Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 31

Déclaration du Comité Exécutif International pour ouvrir la discussion sur les développements de la révolution chinoise

Quatrième Internationale, n° 31 · juillet 1967 (3e trimestre) · p. 66-71 · 4 054 mots

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La crise qui a secoué la Chine de façon ininterrompue depuis novembre 1965 a surgi d'abord comme une crise de la direction du Parti communiste chinois. Cette direction, formée avant tout pendant la guerre contre le Japon et dans la révoavait essentiellement conservé son homogénéité pendant les dix années qui suivirent la victoire de la révolution. Elle s'est désagrégée face aux problèmes rieurs et internationaux qui se sont posés à partir de 1959 et aux tensions sociales nouvelles qui ont surgi en fonction de ces problèmes.

Au cours de la lutte violente qui a résulté de cette crise de direction, et raison notamment des formes de la « grande révolution culturelle » qu'elle a prises, les appareils du Parti, de l'Etat, des syndicats, des jeunesses, etc. ont été bouleversés de fond en comble. Pour les mêmes raisons, les rapports entre les dirigeants, les appareils et les masses ont également subi des changements fondamentaux. Pour la première fois depuis la fondation de la République Populaire de Chine en 1949, les masses, et notamment les masses prolétariennes des grandes villes, se sont mobilisées dans un rrocessus dont l'aboutissement logique serait celui d'une révolution politique antibureaucratique.

Tout retour à la situation antérieure à la « révolution culturelle » est exclu. La reconstitution d'une direction unifiée disposant d'une autorité tant soit peu comparable à celle qui avait renversé le régime du Kuomintang et la restructuration d'appareils disposant d'une forte emprise sur les masses sont rendues d'autant plus difficiles qu'au cours des événements a été mis en avant toute une série de thèmes idéologiques qui ont été pris au sérieux par la jeunesse et par les masses cuvrières. L'emploi de mesures répressives sur une très large échelle est également rendu difficile, car il ne serait possible que par un recours étendu à l'armée, elle-même très affectée par la crise et dont la capacité d'action doit pour le moins être maintenue tace au danger de guerre créé par l'escalade américaine au Vietnam.

LES DIVERSES PHASES DE LA CRISE

Rappelons les diverses phases de la crise déjà mentionnées :

a) une première phase allant de novembre 1965 à la fin d'avril 1966, pendant laquelle le groupe dirigeant semble tâter le terrain en engageant des polémiques sur des sujets qui pouvaient apparaître secondaires pour les non initiés mais qui visaient les intellectuels les plus critiques à l'égard de Mao. En même temps il imposait, sans trop de bruit, une réorientation ou une rectification dans certains secteurs fondamentaux (armée, industrie) :

b) une deuxième phase allant de mai jusqu'à la fin de juillet 1966, caractérisée par l'offensive contre le groupe de Pékin (Peng Chen) et des intellectuels éminents, et leur élimination, ainsi que par la première vague de la « révolution culturelle » ; c) le Plenum du Comité Central d'août 1966 dont la durée (douze jours) témoigne de l'ampleur du débat et des résistances au sommet, Plenum qui se termine par l'adoption d'une résolution en 16 points, où sont ratifiées formellement les positions défendues par le groupe de Mao ; d) cependant, immédiatement après le Plenum du Comité Central, de nouveaux conflits apparaissent au sommet. Une deuxième vague de la « révolution culturelle » est lancée avec la mobilisation des étudiants et des élèves des écoles, et la forma- tion des gardes rouges. Les dirigeants plus particulièrement visés au cours de cette phase sont Liu Chao Chi et Teng Hsiao Ping.

Dans la période qui s'étend de la clôture du Plenum jusq'au début de décembre 1966, le groupe de Mao n'est pas parvenu à obtenir des résultats satisfaisants résoudre la crise. Des conflits se produisaient entre des groupes de gardes rouges et des groupes d'ouvriers et de paysans ; des divisions se manifestaient au sein même des résistance croissante se manifestait dans les appareils d'Etat et du parti aux attaques des maoistes ; la tendance Mao elle-même oscilla à plusieurs reprises, et des divi sions commencèrent à se produire dans son sein, ce qu'attestent les vicissitudes de quelques personnalités.

