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La revue › n° 29

Le coup d'Etat militaire en Argentine (D'Illia à Ongania)

Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 32-35 · 2 507 mots

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L'article qui suit a été tiré de l'hebdomadaire La Verdad, un des organes du Parti Révolutionnaire des Travailleurs d'Argentine. Le Parti Révoles 22 el 23 mai — à Rosario, est le parti des trotskystes argentins. maes lutionnaire Travailleurs, qui deuxième — les 22 et 23 mai — à Rosario, est le parti des trotskystes argentins. L'article qu'on lira ci-dessous constitue l'éditorial par lequel le P.R.T. donne une première analyse de la signification du coup d Etat militare. Le coup venait d'avoir lieu quand le journal parut le 4 juillet. Le journal, habrtuellement imprimé, parait ronéotype les imprimeurs ayant refusé de le confectionner, par peur de représailles. Le coup a eu lieu et a établi une nouvelle dietature militaire. Face à cette situation prévue, le Parti Révolutionnaire des Travailleurs se considère obligé de s'adresser au mouvement ouvrier et aux secteurs populaires, en particulier à l'avantouvrière, pour préciser quelle est la situation et analyser les perspectives possibles. CAUSES DU COUP

Ce qui a poussé les forces armées à intervenir, c'est la perspective probable d'une victoire que le mouvement ouvrier des principales provinces argentines: Buenos Aires, Cordoba et Tucuman, aurait assurée au péronisme dans les élections de 1967. C'est ce facteur qui a été déterminant dans la politique des différents secteurs de l'armée et des forces patronales qui s'identifient à eux.

Dans ce sens, un front solide de toutes les forces armées s'est constitué pour empêcher un processus difficile à contrôler. L'armée n'a pas fait le coup par peur du péronisme lui-même, mais parce qu'elle prévoyait que le triomphe du péronisme aurait ouvert la voie renforcement du mouvement ouvrier qui serait dangestabilité du régime. C'est ce qui a provoqué la rupture de l'ordre dit constitutionnel. C'est un coup préventif pour empêcher le développement de la montée ouvrière et populaire dans les provinces-clés du pays.

Mais la raison pour laquelle le coup a pu se faire réside dans le recul objectif de la classe ouvrière, provoqué par la conduite néfaste de ses directions syndicales. C'est ce recul, commencé en janvier 1959, et qui a atteint aujourd'hui son point maxımum, qui a rendu le coup possible, et le triste « mérite » en incombe à ces directions qui ont collaboré pour que de nouveau une dictature militaire renverse le gouvernement.

Tous ces aspects se sont déroulés sur la toile de fond d'une détérioration croissante de la structure économique débile du pays.

Les secteurs pétroliers et industriels, de concert avec les autres secteurs, les éleveurs de bétail et d'autres, non représentés dans le gouvernement, diversement affectés par la politique d'Illia, ont contribué, de façon décisive, mettre le coup au point. Ceci ne signifie pas encore que la dictature qui s'est affirmée représentera spécialement les intérêts des industriels. Bien qu'il soit difficile de préciser dès maintenant quel sera le caractère du nouveau gouvernement, nous en donnerons une définition approximative en disant qu'il s'agit d'une dictature des forces armées. tendant à définir une politique d'ensemble pour tous les secteurs du patronat argentin, ce que le gouvernement d'Illia n'avait jamais pu faire, bien qu'il comptait en principe sur l'appui du patronat. La junte militaire se propose donc de remplacer moyen d'un gouvernement « bonapartiste » qui agit non pas en l'anarchie qui règne entre les divers secteurs faveur d'un seul patronaux, sur la tendance patronale de l'industrie, favorable au développement économique et secteur patronal, mais en faveur de l'ensemble, encore qu'elle s'appuie en général non à la stagnation.

