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Stalinisme ou trotskysme dans la révolution cubaine (Réponse à Blas Roca)

Joseph Hansen · Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 36-48 · 10 068 mots

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Pourquoi Blas Roca se sent-il obligé de livrer bataille au trotskysme? Il déclare que le troyskysme « en politique comme en théorie » est un « cadavre ». Le trotskysme n'a-t-il pas été réduit à cela par feu Staline, il y a des dizaines d'années, non pas une seule fois, mais à plusieurs reprises, non seulement par la polémique, mais par des procès créés de toutes pièces, des déportations et des exécutions? Khrouchtchev et Mao n'ont-ils pas tous deux au cours de leur polémique achevé le chien une nouvelle fois? En tin de compte, dans son discours du 15 janvier, Fidel Castro ne s'est-il pas débarrassé du cadavre si efficacement, qu'il a rassé été mis un terme une fois pour toute, à tout espoir de son éventuelle résurrection?

Mais alors quelle vision surprenante, seulement trois mois après le discours de Castro contre le trotskysme de voir le Earl Browder de Cuba se ruer à la rescousse du premier ministre, comme si soudainement des faiblesses insoupçonnées s'étaient révélées dans les décisions du 15 janvier, à moins qu'il ne s'agisse de la vie inattendue du cadavre tué et retué !

- Karl Marx et, avant lui, Hegel ont envisagé que ce que les hommes proposent, même les plus puissants et les plus qualifiés, faillit souvent dans la réalisation et peut aussi aboutir totalement à l'opposé de leurs buts et leurs intentions. Il semble que cela ait été le cas pour cette partie du discours de Fidel Castro qui était dirigée contre les « trotskystes » et avait pour but de les vouer à l'oubli.

En utilisant les vieilles calomnies stalinienne, démasquées depuis longtemps comme des machinations, en réunissant ensemble les contraires par la méthode de l'amalgame typique du stalinisme, en esquissant une argumentation politique raisonnée, l'attaque de Fidel Castro a conduit à un résultat tout à fait imprévu par les conseillers qui fournirent au Premier ministre les matériaux qu'il utilisa dans son discours. Il se passa trois choses :

Blas Roca)

1) L'accusation calomnieuse que le « trotskysme était devenu... un instrument vulgaire de l'impérialisme et de la réaction » n'a pas été acceptée. Les jours du culte de Staline sont révolus. Le processus de « déstalinisation » a détruit à jamais l'atmosphère dans laquelle il suffisait que de telles accusations infâmes soient proférées d'en haut pour être crues. L'attaque de Castro, au contraire, provoqua un choc et la consternation et souleva des protestations répétées. Les éditeurs de Monthly Review se firent l'écho de la réaction générale des cercles radicaux quand ils rappelèrent que « l'accusation était sans fondements, comme quiconque ayant étudié sérieusement l'histoire du mouvement communiste international depuis la Révolution d'Octobre devait le savoir que c'était « précisément cette accusation qui avait servi de raison aux procès-purges soviétiques des années 1930 », que si « quelque chose a été prouvé, pas le moindrement par le gouvernement soviétique lui-même, c'est que les procès avaient été une machination honteuse ». leurrer lui-même et qu'il ne peut influenet que Fidel Castro « ne devrait pas se cer par une simple dénonciation que les seuls pleutres et sycophantes ».

2) A cause de la grande publicité dont elle fut entourée et de la sympathie qu'elle engendra pour le mouvement calomnié, certainement le mouvement le plus noirci dans toute l'histoire, l'attaque de Castro a eu pour effet imprévu de stimuler l'intérêt à l'égard du trotskysme et d'attirer plus d'attention pour ses idées authentiques.

3) Dans la discussion qui s'ensuivit, les questions-clés impliquées dans l'attaque commencèrent à apparaître. Il se trouve qu'elles sont d'un intérêt vital pour tout révolutionnaire socialiste et pour tout combattant anti-impérialiste: a) Quelle est la nature de la révolution qui est maintenant à l'ordre du jour dans de nombreux pays et particulièrement en Amérique latine ? Doit-elle d'abord passer par une

NALE 37 37 révolutionnaire, impliquant la discussion libre et l'exclusion d'abominations telles que la calomnie ou l'étouffement des vues de l'opposition. Ces normes sont-elles utopiques, ou sont-elles réellement applicables et, en fait, une nécessité vitale?

Ces questions sont au cœur du conflit er en constituent l'intérêt principal. Nous les considérons dans le cadre d'une analyse détaillée de l'article de Blas Roca. mière du trotskysme par Castro, celle d'un mouvement unique dont la nature pourrait être appréciée à partir de déclarations judicieusement sélectionnées parmi les écrits du non mentionné Posadas, ou de celle d'une créature telle que Felipe Albaguante qui fut démasqué par le Secrétariat Unifié de la IVe Internationale en 1963, Blas Roca présente maintenant le « trotskysme » comme un « mélange de groupes et de sous-groupes, d'une confusion telle que certains trotskystes nient que d'autres trotskystes sont des trotskystes. » En conséquence, connaissance, tre Posadas citations qu'il mière fois, pour la première fois à ma

Blas Roca daigne reconnaicomme auteur de certaines trouve si utiles. Pour la prese réfère à un authentique journal trotskyste, The Militant, bien que d'une manière très particulière, comme nous le verrons. Discourant à perte de vue, il introduit The Newsletter, le journal de la Socialist Labour League d'Angleterre.

Le but de ce procédé devient vite évident. Pressé par l'urgence, Blas Roca ramasse les morceaux de l'attaque de Castro, du 15 janvier, contre le trotskysme, et essaye de construire quelque chose de mieux en se servant de plus de matière, d'une colle plus forte, d'un mortier plus robuste pour plâtrer les lézardes, et d'un épais tissu de démagogie pour peindre les choses et éblouir les yeux.

C'est une réplique sur une petite échelle du modèle suivi par Staline dans sa série célèbre des procès-machinations de 1936 à 1938. Quand des contradictions éclatantes révélèrent les falsifications de sa police politique dans un procès donné, Staline y suppléait en montant un procès plus grand et plus spectaculaire. L'utilisation de telles méthodes pour s'efforcer de prévenir une rectification par Castro d'une sérieuse erreur, due comme nous pouvons le supposer à de mauvais conseils, porterait réellement atteinte au prestige et à l'autorité de la révolution cubaine, pour le cas où Blas Roca pourrait y parvenir.

étape démocratique direction bourgeoise visager une victoire parti révolutionnaire bourgeoise avec une

? Ou peut-on ensous la direction d'un qui choisit, depuis le tout début, de poser la nécessité des tâches socialistes?

b) Quel est le rôle des normes démocratiques prolétariennes dans le processus

Le fond de l'article de Blas Roca paru dans le numéro du ler Mai de Politica n'est qu'un écho du thème central de l'attaque de Castro: le trotskysme est « un vulgaire instrument de l'impérialisme et de la réaction », qui est lui-même un écho des calomnies staliniennes traditionnelles. Il répète la phrase elle-même avec insistance comme si la simple répétition, un certain nombre de fois, par une personne aussi péremptoire que Blas Roca davait combler l'échec inexplicable de Castro à la faire passer.

