Nous publions ci-après : a) une déclaration du Secrétariat Unifié de la IV° Internationale prenant position sur le conflit qui a eu lieu. Ultérieurement le Secrétariat Unifié a adopté une résolution (que nous avons reçue trop tard pour ce numéro), faisant un premier bilan du conflit et définissant les perspectives pour les révolutionnaires arabes et israéliens; un document d'une organisation israélienne rédigée environ un mois avant l'éclatement des hostilités.
Pour la troisième fois en moins de vingt ans, le Moyen-Orient a été bouleversé par la guerre. Le cessez-le-feu imposé par l'O.N.U. et sanctionnant les conquêtes assurees par l'agression d'Israël, n'est qu'une nouvelle trêve d'une extrême fragilité. La période de négociations diplomatiques et de confrontations politiques qui s'ouvre pourrait coupée de nouveaux accrochages armés.
L'imbroglio du Moyen-Orient a été créé par l'impérialisme et exploité jusqu'ici à son seul profit. Dès la première guerre mondiale, l'impérialisme britannique avait fait des promesses contradictoires aux Arabes et aux Juifs. Pendant la deuxième guerre mondiale, les impérialismes « démocratiques » ne firent rien pour empêcher et stopper le génocide hitlérien à l'égard des Juifs. Au lendemain de cette guerre, les rescapés des camps nazis se virent opposer les quotas d'immigration des pays riches furent canalisés vers la Palestine où ils s'installèrent par la force dans une région pauvre, aux dépens des masses arabes plongées dans le dénuement et le désespoir. L'Etat d'Israël, d'inspiration sioniste, joua dès lors un rôle réactionnaire dans le Moyen-Orient, au service de l'impérialisme et contre le mouvement d'émancipation des masses arabes.
Ce rôle s'est concrétisé notamment dans la crise de 1956 lorsqu'Israël, profitant d'une conjoncture internationale qu'il estimait favorable à ses desseins, alliance avec les impérialismes français et anglais une attaque contre l'Egypte coupable d'avoir nationalisé le canal de Suez quelques mois auparavant. Onze ans plus tard, estimant encore une fois jouir de conditions favorables, Israël passait à nouveau à l'offensive et, toujours en accord avec l'impérialisme, organisait des provocations contre la Syrie qu'on voulait frapper en raison de la politique progressiste adoptée vernement. La riposte inévitable de l'Egypte aux menaces contre son allié et l'attitude prise par d'autres pays arabes furent le prétexte pour le déclenchement d'une campagne internationale contre le mouvement nationaliste révolutionnaire arabe, campagne savamment orchestrée et caractérisée par la participation des réactionnaires du monde entier, y compris dans certains pays d'anciens fascistes responsables des crimes les plus atroces contre les Juifs. C'est au cours de cette campagne que les ultras à la Dayan entrèrent dans le gouvernement d'Israël, ce qui signifiait que la guerre était désormais inévitable et proche.
Dans le conflit que les sionistes ont provoqué et qui est loin d'être conclu, même si les opérations militaires sont arrêtées, la IVe Internationale estime qu'il est du devoir du mouvement ouvrier international de rejeter de la façon la plus énergique toute position équivoque ou éclectique. Nous ne sous-estimons pas la complexité des problèmes qui se posent, notamment du problème du sort des masses juives installées dans cette région du monde qui ne sont nullement responsables des crimes de l'impérialisme et de l'Etat sioniste. Mais si tous ces problèmes doivent être soigneusement examinés dans l'élaboration des solutions, au moment où la lutte est déclenchée et se poursuit, mouvement révolutionnaire est résolument aux côtés des pays arabes et de leur révolution anti-impérialiste, contre l'Etat d'Israël. Si besoin était d'une confirmation du caractère de cet Etat et de sa politique, l'enthousiasme avec lequel les porte-parole de l'impérialisme de par le monde ont accueilli les succès miitaires de Dayan, et l'esprit de revanche contre les Arabes et les peuples engagés dans la révolution coloniale qui a soufflé ces dernières semaines, ont éliminé toute possibilité d'équivoque : Israël est une plaque-tournante du système impérialiste au Moyen-Orient et représente un obstacle majeur à la lutte victorieuse de la révolution arabe.