La lutte devint de plus en plus âpre et c'est probablement à cette époque qu'eu rent lieu les premières répressions, admises plus tard par des sources officielles Mao ne pouvait plus se contenter d'appliquer la ligne fixée au Plenum d'août 1966 et devait prendre des initiatives nouvelles

Be) après quelques démarches préparatoires, le groupe Mao qui ‚jusqu'alors, avait cherché un soutien essentiel parmi les jeunes, décida de chercher un appui auprès ces masses ouvrières et paysannes et, aussi, de préparer l'armée, malgré des divisions persistantes, à jouer un rôle plus important et décisif que les phases antérieures. En même temps, d'autres fractions de la bureaucratie faisaient également appel aux masses.

Ps a muti qui aes ent ses a mobilise des garde ses treme cologies Pour mobiliser les masses, le groupe Mao avança des thèmes idéologiques identiques à ceux qui avaient servi à mobiliser Les ouvriers furent appelés à éliminer les « partisans de la voie capitaliste » qui s'étaient infiltrés dans les appareils économiques et politiques, à faire valoir leurs volontés et leurs aspirations, à élire des comités révolutionnaires en s'inspirant de l'exemple de la Commune de Paris. A l'armée, il était dit que son devoir était de ne pas se tenir à l'écart et qu'elle devait participer directement à la lutte politique dans un moment où se produisait un conflit majeur. Certaines fractions cherchaient à mobiliser les masses sur les aspirations des travailleurs à l'autonomie.

LES EVENEMENTS DE SHANGHAI C'est dans cette phase que se produisirent les événements qui ont bouleversé pendant plusieurs semaines de nombreuses villes et centres industriels, entre autre Shanghai, ainsi que des mouvements dans certains districts paysans.

Il faut rejeter comme fausse toute explication de cette période par l'action de réactionnaires. D'ailleurs, tout au cours de la crise, les survivants de l'ancien régime ne paraissent avoir joué aucun rôle tant soit peu notable, même dans les campagnes.

La cause immédiate des événements de janvier 1967 se trouve dans l'éclatement de la direction du P.C. chinois et dans la désagrégation grandissante des appareils du Parti et de 1'Etat à tous les niveaux. Ainsi se créa un vide, une carence relative des pouvoirs. Dans ces conditions, et les appels aux masses aidant, les différentes forces sociales se sont mises en mouvement, chacune sous l'impulsion de ses exigences et de ses objectifs propres. Ainsi, une crise commencée comme crise d'une direction due à des conflits sur des problèmes intérieurs et internationaux et, probablement, aussi sous l'effet d'une ranimation des masses, se transformait en une crise sociale où, par delà les slogans officiels et les manœuvres tactiques de tel ou tel groupe ou frac tion de la direction, se dessinaient et s'affrontaient pour la première fois toutes les tendances fondamentales au cours de la période de transition du capitalisme au socialisme.

Les mouvements des ouvriers tendaient rapidement à se développer sur une base beaucoup plus ample et plus concrête que ne l'avaient fait ceux des gardes rouges, avec une dynamique relativement autonome, des objectifs et un contenu propres, et à aller bien au delà des appels vagues et généraux des fractions en présence.

Le mouvement des ouvriers de Shanghaï, la ville la plus industrialisée de la Chine et la plus riche de traditions révolutionnaires, a une portée antibureaucratique incontestable. Le mouvement s'est déclenché contre ceux que les ouvriers considéraient comme étant les responsables de leurs difficultés matérielles et de l'absence d'une démocratie prolétarienne véritable. Les ouvriers ont recouru à leurs moyens de lutte traditionnels, des arrêts de travail aux grèves proprement dites, des manifestations de rue à l'occupation de bâtiments officiels, de la désignation de délégations à leur envoi auprès des autorités régionales et même auprès des autorités centrales.

Selon les informations, les revendications ont concerné aussi bien les salaires que les conditions de vie plus générales. Le problème des logements parait avoir joué un rôle particulier, des gens - qui devaient évidemment être mal logés — s'étant installés dans des maisons et des bâtiments.