Il y a cependant quelques différences instructives entre les deux attaques. Alors que dans le discours de Castro, la IV° Internationale était la cible, on ne pouvait pas savoir que les références se rapportaient à une pseudo « IV° Internationale » fondée par un certain J. Posadas. Castro n'a même pas mentionné le nom de Posadas. La liaison de membres de ce groupe avec le mouvement du MR 13 des guérillas du Guatemala fut utilisée pour présenter le mouvement comme étant « noyauté » par les « trotskystes », que Castro qualifia « d'agents de l'impérialisme » selon l'accusation calomnieuse générale lancée contre le trotskysme en tant que tel. Puis des journaux indépendants, ou des journaux d'organisations n'ayant aucune connexion avec le trotskysme, furent amalgamés avec la pseudo « IV° Internationale » de Posadas, soit parce qu'ils pesaient des questions au sujet du départ de Guevara de la scène politique cubaine, ou parce qu'ils publiaient des articles d'Adolphe Gilly, un journaliste socialiste révolutionnaire, dont les vues sur certains points coïncident manifestement avec celles de Posadas. En bref, les attaques de Castro se présentent comme étant très similaires à celles faites par Blas Roca luimême, dès 1961 (voir par exemple le livre de Blas Roca, La Révolution cubaine ou la brochure que j'ai écrite en 1962: Le trotskysme et la Révolution cubaine -(Une réponse à Hoy).

Contrastant avec la présentation pre-

L'AMALGAME DE BLAS ROCA

L'AMALGAME DE BLAS ROCA

«DES TROTSKYSTES NIENT QUE D'AUTRES TROTSKYSTES...»

Maintenant qu'il admet que le mouvement trotskyste est quelque chose de plus grand que le petit groupe de Posadas,

Blas Roca cherche à ridiculiser ce mouvement en disant qu'il y règne une confusion telle « que certains trotskystes nient que d'autres trotskystes sont des trotskystes. »

L'argument ne ridiculise que son auteur.

Des ultra-réactionnaires ricanent de la même manière à l'encontre de certains communistes qui nient que d'autres le soient, en attirant l'attention sur la polémique qui n'est pas un modèle de camaraderie entre les khrouchtcheviens, les maoistes, les titistes et... les fidélistes.

Que dirait un révolutionnaire indépendant, qui connait les positions des dirigeants cubains, si quelqu'un, argumentant à la manière de Blas Roca, déclarait froidement à un auditoire que les dirigeants cubains sont des « agents impérialistes », la preuve étant donnée par la confusion évidente et les accusations réciproques, conséquence des positions différentes prises sur les questions cruciales par les capitales communistes — telles que l'attitude amicale de Belgrade à l'égard du gouvernement Bettancourt-Leoni, en opposition à l'hostilité de La Havane ; l'attitude de collaboration de classe de Moscou avec l'impérialisme américain en opposition à l'intransigeance de Pékin, et le rejet sectaire par Pékin d'un front unique pour la défense de la révolution vietnamienne, tranchant avec les appels de tous les autres pour la constitution d'un front commun? Le révolutionnaire crierait que c'est une pure sottise et que les Cubains ont leurs propres positions, de très bonnes positions comme • il est possible de s'en rendre compte en lisant leurs déclarations et en jugeant leurs actions. Ce à quoi l'orateur pourrait répondre dans le style fracassant de Blas Roca : « Quelle plaisanterie ! Chacun dans le fatras se proclame communiste, quelle que soit l'appellation qu'ils se lancent l'un contre l'autre. Je répète ce que j'ai dit au sujet des dirigeants cubains, quoi que vous puissiez vous défendre et, pour preuve, j'ai scrupuleusement recopié les stupidités suivantes de Hsinhua au sujet du front unique ».

La vérité est que Blas Roca appartient à l'école stalinienne, qui considère toute opposition critique à la ligne monolithique imposée par les dirigeants infaillibles comme une manifestation de la pression im-

Le mouvement trotskyste n'est pas resté imperméable à la progression de la révolution coloniale, au début de « déstalinisation, » aux divergences soulevées par le conflit sino-soviétique et par d'autres évépérialiste, sinon un complot directement fomenté par les agences telle que la C.I.A.

Que la révolution soit réellement « une école de pensée affranchie de tous liens » est inconcevable pour de tels bureaucrates sclérosés, car dans un parti révolutionnaire cela implique le droit à former des tendances et des fractions; et dans un Etat ouvrier cela signifie le droit pour le prolétariat de constituer un système multiparti aussi longtemps que les divers partis restent fondamentalement dévoués à la révolution et à ses conquêtes. Le centralisme démocratique signifie aussi bien la démocratie pour parvenir à des décisions que le centralisme pour les mettre en application.

Pour s'élever au niveau des grandes tâches auxquelles il fait face, le parti révolutionnaire avant et après sa venue au pouvoir requiert le libre jeu de la pensée, non seulement parce que c'est la meilleure manière de développer et d'élever le niveau intellectuel de ses membres et de ses dirigeants, mais parce que c'est la voie la plus efficace pour explorer toutes les variantes politiques possibles pour parvenir à de sérieuses décisions qui reflètent vraiment la réalité et qui, par conséquent, donnent au parti revolutionnaire la capacité d'intervenir le plus efficacement dans la lutte de classe nationale et internationale. Cette conception n'est pas particulière au trotskysme ; elle est aussi vieille que le socialisme scientifique et constitue l'essence de la méthode de Lénine dans la construction du parti.

Que des divergences sérieuses soient apparues dans le mouvement communiste mondial après les décennies de monolithisme stalinien, était en soi un développement progressif. Provoquées fondamentalement par la victoire de l'Union soviétique sur l'impérialisme allemand, par la progression de la révolution coloniale après la guerre, et par un équilibre des forces mondiales favorables au camp socialiste, ces divergences ont aidé à ouvrir la voie à une renaissance du marxisme révolutionnaire. Ce qui est mauvais est l'absence de règles, d'habitudes et d'institutions pour mener la discussion sur les divergences vers des conclusions démocratiques. Cette lacune reflète l'existence persistante d'intérêts bureaucratiques égoïstes et étroits, qui bloquent délibérément une solution normale des divergences selon la procédure d'une discussion libre. nements. En fait, les conséquences différentes de ces développements peuvent être retrouvées aisément dans les positions défendues par les diverses tendances se réclamant du trotskysme.

POURQUOI DES DIVISIONS

POURQUOI DES DIVISIONS

Un exemple de premier ordre en fut donné par l'impact de la Révolution cubaine. La majorité écrasante des trotskystes dans le monde la considérèrent comme étant le premier pas de la révolution socialiste dans l'hémisphère occidental. L'apparition d'une nouvelle direction, engendrée dans le processus même d'une révolution, non affectée par le stalinisme et pénétrée d'une détermination révolutionnaire, fut saluée avec un enthousiasme immense. Aux Etats-Unis, le Socialist Workers Party Au Fiste laic lo Socialict Workers Partv adopta la cause de la Révolution cubaine comme la sienne propre et ses candidats firent de la défense de Cuba révolutionnaire le premier point de politique exténaire le premier point de politique exterieure dans leur programme électoral en 1960 et 1964. La IVe Internationale dans sa totalité réagit de la même manière enthousiaste. Cette estimation commune fournit une des bases principales qui ont permis de remédier, en 1963, à une scission majeure du mouvement trotskyste mondial qui avait duré près de dix ans.

Deux groupes, chacun représentant de petites minorités, s'y opposèrent et en vinrent à considérer leurs divergences comme étant si grandes, qu'ils transgressèrent leur devoir de suivre les principes du centralisme démocratique. L'un d'eux entreprit de scissionner (Posadas du Bureau latino-américain) et l'autre refusa sa participation à la réunification du mouvetrotskyste mondiale (Healy de la ment Socialist Labour League).

Posadas, un organisateur énergique, avait développé des positions personnelles plutôt excentriques au sein du mouvement, et en scissionnant il se débarrassa de toute mesure. Il avança l'idée que la guerre nucléaire et la révolution étaient synonymes ; c'est-à-dire qu'une guerre nucléaire achèverait le capitalisme mais non le socialisme, elle était par conséquent souhaitable et en fait l'Union Soviétique devrait en prendre l'initiative par un coup préventif. Parmi les diverses tendances du mouvement communiste mondial, Posadas manifeste des affinités avec la pensée de Mao qui, comme il l'indique avec satisfaction de temps en temps, concorde avec ses propres « brillantes » analyses. Il est apparemment convaincu que Mao lit ses discours et ses rapports. Le groupe Posadas pourrait être écarté comme un culte bizarre s'il n'avait quelques représentants à Cuba, des contacts avec le mouvement des guerillas guatémaltèques, et ne se prétendait être la IVe Internationale, et de ce fait servait à Blas Roca comme d'un gourdin commode pour frapper le « cadavre » du trotskysme.

