Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 31

Leçons du putsch d'Athènes

Fernand Charlier · Quatrième Internationale, n° 31 · juillet 1967 (3e trimestre) · p. 50-54 · 3 590 mots

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La prise du pouvoir en Grèce par les officiers réactionnaires n'a réellement surpris personne. Les partis de l'Union dil Centre et I'E.D.A. (Union des Forces Démocratiques, créée en 1951 comme substitut légal du P.C. interdit) avaient prévu le coup d'Etat. Non seulement Andréas Papandéou, mais de nombreux autres hommes politiques avaient, durant les semaines avant le coup, mis en garde contre l'éventualité d'une dictature militaire. Néanmoins, la vague d'arrestations a déferlé sur l'E.D.A. et accessoirement sur l'Union du Centre, en prenant malgré tout chacun par surprise. Deux jours avant le coup, le même Andréas Papandréou, flanc « gauche » du parti de son père, traitait de « provocateurs, ceux qui font courir le bruit que les élections n'auront pas lieu, que la situation évolue vers la dictature, ou que la consultation vers (il s'agit des élections prévues pour le 23 mai, N.D.L.R.) ne manquera pas de prendre une forme plébiscitaire remettant en cause la monarchie ». (édition spéciale de Ethnos, 19 avril 1967.)

Les officiers de l'organisation royaliste clandestine I.D.E.A. (Alliance sacrée des officiers grecs, formée pendant la seconde guerre mondiale) sont liés, directement aussi bien que par le truchement de l'O.T.A.N. (à laquelle la Grèce a adhéré le 18 février 1952, en même temps que la Turquie) à l'impérialisme américain. L'armée grecque est pratiquement devenue depuis le début de l'intervention américaine dans la guerre civile en 1947, une filiale de l'armée américaine. Avec soixante millions de dollars par an, l'impérialisme américain subventionne l'armée grecque. Les services secrets grecs, appelés la K.Y.P. (services de renseignements de la présidence du conseil), dont font partie les colonels Makarezos, ministre de la coordination dans le cabinet de la dictature, et Papandopoulos, ministre sans portefeuille, sont dirigés en fait par

Autrement dit, le légalisme et le crétinisme parlementaire du Centre, du flanc « gauche » du Centre (Andréas Papandréou) et de l'E.D.A. ont conduit ces partis à ne rien faire pour empêcher le coup d'Etat imminent qu'ils avaient euxmême prévu. Au contraire, toute leur politique était basée sur l'illusion lamentable qu'il ne fallait pas mobiliser les masses, car si ces dernières se mobilisaient les militaires allaient prendre le pouvoir. Il y a trente ans, à l'époque de la dictature du 4 août 1936 du général Métaxas, Pantelis Pouliopoulos leader du trotskysme grec, dénonçait déjà, dans un essai dont nous publions par ailleurs des extraits, ce raisonnement funeste qui était déjà celui des dirigeants du Parti communiste en Grèce.

Cet opportunisme, ce crétinisme parlementaire a permis aux officiers royalistes d'extrême-droite, étroitement liés à l'impérialisme, de mettre en application le fameux « plan Prométhée » et d'opérer la prise du pouvoir en un minimum de temps. la C.I.A. américaine, qui les paye directement. Ce sont eux qui ont mis en place, puis appliqué le plan Prométhée, conçu au début des années cinquante, puis remis à jour dans le cadre de IO.T.A.N., sous le gouvernement de Papandréou lui-même, puis à nouveau quelques semaines avant le putsch.

