Nous publions ci-après la résolution du Socialist Workers Party (section indienne de la IV• Internationale) sur les résultats et conséquences des élections générales en Inde.
Le règne du Parti du Congrès qui a duré vingt ans a subi une grand coup de la part du peuple de l'Inde lors des quatrièmes élections générales qui eurent lieu sur un arrière-plan de crise économique croissante, caractérisée par une grande montée des masses dans tout le pays. Mais le mécontentement populaire contre le régime du Congrès a été exploité plus extensivement par les partis capitalistes réactionnaires, comme le Swatantra Party et le Jan Sangh, ou par des partis régionaux comme le Dravida Munnetra Kazhagam (D.M.K.) à Madras et le Akali Dal dans le Pundjab, en raison de la carence des partis ouvriers traditionnels (les P.C. de droite et de gauche, le R.S.P. parti socialiste révolutionnaire, etc.) et les soi-disant partis socialistes (S.S.P., P.S.P., etc.) à exploiter les luttes anticapitalistes des masses avant et pendant la campagne électorale.
Les élections ont mis fin à une période de domination stable de la classe capitaliste en Inde. Le Congrès n'a réussi à s'assurer que d'une majorité précaire de 282 sièges sur les 521 membres du Lok Sabha (Parlement (Parlement national). Le Swatantra Party qui défend la libre entreprise sans restriction est devenu le groupe d'opposition le plus fort au Lok Sabha avec 44 sièges, suivi par le Jan Sangh, un parti communaliste hindou, qui a gagné 35 sièges, et par le D.M.K. avec 25 sièges. Parmi les divers partis de gauche, le P.C. de droite a obtenu 23 sièges, le P.C. de gauche 19, le S.S.P. 23, le P.S.P. 13, le R.S.P. 2, le Forward Bloc 2 et le P.W.P. 2. Divers petits partis ont ensemble 18 élus et des indépendants non affiliés à un parti 24. En ce qui concerne le nombre des voix reçues pour le Lok Sabah, le Congrès n'a obtenu que 37,87 %, tandis que les autres partis « reconnus » ont eu les chiffres suivants : Swatantra 7,98 % ; Jan Sangh 8,57 % ; D.M.K. 3,53 % ; S.S.P. 8,22 % ; P.C. de droite 4,60 % ; P.C. de gauche 5,10 % ; P.S.P. 2,84 %.
Dans les élections pour les divers Parlements locaux, le Congrès n'a pas réussi à obtenir la majorité absolue dans huit Etats, tout en ayant maintenu sa dominasubstantiels dans les deux Etats du Kerala et du Bengale occidental, sur la base tion dans huit autres. Les deux Partis communistes ont eu des gains électoraux d'alliance électorales opportunistes. Mais un déplacement net vers la droite est évident dans presque tous les Etats du nord de l'Inde où le Jan Sangh, le Swatantra et d'autres partis formés de dissidents du Congrès (Jana Congress, etc.) sont apparus comme opposition principale au Congrès.
Au Kerala, un front unique patronné par le P.C. de gauche, comprenant des groupes aussi disparates idéologiquement que la Moslem League, jorité absolue dans le Parlement, et un gouvernement dirigé par le leader du P.C. a obtenu une made gauche, E.M.S. Namboodiripad, a déjà été constitué. Dans le Bengale occidental, où le Congrès n'a pas pu obtenir une majorité parlementaire, a été formé un ministère « non Congrès » sous la direction du dirigeant du Bangla Congress, Ajoy Mukherji, dans lequel participent divers partis de gauche, y compris les P.C. de droite et de gauche, le S.S.P., le R.S.P., etc.
Le Congrès a été étrillé dans l'Etat méridional de Madras par le D.M.K., qui avait jadis fait campagne pour un Etat du Dravidastan, distinct de l'Inde, et qui mena campagne sur la base d'une alliance, d'une part avec le Swatantra et d'autre nart avec le P.C. de gauche et d'autres. Un ministère du D.M.K. a déjà été constitué dans cet état.
L'Etat d'Orissa qui avait connu l'année dernière des conditions de famine aiguës et de puissants soulèvement d'étudiants, a porté au pouvoir une coalition Swatantra-Jana Congress dirigée par le leader du Swatantra, l'ancien prince R.N. Singh
Dans les deux Etats de langue hindi, le Bihar et les Provinces Unies (U.P.), toujours hantés par des conditions de famines aiguës, le Congrès n'a pu obtenir la majorité dans les assemblées. Au Bihar une coalition multi-parti dirigée par M.P. Sinha du Jana Kranti Dal a été formée, soutenue d'une part par des partis de gauche comme le S.S.P. et le P.C. de droite, et d'autre part par les formations de droite, le Jan Sangh et le Swatantra.
