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La revue › n° 31

La nature de la dictature de Metaxas et les tâches du prolétariat grec

Pantelis Poliopoulos · Quatrième Internationale, n° 31 · juillet 1967 (3e trimestre) · p. 85-89 · 3 558 mots

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Le remplacement du gouvernement Canellopoulos par la dictature militaire du général Patakos est une tionnaire de l'impérialisme. Aux militants révolutionnaires grecs qui ont déjà nouvelle étape de la stratégie contre-révolutature, nous dédions le texte de Pantelis Poliopoulos que nous publions ci-dessous, entame, tant en Grèce que dans l'émigration, la lutte contre la dicpour la première fois en français.

Pantelis Poliopoulos a été un des premiers défenseurs, en Grèce, du programme de l'opposition de gauche, et fut le dirigeant de l'organisation trotskyste ensuite de l'Organisation des Communistes Internationalistes de de l'Organisation Communistes Internationaliste des ouvriers grecs, qui regroupait dans ses rangs la majorité des trotskystes de Grèce. Le texte que nous publions a été écrit lorsque Pantelis Poliopoulos, arrêté en 1938 par la dictature de Métaxas, était enfermé dans la forteresse d'Akronauplie. Il faut savoir en effet que, dans la prison, les discussions n'ont cessé entre les militants révodes diverses fractions sur les questions les plus guerre mondiale, la nature de la dictature, les problèmes de la défense de l'Etat brûlantes la

La plus grande partie du texte que nous publions — à l'exception d'un paragraphe — est tirée d'un « exposé sur le caractère de la dictature en Grèce et les tâches du prolétariat », écrit en juillet 1939 à Akronauplie, en polémique avec les staliniens et avec la fraction « défaitiste » (n'acceptant pas les mots d'ordre de défense de l'U.R.S.S.), qui avait formé l' « Union des Communistes Internationalistes de Grèce » et qui éditait l'organe « Front Ouvrier ».

Un paragraphe est extrait d'un autre texte, « Le 4 août dans le lit de Procuste (Théorie révolutionnaire vivante et schémas mécanistes figés) », écrit également à Akronauplie, en juillet 1940, dans le cadre d'une polémique avec 4. Stinas, dirigeant de la fraction « défaitiste ».

Après avoir connu successivement les prisons du Pirée, de Trikkala et de Larissa, Poliopoulos fut fusillé le 5 juin 1943 à Kournovo. . tourner leurs armes contre les bourreaux impérialistes. Les dirigeants du Parti harangua en italien les soldats du peloton d'exécution fasciste, les appelant Avant de mourir, il Communiste, informés de son attitude héroïque ont tout fait à l'époque pour faire croire que Poliopoulos était mort démoralisé : il ne pouvait pas être possible que l'ancien secrétaire général du P.C. grec, devenu trotskyste en 1928, meure en héros.

Avec Poliopoulos, Avec Poliopoulos, le mouvement trotskyste grec et mondial perdait un de des ses meilleurs dirigeants et théoriciens.

Une partie de son œuvre a été republiée sous le titre « Le Front Unique. La Deuxième Guerre Mondiale. La dictature du 4 août », par la Bibliothèque d'avantgarde, à Athènes, en 1958. C'est sur cette édition que la présente traduction a été basée.

F. C.

1. La dictature du 4 août 1936 a trois ans. Dans cet intervalle, les partis parle_ mentaires bourgeois ont disparu de la scène politique.. Les organisations de la classe ouvrière sont dissoutes et la plupart des militants sont déportés et emprisonnés. Le prolétariat na montré aucune résistance. Métaxas a organisé des corporations ouvrieres nationales et des associations paysannes avec comme base le « pouvoir du Chef » et une hiérarchie fasciste comme celles de Mussolini et d'Hitler. De temps en temps, il met sur pied des meetings populaires, où on le proclame le « premier ouvrier » ou le « premier paysan » du pays. Dans l'administration, dans l'enseignement et même dans l'Eglise il applique le même absolutisme bureaucratique, par l'intermédiaire de dirigeants nommés d'en haut. Il poursuit systématiquement une politique d'autarcie intégrale sur le plan économique, exactement comme le fait le fascisme, et il n'a pas manqué l'occasion de montrer par des actes sa sympathie vis-àvis des pays fascistes et à l'égard des nazis. Dans la presse dirigée, dans les écoles, dans les universités, partout, il propage chaque jour l'idéologie de l' « Etat intégral » et souverain, de l'anticommunisme, de l'antilibéralisme et de la démagogie anticapitaliste. Enfin, il a créé les phalanges, des corps paramilitaires, comme organisations correspondant à celles du national-socialisme et du fascisme. Toute la vie politique du pays se concentre chaque fois sur ce que Métaxas va dire, sur ce que Métaxas va falre. Ainsi, la Grèce, elle aussi, est devenue un pays fasciste avec un « Duce » ou un « Führer », I. Métaxas.

