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La revue › n° 29

Où va la Yougoslavie ?

XYZ · Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 22-31 · 8 195 mots

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Pour tenter de répondre à cette question, nous avons demandé à plusieurs camarades qui se sont rendus en Yougoslavie cet été de nous remettre les observations qu'ils y ont faites. Elles comportaient aussi les idées exprimées par de nombreux communistes yougoslaves au cours de leurs entretiens. L'article ci-après rassemble toutes ces notes.

Certaines parties, entre autre, largement l'expression littérale yougoslaves. Depuis quelques années, toutes les contradictions contenues dans le système politique yougoslave s'approchent de leur maturation. La réforme économique de 1965 et la lutte fractionnelle au sein du groupe dirigeant de la Ligue des Communistes en 1966, ont contribué à l'éclatement de ces contradictions. Les forces sociales et politiques du pays s'alignent progressivement en vue d'un affrontement décisif.

A l'étranger, cet affrontement est souvent considéré comme ne se rapportant qu'à la question de la succession de Tito. Il est vrai que, malgré ses défauts nombreux et la couverture qu'il a accordée

La contradiction principale dont souffre la Yougoslavie depuis de longues années est celle entre le système économique fondé à la base sur le principe de l'autogestion ouvrière, et le système de gouvernement politique du pays fondé sur le monopole du pouvoir entre les mains d'un groupe très restreint de dirigeants de la LCY.Ce n'est pas une contradiction entre l'infrastructure apparemment démocratique et la superstructure qui devrait s'y adapter tôt ou tard. Le monopole du pouvoir politique entre les mains du groupe dirigeant de la LCY ne s'arrête guère devant la sphère de l'économie. Il s'y exerce aussi pleinement que dans tous les autres domaines de la vie sociale.

On parle volontiers du « développement continu de l'auto-gestion ». Tout le monde jure par l'auto-gestion. Les théoriciens du groupe dirigeant proclament, non sans raison, que si les producteurs n'ont pas d'emprise sur la production et ne contrôlent pas le surproduit social, la bureaucratisation du régime et la création d'un au sujet du programme, sont très des propos tenus par des militants la bureaucratie, Tito incarne plus que jamais la seule force qui tente d'empêcher I'clatement de ces contradictions. Il est vrai aussi que l'épisode Rankovic a révélé brutalement à tout le pays que sa succession est d'ores et déjà ouverte. Néanmoins, il serait contraire à la méthode marxiste de limiter le problème à une question de personnes, de groupes plus ou moins fractionnels, ou même d'idéologies différentes. Ce qui est est en jeu, c'est un affrontement de forces sociales, qui sont d'ailleurs à tel point conscientes de leurs intérêts particuliers qu'elles cherchent d'instinct des prolongements et des alliés en dehors des frontières de la Yougoslavie elle-même. « socialisme d'Etat » (que d'aucune parmi eux identifient avec le « capitalisme d'Etat ») deviennent inévitables.

Tout cela paraît fort acceptable d'un point de vue théorique. Mais quelle image nous offre la réalité yougoslave®? Elle prouve que les producteurs, c'est-à-dire les travailleurs, sont dans l'incapacité totale de « contrôler le surproduit social » au niveau de l'entreprise seulement. Les théoriciens du groupe dirigeant mettent fièrement en évidence les statistiques qui démontrent qu'une fraction sans cesse croissante du revenu brut des entreprises reste dans les mains de chaque entreprise. Mais i's se trompent lourdement quand ils en concluent que ces chiffres prouvent l'emprise croissante des producteurs sur les produits de leur travail.