Dans l'U.P. le tableau n'est pas encore clair. Le Congrès a formé un gouverune combinaison des partis d'opposition dirigée par le Jan Sangh et le S.S.P. Un nement soutenu par quelques indépendants, malgré le défi qui lui est lancé par « ministère non Congrès » dirigé par le Akali Dal et soutenu par une combinaison de partis de gauche et de droite a été formé dans l'Etat-frontière du Pundjab.
Au Rajanstan, Etat dominé par d'anciens princes féodaux, le Congrès a essayé de former gouvernement avec le soutien d'indépendants, bien qu'il n'ait pas une majorité absolue dans l'assemblée législative, ce qui a provoqué une résistance de masse. Le centre a imposé que l'Etat soit gouverné par le Président de l'Union indienne. Le Swatantra qui est devenu le deuxième parti dans l'assemblée a pris des mesures pour former un ministère de coalition avec le soutien de divers partis « non Congrès », y compris le Jan Sangh et le S.S.P.
gains appréciables dans la zone métropolitaine de
Le Jan Sangh a obtenu des Delhi, émergeant comme le parti dirigeant au Conseil métropolitain, gagnant, en outre, six sur les sept sièges parlementaires de la capitale politique du pays.
Le Congrès a cependant réussi à former des gouvernements stables dans les Etats de Assam, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh, Maharashtra, Gujarat, Himachal Pradesh et Manipur. Dans l'Etat d'Andhra, la victoire du Congrès fut facilitée par les querelles fractionnelles entre les deux Partis communistes, qui se sapèrent ro iproquement dans plusieurs circonscriptions. Le Swatantra est devenu l'opposition principale dans cet Etat qui fut considéré pendant un temps comme le bastion du P.C
Dans l'Etat plus « avancé » de Maharashtra, le P.W.P., les deux P.C. et d'aupartis de gauche, qui prirent part à la campagne électorale sous la bannière tres d'une organisation régionale chauvine intitulée Sampurna Maharashtra Samiti, et ne se distinguèrent pas nettement du parti dirigeant, ne firent aucun gain et, en fait, contribuèrent à une victoire spectaculaire du Congrès.
Ainsi, après les élections, a surgi un tableau politique extrêmement complexe différents Etats, avec un faible gouvernement du Congrès au centre et dans les une variété de ministères de coalition dans différents Etats, indice de la crise politique majeure pour la classe dirigeante dans son ensemble.
La présente crise politique reflète en réalité une crise économique plus profonde qui ne peut être résolue dans le cadre capitaliste. Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est une transformation révolutionnaire des rapports de propriété capitalistes existants et l'établissement d'un nouveau système propriété sociale moyens de production qui seule peut libérer les forces productives du pays à préstagnantes, tant dans le secteur industriel que dans le secteur agricole. sent
La débacle électorale du Congrès qui était resté au pouvoir au centre et dans presque tous les sans interruption depuis l'indépendance, a provoqué un changement qualitatif dans le climat politique du pays. Les espoirs des masses ont été énormément stimulés. Elles escomptent une solution rapide de leurs problèmes fondamentaux (logement, emploi, terre, etc.) qui sont restés jusqu'à présent masses des ouvriers et des paysans pauvres sont prêtes à entrer en action pour chercher une solution à leurs problèmes fondamentaux.
Dans un sens large, le résultat des élections a inauguré une situation pré-révolutionnaire. Mais le tableau . politique actuel montre également direction révolutionnaire. Les partis socialistes et ouvriers traditionnels, y compris le P.C. de droite, le P.C. de gauche et le S.S.P., paraissent souffrir de graves illusions parlementaires; ils semblent penser que les problèmes des masses peuvent être résolus dans le cadre capitaliste sur la base de gouvernements de coalition multi-parti dans différents Etats. En outre, les dirigeants des deux partis communistes rejettent la voie d'une révolution socialiste pour l'Inde. Ils cherchent à réaliser ce qu'ils appellent le stade d'une « démocratie nationale » ou d'une « démocratie populaire » en alliance avec des secteurs de la bourgeoisie.
les coalitions des deux partis communistes avec des partis capitalistes dans différents Etats.
Il faut reconnaître que les ministères de coalition qui se sont formés quelques Etats ont pour objet fondamental de défendre les rapports de propriété bourgeois. Il est extrêmement douteux que ces ministères de coalition qui représentent des forces de classe différentes puissent se maintenir pendant longtemps Ils sont voués à l'effondrement sous le choc des contradictions sociales inhérentes à la situation actuelle.