Ce sont de telles constatations, ce sont de telles qualifications, que fait le stalinism. Mais il en a été de même pour certains quatrième-internationalistes (1).

2. Le stalinisme n'avait pas eu besoin de tant d'indications pour trouver le fascisme dans les ordonnances royales qui, la nuit du 4 août (2), avaient dissous le parlement. Du temps des fameux frères jumeaux (fascisme = social-démocratie) et du « fasciste » Brüning et même avant, il avait déjà de temps en temps caractérisé ainsi aussi bien Vénizélos que Kondylis et Tsaldaris (3), et chaque gouvernement qui avait pris des mesures anti-ouvrières ou même simplement des mesures enfreignant les soi-disant libertés démocratiques de la démocratie bourgeoise ou du parlement. Les camarades dirigeants de notre organisation-sœur U.C.I.G. (4) ont eu besoin de plusieurs mois après le 4 août pour parvenir à la même caractérisation et tirer de celle-ci une série de « nouvelles tâches politiques » qu'ils ont mises en avant comme programme pour le futur « Parti Ouvrier Internationaliste de Grèce », ainsi qu'ils l'ont proclamé en ce tempslà dans leur bulletin clandestin. Ces « tâches » se résument ainsi, à savoir que notre réalisme politique doit nous obliger à nous limiter simplement à la propagande communiste, à la formation de cadres dans la clandestinité et à attendre principalement les victoires extérieures du prolétariat européen pour pouvoir émettre, face au régime fasciste déjà consolidé par la défaite des ouvriers, deux mots d'ordre politiques d'action contre la dictature, tels que ceux que nous avons eus jusqu'à maintenant. Et comme les défaites de l'Espagne et de France sont intervenues, le manque de possibilités politiques pour une action des masses contre la dictature devient plus visible pour toute une période encore indéterminée...

3. L'esprit dont ces camarades étaient imbibés était défaitiste. C'était l'esprit d'une politique passive et abstentionniste : « Il n'y a rien à faire ».

Et le résultat pratique de l' « antifascisme » stalinien ? Les 90 pour cent du Comité central, des membres, des cadres centraux et locaux du Parti communiste grec, son dirigeant parlementaire et le dirigeant adjoint de la fraction parlementaire, les dépu-

(1) Il s'agit de la fraction défaitiste. Les notes qui ne sont pas signées P.P. sont des éditeurs (F.C. et I.L.)

(2) Le 4 août 1936, le roi George II donna les pleins pouvoirs à Métaxas. (3) Avec les élections d'août 1928, Venizelos était venu au pouvoir, qu'il conserva pendant la période de la crise, jusqu'en mars 1933, quand les élections ramènent les royalistes au pouvoir, sous la présidence de Tsaldaris, chef du parti « populiste ». Venizelos conclut une série de pactes avec ses voisins balkaniques : Roumanie (1928), Yougoslavie (1929), avec l'Italie (1928) et même la Turquie (1930). Avec le pacte balkanique, signé en 1934 à Athènes, entre la Grèce, la Roumanie, la Yougoslavie et la Turquie, les dernières conditions techniques extérieures pour l'instauration de la dictature Métaxas seront mises en place. Un coup d'Etat renverse Tsaldaris et le remplace par le général Kondylis, aventurier transfuge du vénizélisme. Kondylis organise un plébiscite truqué, qui se prononce pour le retour du roi avec une majorité de 97 %.

(4) Union des Communistes Internationalistes de Grèce, organisation « défaitiste ».

tés (5) et la majorité de leurs suppléants, ses comités régionaux, ses dirigeants

Uses théoriciens (6) sont devenus des rénégats, ont déclaré officiellement leur adhésion à à la « politique patriotique » de la dictature pour « la défense des frontières contre les ennemis extérieurs et intérieurs ». La convention Sklavenas-Sophoulis (7) a trouvé sor. prolongement logique dans la convention Sklavenas-Métaxas et cela, peu de temps après que le Parti communiste grec, premier de tous les partis démocratiques du pays, serrait au Palais les mains du libéral George II, retour d'Angleterre (8).

