Plusieurs indices témoignent que le mouvement ouvrier japonais est arrivé à un tournant. Parmi ces signes se trouvent les récents changements au sommet de la hiérarchie des grands syndicats ainsi que les changements dans leur politique et leurs fonctions au fur et à mesure qu'ils commencent à s'attaquer aux processus de rationalisation et d'automation qui se sont produits dans l'industrie japonaise au cours des dernières années. Les problèmes qui ont surgi ont provoqué des divergences sur la manière de les traiter, et ces divergences ont entraîné de vifs débats et des discussions dans toutes les organisations ouvrières. Cet article a pour objet d'indiquer les causes et le fond de la fermentation actuelle.
L'éviction des présidents des deux grandes centrales à leurs conférences nationales respectives à la fin de juillet n'est qu'une manifestation de ce changement. Kaoru Ohta, président du Sohyo, la plus grande centrale et aussi celle qui se trouvait le plus à gauche, a été obligé de démissionner après avoir occupé son poste pendant huit ans. Il est significatif que son successeur soit Toshikatsu Horii, président de la Fédération nationale des ouvriers du rail. Horii lemporta grâce au soutien de l'un des dirigeants les plus droitiers du sohyo, Fumihiko Takaragi, dirigeant du syndicat des postiers. LE FRONT UNIQUE CONTRE LES
Il est essentiel de donner avant tout une brève esquisse des questions préoccupant la plupart des militants syndiсаих.
La conférence nationale du Sohyo a adopté trois propositions essentielles présentées par sa direction nationale : l'une sur la démission de l'ancien président et la nomination d'un nouveau président ; la deuxième sur la lutte
Yukich Takehama fut obligé de se retirer de la présidence de la grande centrale neutre des syndicats lorsqu'il perdit la direction de son propre syndicat, la Fédération nationale des ouvriers de l'outillage électrique. La défaite de Takehama a été le résultat d'un glissement majeur dans sa fédération. La centrale neutre, qui, tout récemment, encore était alignée sur le Sohyo, a changé et soutient maintenant la centrale la plus droitière, l'Union générale des syndicats, la deuxième en nombre du Japon.
Ces changements dans les postes supérieurs semblent montrer à première vue qu'un glissement général vers la droite s'est produit dans le mouvement ouvrier japonais ; mais il faut les évaluer sur l'arrière-fond d'une montée remarquable dans la classe ouvrière, avec un nombre croissant d'ouvriers entrant en lutte, des luttes s'intensifiant, des directions de lutte de plus en plus jeunes, et un mouvement ouvrier allant jusqu'a préparer des actions de grève contre la guerre du Vietnam.
Dans tout groupe politique au Japon, un important sujet de discussion est le cours suivi par la classe ouvrière japonaise et sa signification pour l'avenir. Il faut considérer les nouvelles scissions, les regroupements, la confusion apparente comme une partie des phénomènes nécessairement escomptables à tout tournant majeur dans un mouvement de masse. MESURES DE RATIONALISATION contre la guerre du Vietnam ; la troisième sur la tactique du front unique contre la guerre du Vietnam et contre les mesures de rationalisation introduites dans l'industrie. La résolution sur le front unique se prononce pour l'adhésion de tous les syndicats et de tous les partis ouvriers indépendamment de leurs divergences.
Akira Iwai, secrétaire général du So-
QUA hyo, s'exprima ainsi dans le numéro de juillet de l'organe officiel de la centrale
« Sohyo mensuel » : « Je pense que le programme du Parti communiste pour le mouvement syndical n'est pas juste ; mais je pense que si le Parti communiste était exelu de notre « front unique » nous commettrions l'erreur de permettre une attitude sectaire qui prévaudrait dans tous les partis ouvriers et dans tous les syndicats. »
« Nous devons prendre comme position, déclara-t-il, de donner un soutien à tous les partis progressistes, position qui permettra aux syndiqués d'organiser des groupes spéciaux soutenant respectivement soit le Parti socialiste, soit le Parti socialiste démocratique, soit le Parti communiste, et de mener des campagnes pendant les élections générales et de suivre diverses autres questions politiques. »
Contrairement à cela, Takaragi, dirigeant du syndicat des postiers reconnu comme la puissance derrière le nouveau président du Sohyo, met en avant une autre interprétation du front unique. A sa conférence nationale tenue à Kyoto du 27 juillet au ler août, ce syndicat a adopté une résolution refusant en fait de coopérer à toute lutte qui inclurait le Parti communiste. Elle met en avant à la place une idée plus limitée du « front unique » qui impliquerait une action commune seulement avec l'Union générale conservatrice.