Il est évident que divers secteurs des dirigeants bourgeois dans le pays reconnaissent également la gravité la crise actuelle. La bourgeoisie tentera instinctivement de une coalition de partis capitalistes. On parle déjà d'un « gouvernement national » comprenant les différents partis. On ne peut savoir dans quelle mesure les partis ouvriers traditionnels entreraient dans un tel « gouvernement national », mais on ne peut exclure totalement une telle possibilité.
dirigeants bourgeois voudraient épuiser toutes les possibilités d'une solution constitutionnelle à leur présente impasse. Ils sont aidés en cela par les partis de gauche traditionnels. Mais il est douteux que les masses affamées et désespérées auront la patience d'attendre que se trouve une solution constitutionnelle incer- taine à leurs problèmes. Il est beaucoup plus probable que les masses interviendront de façon vie politique du pays. Dans une telle éventualité, certains secteurs parmi les dirigeants bourgeois auront tendance à s'orienter en direction de solutions extra-parlementaires à la crise, en imposant sous une quelconque une dictature militaire, avec le soutien actif des impérialistes américains qui ont déjà de grands intérêts dans le pays. Le facteur le plus positil qui puisse bloquer la voie à une telle manœuvre contre-révolutionnaire de classe dirigeante est le nouvel éveil politique et la disposition des masses à entrer en action pour réaliser leurs objectifs politiques, si partiels ou limités soient-ils.
Le Socialist Workers Party indien, section indienne de la IV• Internationale, la grande responsabilité que lui fait porter l'histoire dans la présente conjoncture, en dépit de ses insuffisances organisationnelles. La tâche première du parti est d'unifier et de développer les luttes naissantes des masses à la fois crganisationnellement et politiquement, en comprenant pleinement que luttes entreront de plus en plus en conflit avec l'ordre bourgeois. Des luttes isolées ne pouvant être efficaces, les luttes des masses acquerront de plus grandes dimensions et engloberont des revendications plus larges.
Le S.W.P. s'efforcera d'éduquer les masses au cours de ces luttes sur la nécescité de créer leurs propres organes de lutte, des conseils élus d'ouvriers et de sans pauvres, et de les coordonner localement, régionalement et, finalement, à l'échelle nationale. travailleurs sur des revendications telles qu'un salaire minimum national, la neu- La perspective pour le mouvement syndical est celle d'une action unie des tratsation de la monte du coade la mea par des au mes tations de lale de tralisation de la montée du coût de la vie par des augmentations de salaires adésecours aux chômeurs, la nationalisation sous direction ouvrière de toute prise industrielle partiellement ou totalement fermée. Afin d'aborder le problème aigu du logement et des taudis dans les régions urbaines, les syndicats doivent poser les revendications de la nationalisation de la terre et de l'industrie du bâtiment, de la construction de logements à bon marché pour les ouvriers, etc.
Les luttes des masses rurales doivent être centrées sur des revendications comme la redistribution des terres suivant le principe « la terre à celui qui la travaille » et l'organisation de coopératives, la suppression de toutes les dettes rurales, un minimum national et la protection légale pour les ouvriers agricoles, Les luttes des instituteurs et celles des masses estudiantines doivent être développées questions comme des salaires décents pour les instituteurs, la diminution des frais de scolarité, l'éducation gratuite pour les enfants pauvres diminution des frais jusqu'au stade universitaire, la nationalisation de toute les écoles et collèges privés, la démocratisation de l'administration universitaire, etc.
Afin de résoudre les problèmes immédiats de nourriture et de secours dans les régions affectées par la famine, les mouvements de masse doivent poser les revendications de la nationalisation immédiate du commerce des grains et d'autres marchandises essentielles, la confiscation des stocks d'aliments, l'obtention obligatoire des stocks supplémentaires d'aliments de la part des paysans riches et des propriétaires fonciers, le rationnement légal et la distribution des céréales par des comités élus des paysans pauvres, la nationalisation des banques et autres institutions de crédit, etc.
Les luttes des masses dans la prochaine période déborderont leur caractère transitoire et poseront la question du pouvoir d'Etat. De sorte qu'elles ne pourront exclure de leur portée des revendications fondamentales telles que la nationalisation de toutes les industries-clés, la nationalisation de toutes les entreprises étrangères, y compris les plantations, les compagnies pétrolières, le monopole du commerce extérieur, etc. Egalement des revendications démocratiques comme l'annulation du soi-disant « état d'urgence », la suppression de toutes les lois répressives, le rétabissement des pleines libertés politiques etc. seront mises en avant par les luttes des masses.
Le S.W.P. indien s'est constamment opposé à la politique de coalition opportuniste des partis ouvriers et socialistes avec des partis capitalistes qui constitue une trahison des masses par ces formations ouvrières et socialistes. Néanmoins, nous sommes prêts à rechercher un front unique avec ces partis dans les luttes communes des masses pour l'obtention de leurs revendications immédiates.
Nous avons confiance que, dans le cours des prochaines luttes, se produira une différenciation croissante entre les opportunistes actuelles des différents partis de gauche traditionnels et leur base qui finalement se joindra aux forces du socialisme révolutionnaire pour diriger la prochaine révolution socialiste en Inde.
Pour un front unique des partis socialistes et ouvriers.
Pour un gouvernement ouvrier et paysan en Inde.