Le groupe Healy, reflétant l'insularité britannique, défendit la position que révolution cubaine n'avait pas atteint la phase de l'Etat ouvrier, que Cuba restait un Etat capitaliste et que Castro n'était un Etat capitaliste et que castro nelan

LALE 39 qu'un démagogue, si ce n'est pire (*). A cet égard, les citations sélectionnées par Blas Roca étaient des reflets assez exacts des positions de Healy. Il se trouve cependant que la position de Healy, un véritable exemple de premier ordre de pensée ultra gauchiste sectaire, avait été débattue à fond par le mouvement trotskyste mondial et rejetée de façon écrasante comme n'étant pas en rapport avec la réalité.

En présentant les sottises de Healy sur

Cuba comme nationale ou délibérément cela comme la position de la IV° Interdu Militant, Blas Roca est malhonnête. Je ne lance pas une épithète, mais comme un fait aisément prouvable. L'article de Newsletter du 5 février que Blas Roca a cité se termine par une attaque contre le Socialist Workers Party à cause de ses positions sur la révolution cubaine et sur Fidel Castro.

Blas Roca aurait pu introduire les positions différentes d'un autre groupe qui déclare représenter la IVe Internationale, une récente scission mineure dirigée par Michel Raptis (Pablo). Apparemment cela ne convenait pas au travail qu'il avait immédiatement sous la main. Jusqu'à maintenant, ce groupe n'a pas développé de conceptions sur Cuba distinctes de celles de la IVe Internationale. Ses divergences se situent dans d'autres domaines. Il considère le processus de déstalinisation comme étant irréversible et synonyme de démocratisation. Dans le conflit sino-soviétique, il accorde la préférence à Moscou contre Pékin et penche très fortement vers le titisme. La divergence la plus aiguë avec ce groupe se produisit sur les méthodes de construction du parti, particulièrement sur l'observation du centralisme démocratique.

Considérons maintenant l'argumentation de Blas Roca sur la façon dont les trots-

(*) Les « théoriciens » de la Socialist Labour League considèrent que leur ignorance insondable de la politique latinoaméricaine les dote d'un droit spécial à pontifier sur la révolution cubaine. Naturellement cela fait la partie belle à Blas Roca, qui glousse de joie devant de telles bourdes comme celles où ils informent le public britannique que l'hebdomadaire indépendant Marcha de Montévidéo est un « organe du groupe ultragauchiste Posadas ». Pour les âmes hardies qui s'efforcent de suivre The Newsletter, ce n'est qu'un autre triste cas de l'inexactitude notoire de cette publication dans le maniement de choses aussi terre à terre que les faits. Mais que dirions-nous alors du

Worker, l'organe du Parti communiste américaln qui, dans son édition du 23 janvier 1966, publia une dépêche de son correspondant à La Havane donnant Marcha comme un « hebdomadaire trotskyste espagnol » ?

Q U A kystes servent prétendument de « forces auxiliaires très actives » à l'effort des impérialistes yankees « pour détruire le prestige et l'autorité » de la Révolution cubaine. Il cherche à le prouver en citant des déclarations publiées par Posadas, choisies pour coïncider avec diverses incursions de pirates fomentées ou organisées par le

Département d'Etat ou la C.I.A. Posadas, si nous devons en croire Blas Roca, fait ses déclarations de telle sorte qu'elles sont publiées, « comme toujours », pour « coincider avec l'intensification des attaques des impérialistes...»

Ceci ne ressemble-t-il pas aux formules de chasse aux sorcières des bandes illustrées? Devons-nous réellement soumettre cette sorte d'argument à une analyse sérieuse?

1) Que dire des déclarations faites par

Posadas entre des incursions de pirates?

Penchaient-elles d'une façon marquée vers un ton amical? S'il n'en était rien, si

Posadas maintenait uniformément une position critique, ses déclarations ne seraient pas faites pour coïncider avec les incursions de pirates, et la thèse de Blas Roca tomberait à l'eau.

2) Si le but de Posadas était de saper le prestige et l'autorité de la révolution cubaine, pourquoi ferait-il de telles déclarations autodestructives? Les citations mêmes choisies avec soin par Blas Roca sont dévastatrices... pour Posadas. Lisez les phrases transcrites par Blas Roca de l'article ou du rapport de Posadas sur les discussions portant sur l'architecture : « Aucun congrès d'architecture ne peut être tenu sans la guerre. C'est une insanité ». Et ainsi de suite. Même Blas Roca est contraint d'admettre que le long texte est « extrêmement confus et parfois incompréhensible ». Il a tout à fait raison. Les sorties de Posadas ne portent atteinte qu'au prestige et à l'autorité de l'auteur.

On ne peut échapper à l'alternative : ou Posadas apparaît bizarre à tous ceux qui lisent de telles déclarations, ou le niveau intellectuel des cadres cubains (et des cadres de la révolution latino-améri-

LES OMISSIONS

Nous en arrivons ainsi à une question clé. Est-ce tout ce que Blas Roca peut faire de mieux pour essayer de soutenir et d'étayer l'affirmation que le trotskysme est un « vulgaire instrument de l'impérialisme et de la réaction » ? La réponse est oui. C'est tout ce qu'il peut faire de mieux.

Deux omissions dans le tableau de Blas Roca sont vraiment éloquentes. La première concerne la IV° Internationale. Il ne fait pas une seule citation des publications authentiques de la IVe Internationale. Dans caine dans sa totalité) est si incroyablement bas qu'ils peuvent être entraînés par des stupidités extrêmement confuses et parfois incompréhensibles. Blas Roca croitil à cette dernière hypothèse?

Il m'a personnellement plu de voir Blas

Roca citer si abondamment Posadas tout en indiquant en même temps clairement qui était l'auteur. On pourrait seulement souhaiter que Blas Roca soit plus honnête en indiquant qu'il s'agit d'une petite secte et non de l'organe de la IVe Internationale.

Blas Roca est-il plus heureux dans ses citations de Newsletter? Il affirme que la nature de la position de Newsletter

« explique la coïncidence entre les attaques les plus effrontées de la propagande trotskyste avec les agressions des impérialistes yankees contre Cuba »; mais il n'essaie même pas d'indiquer aucune coïncidence de dates comme il le fait pour

Posadas. Blas Roca s'en remet à l'affirmation éhontée et au choc produit par les positions politiques et théoriques outrageantes exprimées par The Newsletter.

Nous aimerions savoir, cependant, avec plus de détails de la part de Blas Roca, comment The Newsletter s'est montré exactement être « une force auxiliaire très active » des efforts des impérialistes yankees. Peut-il nommer un groupe quelconque dans toute l'Amérique latine qui ait éte influencé par The Newsletter? Nous irons plus avant. Peut-il nommer une seule personne dans toute l'Amérique latine qui se considère comme un partisan de The Newsletter? La vérité est que la position de The Newsletter sur la révolution cubaine est en contradiction si absolue avec la réalité, que le groupe de Healy se voit complètement isolé. Sa position sur Cuba ne fait pas le sale jeu de l'impérialisme comme l'affirme Blas Roca; elle ne fait que le jeu de Blas Roca. Même la demi-douzaine d'admirateurs de la Socialist Labour League que l'on peut trouver aux Etats-Unis considère que Healy a complètement tort sur ce sujet. Ils cherchent avec application d'autres raisons pour lui faire des louanges. DE BLAS ROCA toutes ses déclarations — et il y en a de nombreuses — il n'a pas pu trouver une seule phrase qui aurait pu servir à sor travail. La raison en est simple. La IV° Internationale a épousé la cause de la révolution cubaine depuis le tout début, participé énergiquement à sa défense, et souligné à maintes reprises que la Révolution cubaine était une vérification supplémentaire de la validité de la théorie de la révolution permanente de Trotsky. C'est pourquoi Blas Roca n'a rien trouvé à dire sur le courant principal du mouvement trotskyste quand il entreprit son travail de maculage. • L'autre omission concerne le Socialist Workers Party. Si le trotskysme est devenu un « vulgaire instrument de l'impérialisme et de la réaction » et les trotskystes des « forces auxiliaires très actives » des impérialistes yankees pour détruire le prestige et l'autorité de la Révolution cubaine, la preuve la plus écrasante devrait sûrement être trouvée au sein des Etats-Unis impérialistes. Cela devrait être d'autant plus facile, on pourrait le penser, du fait qu'il n'y a absolument aucun doute sur qui représente le trotskysme aux EtatsUnis. C'est le Socialist Workers Party.