L'application de ce plan a été décrite par le journaliste américain Sulzberger sur la base d'informations obtenues des dirigeants militaires eux-mêmes (New York Times, édition internationale, 3 mai 1967). Il en existe dans tous les autres pays membres de l'O.T.A.N., pour lutter contre la « subversion intérieure ». Cela doit servir de mise en garde sérieuse pour le mouvement ouvrier européen. Depuis le coup d'Etat de Grèce, la presse italienne (voir l' « Espresso » du 10 mai) a révélé comment en 1964, lors de la crise

O.T.A.N. ET MENACE D'ETAT FORT EN EUROPE

O.T.A.N. ET MENACE D'ETAT FORT EN EUROPE du gouvernement italien de « centre-gauche », les officiers supérieurs de léchelon la plus élevé étaient prêts à prendre le pouvoir sous le commandement du général De Lorenzo, en appliquant le correspondant italien du plan Prométhée, élaboré par le S.I.F.A.R. (Service d'informations des formes armées, aujourd'hui rebaptisé S.I.D.-Service d'informations de la défense).

On ne pourrait imaginer démenti plus cinglant aux conceptions opportunistes que cette menace de coup d'Etat en Italie, au moment même où Palmiro Togiatti allait écrire son mémorandum évoquant la transformation progressive, de l'intérieur, de la nature de l'Etat bourgeois ! Car, dans tous les Etats membres de l'alliance atlantique, y compris en Grande-Bretagne, berceau traditionnel du

Depuis les journées de juillet-août 1965, le possibilité d'un coup d'Etat militaire était une menace qui pesait sur la Grèce. Dans une déclaration adoptée à l'époque sur la crise grecque, le Secrétariat Unifié de la IV• Internationale avait indiqué ce danger, disant que la situation de la Grèce « peut donner lieu à un coup de force militaire et à une nouvelle dictature si la poussée des masses ne débouche pas sur des luttes révolutionnaires » (Quatrième Internationale, novembre 1965, page 60), luttes révolutionnaires rendues possibles par le climat nouveau, entraîné par la mobilisation antimonarchiste qui avait suivi le renversement du gouvernement Georges Papandréou par la Cour.

Au début de cette année, une accalmie semblait s'être installée, et la Grèce semblait aller tranquillement vers les élections du 28 mai ; un gouvernement dit de transition avait succédé au gouvernement Stéfanopoulos. Pendant un temps, à vrai dire assez court, la solution de la dictature militaire semblait écartée et le Palais comme la bourgeoisie semblaient avoir choisi une solution parlementaire pour la crise qui se prolongeait depuis 1965. L'Union du Centre s'était réconciliée avec le parti de la droite, l'E.R.E., et les deux partis bourgeois avaient mêlé leurs voix dans le scrutin d'investiture du cabinet présidé par le banquier Paraskevopoulos. Un accord de coulisse entre l'Union du Centre, l'E.R.E. et le Palais avait suffi à faire s'évanouir toutes les promesses tonitruantes de lutte « inconditionnelle » contre la droite faites par les Papandréou, père et fils. Quels étaient les causes de cette réconciliation éphémère ?

Mentionnons tout d'abord les hésita-

NALE 51 parlementarisme bourgeois, existent des plans permettant d'instaurer une dictature militaire. Faut-il rappeler à ce sujet les révélations qui ont été faites par les « Spies for peace » (espions pour la paix) quand ils dénoncèrent le mécanisme d'instauration d'une dictature militaire en cas de guerre thermonucléaire, lors de la marche d'Aldersmaston en 1963? Ces plans, élaborés dans l'éventualité d'un conflit entre l'impérialisme et les Etats ouvriers, peuvent toujours et à n'importe quel moment être utilisés contre la « subversion intérieure ». La démocratie parlementaire bourgeoise n'est qu'un luxe, que le capitalisme ne peut ni ne veut se permettre éternellement. Telle doit être la première leçon élémentaire que le coup d'Etat militaire grec rappelle. tions de l'aile réactionnaire de la bourgeoisie. Celle-ci a constamment dû reculer devant le mouvement des masses. Les travailleurs avaient déjà réussi à faire tomber les deux premiers gouvernements mis en place par Constantin-le-Petit après les journées de juillet 1965, ceux des « apostats » de l'Union du Centre, Novas et Tsirimokos. Malgré le reflux et la démobilisation, provoqués par l'opportunisme de l'E.D.A., le mouvement des masses était resté très puissant, forçant chaque fois l'aile réactionnaire de la bourgeoisie à remettre à plus tard ses plans d'instauration d'une dictature militaire ouverte. En réalité, il ne s'agissait pas ouverte. d'un abandon de cette solution, mais simplement d'une remise à plus tard.