En réalité, à la manipulation par les instances centrales des services de planification se substitue de plus en plus une manipulation par les « lois économiques objectives ». A la contrainte politique se substitue la contrainte économique. Mais

LA CONTRADICTION PRINCIPALE

LA CONTRADICTION PRINCIPALE

VATRIE du point de importe que d'investir par pression de la Jean comme

M E INTERNATIONALE 23 vue du producteur, peu lui la formation des prix de vente, les désirs son entreprise soit obligée réels des consommateurs et la différenciadécision du plan ou par la tion sociale de leur masse, la marche du ¡ concurrence. Il reste Gros progrès technique a l'échelle nationale et devant. Quand un conseil internationale, les implications qui en déouvrier est revenus, mais coupés par la l'impossibilité n'investit pas ces revenus, grande partie

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« libr que une f cette fictive. nomiq t en. 'époqu lir ou l'échel n unit s et t l'entre portanc statu e » de répartir ses coulent pour l'avenir de l'entreprise, etc. les crédits lui sont : Dans la mesure où ces données lui sont ue, et qu'il est dans présentées comme des données fixes sur ayer les salaires s'il lesquelles il n'a pas de prise — qu'elles raction déterminée de soient apportées par les instances centra« liberté » est en les de planification, révélées par le marché

You par une combinaison de ces deux forces ue a des dimensions — il n' I n'a pas de véritable choix économique grande partie de la à exercer. La grande majorité des décie contemporaine, vousions économiques qu'il peut prendre au la déterminer essenniveau de l'entreprise découlent automale de chaque entretiquement de ces données (dans la mesué autonome, c'est se re où il ne veut pas condamner l'entreéchapper aux réalités. prise). Les véritables options économiprise seront prises les ques ne s'exercent pas au niveau de l'ente secondaire, qui motreprise mais au niveau de l'économie dans : de l'ouvrier, ses reson ensemble. Le caractère largement fictif de l'auto-gestion ouvrière en Yougoslavie découle du fait que ces options ont éte jusqu'ici le monopole du groupe dominant très restreint de la LCY La manière dont on a abouti aux déciriat, à toute leurs de le sinon de les vrière limitée devient elle-m

La voie por pas, essentiell tion sans ces: du revenu bru tre leurs main du pouvoir d représentants cables à tout trôlés par eux, réunis en cong vent effective droit de dispo de production qu'en tant qu Croire exercer treprises, par la classe en gr lement séparé encore souveni par suite de illusion qui trè rêts très tang ciaux que le p

L'idée qu'au vrier peut pl qui se passe a son ensemble, et a donc que elle n'est vrai étroite. Ce q possibilité pour les travailsions de la réforme économique de 1965 s influencer efficacement et les résultats qu'elles ont entraînés modifier, l'auto-gestion ousont une illustration manifeste de ce qui au niveau des entreprises précède. Le groupe dirigeant a présenté les ême largement fictive. choses comme si le choix réel était entre ir la rendre réelle ne passe certains sacrifices imposés aux travailement, par une augmentaleurs ou des sacrifices encore plus grands ie croissante de la fraction qui auraient résulté de la non application t des entreprises laissée ende ces réformes. C'est essentiellement le s. Elle passe par le transfert même langage qu'a tenu Wilson au rée décision économique aux cent congrès des trade-unions britannidirects librement élus, révoques : ou bien vous acceptez 500.000 chôinstant, et socialement conmeurs dans l'immédiat, ou bien vous en de la masse des travailleurs, aurez deux millions l'an prochain. Au nirès. Les producteurs ne peuveau de l'entreprise, l'ouvrier n'a aument prendre en main le cun moyen de contester cette alternative sition effective des moyens peu réjouissante. Il lui reste le sentiment qu'en tant que collectivité, de subir une injustice, et il n'a évideme classe dans son ensemble. ment pas tort, pas plus en Yougoslavie ce droit au niveau des enqu'en Grande-Bretagne, quelles que soient oupes d'entreprises non sede voie de fractionnement de les différences réelles entre la Grandeoupes d'entreprises non seu- Bretagne capitaliste et la Yougoslavie sos les uns des autres mais cialiste. Ce n'est qu'au niveau du pouvoir opposés les uns aux autres, central que la classe ouvrière aurait pu la concurrence, c'est une contester le bien-fondé des thèses écos souvent recouvre des inténomiques défendues par le groupe dirisibles d'autres groupes sogeant de la LCY. rolétariat. Pendant des années, la croissance éconiveau de l'entreprise, l'ounomique a été stimulée par l'autonomie us facilement contrôler ce des entreprises et a largement dépassé la u niveau de l'économie dans moyenne des autres Etats ouvriers. Depuis semble évidente au bon sens quelques années, la situation s'est reIque chose d'attrayant. Mais tournée. Le taux de croissance est en e que dans une limite très baisse et le nouveau Plan ne fait que ue l'ouvrier peut contrôler reconnaître ce phénomène qui s'était déjà au niveau de l'entreprise, c'est l'organisapréalablement réalisé. La cause de ce ration du travail, le calcul du prix de reentissement ne réside pas dans un excès vient, le choix des modèles à produire (et des investissements (en fait, le taux d'inencore !), l'existence des stocks, le degré vestissement des années 1957-63 était d'utilisation de l'outillage, la répartition à peine suffisant pour garantir le plein du revenu net. Ce qui lui échappe, c'est emploi, que le nouveau Plan est explide P rapport avec le travail. Les sont prises au niveau de ique dans son ensemble. Et = où ces décisions échappent à toute emprise du proléta-