NALE 41 et est une source d'informations véridiques bien connue sur la Révolution cubaine. Aux grands moments comme lors de Playa Giron et de la « crise des Caraïbes » de 1962, The Militant fit tout ce qu'il put pour la défense de la Révolution cubaine et la dénonciation de l'impérialisme américain. Il le fit, non de l'extérieur du pays, mais à l'intérieur du monstre impérialiste lui-même. Et le dossier de son activité pour la défense de Cuba est supérieur à celui de l'organisation sœur de Blas Roca, le Parti communiste américain.

Le dossier du Militant est à tel point irréprochable à cet égard que Blas Roca fut apparemment embarrassé sur la façon de le salir. Sa solution fut la technique de l'amalgame. Il prit la position ultragauchiste sectaire de la Socialist Labour League à laquelle le S.W.P. s'opposa si vigoureusement que cela conduisit Healy à se séparer de la IV° Internationale, et il la cita en étroite association avec des références du Militant. Pour prouver comment cela fut délibérément fait. il suffit ment cela fut délibérément fait, il suffit seulement de prendre le numéro du Militant du 31 janvier dans lequel nous avons répondu pour la première fois à l'attaque contenue dans le discours de Castro du

15 janvier, de le co des Newsletter du sur le même sujet, contre le S.W.P., compte de la man collé ensemble les son article. C'est manuels relatifs aus des staliniens.

Il y a encore une quable. Lorsque Bla cle, il avait devant numéro d'avril de contient l'attitude Leo Huberman et sujet du discours di Cependant, il ne d nant la revue Mon questions très imp les deux éditeurs. II jamais rien entendu par Monthly Revien lers qui avaient p matériel utilisé da « trotskysme ».

La preuve que mparer avec le numéro

5 février, qui porte y compris une attaque et puis de se rendre lère dont Blas Roca a deux contraires dans un exemple pour les c méthodes polémiques : autre omission remars Roca écrivit son artilui un exemplaire du

Monthly Review qui prise par les éditeurs, Paul M. Sweez, au a 15 janvier de Castro. it pas un mot concerthIv Review ou sur les thly Review ou sur les ortantes soulevées par agit comme s'il n'avait • de la déduction faite • à l'égard des conseilu fournir à Castro le ns l'attaque contre le Blas Roca avait devant lui ce numéro de Monthly Review est accablante, je pense. Dans son article, il cite la phrase suivante écrite par Adolfo Gilly, mais sans en indiquer la source : « l'évolution politique vertigineuse de la direction cubaine ces derniers mois confirme lopinion qui est vrai que, soit elle a l'opinion qu'il est vrai que, soit elle a assassiné Guevara, soit elle l'empêche d'une manière ou d'une autre de s'exprimer politiquement ». La source de cette citation se trouve à la page 29 du numéro d'avril de Monthly Review. C'est dans le même chose qui pourrait être utilisé dans que contre le trotskysme. La vérité est que, parmi les radicaux des Etats-Unis, la condu S.W.P. est irréprochable et exempli CW D oct irránrochable et exempl exemplaire en fait que Blas Roca lu a été très prudent dans ses attaques lui quand il était absorbé par ce Par exemple, en juin 1962, Blas F livra à un barbouillage sur le trot dans Hoy en se servant de citati Posadas (dont il ne donnait pas comme source) de la façon qui In désormais familière. Mais seulemen ques mois auparavant, dans son du 16 avril 1962, le National G publia une interview exclusive quelle Blas Roca se voyait deman saluait dans les rangs des amis partisans de Cuba aux Etats-Unis personnes de toute orientation, par ple les trotskystes...» ple les trotskystes...» Blas Roca fut quelque peu éq mais sentit évidemment qu'il ne attaquer ouvertement les trotskyste ricains. « Je ne suis pas bien infor ceux qui s'intitulent trotskystes aux Unis, dit-il. Nous sommes sépar trotskystes en général par des po vue fondamentaux, et de certains ticulier par leur manière d'agir des ennemis. Mais je pense que to qui, aux Etats-Unis, défendent et : nent la Révolution cubaine et le peuple cubain et des autres peuples américains, font un travail révolut valable, nous les estimons quell soient leurs conceptions idéologique

The Militant a publié de façon quente les principales déclarations Castro et de Che Guevara, en d l'attagroupes ite du aire; si aire: si -même contre sujet. loca se skysme ons de e nom ous est t quelédition uardian ins lader s'il et des

«des exemuivoque pouvait s amémé sur • Etatsés des ints de en parcomme us ceux ¡outienIroit du latinoionnaire es que IS..» conséde Fidel épit du

Blas Roca n'a-t-il ici pas recherché des preuves? Nous en doutons. Lui ou ses amis américains ont passé au peigne fin les pages du Militant et de l'International Socialist Review, les déclarations publiques des trotskystes américains, leurs brochures, et leurs livres, cherchant quelque ianvier de le comparer avec le numéro nombre de pages limité dont il dispose

QUA numéro que se trouvait l'éditorial de Leo Huberman et de Paul M. Sweezy. (Nous reviendrons sur la question de Guevara.)

Blas Roca n'a pas donné la référence de Monthly Review pour se dérober facilement aux questions politiques cruciales. C'est le même procédé que suivit Gus Hall, le principal porte-parole du Parti communiste américain, dans sa réponse à la position prise par Monthly Review (voir The Worker du 24 avril 1966 et ma réponse dans The Militant du 9 mai). Huberman et Sweezy récusent l'aspect « laid et peutêtre sinistre » du discours de Castro dans lequel il accusait les trotskystes d'être des « agents de l'impérialisme ». « C'était précisément cette accusation qui fournit la justification des procès-purges soviétiques des années 1930 », disent-ils. Fidel Castro n'a pas répondu, à ce jour, à la réfutation publiée par Monthly Review. Blas Roca a, par contre, choisi d'entrer dans le débat. Mais il reste silencieux au sujet de la

LA DISPARITION

Sans nommer Monthly Review, Blas Roca fait une tentative pour répondre à la disparition de Che Guevara de la scène politique cubaine. « Fidel ne devrait pas avoir l'illusion que seuls les impérialistes et leurs agents sont intéressés au sort de Che », déclarèrent les éditeurs de Monthly Review. Ils exprimèrent l'espoir que Castro éclaircirait bientôt le mystère, mais ils demandèrent : « Castro est-il conscient des véritables questions en jeu dans l'affaire Guevara? Et réalise-t-il que chaque jour passé dans l'attente de l'éclaircissement du mystère apporte partout l'anxiété et le doute chez les révolutionnaires honnêtes et la joie à leurs ennemis? »

Blas Roca répète simplement les accusations du discours de Castro — le seul intérêt en la matière résidant chez les impérialistes yankees, dont « les forces auxiliaires très actives » répandent toutes les rumeurs contradictoires sur Che Guevara de manière à saper le prestige et l'autorité de la Révolution cubaine. La lettre du Che lue par Castro en octobre dernier était absolument « définitive » pour « d'authentiques révolutionnaires », déclare cette autorité prestigieuse. Blas Roca soulève un nouveau point, un point référence aux procès de Moscou. Soutientil encore la « justification » utilisée pour éliminer les opposants de Staline ou ses possibles opposants? Pense-t-il que le gouvernement soviétique à l'époque de Khroutchev eut tort d'ajouter à la montagne de témoignages prouvant que Staline avait monté une machination contre ses victimes? Il ne le dit pas.