4. Si le prolétariat du pays avait à choisir entre ces deux politiques, celle de « Front Ouvrier » défaitiste (9) et la social-trahison stalinienne, il se trouverait sans doute absolument incapable de contribuer par sa lutte indépendante au renversement de la dictature et d'avancer dans la voie sa libération définitive du joug capitaliste. A notre avis, un tel dilemme ne se pose pas pour nous, tant parce que les constatations politiques sont dans une grande mesure insoutenables, que parce que les conséquences staliniennes et défaitistes sont tout à fait erronées.

Si l'on nous disait uniquement qu'un régime qui abolit le parlement et qui dissout les organisations ouvrières doit être appelé aujourd'hui « fasciste », comme la plupart des bourgeois libéraux sont habitués à le faire dans les pays totalitaires, alors ce serait simplement une question de choisir le terme propagandiste le plus adéquat. Mais il ne s'agit pas du simple choix d'un terme, mais de base sociale, des appuis politiques du gouvernement dictatorial actuel en Grèce et de nos tâches face à eux. Et nous savons que l'obscurité et les ambiguïtés terminologiques qui sont utilisées cachent ordinairement une conception erronée ou confuse dans des situations déterminées.

Tous sont évidemment d'accord pour dire qu'il existe des différences entre la dictature du 4 août et les régimes qui existent aujourd'hui en Allemagne et en Italie. Mais la vérité est que tout ce qui caractérise fondamentalement ces deux régimes, fait défaut en Grèce, de sorte que, même si l'on se décidait à parler du « fascisme du 4 acût », de nouveau, les conséquences politiques seraient très différentes : dans ces pays, la dictature est une agence du capital financier, des capitalistes « non rassasiés », mais s'appuyant sur une grande base de masse : petits-bourgeois (la « poussière de l'aprèsguerre ») et même masses ouvrières désappointées par l'expérience de la démocratie (ouvriers provisoirement déçus par la révolution, trahie par les sociaux-démocrates et les staliniens), voilà d'où viennent les organisations massives et para-militaires (sur lesquelles s'appuyaient et où s'appuient dans une grande mesure ces dictatures); de là viennent les bureaucrates forcenés qui construisent « organisations corporatistes » fascistes et nationales-socialistes, leur soi-disant nouvel Etat. Certes, cette de masse, le fascisme peut la gagner dans une mesure plus ou moins large, soit avant, soit après le putsch. Mais cela présuppose nécessairement une longue expérience pour les masses petites-bourgeoises, des libertés de la démocratie bourgeoise, du parlementarisme bourgeois, et leur découragement relatif dans les conditions de la banqueroute du parlementarisme d'après-guerre...

6. En dehors de ces indices essentiels énumérés ci-dessus, la forme particulière de l'absolutisme de classe du capitalisme monopoliste qui s'appelle fascisme n'est pas concevable. Ces caractéristiques concernant l'origine et l'évolution historique du fascisme nous ont été données de façon remarquable par l'Internationale Communiste à ses Sème et 4ème Congrès, et par Trotsky depuis 1931-1938 (comparaison du fascisme et du régime soviétique d'aujourdhui dans son œuvre « La Révolution Trahie »). Jamais jusqu'à maintenant l'opposition de gauche et la Quatrième Internationale n'ont cessé d'insister sur le fait que chaque dictature qui dissout les organisations et qui frappe les libertés démocratiques n'est pas nécessairement fasciste. Si nous confondons toutes les autres formes de dictature avec le fascisme, nous ne contribuerions ni à la com_ préhension plus claire des formes multiples et contradictoires des phénomènes qui remplissent notre époque, ni à la fixation des tâches correspondantes du prolétariat révolutionnaire.

(5) Le P.C. venait de gagner 15 sièges aux élections de 1935. (6) Skitalis, Glinos. Ce dernier est maintenant en liberté à Athènes, après avoir signé une promesse de ne pas déranger le gouvernement. Ainsi, ce monsieur devient un traître plus « respectable » que Sklavena et Moskos. (P.P.)

(7) Sophoulis : chef du parti libéral. (8) Le retour de George II doit être considéré comme la première phase du coup d'Etat de Métaxas.

(9) « Front Ouvrier » était l'organe de l'U.C.I.G.

7. Lesquels de ces indices caractéristiques existent en Grèce, en Roumanie, ou dans n'importe quel autre des pays balkaniques où le parlement a été aboli plus ou moins complètement et où la dictature a été instaurée par la Cour et sa clique politico-militaire ? Aucun ! C'est pourquoi l'organe du parti frère français avait raison en écrivant l'an dernier à propos de la dictature du roi Carol de Roumanie, qu'elle n'était pas fasciste, mais bonapartiste, et cela bien que le travail, effectué ailleurs contre le mouvement ouvrier par le fascisme, se fasse ici par l'intermédiaire des rois et de leurs cliques. Car, malgré le synchronisme historique et les influences exercées par le fascisme les régimes bonapartistes, ces derniers ne sont pas régis par les mêmes lois historiques et leur destin ne poursuit par la même voie.