Mais, dans l'application de cette résolution, les postiers se trouvent dans un dilemme à propos de leurs relations avec cette catégorie spéciale connue au Japon sous le nom de « seconds syndicats » qui constituent une partie de l'Union générale. Leur nature peut être la mieux comprise dans le contexte de la structure d'organisation du mouvement ouvrier japonais.
A la différence de l'Angleterre ou des Etats-Unis, où un syndicat peut envisager que toute une industrie entre dans son ressort, au Japon les ouvriers d'une société particulière peuvent organiser leur syndicat en unité autonome. Par exemple, les ouvriers de la société de constructions navales Mitsubishi et ceux de la société de constructions navales Hitachi ont leurs propres syndicats. Ceci est obligatoire d'après les lois japonaises, les seules exceptions étant celles des mineurs et des marins. Il en résulte que les syndicats dans une industrie ne sont liés que d'une façon lache par les tédérations nationales.
Par conséquent, il n'existe normalement qu'un syndicat dans une société donnée.
Les « seconds syndicats » sont diffé- rents. Ils sont organisés par la firme à côté du syndicat « légitime » en vue de l'affaiblir. Ceci a lieu généralement lorsque le syndicat légitime est engagé dans une âpre lutte avec le patron.
Tous ces « seconds syndicats », ces syndicats-maison, sont maintenant affiliés à l'Union générale. Cela pose un problème particulier pour les postiers, car là où ils sont organisés existent à côté d'eux des syndicats-maison.
Si les postiers mettaient en pratique leur résolution de ne former le front unique qu'avec l'Union générale, chaque section du syndicat serait obligée de faire savoir clairement ce qu'elle entend lorsqu'elle parle d'un « front unique » avec sa rivale, la section du « second syndicat ». Certes, si elle peut y réussir, ce front unique serait nécessaire et utile lorsqu'elle se trouverait en lutte. Mais si les dirigeants des postiers vont jusqu'à exiger l'unification du Sohyo avec l'Union générale en excluant tous autres, les sections des postiers auront comme problème de réaliser celle-ci avec ceux qui agirent comme briseurs de grève pendant la période difficile où le syndicat luttait pour s'établir. Il en sera de même dans d'autres industries.
A la conférence nationale du syndicat des postiers, l'opposition militante était visiblement si forte que la direction eut à en tenir compte, et accepta d'inclure les amendements suivants dans la résolution principale : 1) le parti politique le plus digne de soutien est le Parti socialiste ; 2) le syndicat doit faire campagne contre la politique, encouragée par le gouvernement et la direction, d'un accroissement de la productivité par une accélération des cadences ; 3) il est de la responsabité de tous les syndicats mon seulement de lutter pour des salaires meilleurs et de meilleures conditions de travail, mais aussi de s'orienter vers des objectifs politiques ; 4) le syndicat doit toujours soutenir une perspective ouvrière.
On peut prévoir presque à coup sur que l'Union générale ne trouvera acceptable aucun de ces amendements en raison de ses quatre propres propositions : 1) le parti méritant d'être soutenu n'est pas le Parti socialiste mais le Parti socialiste démocratique : 2) il ne faut pas s'opposer à la recherche d'un accroissement de la productivité, lequel devrait être activement soutenu par tous les syndiqués car des augmentations de salaire pourraient être obtenues par un accroissement de la productivité ; 3) étant donné qu'un syndicat n'a pas de but politique mais seulement l'amélioration des conditions de travail et de salaires com-
QUATRIEME me objectif central, les syndicats doivent éviter de diriger des luttes pour des objectifs politiques ; 4) dans leurs actions, les ouvriers doivent être guidés par « l'intérêt national » plutôt que par leurs propres intérêts de classe.
AUGMENTATIONS OU LUTTE CONTRE LA
Autour de quelle lutte les syndiqués organiseront-ils un front unique ? Ohta et Iwai ont souligné l'importance primordiale pour les syndicats de centrer les luttes sur les augmentations de salaire auxquelles, disent-ils, tous les syndiqués ont intérêt. Le programme adopté par le Sohyo à sa conférence natio-
Il reste à voir quel « front unique » la combinaison Horii-Iwai espère mettre en œuvre, si elle y réussit jamais, et il est difficile de voir comment le syndicat des postiers pourra mettre sa résolution en application.