Cependant, nous remarquons qu'il procède comme si Staline avait été justifié. Par conséquent il donne un aperçu très lumineux sur la nature de certains conseillers de Fidel Castro et apporte confirmation du raisonnement des éditeurs de Monthly Review, à savoir que faire revivre l'accusation employée aux procès de Moscou est un « signe certain d'intention malveillante ou d'ignorance » et que, dans ce cas, « l'intention malveillante vient de conseillers qui n'ont jamais abandonné les attitudes et les méthodes qui étaient à la base des procès ». DE CHE GUEVARA soulevant des questions relatives à la disparition de ment exclu pour mener contre le « qu'à diviser et qui serai

Guevara, il était alors totalede l'utiliser comme tremplin une attaque invraisemblable trotskysme », qui ne servirait le mouvement révolutionnaire t rejetée par la majorité de l'avant-garde révolutionnaire actuelle. D'autre part, c'eut été un coup dévastateur si Guevara, imitant Mark Twain, avait écrit une lettre de salutations à la Conférence Tricontinentale, indiquant que les rumeurs au sujet de sa mort étaient grossièrement exagérées.

Voici la réponse de Blas Roca: « Mais du point de vue des faits, de quelle utilité cela aurait-il été? Si auparavant, avec la dernière lettre de Che, lue par Fidel luimême, les calomnies et les spéculations méchantes de ces éléments n'avaient pas pas cessé mais s'étaient multipliées, n'auraientils pas répondu de la même façon à une nouvelle lettre? » Comme si le contenu et le style d'une telle lettre ne suffiraient pas à en établir l'authenticité !

C'est la réponse de Blas Rocas non seulement au Militant, mais aussi à Monthly Review, qui ont tous deux soulevé la question d'un point de vue de révolutionnaires honnêtes préoccupés par l'intérêt et le prestige de la révolution cubaine. Blas Roca pense-t-il réellement que l'affaire peut être réglée par l'épithète « agents impérialistes » ? Cette manière de répondre est alarmante !

Puisque Blas Roca le désire, il n'y a pas d'autre choix que de poser d'autres questions, que j'avais mis en avant publié dans The Militant d

1966, que Blas Roca cite à prises, Partant du point de dans l'article u 31 janvier plusieurs revue que je faisais mien que Castro disait la vérité au sujet de la nouvelle tâche de Guevara, j'attirais l'attention sur le fait que cette partie dans le discours de Castro était disproportionnée. S'il était vrai que l'impérialisme faisait une campagne puissante et nuisible contre la révolution cubaine en

1) Guevara est-il au courant des spéculations sur sa disparition de la scène politique cubaine? Oui ou non !

2) S'il n'est pas au courant, comment l'expliquer?

3) S'il est au courant, pourquoi s'abstient-il de répondre au souci de ses camarades et amis? Pourquoi ne fait-il pas savoir au monde que tout va très bien pour lui? Quelle action particulière de sa part en ce moment pourrait être d'une assistance plus grande pour la révolution cubaine ?

Blas Roca est des plus expansif quand il fait les louanges de Che Guevara, le « vaillant commandant de notre guerre révolutionnaire aimé de tous », et quand il le défend contre les prétendues attaques calomnieuses des trotskystes qui, nous diton, tentent de l'opposer à Fidel Castro. Mais l'opinion de Che sur les trotskystes est assez différente du point de vue conte-

Blas Roca prend pour cible Adolfo Gilly et essaie de tirer quelque chose du fait que « d'autres trotskystes» à la fois le « defendent » et « le dénigrent, lui et son groupe ». « Cela semble étrange, dit Blas Roca... mais c'est en accord parfait avec le rôle provocateur et fondamentalement confusionniste du trotskysme.

Dans la même semaine où l'article de Blas Roca calomniait Adolfo Gilly de la façon la plus infâme à Mexico dans Politica, Adolfo Gilly était arrêté par la police mexicaine, se voyait refusé la liberté sous caution et tombait sous le coup d'accusations si sérieuses qu'il pourrait se voir infliger plus de cinq années de détention. Et quelles sont les accusations? Etre engagé dans une « conspiration communiste » pour le renversement du gouvernement Diaz Ordaz; être impliqué dans des « crimes » tels que tenter d'organiser des manifestations de protestation contre la visite du président Johnson !

Où Blas Roca se situe-t-il dans tout ceci ? Avec les chasseurs de sorcières et de rouges de la bourgeoisie mexicaine corrompue? Ou avec la victime? Nous espérons que Blas Roca adoptera une attitude correcte à ce sujet et exprimera sa solidarité dans la défense de Adolfo Gilly et des autres victimes, malgré ses divergences politiques avec eux.

Une pareille attitude semble-t-elle « étrange » ? Elle est parfaitement compréhensible à tout militant. De la même manière l'attitude de Monthly Review, en désaccord avec l'appréciation négative d'Adolfo Gilly sur la Conférence Triconti-

NALE 43 nu dans les calomnies placées dans le discours de Castro du 15 janvier. Je l'avais remarqué dans l'article du Militant que Blas Roca a cité. Blas Roca a ignoré les paragraphes citant l'hommage rendu par Guevara au dirigeant paysan et trotskyste péruvien, Hugo Blanco, qui a été maintenu en prison sans jugement pendant trois années, à Arequipa. Ni l'hommage de Guevara, ni l'image d'un dirigeant trotskyste, enfermé dans une prison péruvienne, pour le crime d'avoir dirigé une lutte de paysans, ne peuvent coller facilement dans le tableau calomniateur du trotskysme, présenté comme un « vulgaire instrument de l'impérialisme et de la réaction » par Blas Roca.

En même temps que celui-ci répondra aux questions qui lui ont été posées cidessus sur Guevara, il pourrait aussi nous dire s'il pense que le vaillant commandant aimé de tous avait eu tort de rendre hommage à Hugo Blanco.- Parlez, Blas Roca, vous avez la parole... nentale et avec son évaluation de la ligne de Fidel Castro, tout en étant d'accord sur d'autres questions, est tout à fait rationnelle et compréhensible. La position de la plupart des trotskystes à l'égard d'Adolfo Gilly n'est pas fondamentalement différente. Ils considèrent qu'il a écrit des articles de valeur; en même temps, dans la mesure où il est influencé par les conceptions de Posadas sur certaines questions, ils aimeraient le voir suivre un cours plus indépendant. Indépendamment du fait qu'ils pensent que ses vues sont erronées, ils rejettent unanimement avec indignation la calomnie stalinienne « d'agent de l'impérialisme » qui lui est lancée.

Si Blas Roca ne veut pas le comprendre, peut-être un autre cas y parviendra. J'avais à peine commencé à écrire cet article que la nouvelle arriva de Detroit qu'un individu armé d'extrême-droite, un raciste, avait pénétré dans la salle Eugne V. Debs, siège régional du S.W.P., pour tuer quelques « communistes ». Il ordonna à trois jeunes combattants anti-guerre qui se trouvaient là, dont l'un était membre de la Young Socialist Alliance (Y.S.A.) et les deux autres du S.W.P., de s'aligner contre le mur. Il tira alors neuf fois en leur direction, tuant Leo Bernard et blessant gravement Jan Garrett et Walter Graham.