QUATRIEME citement incapable de conserver), mais dans l'excès d'autonomie des entreprises qui n'a rien à voir avec l'autogestion ouvrière.

tent en-dessous du prix de revient (pour justifier leur existence par des « succès remportés dans l'exportation »); des phénomènes de « concentration socialiste » nomènes de « concentration socialiste » se sont produits (de petites entreprises étant absorbées par des entreprises plus grandes) etc. Encore une fois, ces phénomènes ne reflètent évidemment pas un excès de centralisation mais de décentralisation. Malgré cette leçon très éloquente de l'expérience, les auteurs de la réforme de 1965 sont allés encore plus loin dans la voie de la décentralisation; ils ont même envisagé d'abolir d'ici quelques mois le monopole étatique du commerce extérieur.

On a discuté à l'infini, en Yougoslavie, des diverses combinaisons possibles et désirables entre l'économie de marché et la planification. Les théoriciens du groupe dirigeant ont voulu enfermer le débat dans un dilemme : toute limitation de l'économie de marché renforcerait automatiquement la planification administrative, donc la bureaucratisation. Ce dilemme n'est même pas correct d'un point de vue technique ; il y a une centralisation démocratique qui n'est pas identique à la centralisation bureaucratique ou administrative.

L'erreur fondamentale est de placer le problème sur le terrain technique. Il s'agit en réalité d'un choix des forces sociales sur lesquelles le pouvoir s'appuie. En l'absence d'un pouvoir exercé directement par la classe ouvrière au niveau fédéral et en présence d'un monopole de pouvoir dans les mains d'un groupe restreint, la combinaison de ce monopole avec une décentralisation de plus en plus accentuée fragmente de plus en plus la puissance des travailleurs, provoque de plus en plus de conflits de groupes et de catégories en leur sein, et affaiblit en définitive le prolétariat en face de la bureaucratie. des Républiques et des communes), politique (fonctionnaires de la LCY et de ses organisations-satellites), économique (administrateurs des entreprises) et intelligentsia technique (ingénieurs, médecins, etc.). On peut tout au plus affirmer que le passage d'un système de planification administrative à un système d'autonomie des entreprises affaiblit quelque peu le poids et le pouvoir de l'aile administrative de la bureaucratie, au profit de l'aile économique et de l'inteligentsia technique. Quant à la bureaucratie politique, elle a traversé toute la période 1950-65 sans perdre un morceau quelconque de son pouvoir et de ses privilèges effectifs.

Il existe un premier critère pour trancher la question de savoir si l'autogestion ouvrière largement vidée de son contenu, telle qu'elle est pratiquée en Yougoslavie, vrière.

La presse yougoslave a gement les critiques amères nomistes soviétiques ont cours des années 1963-66 excès de centralisation dans l'économie de l'URSS. Une tations les plus frappantes reproduit larque les écoformulées au à l'égard des la gestion de des manifesde ces excès fut l'apparition d'une capacité productive excédentaire, inutilisée, à tous les écheIons de la vie industrielle. Mais le même phénomène de sous-emploi des ressources existe en Yougoslavie, et découle précisément de l'excès de décentralisation.

