Le coup d'Etat militaire du 21 avril, mis en œuvre au moyen du « plan contre la subversion intérieure » de l'O.T.A.N., est la tentative à la Cour, des secteurs conservateurs et traditionnels de la bourgeoisie, en premier lieu les gros armateurs, de la Cour et de l'impérialisme américain, de mettre fin à l'instabilité politique qui caractérise la situation en Grèce depuis la révolte populaire contre l'intervention du Palais et de la droite en juillet 1965. L'instauration de la dictature militaire ouverte démontre que vingt années après la guerre civile, le système capitaliste n'a pas encore réussi à trouver un équilibre.
La Grèce est restée, avec l'Espagne et le Portugal, un des pays les plus arriérés d'Europe. En dehors des grandes agglomérations, comme Athènes-Le Pirée Salonique, les masses vivent touiours en majorité directement ou indirectement de l'agriculture qui contribue à la formation du produit national dans mesure égale à l'industrie, bien que celle-ci ait connu un taux de croissance relativement élevé ces dernières années, en grande partie d'ailleurs grâce à la mise en service de nouvelles unité de production, comme l'usine d'aluminium Péchiney, le complexe industriel Esso-Pappas, industries traditionnelles (alimentation, boissons, tabac, textiles...) continuent toujours à occuper la moitié du total de production industrielle. Il n'existe donc pas en Grèce de base économique pour une politique réformiste.
La bourgeoisie grecque, liée à l'impérialisme (d'abord l'impérialisme britannique, dont l'impérialisme américain a ensuite pris la relève), est restée fondamentalement incapable sortir le pays de sa stagnation, de modifier les structures arriérées et résoudre la question agraire.
Georges Papandréou, le dirigeant de l' Enosis Kentrou (Union du Centre), représentait l'aile de la bourgeoisie qui tendait à moderniser ces structures pour adapter la Grèce au Marché commun, en essayant de s'appuyer sur les masses pour les utiliser à son profit, sans mettre en question ni la monarchie ni le maintien de la Grèce dans l'O.T.A.N., où elle représente stratégiquement une pièce-maîtresse. Mais la caractéristique du caractère d'arriération des rapports sociaux en Grèce est que les secteurs majoritaires de la bourgeoisie ne peuvent se passer de la Cour et cercles dirigeants de l'Armée étroitement liés au Palais, pour maintenir l'ordre public, ainsi que toutes les crises successives, depuis le 4 août 1936 (instauration de la dictature de Métaxas) jusqu'au coup du 21 avril 1967 l'ont démontré. Manquant d'une assise sociale, Papandréou père et fils furent incapables de mener, face aux manœuvres du Palais, de l'état-major, de la droite et de l'impérialisme américain, une politique « gaulliste », contrairement à ce qu'espérait l'E.D.A. (Union des Forces Démocratiques). Il n'existe pas en Grèce de base politique « gaulliste » de la bourgeoisie. La crise de juillet 1965 avait éclaté au mament où Georges Papandréou avait - sous la pression des masses — voulu épurer l'armée de ses éléments fascistes et remplacer le ministre de la Défense, l'homme du Palais Garoufalias. L'affaire de l' « Aspida », largement surexploitée par la presse bourgeoise, dans le but de faire contrepoids au procès des assassins de Lambrakis, n'était qu'une partie de ces efforts visant à remplacer des officiers d'extréme-droite par des officiers fidèles à l'Union du Centre.
Cette tentative d'épuration et les revendications économiques des masses exploitées qui profitaient d'un certain libéralisme des autorités et de la raréfaction de la main-d'œuvre suite à l'émigration ouvrière massive, ne pouvaient être tolérées par la coalition Palais-Armée-Capitalisme traditionnel-Impérialisme U.S., d'où l'opéracoalition ne pouvait toutefois pas recourir à la solution du coup d'Etat militaire, à tion de juillet 1965 et l'élimination du ministère Papandréou. A ce moment, cette cause de la mobilisation largement spontanée des grandes masses populaires, accessoirement à cause de la résistance de la tendance « européenne » de la bouret geoisie grecque.
Ce fut l'admirable résistance des masses qui chassa les deux premiers gouveret la démobilisation progressive des masses permirent au troisième gouvernement du nements du et Tsirimokos. Mais l'arrêt des manifestations de rues Palais, celui de Stefanopoulos, de durer seize mois.
Alors que la tendance du mouvement des masses était de combattre contre le trône, pour le référendum et pour la république, la direction de l'Union du Centre, ELLES pour raisons de classe, et celle de l'E.D.A. (le substitut légal du P.C.G.), par opportunisme et par crétinisme parlementaire, proclamaient leur refus de toute solution allant plus loin que la « démocratisation de la Cour » et la « démocratisation de l'Etat ». Les masses ouvrières étaient, et sont toujours, beaucoup plus gauche que leur direction. Seuls les trotskystes grecs menaient grecs menaient ouvertement cam- à
Les forces de la réaction ont mis à profit la démobilisation des masses pour préparer le coup d'Etat. Afin d'empêcher le coup de force, la poussée des masses aurait dû déboucher sur des luttes révolutionnaires. En les en empêchant, les dirigeants de 1'E.D.A. et du P.C.G. se sont donc rendus responsables du fait que la situation ait pu se dégrader à ce point.