La chute du troisième « gouvernement royal », celui de Stéfanopoulos, qui était resté au pouvoir pendant seize mois, fut le résultat du retrait, par l'E.R.E. de l'appui dont Stéfanopoulos avait jusqu'alors bénéficié. L'E.R.E. préférait momentanément tenter de réaliser un tournant de la situation politique qui aurait présenté les avantages suivants pour la bourgeoisie : rendre à l'E.R.E. elle-même des titres de constitutionnalité et de parlementarisme pour ainsi redorer son blason ; atténuer les contradictions entre les deux grands partis bourgeois, l'Union du Centre et 1'E.R.E. ; obtenir ainsi une stabilisation de la situation et préparer éventuellement un gouvernement « centredroite ». Deux facteurs auraient pu assurer le succès de l'opération : la démobilisation des masses et une croissance économique stable et durable, permettant un certain équilibre politique et social. Ce sont précisément ces deux facteurs qui faisaient défaut.

AVANT LE COUP

AVANT LE COUP

DOUBLE BUT DU COUP D'ETAT

Malgré toutes les manœuvres de coulisse de l'ER.E. et des politiciens bourgeois, il était évident que les élections du 28 mai, si elle avaient eu lieu, auraient signifié une victoire pour l'Union du Centre, qui allait renforcer sa majorité de 1964 (en février 1964, l'Union du Centre avait obtenu 53 % des voix). Il n'y a pas de doute non plus que l'E.D.A. aussi se serait renforcée, probablement dans une mesure moindre, étant donné que ses slogans électoraux, « démocratisation de l'Etat », « indépendance nationale », « développement économique et social », « paix », n'offraient pas une alternative distincte par rapport au programme de l'Union du Centre, et, par là, ne facilitaient nullement une différenciation politique suffisamment claire entre I'E.D.A. et l'Union du Centre. Mais cette défaite de la droite aurait très certainement encouragé les masses ouvrières, paysannes, et étudiantes à dépasser les barrières que la bourgeoisie et les appareils bureaucratique de l'E.D.A. et du P.C. avaient réussi à maintenir en place.

Le premier but du coup d'Etat du général Patakos était par conséquent de prévenir les élections du 28 mai et d'éviter que ne se développe en Grèce une situation « à la dominicaine ». C'est ainsi que le colonel Makarezos déclara : « Tout le monde dans l'armée était dégoûté par ce qui se passait ; nous étions inquiets pour l'avenir, nous étions sur le chemin du communisme ». Les auteurs du coup d'Etat, ainsi que l'impérialisme américain, craignaient que Papandréou père et fils, tout comme Juan Bosch à Saint-Domingue, ne jouent le rôle inefficace d'un Kérensky. Car les masses ne se seraient pas satisfaites d'un gouvernement centre-droite, et même un gouvernement Papandréou aurait été à la longue irrésistiblement dépassé.

Mais il faut ici tirer une deuxième leçon des événements de Grèce : toute mobilisation des masses qui, faute d'une direction révolutionnaire, reste bloquée et ne peut lutter pour une perspective révolutionnaire précise, risque de se terminer « à la dominicaine », voire « à l'indonésionne », ce qui rend plus brûlante que jamais la tâche de former une nouvelle direction révolutionnaire.

S'il est vrai que la Grèce a connu ces dernières années une croissance économique ininterrompue, toute une série d'autres éléments doivent nuancer cette analyse. Les caractéristiques fondamentales de l'économie grecque empêchaient une solution permettant un gouvernement libéral. Pour qu'une solution politique de concessions à la classe ouvrière eut été possible, et ces concessions auraient dû être importantes pour freiner les masses, il était nécessaire d'avoir une base économique permettant d'octroyer des concessions.