Nous insistons sur ce point : le gouvernement a l'intention de gouverner au profit de toute la bourgeoisie argentine, des secteurs de gros propriétaires éleveurs jusqu'aux secteurs industriels. Cette caractéristique explique l'appui qui lui fourni par divers secteurs, depuis le péronisme jusqu'à l'accord tacite ou exprès des organisations politiques, syndicales ou des entrepreneurs, comme le M.I.D., l'Union Conservatrice de la province de Buenos Aires, l'Aciel, la Société Rurale et l'Union actuellement ne garantit nullement que les objectifs du gouvernement Industrielle, la CGE, la CGT et les 62 syndicats. Mais ce front uni qui existe puissent être réalisés. Il est d'ailleurs impossible de les réaliser. De toute évidence ce coup poursuit les mêmes objectifs que de Gaulle poursuivait en France, mais sans la base économique qui a permis à ce dernier de surmonter momentanément la crise capitaliste. La marge étroite des possibilités de la Junte Militaire est déterminée par la situation précaire du pays, sous-développé et soumis à l'impérialisme yankee.

Bien que les nouvelles autorités patronales profitent de la division du mouvement ouvrier, ce qui facilite leurs plans pour opérer une nouvelle distribution des profits entre les divers secteurs patronaux, la crise économique du pays empêchera tout accord permanent entre les secteurs du patronat. Depuis que l'ère des « vaches grasses » s'est terminée, des accords à long terme n'ont plus été possibles depuis la seconde guerre mondiale. Péron est tombé pour cette raison précise, et les d'Etat successifs ont reflété cette situation. La tragédie du mouvement ouvrier est qu'à cause de leurs directions politiques et syndicales, les ouvriers n'ont jamais pu profiter des difficultés et des divergences entre les secteurs patronaux, pour imposer un gouvernement ouvrier et populaire. RESPONSABILITE DES DIRECTIONS DU MOUVEMENT OUVRIER

Pour cette raison, nous devons très sévèrement juger les directions du mouvement ouvrier qui ont trahi les intérêts historiques et immédiats de la classe ouvrière argentine, en s'inféodant à une politique de collaboration avec nos ennemis principaux. Ces directions sont la cause du recul du mouvement ouvrier. Aussi bien le « Vandorisme » Taile syndicale dirigée par Vandor, un peu plus indépendante de l'appareil politique de Péron - Note de la R. que l' « Alonsisme », Indépendants ou le MUCS, ont chacun leur part de responsabilité dans la situation actuelle du mouvement ouvrier, parce que ce sont les représentants des secteurs syndicaux fondamentaux, qui doivent être stigmatisés d'autant plus fort qu'ils étaient les plus représentatifs et qu'ils ont capitulé devant les forces patronales. Dans le cadre de ce schéma, les directions syndicales du métal, du textile et de la viande sont les responsables de la déroute de la grève générale de 1959, qui fut à l'origine du recul général qui s'est aggravé à l'heure actuelle par la division du syndicat en trois morceaux. En faisant passer ses intérêts de caste avant ceux des travailleurs, la bureaucratie a facilité l'offensive patronale tout en permettant la perte de conquêtes et en freinant les tendances à la lutte révolutionnaire des masses ouvrières et populaires. Ce rôle de frein a empêché que toute l'impulsion accumulée de 1955 à 1958 ne se développe, en la gâchant dans des grèves improvisées et mal dirigées, ou dans des luttes inopérantes et sans objectifs. C'est cette responsabilité des direcbureaucratiques qui a abouti à la situation actuelle de démoralisation et qui tions en dernière analyse comment les forces armées ont pu mettre leur coup explique en sans aucune résistance populaire. Pis encore, les directions syndicales à exécution sans elles-mêmes ont fait entendre de plusieurs manières qu'elles mettaient leurs espoirs dans une issue salvatrice au travers du coup militaire. L'avenir de cette direction est terminé. Elle peut se maintenir à la faveur du recul ouvrier, mais son rôle historique a pris fin. LA SITUATION DE LA CLASSE

On ne peut oublier qu'aucun des importants secteurs ouvriers n'a pris une attiouvriers n'a pris une attitude correcte avant le coup. Le MUCS qui s'était prononcé contre le coup l'a fait de telle manière que son opposition est apparue comme un soutien à un gouverne- ment qui, à juste titre, était répudié par tous les secteurs, tout en faisant confiance, au meme moment, aux secteurs unifiés qui étaient tout heureux de soutenir le général Ongania.