Ici, les masses n'ont pas eu le temps de connaître par leur propre expérience, comme en Occident, la démocratie bourgeoise, et, par conséquent, elles n'ont pas eu l'occasion d'être découragées par le parlementarisme et de passer ensuite au désespoir contrerévolutionnaire. Dans une certaine mesure, leurs illusions sont restées intactes, et malgré la dissolution de leur ancien parti et la méfiance à l'égard de plusieurs anciens chefs, la phraséologie de Métaxas les laisse indifférentes. Bien qu'elles soient tombés pour le moment dans l'inertie politique, dans le fond de leur conscience, elles ont continué à espérer en leurs anciens partis. Que Métaxas ait pu se maintenir pendant trois ans, sans avoir pu former ne fût-ce qu'un parti rudimentaire, malgré ses efforts acharnés et coûteux, ni un état-major à lui, ni non plus une formation gouvernementale — ses amis politiques l'ont abandonné - et dans sa composition son gouvernement ressemble à un bateau qui jette de temps en temps un passager par-dessus bord sur une mer démontée, tout cela montre au contraire combien était maladroite la surestimation des forces de cette dictature qui est impliquée par la qualification de fasciste.

9. L'impuissance de la dictature à organiser de nouvelles bases massives pour un « Ordre nouveau », se voit suffisamment dans l'histoire de l'Etat corporatiste qui a été annoncé par Métaxas il y a deux ans et demi. Depuis lors, cette affaire a été oubliée et la censure a reçu l'ordre de ne jamais permettre d'y faire allusion. Quand la dictature des meetings populaires avec l'aide de la police, avec des menaces de licenciements et avec comme assistants les curieux du dimanche, nous avons entendu défendre sérieusement que la dictature « commence à influencer sérieusement les ouvriers », grâce à sa législation sociale et peut-être même les paysans avec sa législation agraire. Il est vrai qu'elle a fait des efforts, surtout pendant la deuxième année, pour imiter les fascistes en formant des « corporations nationales » des masses ouvrières...

Ces mesures n'étant pas capables de gagner des ouvriers en faveur de la dictature, cet effort a été abandonné aux bons soins routiniers d'un « sous-ministre du Travail »...

Indiscutablement, le niveau de vie et le pouvoir d'achat de la journée de travail sont tombés. Dans plusieurs secteurs, ces mesures ont provoqué un chômage artificiel avec la possibilité de licenciement arbitraire...

Il n'y a aucun secteur de la classe ouvrière où la dictature ne soit détestée. Sa réalisation principale, la constitution d'un réseau étendu d'agents de police dans les grands centres prolétariens, le désarroi des cadres ouvriers, la déception amère entrainée par le seul parti ouvrier, le P.C. grec, le manque d'une nouvelle direction de la classe, l'absence d'un nouveau parti communiste, les effets des défaites en Europe, voilà les raisons — et non pas la « politique ouvrière » de Métaxas - de la passivité de la classe ouvrière..

13 La base politique de la dictature, son point d'appui mécanique, les officiers de la cour sont solidaires du roi, et ont peur de l'ébranlement de son trône qui serait un danger pour leur caste. Mais il y a de nombreux cas où ces mêmes officiers ont manifesté leur inimité au général Métaxas. Cette opposition qui est ancienne a perduré pendant le triennat de la dictature et s'est tendue avec la croissance de l'inquiétude angoissée du corps des officiers pour la position extérieure du pays (toute une série de mouvements de conspiration et de coups d'Etat manqués, marquent le rapprochement entre les fractions royalistes, les officiers démocrates et les officiers apostats). Ainsi la dictature du 4 août apparaît tant dans le domaine économique et social que dans la base mécanique sur laquelle elle s'appuie, comme beaucoup plus faible et plus instable et peut-être comme la plus faible de toutes les dictatures balkaniques. Et ceci, bien

Wait mené à terme son premier triennat. Comme tout le le sait dans tous les pays balkaniques, la dictature bonapartiste compte plus de trois ans (le neveu Bonaparte a eu besoin de plus de 20 ans après son coup d'Etat de 1850).

