Il est habituel au mouvement ouvrier japonais de commencer ses grandes luttes annuelles pour l'amélioration des conditions de travail, en mars, avril et mai, au cours de la campagne dite « de printemps ».
La campagne de cette année a déjà commencé : la première action unie nationale des syndicats s'est déroulée le 2 mars selon le plan du Sohyo, Fédération nationale syndicale de gauche, la plus importante du pays. Le Domekaigi (Union générale, à à droite), deuxième centrale syndicale du
1. - LE PLAN
En novembre dernier, après la formation du Comité pour les luttes unifiées de la campagne de printemps, le Sohyo a établi un plan d'action qui fut publié, et qui appelait à une phase préliminaire en février et mars pour atteindre un point culminant en avril dans une action concentrée dans l'industrie. Les 27 et 28 février, un congrès national spécial avait déjà été organisé pour commencer la campagne.
Le 2 mars, s'est tenue la première action industrielle d'ampleur nationale consistant en meetings organisés sur les lieux de travail par chaque syndicat. avec des réunions de membres par districts, et des meetings à Tokyo, pour traiter des problèmes syndicaux particuliers portant sur des revendications telles que l'augmentation des salaires, contre la hausse des prix, un meilleur système de fixation du salaire minimum, une réduction de la semaine de travail sans réduction de salaire. Du 8 au 10 mars, il y a eu un mee-
EN PLEIN BOULEVERSEMENT
La plupart des sociétés japonaises publient leur budget deux fois par an, en septembre et en mars. On doit les étudier si l'on veut comprendre les tendances ac-
Japon, y participa elle aussi. Elle avait pratiqué une politique d'abstention au cours des précédentes campagnes.
Cette année, la « campagne de printemps » revêt une signification particulière si on la considère dans son contexte d'un retournement économique et à la suite d'élections générales où le soutien électoral du parti socialiste (parti situé à gauche si on le compare à l'Europe) est resté statique par rapport aux progrès du Parti socialiste démocrate qui contrôle l'Union générale, la plus conservatrice. DE CAMPAGNE ting national de délégués pour discuter de la tactique de la campagne et on a fixé la date du 30 mars pour une action nationale unie dans l'industrie, encore plus résolue que la précédente.
Suivront d'autres actions en avril pour une amélioration des conditions. Les syndicats qui ne seront pas parvenus à des accords satisfaisants avec le patronat après le ler mai, devront continuer la lutte. Les employés municipaux et ceux des transports considérés comme la force principale de cette campagne. chercheront à satisfaire leurs revendications dans le courant de mai. Ils créeront des comités de grève.
Concurremment, on mènera des luttes pour un niveau minimum de salaire, pour une révision de la loi sur les pensions de vieillesse et autres lois du code du travail, lutte qui atteindra toute son intensité en mai, lors de la rentrée parlementaire. DE L'ECONOMIE JAPONAISE tuelles de l'économie. En septembre der nier ces publications montraient que les bénéfices des sociétés s'étaient accrus de 28,2% (entre avril et septembre) pendant
2. — LA CAMPAGNE ARRIVE
2. — LA CAMPAGNE ARRIVE
INTERNATIONALE l'année précédente. Celles de mars vont montrer un accroissement encore plus grand. Les primes en décembre dernier (les travailleurs en reçoivent deux fois par an) étaient de 78.000 yens (environ 105 F) environ 15% de plus que les 67.000 yens (90 F) l'année précédente. Le comité de la campagne de printemps a expliqué que les ouvriers ont besoin d'obtenir d'importantes augmentations cette année, car l'inflation arrive généralement en période de bouleversement économique. Dans un « livre blanc » sur les salaires, dans un chapitre intitulé : « La situation actuelle dans la classe ouvrière », le comité dit que le salaire moyen nominal a augmenté de 10%. ce qui est fort loin derrière la hausse des prix des biens de consommation qui le dépasse de 7,6 %. Ce qui signifierait que les salaires réels ont augmenté seulement de 2,2% en 1965 et de 4.2 % dans la première moitié de 1966.