Le renversement de Stefanopoulos par 1'E.R.E., qui l'avait soutenu jusqu'alors, était une tentative de rendre au parti de la droite et du Palais un voile de « constide permettre l'institution d'un gouvernement Droite-Centre après les élections préparées par le gouvernement de transition du banquier Paraskevopoulos et celui de sor successeur Canellopoulos. Mais, malgré l'opportunisme de l'E.D.A. et l'absence élections, l'Union du Centre allant même jusqu'à soutenir le ministère de réaction de l'Union du Centre, qui s'étaient bornés jusqu'alors à réclamer Paraskevodes poulos, cette manœuvre se solda par un échec : les élections auraient montré un renforcement de l'E.D.A. et une victoire pour l'Union du Centre, et les masses ne se seraient satisfaites ni d'un gouvernement Droite-Centre, ni même d'un gouvernement Papandréou qui aurait été inévitablement débordé.
Le coup d'Etat militaire du 21 avril est un coup préventif qui a pour but immédiat d'empêcher les élections de mai, de détruire les organisations ouvrières de préparer une solution gouvernementale du type de celles que la Grèces a connues avant 1963.
Le coup d'Etat, prévu par tous les milieux politiques, qui n'ont cependant, à cause de leur nature profonde, rien pu faire sinon espérer qu'il n'ait quand même pas lieu, démontre que toute situation caractérisée par une mobilisation des masses, mais à laquelle une direction claire et précise n'est pas donnée, risque de se terminer inévitablement à la Dominicaine, voire à l'Indonésienne. Il montre la nécessité de forger, dans l'illégalité, une nouvelle direction de la classe ouvrière grecque. Il prouve que, devant les moyens à la disposition de la réaction, tant les moyens légaux qu'extraparlementaires, comme la corruption utilisée pour détruire l'ancienne majorité parlementaire papandréiste, et la violence contre-révolutionnaire ouverte, le parlementarisme n'est qu'une chimère. Si le problème du pouvoir n'est pas posé au moment où il doit l'être, Il se résout par la dictature et la répression contre-révolutionnaire.
La lutte contre la monarchie et pour la république reste pour la Grèce le slogan transitoire en ce moment : non que la suppression de la monarchie soit en elle-même suffisante, mais parce qu'elle est la clé du changement des rapports de force. Aujourd'hui même I'E.D.A. est obligée, tardivement, de modifier sa ligne et d'en appeler au remplacement de la monarchie par une « démocratie véritable ».
illusions qu'elle a semées et le caractère petit-bourgeois confus de ce slogan de « démocratie véritable » elle ne contribue pas à réorienter la gauche. Il ne s'agit pas de remplacer la « dictature » par une « démocratie » abstraite et en définitive bourgeoise, sous la direction de l'Union du Centre et de Papandréou, représentants « démocratiques » du capital exploiteur. Il s'agit d'ouvrir la voie, par le renversement de la monarchie, à la République Socialiste des Conseils des ouvriers et des paysans de Grèce.
Avant le coup d'Etat, les slogans de l'E.D.A. en vue des élections : « Démocratisation de l'Etat », « Développement Economique et Social », « Indépendance Nationale », « Paix », rappelaient ceux des partis sociauxdémocrates de droite en Europe occidentale. Une autocritique de fond est nécessaire pour comprendre les causes de la défaite des masses grecques.
La Quatrième Internationale appelle les travailleurs grecs à soutenir et à rejoindre la seule organisation qui n'ait semé ces tragiques illusions, le Parti Communiste Internationaliste de Grèce (Section grecque de la Quatrième Internationale).
Elle appelle les travailleurs d'Europe à manifester par tous les moyens leur solidarité avec les victimes de la répression en Grèce, et avec les masses en lutte.
Elle appelle les travailleurs de Chypre à se mobiliser pour éviter que le général Grivas ne réussisse à imposer, à Chypre également, la dictature militaire.
Travailleurs de Grèce !
Organisez partout dans le pays, des Comités Populaires clandestins, pour passer à l'action contre la dictature, pour libérer les prisonniers politiques, pour rétablir les libertés démocratiques
Couvrez le pays de noyaux de résistance à la dictature ! Organisez les syndicats clandestins pour préparer la grève générale insurrectionOrganisez la lutte pour une Assemblée Constituante qui balaiera la monarchie et libérera la Grèce du joug impéiraliste et de l'O.T.A.N., qui imposera le gouvernement ouvrier et paysan et ouvrira la voie de la République Socialiste des Conseils ouvriers et paysans !
Le 5 mai 1967.