D'après les chiffres de l'O.C.D.E., l'économie grecque avait réalisé en 1964 et en 1965 des taux élevés de production : le produit national brut avait augmenté de 8,7 % en volume en 1964, et de 7,3 % en 1965. Le secteur industriel avait progressé de 12 % en 1964 et de 9,6 % en 1965. Pour la première fois dans l'histoire du pays, la valeur de la production industrielle avait dépassé celle de la production agricole (28 % contre 25 %). Ces chiffres masquent cependant le fait que la structure de l'économie était toujours basée sur les industries grecques traditionnelles (alimentation, tabac, boissons er textiles), qui ont continué à occuper près de la moitié du total de la production. Ce n'est qu'à partir de 1967, lors de la mise en service de nouvelles entreprises, établies dans des secteurs particuliers avec la collaboration de l'impérialisme, Esso-Pappas à Salonique, Péchiney à Delphes, Saint-Gobain à Salonique, Société Anonyme des Phosphates à Néa-Karvali, que se produirait une modification progressive de la structure de la production. La plupart des industries traditionnelles se trouvaient pas dans une situation leur permettant de faire des concessions à la classe ouvrière. Leur taux de profit avait considérablement baissé, par suite de toute la série d'actions revendicatives entamées par les travailleurs à la faveur de la libéralisation papandréiste et de la raréfaction de la main-d'œuvre consécutive à l'émigration vers les pays de la C.E.E.

Quant aux armateurs, épine dorsale de la bourgeoisie grecque, cette branche d'activité, pompant en fait une partle de la plue-value capitaliste internationale par le transport maritime, était à l'abri de la lutte économique des travailleurs grecs.

Enfin, la récession européenne, provoquant les licenciements maind'œuvre étrangère en Allemagne (où le prolétariat grec émigré est particulièrement nombreux) et une perte de ressources pour la balance des paiements entraînant d'autres difficultés pour la bourgeoisie, d'autant plus difficiles à surmonter que les gouvernements civils avaient de moins en moins d'autorité.

D'où le deuxième but du coup d'Etat: détruire les syndicats et les organisa- poussé en Espagne le franquisme à mettions politiques de la classe ouvrière pour rétablir les marges de profits du tre fin à sa « libéralisation » du régicapitalisme. Les mêmes facteurs qui ont me ont, en somme, joué en Grèce aussi.

NATURE ET PERSPECTIVES DU REGIME MILITAIRE

Le régime contre-révolutionnaire du 21 avril est l'expression de la coalition entre les quatre forces réactionnaires suivantes : le Palais, dont on connaît l'énorme poids dans les structures politiques arriérées de la Grèce, l'état-major, l'impérialisme américain qui a pris la succession de l'impérialisme britannique, et l'aile réactionnaire de la bourgeoisie (spéculateurs fonciers, armateurs, industries traditionnelles). Dans ses prises de position dans l'émigration et dans ses premières publications clandestines, T'E.D.A. fait appel aux sentiments patriotiques de la résistance, pour lutter contre le régime qu'elle appelle fasciste. Son but est claire : il s'agit en réalité, non pas de remettre en vigueur les méthodes de lutte armée des partisans de l'E.A.M. et de son organisation militaire, l'E.L.A.S., mais de faire revivre l'idéologie « patriotique » et de collaboration de classe qui était celle du P.C. grec et de la direction de l'E.A.M. L'E.D.A. fait actuellement campagne pour la formation de comités et de fronts « patriotiques », regroupant la gauche, le centre et... la droite contre la dictature. Il ne s'agit donc pas seulement d'indiquer la différence qualitative qui existe entre la démocratie bourgeoise et le régime actuel, mais d'en appeler, ainsi qu'en témoigne l'appel adressé de Londres à l'émigration par le député E.D.A. en exil, Mercouri, à l'organisation d'une résistance dans laquelle, à nouveau, les dirigeants staliniens sacrifieraient délibérément le rôle dirigeant qui revient au prolétariat. Peut-on scientifiquement qualifier de fasciste la dictature contre-révolutionnaire? Les militaires au pouvoir utilisent les méthodes de répression du fascisme, y compris la déportation des prisonniers politiques dans les camps; leur but est, comme chez les fascistes, la destruction complète des organisations de la classe ouvrière. Mais la terminologie utilisée ne doit pas seulement avoir pour but de susciter la plus grande réprobation et l'horreur populaire : toute terminologie confuse peut aboutir à des conclusions politiques fausses. Toutes les formes de dictature contrerévolutionnaire de la bourgeoisie ne sont pas fascistes : en témoigne par exemple, la dictature militaire établie par Primo de Rivera en Espagne, et ce qu'en disait Trotsky :