Comme toujours les représentants du Parti Communiste parlent depuis lors de

« trahison », ont facilité cette politique, avec leur politique de soutien inconditionnel au « vandorisme » et à ses représentants Prado et comnat, aucune direction a adopte une bastion de lase ta pendante a a compro Aucune direction n'a adopté une position de classe indépendante face au patro dans son avant-garde atomisée.

L'avant-garde étudiante qui a commencé à poser la question de sa liaison avec le mouvement ouvrier, en le faisant au niveau des directions bureaucratiques, n'est évidemment pas en mesure de mener la lutte contre le nouveau régime.

C'est au contraire à cause de cette attitude de capitulation devant les sommets bureaucratiques que plusieurs secteurs étudiants ont adopté eux aussi l'attitude attentiste des syndicats. D'autre part, des secteurs importants des classes moyennes ont pris une attitude similaire à celle de la classe ouvrière. Désespérées par suite des expériences successives de Frondizi ou de Illia, les classes moyennes ont de nouveau des illusions dans les chefs militaires. L'absence d'une direction ouvrière munie d'autorité et de positions de classe a favorisé cette évolution.

Les partis qui se disent de gauche ou ouvriers ne peuvent, indépendamment de leurs programmes, changer le cours des événements en raison de leur extrême faiblesse. ETAPE DEFENSIVE

Ceci nous oblige à préciser les perspectives futures et l'attitude à l'opposé de quelques secteurs ultra-gauchistes qui considèrent que l'étape actuelle est celle de l'offensive des masses, nous considérons que le coup a encore approfondi le caractère défensif de l'étape antérieure. Le coup d'Etat a précisément eu lieu parce que la classe est sur la défensive. Expliquons-nous : ce caractère défensif ne signifie pas que la classe en tant que classe est défaite ou qu'elle ne puisse pas récupérer. C'est ce caractère contradictoire de la situation qui nous permet d'être optimistes sans démagogie et sans faire d'appels-suicide à descendre dans la rue pour empêcher le coup. Ce fait que la classe est sur la défensive sans être défaite possibles des victoires importantes, à l'échelle de l'usine ou à l'échelle régionale, qui change le caractère défensif de l'étape présente, mais sans obscurcir pour autant le caractère défensif des luttes prochaines. Dans le cadre de ce panorama la nouvelle avant-garde encore atomisée et fragmentée, qui existe à l'échelle des usines et dans les sections syndicales de base, joue un rôle essentiel. Répétons : c'est le caractère dialectique de la situation, défensive, mais en même temps caractérisée par l'apparition d'une nouvelle avant-garde, qui nous permettra de renverser la nouvelle dictature, dont nous allons décrire la politique. IL N'EXISTE PAS DE POSSIBILITE POUR QU'UN PHENOMENE PERONISTE SE REPETE

Les espoirs de voir la Junte Militaire adopter une politique semblable à celle de Péron n'ont aucun fondement réel. L'arrivée de Péron au pouvoir avait comme base l'existence d'une situation économique extraordinaire qui lui permit de distribuer les profits de façon équitable. Aujourd'hui il n'existe pas de possibilité qui permette au régime militaire de faire des concessions au mouvement ouvrier avec le scutien d'une bureaucratie syndicale complice. Il est possible — et nous ne pouvons éliminer cette variante - que les forces armées veulent négocier avec certains secteurs syndicaux ou même avec l'ensemble de ceux-ci, en leur promettant le respect de leur statut présent en échange d'un apolitisme des syndicats. Cet accord peut s'établir, mais ce sera un accord entre la bureaucratie et le ment, qui n'aura pas l'appui du prolétariat ou de ses secteurs importants, parce que la situation ne permettra pas à la Junte Militaire, même de donner une solution aux problèmes qui se posent à la classe ouvrière. Il n'existe pas de base économique permettant un compromis entre les classes, même si ce compromis correspond au désir de la bureaucratie syndicale.