Dans les campagnes, les mouvements ont été beaucoup plus faibles et limités en genéral aux régions les plus proches des grands centres ouvriers. Les revendications qui ont été avancées là où les paysans se sont mobilisés ont eu pour objet une destination plus grande de la production pour la consommation familiale, une possibilité de se consacrer davantage au lot individuel, une disparité moindre entre les conditions è la campagne et dans les villes. Sur ce dernier point ont dû se manifester les centaines de milliers d'êtres qui, dans les années précédentes, avaient été refoulés des villes vers les campagnes après les échecs du « grand bond en avant ».

Bien que ses points de vue, notamment en matière d'orientation économique, se reflétaient dans le parti, la couche qui, dans cette crise, s'est trouvée acculée à la défensive a été celle des techniciens, des cadres, des spécialistes économiques, l'exception de groupes fort restreints orientes vers la recherche à un niveau élevé, notamment dans les domaines nucléaires. Cette couche avait déjà subi des assauts lors des lors des conférences industrielles du printemps 1966 et a été directement visée pendant les mobilisations des masses. Bien qu'elle soit encore handicapée par sa faiblesse numérique, cette couche ne manquera pas à l'avenir de faire valoir ses revendications propres.

LA PHASE ACTUELLE

Depuis la fin de janvier, et incontestablement en réaction contre les mouvements et les débordements des masses, le groupe dirigeant de Mao a esquissé un tournant qui a trouvé son expression dans le thème de la « triple alliance ». Cette formule signifie la formation d'organismes de direction nouveaux de la « révolution cultu-

», composés par une participation de représentants des « rebelles révolutionnaires » (la fraction de Mao), de l'armée, et des cadres qui, même s'ils ont commis ces « erreurs », n'ont pas « démérité » et acceptent la « pensée de Mao ».

S'expliquant essentiellement par la crainte de débordements des masses d'une part, par la force des résistances dans la bureaucratie elle-même, ce changement d'orientation a évidemment pour objet d'endiguer les débordements et de récupérer un grand nombre cadres et de dirigeants en leur assignant à nouveau un rôle important ; en même temps se trouve confirmée l'intervention de l'armée. Ce chanment démontre bien que Mao vise seulement une réforme et non un renversement de la bureaucratie ; sa fraction affirme maintenant que 95 % des cadres doivent être maintenus en place.

Cette phase nouvelle qui vise à établir une normalisation relative a été aussi dictée par une série d'autres exigences pressantes. Il fallait assurer la réouverture ces écoles, de façon à ne pas provoquer de nouveaux retards à la formation de cadres er de spécialistes. Il fallait éviter des ralentissements dans la production industrielle. Il fallait surtout éviter des perturbations dans les activités des campagnes pendant la période des travaux de printemps. L'accent dans les textes officiels, à présent, est mis sur la nécessité de l'intensification du travail.

Dans cette nouvelle phase, l'utilisation du terme « organismes de type Commune de Paris » pour caractériser les organismes de direction de Pékin et Shanghai a été abandonnée. La constitution de la « triple alliance » a pour objet de désigner par en haut les nouvellles directions aux divers niveaux, ce qui tend à supprimer toute expression directe de mouvements des masses.

LES TENDANCES DANS LA DIRECTION DU P.C. CHINOIS

S'il existe très probablement dans le P.C. chinois des éléments et même une tenaance pro-Moscou, si la direction chinoise a pu considérer une telle tendance particulièrement dangereuse du fait de l'appui international qu'elle pourrait recevoir, il apparaît par contre de plus en plus clairement que la crise s'est développée essentiellement au sein d'une direction qui avait été fondamentalement d'accord dans les années passées sur l'orientation à suivre dans le conflit sino-soviétique, notamment lorsqu'il prit la forme aigue du conflit idéologique entre les deux partis. Les divergences au sein de cette direction ont commencé à surgir vraisemblablement sur des problèmes économiques, sur l'attitude à suivre à l'égard des intellectuels, et elles se situation (notamment avec la défaite en Indonésie) et des problèmes posés par l'escasont probablement de plus en plus exacerbées à la suite d'une détérioration de la lade américaine au Vietnam (action conjointe ou non avec l'Union soviétique dans la défense du Vietnam).