Par ailleurs, Heigo Fujii, président de la compagnie du fer et de l'acier Yahata, a déclaré que les compagnies du fer et de l'acier pourraient éventuellement être contraintes à accepter des augmentations de salaires mensuelles de 4.000 yens (54 F).
D'autres directeurs ont exprimé le même sentiment. Ils voient l'obligation inévitable d'accorder des augmentations de salaire, aussi concentrent-ils maintenant leur énergie sur un changement dans le système de paiement particulier au Japon. Et ils s'efforcent d'obtenir que, dans le processus, ils puissent gagner des concessions qui permettent de surmonter la résistance à l'automation plus facilement.
Actuellement, il ne semble pas exister de désaccord majeur entre syndicats et compagnies sur la nécessité de la réforme. Elle est posée par la modernisation industrielle et l'automation, en même temps que par le manque d'ouvriers d'un âge minimum. Ils sont unanimes à reconnaître que l'on ne peut faire cette réforme sans accorder en même temps une certaine augmentation des salaires. Le problème pour eux, c'est comment faire ce changement et quelle forme lui donner.
Commentant la nécessité d'élever les salaires ‚le Sohyo déclare dans le « livre blanc » (1):
(1) Il faut remarquer que le « livre blanc » utilise une terminologie keynesienne qui n'est pas très familière aux militants syndicaux japonais traditionnellement sous direction marxiste, que ce soit socialiste ou communiste ».
Des directeurs de grandes compagnies parfaitement conscients du bouleversement économique sont très réticents à en discuter par rapport aux salaires. Maida, par exemple, directeur de Nikketren (Fédération des industries japonaises) déclarait récemment que, puisque l'économie doit beaucoup à la guerre du Vietnam, personne ne sachant où conduit cette guerre, tout le monde doit avoir des craintes pour l'avenir de l'économie.
Avec un programme pour 1969 de complète libéralisation du transfert des capitaux, et avec l'accroissement de l'aide économique aux pays sous-développés à 1% de l'économie nationale pour 1970, la bourgeoisie tient particulièrement à placer ses compagnies en meilleure position de concurrence. déclarant avec insistance que l'accroissement du salaire normal devrait être inférieur à l'accroissement réel de la productivité par tête.
« Le nombre des salariés a maintenant atteint plus de 60% de la population travailleuse. L'époque est maintenant révolue où les conditions de vie et les salaires les plus bas étaient déterminés par le bas niveau des revenus paysans. Nous sommes à une période où les salaires des travailleurs, spécialement des travailleurs organisés devraient déterminer le niveau national. Les luttes pour des salaires plus élevés sont donc des luttes en vue d'un niveau de vie plus élevé pour le peuple japonais dans son ensemble.
« Ceci signifie que le moment est proche où l'économie japonaise dépendra d'une consommation individuelle élevée. La priorité d'une économie d'exportation basée sur de bas salaires, disparaît. L'économie dépendra de l'augmentation de la consommation individuelle dans le marché intérieur.
« Notre perspective est de passer de l'époque des bas salaires à celle des hauts salaires. La portée de cette revendication montre clairement le début d'une période nouvelle ».
Dans cette perspective, le Sohyo insiste sur une amélioration rapide des conditions des travailleurs des plus basses catégories. Le « livre blanc » souligne leur existence misérable. Il y a 4.520.000 familles dont le revenu annuel est inférieur à 220.000 yens (2.970 F).
Le « livre blanc » donne des chiffres résultants d'une étude sur 26.440.000 travailleurs non-agricoles.
3. - LA HAUSSE DES SALAIRES
ET LES CHANGEMENTS DU SYSTEME DE SALAIRE
3. - LA HAUSSE DES SALAIRES
ET LES CHANGEMENTS DU SYSTEME DE SALAIRE
Nombre de sections syndicales par nombre
INTERNATIONALE d'adhérents.