DE SALAIRE RATIONALISATION ?
Jusqu'en 1962, les mineurs, en raison de l'existence de leur syndicat, puissant et combattif, avaient pu obtenir des salaires relativement plus élevés que ceux des autres secteurs. C'est pourquoi les capitalistes japonais accordèrent une très grande priorité à l'œuvre de dislocation et de destruction du syndicat des nale est construit sur cette
Mais quelques-uns des combattifs, comme Halhara général du syndicat des charbon, demandent qu'on ment que la tâche est de ligne.
dirigeants secrétaire mineurs de dise clairelutter contre mineurs. Ils en firent un élément concomittant à l'intensification du processus de rationalisation nécessaire dans l'industrie pour parvenir au niveau technique voulu pour pouvoir concurrencer avec succès les autres pays impérialistes avancés.
le processus de rationalisation industrielle qui progresse rapidement au Japon en liaison avec la croissance rapide de l'économie. Le point de vue de Haihara selon lequel, sans une vive opposition aux mesures de rationalisation, les ouvriers ne pourront obtenir aucune amélioration sensible de leurs conditions, a pour origine son expérience comme dirigeant des mineurs.
avances.
Par une intervention policière directe, les directeurs des mines furent capables d'évincer littéralement des milliers de militants de leur emploi et presque de détruire le syndicat des mineurs. Le résultat net de la campagne est montré lumineusement par les faits suivants. Le nombre total des mineurs a diminué depuis 1960 (voir Tableau 1). La produc-
1958
Population âgée de
Population active :
complètement au employée
(1) agriculture
62.950
43.870
43.240
14.710
(2) industries non
(a) mines ..•••
(b)
constructior fabrication
(c)
agricoles
L industrielle
28.540
2.060
9.000
(d) commerce de gros et de détail, finances, assurances et biens immobiliers
.....
(e) Transports, communications et autres services publics
(f) services
(g) services gouvernementaux
8.000
2.210
5.040
1.220
(Source : Etude statistique de l'économie du Japon étrangères, Tokyo, page 9.)
lindustrie
1960
65.200
45.110
44.610
13.910
30.670
2.360
9.510
8.490
2.450
5.520
1.280
1962
67.550
46.140
45.740
13.110
32.600
2.700
10.720
8.470
2.660
5.630
1.360
1964
71.220
47.100
46.730
11.970
34.710
2.890
11.370
9.270
2.940
5.900
1.460
1965, Ministère des Affaires
TABLEAU 1
Population adulte par groupes professionnels et population employée par
(moyennes mensuelles, en milliers de personnes)
TABLEAU 1
Population adulte par groupes professionnels et population employée par
(moyennes mensuelles, en milliers de personnes)
ans et plus chômage et forêts
TABLEAU 2
Indice de la productivité du travail
(1955
Mines
Fabrication industrielle
Textiles
Papier et pâte a papier.........
Produits chimiques
........
Céramique
.........
Fer et acier
....
Métaux non ferreux
......
Machines en général
(a) machines électriques • ... (b) instruments de précision
(Même source que tableau 1, page 11.) tivité du travail et le nombre d'heures de travail moyen ont augmenté (voir Tableaux 2 et 3). L'augmentation de salaire annuelle des mineurs retarde considérablement sur celle des autres travailleurs industriels (voir Tableau 4). Ainsi voyons-nous comment les conditions de travail et le standard de vie des mineurs ont été réellement affectés, bien que leur syndicat ait réussi à survivre aux attaques et reste à ce jour un des syndicats les plus forts et les plus combattifs au Japon.
L'expansion rapide de l'économie japonaise a permis un accroissement en nombre des travailleurs en même temps qu'un accroissement de productivité par tête. A cause de cela, les gains des ouvriers se sont accrus, tandis que le nombre moyen d'heures de travail a etfectivement diminué. Ce n'est qu'une expression de la progression de l'industrialisation et de la rationalisation par la mécanisation et l'automation. EFFET DE LA RATIONALISATION
La préoccupation du mouvement syndical sur ces problèmes et la raison pour laquelle beaucoup sont si timides en ce qui concerne la lutte contre les mesures de rationalisation industrielle, alors qu'ils auraient été très combattifs dans le passé, résident dans la manière même dont la réorganisation et la rationalisation qui se poursuivent à présent à un rythme rapide dans l'industrie au Japon, ont affecté la structure organisationnelle des syndicats eux-mêmes. Les fusions récentes, les regroupements et le renforcement du contrôle des monopoles sur quelques-unes des grandes firmes ont
= 100)
1960
117.8
143.3
138.6
116.5
141.9
113.4
141.2
122.7
151.7
250.6
129.7
Mais ce qui est est extraordinaire.
mineurs a décru,
1964
223.3
187.4
178.4
143.6
207.6
143.1
193.3
157.5
194.2
342.8
180.0 advenu aux mineurs
Le nombre total des en même temps le nombre moyen d'heures de travail par tête s'est élevé depuis 1960, et la productivité par tête s'est énormément accrue. Dans d'autres industries les heures ont été réduites. Les gains des mineurs sont restés stagnants.
