération notre programme présent et entament une large discussion en vue de mettre au point une position commune sur les problèmes du Moyen-Orient.

Mai 1967

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