Citons un exemple entre cent. Les usines Rade Koncar de Zagreb, parmi les plus modernes du pays, dont les réalisations à l'étranger font la fierté de la Yougoslavie, n'arrivent à travailler depuis des années qu'à 60-65 % de leur capacité, par manque d'approvisionnement régulier en matières premières, avant tout en cuivre. Or, la Yougoslavie est grande productrice et exportatrice de cuivre. Mais les mines de cuivre préfèrent ellesmêmes exporter leurs produits plutôt que de les fournir à une entreprise-clé de l'économie nationale ! On pourra difficilement accuser le « système de planification administrative » d'être responsable des gaspillages qu'implique cet excès de décentralisation.

Autre exemple. Depuis des années, des entreprises industrielles de toutes sortes ont été créées dans divers endroits du pays qui ne tenaient pas compte de la capacité de production globale de leur branche d'industrie, mais seulement des besoins locaux. Il en est résulté évidemment un excès de capacité de production, qui a produit des effets véritablement grotesques : des entreprises yougoslaves expor-

Les théoriciens du groupe dirigeant de la LCY insistent constamment sur l'idée selon laquelle la bureaucratie serait plus ou moins identique à l'administration centrale, et que le démantèlement de la « planification administrative » aboutirait automatiquement au démantèlement de la bureaucratie. Mais la vie démontre aux travailleurs qu'il s'agit d'une légende. En réalité, la bureaucratie doit être définie comme l'ensemble des éléments socialement privilégiés (touchant des revenus largement supérieurs à ceux des ouvriers qualifiés) à tous les niveaux de la vie sociale, abstraction faite de ceux qui possèdent leurs propres moyens de production et d'échange (petits paysans, artisans et commerçants privés). On peut évidemment subdiviser cette bureaucratie: bureaucratie administrative (fonctionnaires de l'Etat,

DE LA BUREAUCRATIE PRIVILEGIEE

DE LA BUREAUCRATIE PRIVILEGIEE a en définitive renforcé ou aff reaucratie. Il est évidemment sier et très peu delicat, nous le s il s'agit d'un révélateur fidèl critère des revenus et de leu En 1951, les salaires des emp personnel de maîtrise des étaient en moyenne supérieurs salaire moyen de tous (Privreda FNRJ, Ekonomski Ins 1954, pp. 349-51): en 1957 saient celui-ci de 35 % (Infor letin about Yugoslavia, 1958, n La même année, les traitemer élevés des bureaucrates dépassa 6 fois le salaire moyen des o qualifiés (celui-ci est évalué nars par mois par la source venons de citer. Les traitemer élevés dépassent généralement nars. Voir Statisticki Godis: 1957, p. 352). En 1965-66, ments des directeurs et ingénie des principales entreprises att cilement 350.000 dinars par que les ouvriers non qualifiés que 35.000 dinars. L'éventail nérations est passé du rapport rapport l à 10 en moins de dis

Encore ne s'agit-il là que ments individuels : la disparite nus par ménage est beaucoup car, en général, il y a plus sonne par ménage qui a des même que les femmes ou les vriers ont pour la plupart des r destes, les femmes ou les fils crates ont souvent à leur tour ments de bureaucrates. Des ét interrompu une conférence de sic, membre du Comité Cer LCY et du Secrétariat du Con de la LC de Slovénie, pour li s'il est exact que les revenus nage s'élèvent à 700.000 dina (20 fois le salaire d'un ouvrie lifié !), qu'elle possède deux al a fait envoyer sa fille faire des frais de l'Etat dans une école Suisse, et qu'elle possède dans une banque étrangèr di reconnaître que l'inform rigoureusement exacte. En fait mets de la bureaucratie certai gagnent jusqu'à un million de mois, soit près de 30 fois le ouvrier non qualifié, près de salaire moyen des ouvriers, spécialisés et qualifiés réunis.

