Dans la deuxième quinzaine d'avril s'est tenue une conférence des partis communistes d'Europe à Karlovy-Vary. Ses travaux se sont déroulés rapidement.
Tout d'abord, quelques mots à propos des participants. Il y avait eu préalablement une certaine conférence préparatoire à Vienne des partis d'Europe occidentale seulement. Cette fois-ci la conférence groupais partis communistes des listes et partis communistes de l'Europe orientale, y compris le P.C. de l'Union soviétique. Il s'agit donc de l'Europe « de l'Atlantique à l'Oural » avec son extension à la Sibérie.
Mais tous les pays européens n'étaient pas représentés à cette conférence. Dans le «camp socialiste » manquaient la Yougoslavie et la Roumanie. On comprend aisément la signification de cette abstention : ces deux pays ont entendu marquer nettement volonté d'agir comme bon leur semble en toute question. Des pays capitalistes faisaient défaut les partis communistes d'Islande, de Norvège, des Pays-Bas, tandis que le parti suédois qui traverse une crise grave n'avait envoyé qu'un observateur. Les textes officiels parlent de délégations de «24 partis ». En lisant la liste, on trouve qu'il y a deux partis irlandais (l'un du nord, l'autre de l'Irlande proprement dite) et que Berlin-ouest constitue un parti communiste distinct. Ces différences ont une signification politique. Mais la liste présente aussi la mention du P.C. de Saint-Marin ! Pourquoi pas le Lichtenstein et Monaco, sans parler du jour où les manœuvres d'un Garaudy nous vaudront une représentation du Vatican?
Sur le plan politique, la discrétion semble avoir été la règle et c'est un peu entre les lignes qu'il faut rechercher les nuances. Ainsi, dans le discours de Brejnev, — le plat de résistance de la conférence — des remerciements sont adressés au P.C. tchécoslovaque pour son hospitalité à la Conférence, ce qui n'a qu'un caractère de courtoisie, au Parti polonais et français « pour le grand et fécond travail qu'ils ont effectué afin de préparer [cette] conférence ». Curieusement le P.C. italien, le plus important des partis présents, en dehors du P.C. soviétique, est omis.
Ceci s'explique vraisemblablement en même temps que le silence concernant la conférence internationale des partis communistes où devrait être examinée la politique du P.C. chinois : celle-ci ne peut être convoquée non seulement en raison du refus de participation de certains absents de Karlovy-Vary, comme les Roumains, mais aussi et surtout de l'opposition de présents, dont le P.C. italien.
D'ailleurs, à propos de la Chine, il n'en fut publiquement question que par une rapide allusion dans le discours de Brejnev :
« En donnant une appréciation à la situation dans le système socialiste mondial, il nous est naturellement impossible de passer outre à un facteur aussi sérieux de son développement au cours de ces dernières années, que la position connue de la direction de la Chine et la détérioration, de ce fait, de la coopération du Parti communiste chinois et de la R.P.C. avec les partis frères et les pays socialistes. La discussion de ce problème ne fait pas partie du programme de notre Conférence, mais il n'en existe pas moins et exerce une influence négative sur le mouvement communiste et sur l'ensemble du mouvement de libération. »
Il est difficile d'être plus concis. Il ne peut pourtant y avoir de doute que la question chinoise fut l'objet essentiel des conversations des couloirs de la Conférence.
L'objet principal de celle-ci fut la situation en Europe, plus précisément « les problèmes de la sécurité européenne». On ne peut pas dire que quelque chose de nouveau ait été apporté comme solutions aux problèmes restés en suspens depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il s'agit d'obtenir pour la diplomatie la signature de traités qui consacrent le « statu quo » en Europe, plus particulièrement la reconnaissance officielle par l'ensemble des pays européens (il n'est pas question à ce propos des Etats-Unis) des deux Allemagnes, de la frontière Oder-Neisse, de l'invalidité du traité de Munich. Il s'agit également d'obtenir l'exclusion de l'Allemagne fédérale de toute possibilité de disposer d'armes nucléaires. A cela s'ajoutent d'autres propositions de style diplomatique (normalisation des rapports, désarmement, etc.). Pas un mot à propos du Marché commun.
Mais la réunion avait un objectif plus précis - sinon Brejnev ne se serait dérangé en personne — en ce sens que ces propositions, mille fois formulées façon rituelle, sont à présent rappelées en vue de donner aux partis communistes européens un objectif dans le temps. Car il est rappelé par la Conférence que le traité de l'Atlantique nord vient à expiration au bout de vingt ans, c'est-à-dire en s'agit donc d'intensifier l'action pour qu'à cette date ce pacte ne soit plus renouvelé, la compensation étant fournie par la dissolution de l'alliance scellée dans le traité
En outre, l'accent est mis sur la nécessité de gagner à cette position toutes sortes de gens. Il est en particulier souligné que des tendances favorables se développent en Europe. En un mot, la Conférence de Karlovy-Vary appelle les partis communistes à miser sur les tendances « gaullistes » qui existent parmi les capitalistes européens.
« Nous nous adressons aux groupements bourgeois qui font preuve d'une approche réaliane de leurs lise modera dené nonsente de danger dens se pre sud sine, des ent réaliste de la réalité moderne, ont conscience du danger d'une guerre nucléaire, désirent politique de sécurité européenne. » (Déclaration de la Conférence de Karlovy-Vary).
Nous sommes donc fixés sur ce que sera l'axe de la politique des partis communistes européens pour les deux années à venir... dans la mesure où quelques points chauds dans le monde ne les contraindront pas à d'autres préoccupations.