Comme l'a déclaré Staughton Lynd, «Leo Bernard est la première personne assassinée du mouvement pour la paix ». Je ne sais pas si cet assassinat politique a été mentionné dans la presse cubaine et quelle position Blas Roca adopta à son sujet. Aux Etats-Unis, tout le mouvement contre la

CE QUI EST « ETRANGE » POUR BLAS ROCA

CE QUI EST « ETRANGE » POUR BLAS ROCA guerre s'est rassemblé pour exprimer spontanément sa solidarité devant ce coup meurtrier porté à l'ensemble du mouvement.

Le Parti communiste des Etats-Unis fit la déclaration officielle suivante, le 18 mai:

« L'assassinat politique délibéré à Detroit de Leo Bernard, membre du S.W.P., le 16 mai, et les coups tirés contre Jan Edward Garrett et Walter Graham, membres de la Y.S.A., dans le but de les tuer, est une conséquence choquante de la campagne anti-communiste de l'extrême-droite. Ces trois jeunes hommes qui menaient une action pour que finisse la guerre du Vietnam, sont aussi les victimes de la haine engendrée à l'intérieur par les fomenteurs de guerre.

« Au cours des derniers mois, le meurcommuniste, à New York, de librairies de

Detroit, de Los Angeles et de Chicago, contre les locaux du Du Bois Club à San

Francisco et ceux du Vietnam Day de

Berkeley, avec les incendies volontaires perpétrés à Chicago et en Indiana, les menaces de mort adressées par la poste ou au téléphone dans différentes villes, qui toutes sont connues par les autorités fédérales et municipales, qui ne font rien à leur sujet. Le meurtre de Detroit doit servir à stopper cette flambée de terreur dans notre vie politique. Tous ceux qui se proclament pour la paix, la démocratie et les libertés politiques ont la responsabilité d'élever la voix et de renforcer ces luttes ».

Dorothy Healy, présidente du Parti communiste de la Californie méridionale, exprimé la même opinion :

« Le meurtre monstrueux de Leo Bernard et les blessures de Jan Garrett et Walter Graham sont une conséquence directe de l'hystérie anti-communiste. Cet anti-communisme qui fourni la justifica,tion de l'agression militaire au Vietnam, et de la répression à l'intérieur du pays, a ôté la vie à Leo Bernard comme il a tué les Vietnamiens qui luttent pour l'indépendance. Tous les Américains qui luttent pour que se termine la guerre dans le delta du Mékong, et ceux qui combattent pour la liberté dans le delta du Mississipi, doivent s'unir pour exiger la fin d'une hystérie qui provoqua cette attaque contre des membres du S.W.P.»

Nous laissons à Blas Roca le soin de faire concorder ces déclarations avec sa calomnie au sujet des trotskystes « forces auxiliaire très activites » de l'impérialisme américain, alors qu'en réalité ils sont reconnus par amis et ennemis comme étant « très actifs » dans l'opposition aux « sales guerres » du Vietnam, de Saint-Domingue et de Cuba ! Il ne fait aucun doute que Blas Roca ne dira rien. Même des orateurs à la parole d'argent trouvent quelquefois que le silence est d'or. fondamentales, un grain de vérité peut néanmoins être trouvé, dissimulé dans leurs positions politiques. C'est une raison pour laquelle une figure de la taille de Lénine n'écartait pas les révolutionnaires sincères qui défendaient une position avec laquelle il était en désaccord. Son langage pouvait être très énergique, certes, mais il se lançait néanmoins dans une discussion raisonnée et n'hésitait pas à s'approprier quelque chose de valable dans la position d'un opposant. Dans les mains de Lénine, la démocratie prolétarienne était un outil authentiquement révolutionnaire.

trier avait projeté communistes ». Le 3

Detroit fut avertie de de ce voyou politique de « tuer quelques la police de mars, ce qu'était le plan et ne fit rien. Les agences fédérales furent informées du projer de meurtre avant le 3 mars par un consulat de New York et ne firent rien, si ce n'est d'informer la police de Détroit. Le meurtrier fit aligner ses victimes et se mit à tirer en criant « vous êtes tous des communistes ». C'est un meurtre politique perpétré de sang-froid et tous ceux qui en sont responsables doivent en rendre compte.

« Ce meurtre est en rapport avec l'organisation militante d'extrême-droite, composée de bandits anticommunistes à Detroit, connue sous le nom de Breakthrough, qui tenta de briser un meeting à la salle Cobo le 6 mai, où Gus Hall était l'orateur principal. A cette occasion, un de ceux qui tentèrent de briser le meeting avait un revolver chargé dans le but évident de s'en servir. Cette bande est dirigée politiquement par des membres de la Birch Organisation.

« C'est aussi en relation avec les attentats à la bombe contre le siège du Parti

Pour un marxiste révolutionnaire authentique, il ne suffit pas de définir une position comme « opportuniste », « ultragauchiste » ou « sectaire ». La raison pour laquelle des révolutionnaires sincères et intelligents peuvent quelquefois se retrouver dans l'une des diverses impasses éloignant du chemin du socialisme, doit être élucidée. Des raisons sociologiques peuvent être découvertes, telles que les liens avec la classe moyenne, ou la pression d'une bureaucratie ou d'une caste.

Même si l'analyse est poursuivie suffisamment loin pour révéler ces instigations

DES GRAINS DE VERITE DANS L'ERREUR

DES GRAINS DE VERITE DANS L'ERREUR

C'était faire tort à la révolution cubaine que de museler le groupe Posadas. Blas Koca donne des citations du « journal ronéotypé, qui tut imprimé à Cuba par un groupe trotskyste organisé, après le triomphe de la révolution cubaine, avec l'aide de Posadas et Adolfo Gilly ». Il ne mentionne pas que le journal était ronéotypé, parce que lui avait été refusée l'utilisation d'une imprimerie. Il n'ajoute pas que le même journal ronéotypé fut supprimé par l'arrestation et l'emprisonnement de ceux l'arrectation et l'emprisonnement de ceux qui le sortaient et le distribuaient. La révolution cubaine était-elle si faible idéologiquement qu'elle était incapable de répondre même à des arguments de Posadas?

Il a pu sembler ennuyeux de porter un intérêt aux articles ou rapports de Posadas, « longs, extrêmement confus et parfois incompréhensibles » qui constituent l'armature essentielle de son petit moulin à paroles. Il ne fait pas de doute qu'il y a des jeunes à Cuba qui auraient aimé cependant discuter avec les partisans de Posadas, afin de préciser leur propre pensée et de faire progresser leur éducation révolutionnaire. Les frais généraux entraînés par la suppression de ce groupe furent assez élevés, car ils alimentèrent l'accusation fallacieuse que la révolution cubaine allait suivre la voie de la révolution russe, c'est-à-dire se staliniser.

C'est particulièrement aux Etats-Unis où le stalinisme a fait des dommages immenses à la cause de la révolution socialiste que la suppression du groupe Posadas fit du tort à Cuba. Il y eut quelques universités où la violation des droits démocratiques du groupe Posadas déconcerta les défenseurs de la révolution cubaine, surtout des défenseurs trotskystes, de la révolution cubaine.

Il est tout à fait injuste et brutal de la part de Blas Roca d'accuser le groupe de Posadas de critiques injustifiées à Fidel Castro, en vue de la violation injustifiée de leurs droits démocratiques. Par leur expérience personnelle ils en vinrent à conclure qu'ils avaient été traités très durement et que d'autres seraient d'accord à ce sujet malgré la répugnance la plus forte pour leurs positions politiques. Le traitement du groupe Posadas démontra que, jusqu'alors, la révolution cubaine n'avait pas produit de formes institutionnelles permettant la libre expression d'opinions divergentes dans le cadre de la loyauté à la révolution. C'est une grave faiblesse.