Malgré la pression largement répandue des militants de base et de la direction officielle du syndicat des mineurs en faveur d'une lutte contre les mesures de rationalisation, la masse des dirigeants du Sohyo soutient la ligne de Ohta et Iwai d'une concentration sur des augmentations de salaire. En défendant l'importance de cette ligne et en s'opposant, dans ce processus, aux militants qui veulent un programme de lutte véritable, Ohta et Iwai se sont identifiés à la tendance droitière dans le mouvement et se rapprochent d'elle. SUR LE MOUVEMENT SYNDICAL poussé les syndicats spécifiquement impliqués vers la droite.
L'exemple le plus typique est fourni par la récente fusion engagée par la firme géante Mitsubishi Heavy Industry Company.
Cette société fut créée et se développa comme entreprise d'armements lourds avant la deuxième guerre mondiale. La loi antimonopole, promulguée et mise en application immédiatement après la guerre avait ostensiblement été rédigée pour dissoudre le système Zaibatsu (un système monopolistique particulier basé
QUATRIEME sur des liens et des connexions de famille) en forçant l'énorme complexe à se diviser lui-même en trois unités distinctes : le Nouveau Mitsubishi, le Naka-Nahon industrie lourde, et la Compagnie de constructions navales Mitsubishi. Chacune d'elles se consacra à un produit principal - respectivement l'automobile, l'outillage lourd, la construction navale — et accru ses dimensions et son efficacité.
La révision de la législation contre les monopoles du ler septembre 1953 permit aux trois firmes d'effectuer éventuellement leur réunification en 1965 afin de rationaliser leur direction. Mais, ce qui fut le plus important, c'est la répercussion que les nouvelles mesures eurent sur les syndicats des ouvriers de Mitsubishi. Avant la fusion, il existait un syndicat autonome dans chaque compagnie. Deux de ces syndicats suivaient la fraction de droite dans la fédération nationale ; les ouvriers des constructions navales se trouvaient au contraire sous une direction de gauche dans un des plus forts syndicats du Japon. Son comité exécutif était formé d'un certain nombre de militants socialistes et communistes, dont certains avaient rompu
BASE DE LA NOUVELLE
Qu'est-ce qui a provoqué la lutte actuelle des ouvriers japonais ? Quelle en est la cause principale et comment se développe-t-elle ?
La récente vague de combativité a une double origine. D'une part, les ouvriers dans les petites entreprises industrielles ont à faire face à de sérieuses conditions par suite de la rationalisation. Bien que les capitalistes japonais soient extrêmement fiers de la prospéavec le Parti communiste en 1858-59 et évoluaient vers le trotskysme. Après la fusion, les ouvriers de la société de constructions navales qui constituaient une unité autonome sous une direction de gauche furent transformés en une minorité dans la nouvelle structure. Ils se trouvent maintenant dans une situation difficile.
La même chose s'est produite avec la fusion des firmes Nissan et Prince (la nouvelle société est le premier ou le deuxième fabricant d'automobiles) et dans le Toyo Koatsu (le plus grand fabricant de produits chimiques), mais dans ce dernier cas les ouvriers ont rompu avec le Sohyo pendant le processus de rationalisation. La fédération nationale des syndicats des ouvriers de l'outillage électrique a cessé de soutenir le Sohyo et l'ancien président de la Fédération neutre a démissionné en conséquence.