Total
5.000 trav. et plus de 1.000 à
, 4.999 de à de à
•• de à
• • de à
Moins de 29
1960
7.661.568
3.338.036
1.743.305
684.575
836.866
485.632
458.181
94.973
1961
8.359.876
3.607.421
1.912.382
727.126
949.007
539.677
520.294
103.969
1962
8.971.156
3.927.496
2.069.449
779.827
988.550
556.638
545.569
103.627
1963 1964 9.357.179 9.799.653 4.117.599 4.236.823 2.169.653 2.354.710
812.426 819.962
570.439 615.198 1.018.166 1.065.990
652.672 597.057
106.224 109.913
Note. - Ces chiffres représentent les syndicats qui comprennent des membres non affilles à des sections, mais directe-
Il est important de se rappeler qu'un syndicat au Japon est une entité en soi, équivalent à une section syndicale dans les pays occidentaux, comprenant les travailleurs d'une compagnie particulière à l'exclusion de toute autre, même appartenant à la même industrie. Le nombre de sections syndicales, par exemple l'Union nationale des Chemins de fer, révèle le nombre de sections de la Corporation nationale des Chemins de fer. Ainsi les tableaux du nombre des syndicats et de leurs adhérents peuvent exprimer non seulement la force variable des syndicats mais aussi le développement des compagnies et corporations et de leur monopolisation.
Ce qu'il faut souligner, c'est le rapide accroissement du nombre des syndicats comportant moins de 199 membres. Ce développement est dû à une lutte pour les salaires et de meilleures conditions de travail, habituellement inférieurs dans les petites usines ; ainsi qu'à la rareté des jeunes travailleurs et à la hausse des prix. Le militantisme du Sohyo s'est concentré sur ce secteur. C'est aussi la raison de son expansion.
Contrairement au Sohyo, le Domeikaigi s'est particulièrement préoccupé des grandes firmes modernisées, mais il n'a cependant pas réussi à organiser plus d'ouvriers ou à expliciter son programme pour un nouveau système de salaires. Jusqu'ici ses propositions ne reviennent qu'à reconnaitre le droit des patrons à rationaliser, ment à des syndicats nationaux. (Ministere du Travail, Registre annuel du Travail, 1962, 1963, 1964, 1965, 1966). en demandant une participation à tout accroissement de la productivité. Il a abandonné ses positions les plus caractéristiques. Tandis qu'il critiquait dans le passé le Sohyo de façon droitière sur le problème des contrats à long terme, en optant pour des accords de deux ou trois ans et disant qu'il était plutôt stupide que les travailleurs luttent chaque année pour leurs salaires, il participe maintenant à la campagne de printemps : Haruo Wade, président adjoint du Domeikaigi, a expliqué pourquoi : • « Dans le passé nous avons demandé des hausses de salaires tous les deux ou trois ans, parce que nous croyions plus intelligent d'avoir un contrat et des salaires stables qui ne nécessitaient pas de révisions trop fréquentes. Mais, à cause de la hausse des prix, nous avons décidé de participer à la campagne de printemps. »
Ce sont des arguments purement fallacieux. La hausse des prix n'est pas chose nouvelle. En fait, l'inflation actuellement n'est pas aussi forte que lorsqu'ils proposaient les contrats à long terme. Mais ils ne s'inquiètent nullement de la contradiction entre les faits et leurs explications.: pour eux, la chose essentielle, c'est la campagne de printemps.
On pense que le syndicat des marins, affilié au Domeikaigi jouera un rôle primordial.
La compétition entre le Domeikaigi et le Sohyo doit seulement stimuler la lutte
L'INFLUENCE DES ELECTIONS GENERALES
La direction du Domeikaigi se sent exdémocrate a accru le nombre de ses siè trêmement rassurée depuis les dernières ges au Parlement.
élections générales où le Parti socialiste
Q
Résultat des élections générales.
Dém. lib.
Nbre de voix
1967
22.447.834
Soc. dém. Komei P.
Social.
12.826.099
3.404.462
2.472.371
Comm.
Autres gr. Indép.