14... Si Métaxas s'est présenté lui-même comme celui qui allait sauver le pays d'une révolution sociale imminente - tout comme le fascisme en Allemagne et en Italie - persistante ce n'était qu'un mensonge visant à camoufler le coup d'Etat de la Cour. Mais lorsque nous entendons les dirigeants de l'Union Communiste Internationaliste de Grèce raconter la même chose que Métaxas, à savoir qu'il y avait en Grèce en 1936 une situation révolutionnaire, alors il faut dire que ces camarades exagèrent et ne nous donnent aucune preuve d'un esprit réaliste. Les événements de Salonique (mai 1936) et la fermentation qui a précédé et suivi ces événements ont simplement montré que, si le Parti communiste grec n'avait pas trani les masses révoltées au profit des collaborateurs libéraux de Metaxas (Zanna, Mavrokordatos), la classe ouvrière aurait pu gagner une grande victoire, consolider et améliorer ses positions et créer ainsi des conditions meilleures pour ses luttes finales. Surtout, il pouvait à coup sûr détruire les projets pour imposer la dictature. Cela, c'est le crime du stalinisme en Grèce, le plus grand jusqu'à la guerre qui vient : la dictature du 4 août a été rendue possible par la trahison du P.C.G...

45. (10) Le camarade S. (11) s'étonne devant l'idée qu'on peut défendre qu'en Grèce « les luttes décisives entre la classe prolétarienne pas encore eu lieu ». Ceci est pourtant une vérité qui saute aux yeux. Si la dictature du 4 août est venue au pouvoir cela résulte précisément du fait que le P.C.G. a empêché le prolétariat de livrer une lutte décisive contre la réaction. S'il l'avait livrée, toutes les conditions historiques indiquent qu'ils l'aurait gagnée, que le 4 août n'aurait pas quatre ans et que le camarade S. n'aurait pas l'occasion de mobiliser mécanistes et son imagination pour en démontrer le caractère fasciste. Cette politique de retraite que le P.C.G. a adoptée dès le début et surtout en 1936 s'appuyait sur la crainte qu'une accentuation de la lutte de classe n'apporte la dictature, alors qu'en réalité c'était exactement le contraire qui se passa : la crainte de la lutte l'a rendue inévitable. La dialectique de l'histoire a ainsi fermé la boucle avec une ironie tragique pour le P.C.G. : il a essayé d'éviter la dictature avec certains moyens, ces moyens l'ont précisément provoquée.

15. La dictature actuelle en Grèce est donc une dictature royale, une forme contemporaine du bonapartisme qui se présente comme l'arbitre « national » suprême de torces rivales dont l'opposition impétueuse a mené celles-ci à l'impasse. C'est une dictature qui dissout le mouvement ouvrier au moyen d'une terreur effrénée, dans le but de conserver et d'améliorer les conditions d'exploitation des masses par la classe dominante et surtout dans le but de les préparer pour la nouvelle guerre impérialiste. Elle s'appuie sur la gendarmerie royale, la police et le corps des officiers royalistes. Les succès de la réaction à l'extérieur ont renforcé la dictature grecque, de la même manière que les défaites corrélatives du prolétariat européen ont diminué la confiance des ouvriers grecs en eux-mêmes et contribué à leur passivité.

20. Les tâches politiques centrales qui se posent au nouveau parti communiste en Dans les conditions actuelles de terreur la plus violente, les communistes-internationavoie de formation sont le renforcement de la dictature et la lutte contre la guerre. listes doivent organiser la lutte contre la dictature en commençant par les revendications économiques et politiques immédiates des travailleurs et lier étroitement toute la lutte contre la dictature à la lutte contre la guerre.

En démasquant devant les masses les plans de guerre et de la dictature et des autres partis bourgeois et en dénonçant la trahison du parti stalinien, nous les appelons à réaliser le front unique pour la lutte pour les libertés revendications immédiates. Avec l'organisation de comités clandestins (avec un syndicales et politiques et les tère de front unique là où c'est possible) dans les usines, dans les unités militaires, les caracquartiers, partout où nous le pouvons, conduisons le prolétariat et toutes les masses laborieuses dans la guerre à la guerre de la bourgeoisie grecque, pour la défense des minorités contre l'exploitation éhontée qu'elles subissent, pour les conduire quand la guerer éclatera à la transformation en une guerre civile pour la Grèce socialiste, pour la Confédération socialiste des Balkans, pour les Etats-Unis socialistes d'Europe.

Akronouplie, Juillet 1939. (Traduit du grec par I. Loukianos)

(10) Le passage suivant est extrait de « Le 4 août dans le lit de Procuste », juillet 1940.

(11) Il s'agit d'A. Stinas.

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