Cette disparité des revenus

RNATIO aibli la bucrû, grosavons. Mais e. C'est le r disparité. loyés et du entreprises de 10 % es ouvriers titut FNRJ, , ils dépasmation Bul" 18, p. 6). its les plus ient de 5 à uvriers non

9.000 dique nous its les plus 50.000 dijak FNRJ les traiteurs en chef eignent famois, alors ne touchent des rému1 à 5 au ( ans. des traite: des reveplus élevée d'une perrevenus. De Fils des ouevenus modes bureaudes traiteudiants ont Vida Tomitrai de la hité Central ii demander de son mérs par mois r non quaitos, qu'elle études aux • privée en un compte e. Elle a ation était aux somns ménages • dinars par salaire d'un 20 fois le manœuvres, ne reflète

NALE 25 celui de la bourgeoisie moyenne des pays impérialistes. On dit des membres du groupe dirigeant de la LCY qu'ils ont 70 villas à leur disposition exclusive. On vient d'en construire une nouvelle, à Zagreb, qui a coûté une fortune, est entourée de murs infranchissables, et ne serait pas dédaignée par les plus gros bonnets des trusts occidentaux.

L'appropriation privée de l'usufruit de la propriété sociale par les bureaucrates a même donné lieu à une véritable législation. Jadis, les voitures qui étaient propriété des entreprises ne pouvaient être employées que pendant le temps de service, et seulement à condition d'être conduites par un personnel approprie. Cetait un excès de fonctionnarisme et de contrôle dent les bureaucrates avaient hâte de se défaire. Il a donc été décidé que, dorénavant, les bureaucrates conduiront les voitures tout seuls ; fini le « contrôle administratif » ! En échange, ils ont gagné le droit de les emmener à la maison et de les employer quand bon leur semble, y compris pour faire une excursion avec madame ou partir en congé. La différence avec une voiture privée devient imperceptible... sauf qu'elle est achetée et entretenue aux frais de la collectivité. Les ouvriers ont été à tel point indignés de cette « réforme démocratique » et des nouveaux abus qu'elle entraîne (importation massive de voitures de luxes occidentales), qu'ils disent amèrement que la bourgeoisie a été remplacée par la Peugeoisie (d'après la marque d'automobiles Peugeot).

Au sein des conseils ouvriers, les bureaucrates usent et abusent surtout de leur « compétence technique » ; le passage à « l'économie de marché » entraîne la multiplication des « procédés scientifiques » pour prédéterminer la réponse à de multiples questions. On détermine, par des calculs savants, les « tendances de la demande » ; on transforme la question de l'organisation du travail d'un problème de rapports sociaux en une question « tranchée par la science ». Comme par hasard, on s'inspire à ce sujet des systèmes patronaux de job evaluation d'Occident, vigoureusement combattus même par les syndicats réformistes occidentaux Les ouvriers se sentent largement désarmés devant cette argumentation, n'ayant pas à leur disposition des services de documentation et d'information centralisés contradictoires et critiques par rapport à la « science » des managers. Il leur arrive pourtant pas encore toute l'ampleur de l'inégalité sociale qui s'est étendue ben

Yougoslavie au cours des dernières années.

Des autos, des villas, des maisons de requand même de temps en temps de s'indigner d'une proposition particulièrement scandaleuse, de l'écarter, voire de licencier un directeur par trop dédaigneux des pos, « propriété sociale », sont en bonne . intérêts des travailleurs.

partie accessibles aux seuls membres de

Mais dès lors qu'on passe du niveau de l'entreprise à un niveau supérieur, la la caste bureaucratique et lui assurent un train de vie souvent égal ou supérieur à puissance des bureaucrates cesse d'être

U A quelque peu limitée par le fonctionnement _ même caduc — de l'autogestion ouvrière. Elle devient absolue. A la Chambre des Producteurs de l'Assemblée fédérale, siègent à peine quelques ouvriers manuels effectivement au travail. L'immense majorité des représentants « élus »

masses des ouvriers. Ce n'est pas avec un salaire de 50.000 dinars (anciens), qu'un ouvrier pourra s'acheter un téléviseur qui en coûte 200.000 ou une moto d'occasion qui en coûte 300.000. La production des presque exclusivement orientée vers la sat biens de consommation industriels s'est tisfaction des besoins de la bureaucratie, des couches privilégiées de la population. Si les ventes à tempérament sont plus développés que dans les autres Etats ouvriers, la Yougoslavie est aussi un des rares pays d'Europe où se pratique sur grande échelle la vente à crédit des complets, seul moyen pour les ouvriers de s'acheter de temps en temps des vêtements neufs.