2.190.563
101.244
2.553.988
1.646.477
51.477
1.956.315
5,5
4,8
0,2
0,1
4,8
1,9
1,2
2,8
1967
48,8
27,9 de 30
Plus à 40 ans de 40 ans
%
%
8,7
2,2
6,2
4,9
9,9
2,1
5,6
2,6
4,4
14,6
7,5
11,2
6,1
15,7
8,5
21,4
11,6
11,6
12,5
19,9
16,4
24,4
14,8 fluidité de la force de
(suite page 84)
1963
% de voix
1967
1963
% de sièges
1967
1963|
.423.915
48,8
54,7
11.906.766
3.023.302
27,9
7,4
5,4
7,4
28,8
6,2
5,1
30,8
4,9
(Industries manufacturières)
Echelle des usines
Plus de 5.000 pers.
1.000 à 4.999 à 999 a
(Associations de
1960 1962 1964 1960 1962 1964 1960 1962 1964 1960 1962 1964
Moins de 25 ans
%
72,7
79,3
72,7
80,8
78,1
66,4
68,9
60,2
54,7
64,4
47,6
48,4 de 25 ans
%
16,3
9,6
10,5
11,5
13,8
15,6
12,2
11.6
16.2
12.3 travail et détermination des salaires, 1966).
(Keishi Matsuhita, Korohendo to Sen gominshushugi, Sekai, avril 1967).
En dehors du fait que cette assurance seulement pami les dirigeants du parti, du D.S.P. soit justifiée ou non, la stagnamais surtout parmi les militants de base tion du vote pour le Parti socialiste a produ Sohyo. Ce qui prédomine, pour eux, voqué de vives discussions sur la polic'est le fait que le vote soit resté le même depuis 1960.
tique et les programmes du parti, non
Vote des démocrates libéraux et des socialistes.
1958
1960
1963
Démocrates libéraux
57,8
57,6
54,7
%
Socialistes
32,9
27,6
(Keishi Matsuchita... avril 1967).
L'accroissement des votes en faveur des
P.S. mais au contraire beaucoup ont voté pour le P.C.
candidats du P.C. de 1,2% à 4,8% alors que le parti socialiste enregistre une baisse
Le tableau statistique suivant montre clairement qu'il est urgent à la fois pour de 29 à 27% montre que les travailleurs le Sohyo et le P.S. d'élaborer un proles plus militants des petites usines qui gramme concret pour ce secteur de la ont rallié le Sohyo, n'ont pas voté pour le classe ouvrière.
Changement de groupe d'âge dans la composition ouvrière.
(Keishi Matsuhita, Korohendo to Sen gominshushugi, Sekai, avril 1967).
En dehors du fait que cette assurance seulement pami les dirigeants du parti, du D.S.P. soit justifiée ou non, la stagnamais surtout parmi les militants de base tion du vote pour le Parti socialiste a produ Sohyo. Ce qui prédomine, pour eux, voqué de vives discussions sur la polic'est le fait que le vote soit resté le même tique et les programmes du parti, non
Vote des démocrates libéraux et des
1958
57,8
32,9
(Keishi Matsuchita... avril 1967).
L'accroissement des votes en faveur des
P.S. mais au contraire beaucoup ont voté candidats du P.C. de 1,2% à 4,8% alors que le parti socialiste enregistre une baisse
Le tableau statistique suivant montre clairement qu'il est urgent à la fois pour de 29 à 27% montre que les travailleurs le Sohyo et le P.S. d'élaborer un proles plus militants des petites usines qui gramme concret pour ce secteur de la ont rallié le Sohyo, n'ont pas voté pour le classe ouvrière.
Changement de groupe d'âge dans la composition ouvrière.
planification économique. Etude de la
(suite page 84)
Dans les petites usines, la composition de jeunes ouvriers est un facteur décroissant. Dans les grandes usines qui comprennent un pourcentage supérieur de syndiqués comme le montre l'autre tableau, les ouvriers qui sont très jeunes attendent encore un programme en ce qui concerne le problème de leur système de salaire. Il est urgent de discuter immédiatement le programme et la stratégie indispensables pour entraîner les jeunes ouvriers combatifs. S'ils peuvent avoir un programme correct, ce secteur peut assumer la direction de la classe ouvrière japonaise dans son ensemble. C'est maintenant, durant la campagne de printemps, le moment de discuter un tel programme.