Pourquoi des dirigeants droitiers du Sohyo comme Takaragi et des centristes comme Ohta et Iwai sont-ils si prudents et si conservateurs ? C'est en raison de l'offensive capitaliste montée en conjonction avec le rapide développement des firmes. VAGUE DE COMBATIVITE rité économique dont ils jouissent à présent, le nombre des faillites parmi les petites sociétés va croissant, et donne quelques causes de préoccupation, Les augmentations de salaire dans les petites entreprises ont été les plus faibles, bien que les ouvriers aient besoin de plus d'argent par suite de l'inflation. En outre, il y a un effet contagieux des habitudes d'achat des autres ouvriers, et le désir de plus de biens de consommation
TABLEAU 3
Heures de travail par mois des cuvriers régulièrement employés dans l'industrie
(établissements employant 30 ouvriers et plus)
1956 En général 199,3 Mines 193.8 Construction 200.8 Fabrication industrielle 204.4 Commerce de gros et de détail . 194.4 Finances et assurances 178.2 Biens immobiliers 192.2
... Transports et communications : 194.8 Electricité, gaz et eau 184.7 (Même source, page 11.)
1960 1964 202,7 195.7 193,6 196.3 211.3 204.7 207.0 195.7 197.1 194.1 179.4 173.3 191.6 187.7 198.7 199.9 182.5 178.6
QUAT s'accroit. Ils sont obligés de livrer combat et les militants dans les petites entreprises fournissent plus facilement des directions, les bureaucraties syndicales locales n'y étant pas aussi fermement établies que dans les plus grandes entreprises industrielles.
Il faut reconnaître en même temps que l'influence du secteur ouvrier des petites entreprises est décroissante. Une brève esquisse de l'histoire du Sohyo le montre clairement. Fondé en juillet 1950, le Sohyo organisa quatre millions de travailleurs en une courte période dans des conditions où les dirigeants communistes et les activistes, qui trouvaient jusqu'alors à la tête de la classe ouvrière, furent chassés de leurs emplois par l'armée d'occupation américaine. Dans « lépuration rouge », le Sanbetsu Kaigi (Congrès des syndicats industriels) où le Parti communiste disposait de la plus forte influence fut éventuellement détruit et plus de dix mille militants perdirent leur emploi.
Ceci provoqua un glissement considérable dans le front du travail. Aucune lutte importante ne se produisit pendant plusieurs années. Minora Takano, secrétaire général du Sohyo après l'épuration, basait sa dominance dans le mouvement sur les ouvriers qualifiés et sur les contremaitres, un secteur de de la classe qui devint de plus en plus important au fur et à mesure qu'avançait la reconstruction de l'industrie japonaise.
Les ouvriers dans les petites entreprises continuaient à jouer un rôle crucial dans le mouvement ouvrier dans son ensemble à l'époque. Le Sohyo dirigeait régulièrement des grèves qui impliquaient effectivement les familles des syndiqués en grève et d'autres membres de la communauté.
En 1955 Iwai remplaça Takano comme secrétaire du Sohyo. Le changement de direction fut considéré comme le symbole de la fin de la lutte des communautés et le début d'une nouvelle politique de grèves sur le plan des industries. Pendant la guerre de Corée, à la fin de l'épuration, le mouvement stagnait ; mais en 1956 des grèves à l'échelle des industries eurent lieu dans les usines fabriquant le fer et l'acier. Avant 1955, les ouvriers des petites entreprises constituaient le secteur le plus dynamique ; par la suite, l'initiative passa aux ouvriers des grandes entreprises.
Les militants syndicaux dans les petites entreprises furent qualifiés de tendance « anti-courant principal ». Un au teur japonais résuma fort bien la situation en écrivant :
« L'aile gauche comprend deux groupes, la fraction anticourant principal
(Takano) au sein du Sohyo, et ces organisations ouvrières dans les entreprises moyennes, petites et très petites qui ne sont affiliées à aucun des principaux groupements ouvriers nationaux... Bien que la gauche syndicale soit prétendument surannée, elle continue à exercer une influence considérable ici au Japon. Elle reste influente en premier lieu parce qu'elle a un écho auprès des ouvriers dans les petites entreprises. Aussi, bien que la gauche syndicale soit encore un facteur à prendre en considération, elle ne joue pas un rôle dirigéant dans la lutte actuelle entre les principales forces du travail et du capital... Le capital considère la gauche syndicale comme ne constituant qu'un secteur relativement petit du mouvement ouvrier et par conséquent comme étant sans grande importance et ne constituant pas une menace aux objectifs de la nouvelle politique du capital. Dans un certain sens, le capital a un jugement correct. » (Makoto Omori, « Un tournant dans le mouvement ouvrier japonais », « Journal of Social and Political Ideas in Japan », août 1965).