Par le déroulement de la crise, il apparaît que le groupe de Mao n'a vu au début comme opposition possible que certaines couches spécifiques, dans l'armée et dans la bureaucratie économique. Par la suite, il s'est attaqué d'une part à des groupes qui contrôlaient des positions importantes (celui de Peng Chen à Pékin) et d'autre part à de larges couches intellectuelles. De ce point de vue, le groupe Mao a attaqué avec une violence particulière, dans un style purement jdanovien, des journalistes, des écrivains, une partie de la plus ancienne couche de l'intelligentsia communiste, qui avaient exprimé dans le passé dans leurs œuvres des critiques qui étaient les plus proches d'une opposition antibureaucratique conséquente. Certains étaient même accusés de vouloir mettre sur pied une opposition par l'intermédiaire d'une édition chinoise de « cercles Petoefi ».

Enfin, la résistance au Groupe Mao s'est manifestée dans une grande partie des appareils du Parti et de l'Etat et se réfléta dans l'attitude des dirigeants les plus hauts placés, Liu Chao Chi et Teng Hsiao Ping.

Comme indiqué plus haut, le groupe promoteur de la « révolution culturelle » commença à se différencier dans la période qui suivit le Plenum du C.C. d'août 1966 et connut des divisions nettes à la fin de 1966 au moment où Mao lança des appels aux ouvriers et aux paysans et se prononça pour une intervention de l'armée.

Des textes mêmes de la fraction Mao la plus étroite, il apparait que certains groupes (sans aucun doute parmi les militaires) étaient contre l'utilisation de l'armée, probablement par crainte de provoquer des tensions entre l'armée et les masses et d'affaiblir l'armée dans une situation grosse de dangers pour le pays. D'autres groupes, semble-t-il, étaient hostiles à l'extension d'une mobilisation des masses, invoquant les entraves qui seraient mises à la production et craignant les débordements possibles.

Les divisions parmi les maoistes prenaient les formes les plus spectaculaires lors des evenements de shanghai, et ce précisément dans la direction locale et dans la rédaction du journal local qui avaient été, à la fin de l'année 1965, les soutiens cipaux de Mao et d'où étaient parties les premières attaques chement de la « révolution culturelle ». Une partie de l'appareil de Shanghai subissait la pression d'en bas, acceptait certaines revendications des travailleurs, leur faisait des concessions. Une autre partie résistait et recevait pour cela l'appui du groupe central de Mao.

Dans la dernière phase, au moment où se produit la lutte pour la « conquête du pouvoir » par la « triple alliance », le groupe de Mao dénonce des tendances qui, au lieu de se soumettre à des organismes nouveaux de direction bureaucratiquement composés, voudraient pousser la lutte à fond contre les appareils et les vieux dirigeants.

Ainsi l'ensemble des développements de la crise permet d'apprécier plus concrètement la nature des positions de Mao et des contradictions de celui-ci.

Dans sa lutte fractionnelle, il n'a pas hésité à faire appel à certains secteurs des masses pour obtenir leur soutien contre ses adversaires. Pour y parvenir, il n'a pas hésité non plus à mettre en avant des slogans égalitaires, antibureaucratiques, à invoquer la tradition démocratique révolutionnaire de la Commune de Paris, à critiquer largement la pratique de la période post-révolutionnaire. Mais, dès que les masses qui entraient en mouvement débordaient les contrôles bureaucratiques, mettaient en avant leurs et luttaient avec leurs propres méthodes, le groupe Mao intervenait durement contre ces masses, combattant ces revendications, contestant les concessions ou même les avantages accordés à certains autres secteurs (par exemple, refus aux ouvriers de Shanghaï des moyens accordés aux gardes rouges pour se rendre à Pékin), faisant intervenir l'armée, parfois seulement dans une action politique, mais le cas échéant dans de véritables actions répressives, calomniant à la manière habituelle ces masses en les présentant comme mues par de diaboliques complots. Autrement dit ,en dépit de ses appels à certains secteurs des masses, la fraction de Mao n'a jamais cessé de se montrer profondément bureaucratique et n'a jamais abandonné toute une série de méthodes bureaucratiques et staliniennes à l'égard de ses adversaires.