« L'ancienne dictature de Primo de

Rivera en Espagne (1923-1930) est appelée une dictature fasciste par le Komintern. Est-ce juste ou non? Nous croyons que c'est incorrect. . Le mouvement fasciste en Italie était un mouvement spontané de larges masses, avec de nouveaux chefs issus du rang. C'était un mouvement d'origine plébéienne, dirigé et financé par les grandes forces capitalistes. Il était issu de la petite bourgeoisie, du prolétariat des bidonvilles et même, jusqu'à un certain point, des masses prolétariennes. Mussolini, ancien social-démocrate, était un « selfmade man » issu de ce mouvement. Primo de Rivera était un aristocrate. Il occupait une haute fonction militaire et bureaucratique, et était gouverneur principal de la Catalogne. Il accomplit son coup d'Etat avec l'aide des forces d'Etat et militaires. Les dictatures d'Espagne et d'Italie sont deux formes totalement difrérentes de dictature. Il est nécessaire de les distinguer. Mussolini eut des difficultés à réconcilier de nombreuses vieilles institutions militaires avec la milice fasciste. Le problème ne se posait pas à Primo de Rivera. Le mouvement en Allemagne dans ses grandes lignes est analogue à l'Italie. C'est un mouvement de masse dont les leaders emploient beaucoup de démagogie socialiste. » (Lettre de Trotsky à un camarade anglais, du 15 novembre 1931, dans « Fascism, what it is, how to fight it », Pioneer Publishers, New York, 1944, p. 11). La dictature militaire grecque est infiniment plus proche de celle de Métaxas, également venu au pouvoir — le 4 août 1936 — comme représentant de l'alliance des hautes sphères réactionnaires bourgeoises, du roi George II et de l'impérialisme (britannique), dans le but d'empêcher une coalition libérale de gouverner. Métaxas également disait (comme le rappelle André Kédros, dans son remarquable ouvrage La Résistance grecque, paru chez Laffont à Paris en 1966) : « J'ai pris un minimum de pouvoirs nécessaires pour faire face au danger communiste et je n'ai pas l'intention de les déposer avant d'avoir nettoyé le pays du communisme et instauré un ordre inébranlable. La presse grecque aussi bien que tous les Grecs seront tenus de respecter la discipline nationale. Pour l'heure, il n'est pas question que des élections nationales aient lieu », (proclamation du 4 août). Il est possible que la dictature militaire s'oriente, après quelque temps, vers

QUA l'instauration d'un régime à façade parlementaire. Dans ce cas, Karamanlis ou une autre figure de l'ER.E., pourrait, avec l'accord des militaires, remplacer l'actuel premier, Kolias. Cette perspective aurait pour avantage de faire accepter le gouvernement par les gouvernements bourgeois d'Europe occidentale, en particulier des pays membres de IO.T.A.N., tout en maintenant l'E.D.A. et le P.C.G. dans l'illégalité. La première déclaration du roi Constantin-lePetit, prononcée devant le nouveau gouvernement, ne semble pas exclure cette possibilité. Le roi, qui, d'après les déclarations de certains officiers, n'a pas éte directement impliqué dans le putsch « pour le protéger contre ceux qui risquaient de l'accuser d'être à l'origine de l'affaire « (colonel Makarezos), autrement dit pour ne pas l'entraîner dans un éventuel échec de l'opération, a affirmé devant les ministres qu'il était « persuadé qu'une démocratie véritable et saine serait rapidement rétablie »,

NOUVELLE

Il est vraisemblable que ces différentes orientations possibles entraîneront des dissensions internes dans la bourgeoisie grecque, en premier lieu entre l'aile « européenne », orientée vers l'association avec le Marché Commun, et les secteurs plus réactionnaires de la bourgeoisie.