L'erreur de la Socialist Labour League provient de l'incapacité de sa direction à l'esprit insulaire, à reconnaître une révolution quand elle en voit une. Ceci est presque une condamnation de leurs capacités théoriques et politiques et signifie leur condamnation en tant que mouvement

N 4 L D 45 viable, Il y a une seule sorte de révolution qu'ils daigneraient reconnaître (espérons-nous) s'ils la voyaient. Cest une révolution qui organiserait le pouvoir des travailleurs dans les soviets ou conseils et qui suivrait les normes de la démocratie prolétarienne définie par Lénine dans l'Etat et la Révolution. Comme la révolution cubaine n'a pas encore réalisé de soviets, la S.L.L. nie qu'un pouvoir prolétarien existe à Cuba. De cela ils déduisent que le capitalisme doit encore être sent que le capital au pouvoir, sans qui ont été prises de ce que d'autre bien sûr, dans l'e pour convertir les en critères, les dénot et leur opposition lutionnaire de Cub tions immenses év sont des ultra-gauct sadas. Ils sont cer sérieux que Posadas colonial reste large pour eux. Ils ne s'y ment. Ils sont asse dans leur petite îl les flics ne portent noncent périodiquer dioses sur la « réorga ternationale, pour générescence » prov telles que son souti baine et à l'équipe

Il y a néanmoi un noyau de vérité Cuba n'a pas encor type soviétique. Cec faiblesse.

Le courant princip kyste mondial a sc que la révolution ment la plus démoc lution d'Octobre 19 de ceci foisonnait nées. Le blocus et tée par l'impérialis vers de l'évolution isme doit encore être onsidérer les mesures et sans tenir compte s déclarent. lis sont, rreur. Leur insistance normes démocratiques e comme des sectaires; u gouvernement révo3, malgré ses réalisaidentes, montre qu'ils listes tout comme Popendant encore moins • La totalité du monde ment un livre fermé intéressent pas réellez contents de végéter e tranquille où même pas d'armes. Ils annent des plans graninisation » de la IV° Inla sauver de la « déroquée par des choses en à la révolution cude Castro. ns dans leur critique qui doit être reconnu. e un gouvernement du :i, aussi, est une grave al du mouvement trotsutenu depuis le début cubaine est naturelleratique depuis la Révo17 en Russie. La preuve dans les premières anl'agression armée monme se mirent en trade cette tendance, et l'empêchèrent de s les dirigeants cuba rent la peine de réinstaurer devant et les bombardem contre-révolutionna

Ins mo les ents humanitaires abolirt mais durent la forfaits meurtriers organisés par les poussés par la C.I.A. Dans l'emprise croissante du blocus impérialiste, Cuba prit nécessairement certaines caractéristiques d'une forteresse assiégée, ce qui n'est pas exactement une serre pour le développement et l'application des normes de la démocratie prolétarienne. La révolution cubaine est encore restée remarquablement exempte de la maladie bureaucratique qui fit tant de dégâts en Union soviétique Quand le danger bureaucratique devint aigu en 1962, des coups célèbres furent portés à Annibal Escalante et à sa clique.

'épanouir. Par exemple, res cubains, financés et

Les dirigeants cubains ont manifesté leur conscience de la faiblesse de la révo. lution en ce qui concerne les institutions politiques et ont exprimé plusieurs fois leur intention d'aller de l'avant dans ce domaine. Ils ont tenté des expériences et enregistré un progrès réel par la construction du Parti communiste de Cuba. Mais ils ont encore un chemin considérable à

DEUX LIGNES

Nous en venons finalement à ce qui est réellement au fond de l'attaque contre le «trotskysme». Blas Roca l'indique dans ses références méprisantes au « langage super-révolutionnaire » des trotskystes. On penserait se retrouver dans les années 1930 quand les Blas Roca défendaient les « thèses » staliniennes non léninistes « sur la possibilité du triomphe du socialisme dans un seul pays ». contre au socialisme dans un seul pays », contre la position trotskyste qui affirmait que la véritable défense des réalisations socialistes de la Révolution d'Octobre nécessitait l'extension de la révolution et sa culmination dans la révolution internationale qui établirait finalement le socialisme dans les pays capitalistes industriellement avan- parcourir avant qu'il ne soit plus nécessaire de dire que toute politique importante dépend des décisions et de la vie d'un seul dirigeant. La lenteur du processus de mise en place d'institutions démocratiques de domination prolétarienne à Cuba préoccupe beaucoup de partisans de la révolution cubaine, en plus du mouvement trotskyste mondial. S'AFFRONTENT et qui était l'instrument du néocolonialisme et de toutes les forces sociales réactionnaires ».

Quelles que soient les citations que fasse Blas Roca des articles ou rapports de J. Posadas, les trotskystes n'appellent pas à la « réalisation immédiate de la révolution socialiste ». C'est une caricature, comme la caricature stalinienne des décennies passées théorie de Trotsky manente signifiait multanées » partout

« Les trotskystes qui proclamait que la de la révolution perdes « révolutions sicontinue Blas Roca, aiment dire que les mesures de transformation socialiste furent prises, à Cuba, sous la pression des masses; ce qu'ils ne sont même pas capables de comprendre c'est que la direction révolutionnaire sous la conduite du Companero Fidel Castro prépara chaque étape et la prit en concordance avec le degré de conscience qu'elles avaient développé dans les masses. En 1959, la proclamation du socialisme aurait divisé le pays; en avril 1961, les masses soutinrent unanimement la déclaration du Companero Fidel Castro au sujet du caractère socialiste de notre révolution et la menèrent à la victoire, avec leur sang, sur les plages de Playa Giron ».

Selon Blas Roca, « les trotskystes aiment dire... » A nouveau, c'est Posadas qui aime dire. L'élément décisif dans la victoire de la révolution cubaine, fut sans conteste la direction fournie par Fidel Castro, qui réussit à surmonter la longue carence de direction, due à des staliniens comme Blas Roca, le doublant sur la gauche. Naturellement, les masses répondirent. Ainsi firent les trotskystes et beaucoup d'autres authentiques révolutionnaires à l'échelle internationale. Mais ici, la référence de Blas Roca à Posadas n'est qu'une partie de l'écran de fumée derrière lequel il avance une ligne en opposition à celle suivie par Fidel Castro jusqu'à maintenant, ligne de lutte révolutionnaire et de buts socialistes déclarés.

La ligne de Blas Roca, comme l'indiquent ces paragraphes, est la même que celle avancée par le porte-parole communiste américain Gus Hall dans sa critique à Monthly Review. C'est la conception que le processus révolutionnaire, dans les cés. La justesse de la a été confirmée par la sion de la révolution à par l'écroulement du la grande propriété

† position trotskyste réalité, par l'extenl'Europe orientale, capitalisme et de errienne en Chine et enfin, mais en aucune manière pour le moins, par la révolution à Cuba, à seulement cent cinquante kilomètres de la principale puissance capitaliste du monde.

Une seule nouvelle révolution socialiste en Amérique latine pourrait aujourd'hui mettre un terme d'un coup à l'isolement de Cuba par rapport au continent américain et assurer le développement rapide des révolutions à travers les Amériques. Jamais le programme trotskyste n'a eu autant de réalité qu'aujourd'hui! C'est précisément ce que les Blas Roca, représentant les résidus les plus misérables du stalinisme dans l'hémisphère occidental, craignent et cherchent à stopper.

Etudions les paragraphes suivants d'un article de Blas Roca, dans lequel il essaye réellement d'en venir aux prises avec le trotskysme :

« Avec des mots d'ordre ultragauche et des appels à la réalisation immédiate de la révolution socialiste, ils isolent ce mouvement des masses, ils coupent leur voie de développement. Avec une fréquence non des moindres, ils font référence à Cuba socialiste; mais en 1958, l'armée rebelle ne proclamait pas la révolution socialiste, elle rassemblait le peuple dans la lutte pratique pour renverser la tyrannie de Batista et détruire son armée de mercenaires qui servait à le soutenir pays industriellement sous-développés, doit passer par deux étapes distinctes, une étape démocratique bourgeoise dirigée par la bourgeoisie à tendance progressiste et une étape ultérieure dans laquelle la direction révolutionnaire peut se mettre en avant. Cette conception est celle qui fut fut préconisée et défendue par les menchevistes en opposition à la fois à Lénine et Trotsky. Quelque chose de plus est impliqué, cependant, qu'une simple conception démodée depuis longtemps.