PERSPECTIVES ET TACHES

La crise chinoise étant loin d'être terminée, il ne peut être question d'en dresser le bilan. Néanmoins, il est possible de mettre en lumière certains de ses plus importants résultats et, sur cette base, de tracer des perspectives et des tâches.

Sur le plan international, la crise chinoise a contribué, du fait entre politique ultragauchiste de la direction du P.C. chinois, à la dégénérescence du conflit sino-soviétique en un conflit entre Etats ouvriers, caractérisé non seulement par des manifestations scandaleuses de part et d'autre, mais surtout par l'absence d'une action •de front unique des deux plus grands Etats ouvriers pour la défense de la révolution vietnamienne. La IV Internationale réaffirme la nécessité d'établir un front unique de tous les Etats ouvriers sur une plate-forme de lutte conséquente contre l'agression américaine au Vietnam. Ayant exprimé sa critique sévère des responsabilités majeures de la bureaucratie soviétique dans cette situation, considérant que la méfiance part de la Chine peut être expliquée par toute une série d'actes de Moscou, estimant que la direction soviétique devrait réaffirmer sa solidarité envers la Chine et déclarer solennellement qu'une guerre contre la Chine serait considérée comme une agression contre l'Union soviétique, la IV° Internationale condamne, en même temps, le refus de front unique de la part du groupe Mao.

Bien que les dirigeants soviétiques aient fait le maximum d'efforts pour tirer profit des erreurs et des outrances commises par les Chinois (refus du front unique pour le Vietnam, culte de Mao, etc.), la direction de Moscou continue à rencontrer de considédifficultés à convoquer une conférence internationale des partis communistes en vue de condamner le P.C. chinois. Les développements de la crise en Chine exercent une influence dans des milieux étendus par certains thèmes idéologiques qu'ils mettent en avant, par le fait qu'ils mettent en lumière les problèmes posés par l'existence de la bureaucratie dans les Etats ouvriers. La IV° Internationale souligne que la crise chinoise a entre autre valorisé des catégories et des théories politiques trotskystes, relatives à la dégénérescence bureaucratique dans les Etats ouvriers, à la spécificité certaines des formes du stalinisme comme dégénérescence du premier Etat ouvrier isclé, à la révolution politique nécessaire et possible contre la bureaucratie.

D'autre part, si les événements de Chine soulèvent un intérêt puissant et une grande sympathie pour la révolution chinoise, la direction chinoise est incapable d'organiser autour d'elle des formations politiques tant soit peu sérieuses au sein du mouvement ouvrier international. Même les partis communistes de masses asiatiques qui, dans les années précédentes, avaient pris position en faveur de Pékin contre Moscou ont, au cours de la « révolution culturelle », pris leurs distances par rapport au P.C. chinois. Là aussi, il n'y a pas de réédition de l'emprise d'une bureaucratie d'Etat sur de larges mouvement ouvrier mondial, même sur la base d'un Etat aussi grand que

Enfin, la IV• Internationale rappelle la nécessité d'un examen critique de toute une série d'expériences, et plus particulièrement de l'expérience tragique d'Indonésie. L'autocritique du P.C. indonésien constitue dans ce domaine un pas en avant, mais cette autocritique n'est menée qu'a moitié chemin et omet les responsabilités de la direction chinoise dans cette défaite tragique.

Sur le plan national, la situation se traduit par la désagrégation de la direction qui avait assuré le triomphe de la révolution, les bouleversements des appareils, des interventions de masse - ne seraient-elles encore que temporaires - comme forces sociales indépendantes. Aucun des groupes issus de la direction n'est en condition de donner une solution réelle aux problèmes actuels de la révolution chinoise. Des idées ont été avancées dans le cours des événements qui ne peuvent pas ne pas laisser de traces dans les secteurs les plus avancés des militants et des travailleurs chinois. Il existe ainsi un ensemble de conditions favorables pour œuvrer à la reconstitution d'une avant-garde nouvelle destinée à stimuler des mouvements de masse dans le sens d'une révolution politique antibureaucratique.