Le développement des privilèges de la bureaucratie va de pair, depuis quelques années, avec le développement tumultueux du tourisme et de l'émigration (qui touche essentiellement des ouvriers qualifiés et des techniciens). Depuis la réforme de 1965 s'y s'ont ajoutés, du moins dans quelques régions du pays, l'enrichissement de certaines couches de paysans privés et la multiplication des entrepreneurs privés dans le secteur des services. L'imbrication de tous ces privilèges et de tous ces intérêts crée un climat particulier de spéculation et d'âpreté au gain, qui provoque des résultats inquiétants. Passons sur le développement de la prostitution, l'étendue des jeux de hasard, l'attrait des « valeurs » occidentales pour la jeunesse. En Slovénie on en est arrivé au point où certains biens de consommation durables ne sont même plus vendus que contre devises étrangères. de chômeurs dans les villes à 300.000, chiffre auquel s'ajoute un important chômage caché à la campagne.

Ce chômage est appelé à augmenter dans un avenir prochain, car les entreprises ont en général évité, dans toute la mesure du possible, de licencier du personnel au lendemain de la réforme : elles ont compensé la hausse très forte des prix des matières premières et d'autres fournitures par une hausse des prix de vente. Mais le pouvoir tend à leur couper à l'avenir cette route et semble même résolu à importer de l'étranger des produits bon marché afin de provoquer une certaine baisse des produits industriels. Celle-ci placera bon nombre d'entreprises devant l'obligation de fermer leurs portes ou de licencie: du personnel en masse.

Officiellement, le coût de la vie est passé de l'indice 84 en janvier 1965 à 125 en juin 1966, c'est-à-dire qu'il a augmenté de 50 % en 18 mois. L'augmentation a été surtout sensible au cours de l'année 1965 car, depuis le début de 1966, les prix se sont progressivement stabilisés. Les salaires nominaux n'ont pas sont des bureaucrates ou de l'intelligentsia technique.

La bureaucratie technique rêt à multiplier les recours de marché. Non seulement des membres tout intéa l'économie cette reconversion de l'économie lui assure des revenus plus élevés, un accès plus facile à la propriété d'autos, d'appartements, de villas, même d'avoirs à l'étranger. Elle assure aussi, somme toute, une plus grande stabilité à son pouvoir et à ses privilèges, car le système est beaucoup plus souple que le système de la planification administrative, et permet des tournants démagogiques pour canaliser le mécontentement des travailleurs.

Par rapport aux autres Etats ouvriers y compris même ceux ayant un niveau d'industrialisation beaucoup plus élevé comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie semble produire une abondance de biens de consommation durables. Pas question d'une longue liste d'attente pour obtenir un téléviseur, une machine à lave ou même une auto. On en trouve des stocks jusque dans les plus petites villes. Mais quand on examine le rapport entre les prix de ces marchandises et les salaires des différents groupes de la population, on constate immédiatement qu'elles sont totalement hors de portée de la

Ce développement des privilèges matériels et de l'inégalité sociale ne peut pas ne pas donner naissance à un mécontentement prononcé des travailleurs, souvent accompagné d'une grande tristesse. Ils se demandent, avec amertume, s'ils ont fait des sacrifices pendant la guerre de Libération er pendant vingt années de construction du socialisme, pour l'enrichissement et les jouissances des « nouveaux messieurs ».