Une perspective est que, passé le temps d'expectative, secteurs d'avantgarde se mettent à réclamer une solution immédiate des problèmes économiques. Et la réaction intensifiera la répression, et l'offensive gouvernementale, qu'Illia lui-même avait préparée. Là-dessus il ne faut avoir aucun doute.

L'autre hypothèse est que le gouvernement lance son offensive ouverte, sans attendre, et sans s'en remettre à un gouvernement fasciste ou semi-fasciste, se mette à réprimer les principaux militants syndicaux et étudiants.

Quelle que soit la variante qui se réalise, le problème se pose : quelle sera la réaction ouvrière ? L'absence de certitude sur le fait que la classe se disposera ou non à un affrontement. résulte de l'absence de direction et du caractère fractionné de l'avant-garde. Car si on peut facilement dire qu'on répudie ce gouvernement, est plus difficile, et de loin, de le renverser. Nous devons nous préparer rapide. ment car la période de collaboration sera de courte durée.

En résumé : de la part du gouvernement il y a deux perspectives possibles: tenter une collaboration de classe ou s'appliquer avec la dernière énergie à freiner toute action ouvrière. Soit la perspective Lenardi, soit la perspective AramburuRojas. Si la variante Lenardi s'applique, elle ne sera que de courte durée, à cause des inconvénients économiques pour la poursuivre. Mais la classe ouvrière doit profiter de la semi-légalité qui existera, pour s'organiser et se préparer pour le renversement. Si la variante Rojas-Aramburu s'impose, le mouvement ouvrier et l'avantgarde étudiante doivent agir illégalement.

Un processus se développera alors, pareil à celui qui s'est dessiné, quand la « révolution libératrice » [contre Péron, N. de la R.J a déclenché la répression, après le 15 novembre 1955, supprimant les « commissions internes » et les corps de délégués.

L'expérience acquise durant ces dernières années favorise la résistance. Au nise préparer à résister à l'offensive mise au point, en se basant sur les corps de déveau de la fabrique et du syndicat la classe ouvrière et l'avant-garde doivent donc légués et les commissions internes.

Dans les deux cas, le mouvement ouvrier ne peut toutefois oublier que le problème essentiel est celui de sa division. Dans le cadre du travail légal ou dans la clandestinité, il faudra donner une réponse à ce problème fondamental.

Plus que jamais, il est nécessaire que les divers tronçons forment une commission paritaire qui convoque un Congrès de base si les conditions de légalité le permettent ou qui se constitue elle-même en direction unifiée si le mouvement ouvrier est dans Pillégalité. UNE ASSEMBLEE CONSTITUANTE POUR ORGANISER LE PAYS

D'autre part. il faut que sur le plan politique notre mot d'ordre « A bas le gouvernement militaire — Assemblée constituante pour organiser le pays » s'impose. La C.G.T. Unifiée doit avancer ce mot d'ordre comme seule riposte possible face à l'usurpation du pouvoir par les militaires. Nous ne devons pas nous faire d'illusions sur les possibilités d'appliquer ce mot d'ordre à l'heure présente Sans unité, et avec l'esprit de « collaboration » des directions, ce mot d'ordre apparait comme Mais il faut remarquer aussi qu'aucun autre mot d'ordre ne peut exprimer avec plus de précision la nécessité ressentie par les secteurs populaires, même si ce mot d'ordre doit être formulé de façon encore propagandiste.

C'est dire que nous avons confiance dans la base, tout comme à l'époque de septembre 1955. Il dépendra de cette avant-garde en gestation, que se solidifie durant solidifie durant les prochaines batailles ce front ouvrier et populaire qui seul peut imposer l'assemactuelles pour se lier à la base ouvrière : dans blée constituante. Nous espérons que le mouvement étudiant profite des expériences ce cas il pourra accélérer le processus et participer à la lutte commune contre le gouvernement.

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