, La lumiere des informations disponibles, nous pouvons supposer qu'il existe el hine des éléments ou des groupes qui expriment des positions se rapprochant du mar xisme révolutionnaire et que des secteurs des masses mobilisées sont stimulés par des exigences et des aspirations partagées par la IV• Internationale. Mais ces informations ne sont pas suffisamment claires pour permettre à l'Internationale de s'identifier avec une des tendances ou fractions du P.C. chinois qui s'opposent actuellement. Ce manque d'informations provient pour beaucoup des méthodes staliniennes employées par la fraction Mao contre ses adversaires, et que nous condamrons énergiquement. Quant aux adversaires de Mao qui, comme Liu Chao Chi et Teng Hsiao Ping, disposaient et disposent encore de moyens considérables pour faire connaitre leur ligne politique s'ils l'avaient voulu, leur silence à ce sujet nous oblige à la prudence relativement au contenu de leur politique.

Les marxistes révolutionnaires chinois doivent soutenir tout mouvement de masses et participer à toute action permettant une politisation des masses et leur intervention bureaucratiques. Une telle participation est obligatoire, même dans les cas où certaines pour la défense de leurs revendications, indépendamment de toute influence de groupes revendications spontanées ne seraient pas totalement correctes.

Pour développer les mouvements de masse dans la perspective d'une révolution politique antibureaucratique, les marxistes révolutionnaires doivent chercher à rassembier les éléments les plus progressistes qui se trouvent dans les différents camps en présence, autour d'un programme partant des exigences spécifiques de la révolution chi- noise à l'étape actuelle et du niveau de maturation atteint par les masses ou les couches les plus avancées de celles-ci.

En plus des tâches d'ordre international mentionnées ci-dessus, un tel programme devrait comporter notamment les principaux points suivants

- la lutte pour la démocratie la plus large pour les masses et la lutte pour limiter et bannir les avantages et privilèges bureaucratiques. Dans ce sens se posent les problèmes de l'élection démocratique de comités par l'Etat sur la base de tels organismes, la liberté d'organisation et le droit d'expression de tout courant prolétarien, l'indépendance des syndicats par rapport à l'Etat, le droit de réunion ,de presse, de manifestation, de participation aux élections, le contrôle permanent et la révocabilité des élus à tout moment par les masses, selon le modèle de la Commune de Paris. Dans la crise actuelle, cela implique la condamnation des méthodes calomnieuses et le droit aux diverses fractions et tendances à exprimer ellesmêmes leurs positions.

— l'organisation d'une planification démocratique par les organismes de masse démocratiquement élus, de la base au sommet. C'est dans ce cadre, et non par décision de sommets bureaucratiques, que doivent être déterminés les choix économiques fonda mentaux, notamment les taux d'investissements et ceux de consommation, c'est-à-dire en fin de compte les niveaux de salaires et les conditions de vie des travailleurs. Les marxistes révolutionnaires feront les distinctions indispensables entre les revendications des ouvriers et celles des bureaucrates. Si les critiques de « l'économisme » sont légitimes quand elles visent des catégories bureaucratiques et technocratiques ou des mesures assurant des conditions privilégiées à être énergiquement repoussées quand elles ont été adressées par exemple aux ouvriers de Shanghai qui se sont dressés contre les conditions de travail et de posés par des groupes bureaucratiques.

dans les campagnes, la démocratisation complète de la vie des communes, ce qui implique le droit des paysans à s'en retirer éventuellement. Une participation paysans à l'élaboration de la politique économique générale.

dans le domaine de la culture, l'élimination de toute politique jdanovienne, la liberté d'expression et de critique, le rejet de tout culte du chef, la libre confrontation des idées et des tendances. La lutte contre les idéologies du passé ne peut être menée cfficacement au moyen de mesures administratives ou de l'imposition de slogans et de normes, mais par le développement autonome des potentialités de la société nouvelle.

Seule la démocratie socialiste dans tous les domaines permettra à la révolution chinoise de susciter l'enthousiasme et l'esprit créateur des masses, d'améliorer les conditions d'existence du peuple chinois, d'aider à surmonter les conditions du pays, et d'étendre le prestige de la révolution chinoise dans le monde entier.

Mai 1967.

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