Les points principaux de ce mécontentement sont aujourd'hui les suivants:

1) Le chômage et la hausse du coût de la vie provoqués par la réforme économique de 1965. D'après les statistiques officielles, l'emploi total a baissé de 3.675.000 en juillet 1946 à 3.404.000 en février 1966, c'est-à-dire de 271.000 unités. Ces chiffres ne permettent pas de dégager l'ampleur du chômage; il faut y ajouter d'une part les nouveaux demandeurs d'emplois que Tito lui-même, dans un discours récent, évalua à 150.000 par an, et les effets de l'émigration qui entre les deux dates mentionnées plus haut dépassa sans doute les 200.000 unités. On peut évaluer sans aucun doute le nombre

LE MECONTENTEMENT DES TRAVAILLEURS

LE MECONTENTEMENT DES TRAVAILLEURS été augmentés dans les mêmes proportions, sauf dans quelques rares exceptions. Il en résulte une baisse générale des salaires réels en 1965-66 : en Slovénie elle es* évaluée à 20 % en moyenne. Tito a d'ailleurs reconnu, au Plenum du Comité Central de mars 1966 que ce sont les salaires les plus bas qui ont connu une baisse du pouvoir d'achat (Kommunist, 3 mars 1966). Du point de vue de l'emploi, du point de vue des revenus, les travailleurs ont payé les frais de la réforme de 1965.

Que le déficit de la balance des payements se soit en même temps fortement réduit, grâce à l'augmentation des exportations, cela laisse l'ouvrier relativement indifférent, surtout quand il remarque qu'on importe de préférence des produits de confort pour la bureaucratie. Le fait que toute cette opération ait pu se réaliser sous le contrôle et avec l'aide active du Fonds Monétaire International, agence du capital international, et qu'elle vise à assurer la convertibilité du dinar — alors que l'économie yougoslave n'est manifestement pas en état de soutenir la concurrence avec les pays impérialistes industrialisés — ne peut qu'accentuer son inquiétude pour l'avenir de l'emploi. « Les ouvriers yougoslaves produiront de plus en plus de la plus-value pour les capitalistes allemands, qui viendront la dépenser en Yougoslavie... au profit des entrepreneurs étrangers de la branche hôtelière (allusion au projet d'investissements des capitaux étrangers dans l'industrie hôtelière yougoslave) », nous a dit un vieil ouvrier communiste.

2) L'augmentation des tarifs des services publics et des loyers. L'application du principe de rentabilité et d'autogestion financière aux entreprises des services publics a donné les résultats les plus absurdes. On a supprimé des bureaux de postes dans de petites villes où ils existaient depuis l'époque du Royaume de Serbie et de la monarchie austro-hongroise, sous prétexte que ces bureaux n'étaient pas rentables. Le principe même de service public a été sacrifié à cette notion de plus en plus envahissante d'« économie de marché ».

Les deux effets les plus malfaisants de cet envahissement se sont fait sentir dans le domaine des soins de santé et dans celui des logements. Il existe actuellement en Yougoslavie deux Unions fabriquant et vendant des produits pharmaceutiques, et l'une d'entre elles est passée à la mise en vente, sur grande échelle, de produits tranquillisants, qu'on peut dorénavant obtenir sans prescription médicale ! Sa rentabilité a évidemment augmenté ; en est-il de même du niveau de santé de la population? C'est en vain que des médecins communistes ont protesté. On les a traités de * partisans du système de contrôle administratif », de « pourvoyeurs de la bureau-

NALE 27 cratie », sinon de délits encore plus graves.

L'application du principe de rentabilité à la construction et à l'entretien des bâtiments à habitations multipies se solde par de rapides augmentations de loyers. Ceuxci atteignent dès aujourd'hui plus de 100 % des salaires des ouvriers qualifiés e: près de 10 % des salaires du personnel enseignant et scientifique. On les doublera l'année prochaine. Il est question de les doubler de nouveau dans deux ans. Le résultat est évident : des ouvriers ont dû quitter des appartements modernes, les abandonnant à des bureaucrates ou à des membres des professions libérales ; ils se sont rabattus sur des semi-taudis. La « production » s'oriente d'après la « demande » ; mais comme dans toute économie de marché, il s'agit de la demande solvable et non de la demande effective, cette orientation ne joue pas dans l'intérêt des ouvriers.