Ceci conduira inévitablement la direction bureaucratique de l'E.D.A, à se subordonner à l'Union du Centre et à continuer sa politique de collaboration de classe. Il serait lamentable que le mouvement ouvrier grec reste enchaîné à cette direction. C'est pourquoi la formation de la direction révolutionnaire est la tâche numéro un. Sans aucun doute, un des premiers problèmes concrets qui conduira à des affrontements sera celui de la formation de comités de résistance populaires avec ou sans représentants de la droite. Car c'est de ce choix que dépendra le fait que ces comités deviennent des centres réels de I2 lutte, s'orientant non seulement vers la restauration des libertés démocratiques, vers l'organisation de l'aide aux familles des prisonniers et d'autres tâches utiles mais secondaires, mais aussi vers la nécessaire lutte frontale contre la dictature, c'est-à-dire la préparation de la résistance armée.

Le programme de la nouvelle résistance devra également poser, malgré et contre l'Union du Centre, le problème central de la monarchie : car la bourgeoisie grecque ne peut se passer de la Cour comme centre effectif du pouvoir, ainsi que tous les épisodes de la politi- et que son vœu était « le retour aussi vite que possible vers un gouvernement parlementaire ». Le fait que Dean Rusk ait immédiatement exprimé sa satisfaction pour ces paroles va dans le même sens.

Mais on ne peut exclure que la dictature militaire tente de se stabiliser au pouvoir, de gagner une base en organisant des bandes fascistes, en tentant d'obtenir une assise sociale. Métaxas avait également tenté de se diriger dans cette voie par une série de mesures sociales, par exemple en instaurant la journée de huit heures. Ils n'ont pas de chance d'y réussir, mais la situation internationale, le prolongement éventuel de la crise du Proche-Orient en tout premier lieu, pousse dans ce sens, tout comme il pousse à Chypre, le général Grivas à suivre l'exemple de ses collégues grecs et à réprimer un mouvement des masses qui se détourne de plus en plus de l'Enosis (Union avec la Grèce) dans le cadre atlantique. RESISTANCE que grecque l'ont montré. La monarchie a toujours été le bastion de la réaction, intervenant en collusion directe avec l'impérialisme, dans tous les problèmes essentiels du pays. Mais, pas plus en 1967 qu'en 1965 ou qu'en 1944, Papandréou ne peut mettre la monarchie en question, même quand celle-ci intervient directement contre son gouvernement, comme en 1965, pour maintenir son protégé Garoufalias au ministère de la Défense.

La crise grecque depuis 1965 a montré l'inanité des espoirs sur la transformation graduelle du pays en un pays socialiste, sur le passage pacifique, sur la voie parlementaire, en face de toute la gamme de moyens, parlementaires et extraparlementaires, dont dispose le capitalisme, comme elle a montré l'illusion fatale de tous ceux qui se bornaient à demander, comme l'Union du Centre et TE.D.A., que le roi respecte la Constitution.

La seule perspective pour les comités de résistance populaire est celle de la résistance armée et de la grève générale insurrectionnelle, qui doivent aboutir au châtiment populaire des officiers réactionnaires de l'I.D.E.A., à la formation d'une Assemblée constituante, qui balaie la monarchie, libère la Grèce du joug de l'impérialisme et de l'O.T.A.N. et ouvre la voie d'une République des Conseils des ouvriers et paysans de la Grèce !

C'est là, la seule voie de la libération de Prométhée, symbole du peuple grec enchainé !

1-6-1967. - 0190..

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