Je ne nie pas qu'en 1959 une « proclamation du socialisme » à Cuba aurait été largement incomprise. La raison n'avait rien à voir avec le caractère de classe de la révolution en cours. C'était dû à l'énorme discrédit qui s'attachait au nom même du socialisme ou du communisme à cause du rôle du stalinisme en Union soviétique et à Cuba, où le Parti communiste soutenait Batista. Une « proclamation du socialisme » aurait été comprise comme une « proclamation du stalinisme ».

Il était juste de la part de Castro d'éviter ce malentendu, à quoi devons-nous ajouter que Castro lui-même avait été rebuté par la conduite du Parti communiste et ne se considérait pas encore comme un marxiste. Au lieu de se développer autour d'un programme socialiste, la révolution alla de l'avant, avec un mot d'ordre d'action ; à savoir, la lutte armée contre Batista. Même à ce niveau, le Parti communiste sous la direction de Blas Roca faillit misérablement, attaquant le mouvement de Castro comme aventuriste et putschiste.

La vérité est que la ligne de Blas Roca qui consiste à éviter le « langage superrévolutionnaire » du socialisme, à préconiser la conception des deux étapes, avait déjà été appliquée à Cuba et s'était, pour le moins, montrée défaillante.

Le 4 décembre 1939, le Parti communiste cubain avait désigné son candidat à la présidence. Son nom? Le colonel Fulgencio Batista, chef d'état-major des forces armées cubaines. Blas Roca et ses camarades dirigeants staliniens soutinrent Batista parce qu'ils le considéraient comme un « homme du peuple », un bon démocrate bourgeois, un dirigeant de la « première étape » de la révolution. Et Batista récompensa ses partisans du Parti communiste en leur donnant des postes dans son cabinet.

Sans cette coalition, Batista n'aurait jamais pu accéder à un poste lui permettant d'établir sa dictature sanglante. il y eut deux étapes, parfaitement. Deux étapes d'une contre-révolution. Dans la première étape, les forces révolutionnaires furent trompées et dupées, en soutenant un démocrate bourgeois, une figure sem-

NALE 47 blable à Sukarno ou Tchang Kai Chek, qui fut aussi soutenu par Staline dans la « première étape ». Dans la seconde étape, les forces révolutionnaires furent décimées alors que la contre-révolution consolidait sa dictature. Ce processus tragique se reproduisit au Brésil il y a deux ans, lorsque Goulart fut dépeint comme le bon démocrate bourgeois en qui toute la confiance devait être placée dans l'étape n° 1.

Le coup d'Etat de Castelo Branco en avril 1964 démontra de la manière la plus emphatique que la ligne de la révolution « deux étapes » est toujours capable d'ouvrir la voie à une contrerévolution en « deux étapes ». Cette leçon s'est trouvée rafraîchie depuis octobre 1965 par le sang de centaines de milliers de communistes en Indonésie. Si la ligne de Blas Roca était appliquée quelque part ailleurs en Amérique latine, elle garantirait à coup sûr une autre défaite comme elle le fit à Cuba au temps de Batista, en Chine en 1925-27, au Brésil en 1964, en Indonésie en 1965 et dans beaucoup d'autres pays où elle a été mise à l'épreuve.

La question se pose alors : une révolution victorieuse peut-elle être organisée autour d'un simple slogan d'action, comme cela se passe à Cuba avec Castro? Répondre oui implique deux choses: 1) que la bourgeoisie indigène et ses soutiens impérialistes n'aient rien appris de la révolution cubaine ; 2) que les masses en Amérique latine n'aient rien appris de l'exemple cubain pour la marche en avant vers l'étape socialiste ; en d'autres termes, que le « socialisme » ne se serait pas relevé dans leur esprit du terrible discrédit que lui ont porté Staline et ses lieutenants choisis comme Blas Roca.

Ces deux conclusions sont à mon avis erronées. L'impérialisme américain et ses valets sont beaucoup plus prêts à agir de la manière la plus violente au premier signe d'un soulèvement révolutionnaire quelles que soient les tentatives faites pour le déguiser. L'occupation de SaintDomingue par Johnson et les mesures de répression prises contre les guerilleros péruviens l'année passée sont des preuves suffisantes, sans ajouter la leçon fournie par Johnson dans l'escalade de la guerre du Vietnam.

D'autre part, la révolution cubaine a produit un effet immense sur la conscience populaire à travers l'Amérique latine et effet grandira au fur et à mesure cet que le contraste entre les progrès de Cuba et la stagnation dans le reste de l'Amérique latine deviendra plus éclatant. Dans un temps record, Cuba a réussi des choses telles que la liquidation de l'analphabéfisme. Le chômage a été supprimé, la sécurité sociale garantie, une éducation

INTERNATIONALE assurée pour chaque enfant. Malgré toutes les difficultés dues au blocus impérialiste et à un nombre d'erreurs sérieuses, l'économie planifiée se développe et offre une perspective d'avenir rayonnante. Et quel fait impressionnant - la petite île de Cuba, à cent cinquante kilomètres seulement des Etats-Unis impérialistes, a été capable de tenir contre la plus grande puissance mondiale depuis sept années déjà ! Le « socialisme », style cubain, est voué à apparaître de plus en plus attirant - come le fut la révolution socialiste pour les masses du monde entier dans les premières années de la Révolution d'Octobre. Les masses latino-américaines deviendront de plus en plus impatientes de réaliser ce qu'ont fait les Cubains, une révolution socialiste. Et pourquoi ne le seraient-elles pas ?

Cette réhabilitation du mot « socialisme » et du programme socialiste sera aussi portée par l'histoire au crédit de la Révolution cubaine et il sera réalisé malgré tout ce que les Blas Roca, avec leurs conseils perfides, peuvent faire pour l'arrêter.

Dans leur éditorial consacré à l'attaque de Castro du 15 janvier contre le trotskysme, Huberman et Sweezy firent la remarque suivante :

« Quel que soit son rôle au Guatemala, le trotskysme n'est certainement pas une grande ou importante force politique dans la totalité de l'Amérique latine. Mais si Fidel Castro et les partis communistes d'Amérique latine esquivent la question du socialisme et, plus encore, s'ils attaquent comme trotskystes tous ceux qui luttent ouvertement pour une révolution spécifiquement socialiste, les perspectives du trotskysme latino-américain s'en trouveront grandement améliorées. »

Quelle que soit la manière dont elle est appelée, « lutte de classe consistante », « marxisme révolutionnaire », « socialisme révolutionnaire » ou « trotskysme », la révolution socialiste en Amérique latine a des perspectives déjà grandement améliorées. Les perspectives de la « collaboration de classe », de la « coexistence pacifique », du « front populaire », de la « politique de coalition », ou du « stalinisme » sont en déclin. La grande ligne de clivage a été tracée par la Révolution cubaine. L'attrait populaire pour la cause socialiste, noté par Yon Sosa, le dirigeant de guerillas guatémaltèques, n'est qu'une indication des processus profonds qui cuvrent dans cette direction.

Les défaites et les reculs des quelques années passées s'avéreront n'être que temporaires. Les deux cents millions d'habitants de l'Amérique latine rassemblent leurs forces pour faire un nouveau pas géant en avant. Rien ne pourra les arrêter — pas tous les dollars de l'impérialisme et ses armes, et encore moins les entreprises piteuses des souillons staliniens à l'égard du socialisme.

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