Du fait que le nombre des ouvriers dans les grandes entreprises augmentait rapidement, ceux-ci n'eurent pas de difficultés à lutter pour améliorer leurs conditions de travail. Les ouvriers établirent leur hégémonie dans les grandes entreprises dans leur ensemble. Ohta et Iwai purent proposer des programmes radicaux d'amélioration des conditions et par suite rester à leurs postes à la tête du mouvement ouvrier pendant une décennie.
La chute de Chta est une manifestation des nouvelles conditions qui pourraient fournir la base pour une nouvelle direction dans le mouvement. Les nouvelles conditions ne signifient pas la restauration de la primauté dans le mouvement des ouvriers des petits établissements. Nous devons en chercher la raison ailleurs.
La croissance économique rapide du Japon comporte des innovations et des modifications technologiques dans la structure qui, à leur tour, ont produit des changements décisifs dans la nature et la structure de la force de travail. Par exemple, les mécaniciens et les techniciens qualifiés ont eu une importance constammen grandissante aux dépens des artisans qualifiés, et il y a eu un déplacement parallèle d'un système de salaire basé sur l'ancienneté vers une
VATRIEME
TABLEAU 4
Indice des gains en espèces des ouvriers selon les industries
(1960 = 100)
Général
Mines
Construction
Fabrication industrielle
Electricité, gaz et eau
Transports
Commerce de gros et de détail
Finance et assurance
(Même source, page
61.)
nominal réel nominal réel nominal réel nominal réel nominal réel nominal réel nominal réel nominal réel nouvelle
La ouvrière réside nature et de travail.
1958 1962 1964 88.2 122.7 150.0 92.4 109.1 119.4 $1.2 117.0 144.2 95.5 104.0 114.8 87.3 133.7 173.6 91.4 118.8 138.2 86.2 122.1 149.3 90.3 108.5 118.4 90.1 126.3 152.5 94.3 112.3 121.4 88.7 125.3 152.5 92.9 111.4 121.4 89.4 122.2 149.3 93.6 106.6 118.9 91.0 121.2 143.1 95.3 107.7 113.9
Mais les ouvriers des plus grandes entreprises qui auraient pu être satisfaits quelques années auparavant avec des salaires relativement plus élevés ont commencé maintenant à ne pas trouver particulièrement attrayants le capitalisme moderne ni ses usines modernes automatisées. Par des luttes, même par celles limitées à des revendications économiques, ils peuvent s'éveiller à la conscience de classe. En outre, le Japon, bien qu'étant un pays impérialiste avancé, ne peut échapper à sa situation géographique en Asie à proximité de la révolution coloniale, notamment dans la guerre du Vietnam, dont l'influence est si directe que le Sohyo a décidé de commencer des actions grévistes pour protester contre l'escalade.
En même temps, les capitalistes ayant à faire face à la combativité croissante des jeunes ouvriers, ne peuvent plus se reposer sur la loyauté des ouvriers plus âgés qui, dans le passé, auraient fait pression sur la jeunesse pour ne pas aller trop loin. Les ouvriers qualifiés plus âgés qui sont restés loyaux envers les directeurs sont maintenant les victimes des mesures de rationalisation, et dans les campagnes - l'assise traditionnelle du conservatisme - il y a eu de nombreux changements au cours des récentes années.
Les options qui sont ouvertes au capitalisme japonais deviennent moins nombreuses.
22 août 1966.
La construction de nouvelles usines et l'assaut technologique ont engendré de nouveaux problèmes du travail, d'une part une disette accentuée de travailleurs plus jeunes, d'autre part de vives difficultés pour les ouvriers plus âgés à trouver des emplois de remplacement. Des ouvriers qualifiés qui ont été élevés dans les anciennes techniques et qui pouvaient obtenir des salaires plus élevés par suite d'un système basé sur l'ancienneté ne se trouvent plus demandés maintenant. Les usines modernes, automatisées, avec leurs méthodes de production de masse simplifiées, vont de pair avec l'objectif des directeurs de trouver une force de travail plus adaptable et plus appropriée dans la jeunesse. Il y a une faible offre de jeunes ouvriers et par suite leurs salaires se sont élevés.
Face à une disette de jeunes ouvriers, les capitalistes encouragent le départ des ouvriers des secteurs à basse productivité, notamment dans les petites entreprises et l'agriculture, et envisagent d'étendre le système des salaires basés sur la classification des emplois. Il n'est pas difficile aujourd'hui pour de jeunes ouvriers d'engager des luttes pour des augmentations de salaire contre des directeurs qui se font concurrence pour avoir des travailleurs répondant aux besoins d'un investissement de capital en expansion.