Sur le terrain militaire, l'Egypte et d'autres pays arabes ont incontestablement essuyé une défaite très sévère, dont les causes proches et lointaines devront être recherchées à fond dans l'intérêt du développement futur de la révolution au Moyen-Orient. Mais la victoire de Dayan est loin de pouvoir assurer une solution stable. L'Etat d'Israël lui-même, malgré son expansion momentanée, n'a acquis aucune garantie pour l'avenir. Sur le terrain politique, il devra faire face à de dures confrontations même à courte échéance.
D'autre part, le bilan de toute l'opération n'est pas positif pour les impérialistes, bien qu'ils aient évidemment marqué des points. Sur le terrain de l'épreuve politique qui s'ouvre, l'Egypte et les autres pays arabes disposent en réalité d'armes puissantes telles que le contrôle du canal de Suez et du pétrole de toutes ces régions. Mais c'est surtout la haine accrue des peuples arabes qui ont compris un fois de plus où est leur véritable ennemi qui réduit sensiblement la marge de manœuvre des impérialismes et rendra de plus en plus précaire et menacée leur présence dans le Moyen-Orient. Cela est d'autant plus vrai que la défaite militaire n'a impliqué ni démobilisation ni démoralisation du mouvement nationaliste révolutionnaire arabe qui connaît série de pays une vague de radicalisation. La manifestation la plus visible de celle-ci par la démission de Nasser, lequel retourna au pouvoir sous la pression d'une mobilisation populaire sans précédent dans la révolution égyptienne.
Les événements Moyen-Orient conséquences graves également pour la direction bureaucratique de l'Union soviétique qui s'est avérée incapable d'aider effectivement ses alliés et est allée jusqu'à rédiger avec les représentants des Etats-Unis cette résolution de l'O.N.U. du 7 juin qui sanctionnait le succès militaire d'Israël. Cela a provoqué à juste titre les réactions indignées des peuples arabes et diminuera sensiblement le prestige de l'Union soviétique dans tous les pays de la révolution coloniale. sous la pression certaines démocraties populaires qui, devant l'attitude passive de I'U.R.S.S. au Vietnam puis dans le Moyen-Orient, s'interrogeaient sur ce que serait éventuellement leur propre sort, le sommet de Moscou donnait l'impression d'une attitude plus ferme ; mais, à l'épreuve des faits, les contenues dans la résolution adoptée rencontre se sont avérées comme relevant essentiellement de la manœuvre diplomatique.
C'est la tâche des organisations révolutionnaires arabes de rechercher, en accord avec les noyaux d'avant-garde israéliens qui rejettent le sionisme, une solution valable de la question d'Israël, qui devra en tout cas impliquer la fin de la colonisation sioniste, l'expulsion de l'impérialisme de cette région du monde, et l'établissement par la collaboration des masses arabes et des masses israéliennes — de structures politiques qui permettent de s'acheminer vers une édification socialiste. C'est la tâche des avant-gardes révolutionnaires arabes d'analyser les raisons de la défaite militaire et de tirer toutes les leçons politiques s'imposent de façon à faciliter la mobilisation des dans les luttes qui se préparent, pour l'élimination des faux alliés à la Hussein et dans la perspective du socialisme.
C'est la tâche du mouvement ouvrier international de faire bloc autour des peuples arabes, de leur lutte révolutionnaire contre l'Etat d'Israël et ses maîtres impérialistes dans cette étape difficile de leur combat pour l'émancipation. C'est le devoir des Etats ouvriers d'exprimer leur solidarité par des actions concrètes, et non des phrases vides n'ayant d'autre but que de couvrir une attitude de capitulation réelle.
révolution arabe ! Vivent les conquêtes révolutionnaires de la Syrie et de l'Egypte! A bas l'Etat sioniste d'Israël et ses bailleurs de fonds et alliés impé-
Le 12 juin 1967