Le mécontentement des ouvriers est réel et explosif, d'autant plus explosif qu'il est mêlé d'un sentiment grave de déception. A plusieurs reprises, les travailleurs ont eu l'espoir que les abus bureaucratiques allaient être abolis. Le dernier espoir s'était manifesté au lendemain du discours que Tito avait prononcé à Split, en 1962, où il avait attaqué avec vigueur les privilèges des directeurs, les automobiles, les villas luxueuses, etc. Ce discours a été suivi de diverses manifestations de critique de gauche, dont la plus frappante et la plus efficace fut sans doute le film « Face à face », qui a été consacré au conflit entre les ouvriers et les bureaucrates dans une usine, et qui se déroule tout entier dans une salle de réunion.

Mais, malgré les attaques et les critiques publiques, rien n'a changé en pratique. On pourrait au contraire affirmer non sans raisons que les privilèges bureaucratiques ont augmenté considérablement depuis le discours de Split. Les ouvriers en arrivent ainsi forcément à considérer comme démagogique toute nouvelle attaque publique d'un membre du groupe dirigeant de la LCY contre les abus bureaucratiques. Telle est aussi, en gros, leur réaction au lendemain de l'élimination du groupe Rankovic de la direction du parti. On les comprend d'ailleurs quand on constate que, trois mois à peine après le Comité Central de Brioni où de hauts dirigeants de la LCY avaient été pris à partie violemment, Tito dénonce avec vigueur, au Comité Central d'octobre 1966, les organes de presse qui critiquent des dirigeants en vue de la LCY.

Le mécontentement des ouvriers s'exprime non seulement par des paroles amères et désabusées à l'égard des dirigeants de la LCY et des syndicats, des plaisanteries innombrables, une abstention de plus en plus prononcée de toute activité politique, mais également dans de nombreu

INTERNATIONALE conflits de travail au sein des entreprises, y compris de multiples grèves partielles qui prennent quelquefois l'ampleur de grèves importantes, comme celles des mineurs en 1962. Au cours des dix-huit mois qui se sont écoulés depuis la réforme économique de 1965, l'émigration, la recherche mique de 19o), emigration, la recnerche d'un second emploi, la chasse aux touristes à loger, ont été des exutoires et des dérivatifs partiels au mécontentement. Mais celui-ci risque de devenir de plus en plus explosif s'il n'y a pas de redressement rapide et radical de la situation. Tito lui-même a reconnu dans son discours devant le Comité Central de Brioni que la LCY avait perdu toute audience parmi les travailleurs ; c'est qu'elle s'identifie aux yeux de ceux-ci avec la caste des bureaucrates et des profiteurs. Une réforme radicale s'impose si cette identification doit être supprimée.

Certes, sauf quelques exceptions, la ma-

LA TENSION ENTRE

Les rapports entre les nationalités diverses qui forment la Yougoslavie socialiste sont un bon thermomètre des courants contradictoires qui animent les masses populaires. Chaque fois qu'on traverse une phase de prise de conscience révolutionnaire, de progrès de la révolution socialiste, l'unité et la fraternité entre les diverses nationalités se cimentent et se renforcent. Ce fut le cas en 1941, lors de l'insurrection populaire contre l'occupant fas-

; en 1945, lors de l'option socialiste ciste prise par la majorité du peuple ; en 1948, lors de la résolution de s'opposer au diktat du Kominform ; en 1950, lors de la proclamation de l'autogestion. Mais chaque fois que la conscience révolutionnaire recule, par suite des fautes commises par la groupe dirigeant, par suite d'options et de décisions erronées, les frictions entre nationalités reviennent à la surface. Ce fut le cas en 1946-47 ; et en 1951-53 ; c'est à nouveau le cas actuellement. La responsabilité du groupe dirigeant de la LCY dans cette renaissance du nationalisme est écrasante ; car il a délibérément utilisé le nationalisme pour élargir ses assises populaires. A l'exception de Tito — c'est un mérite qu'il faut lui reconnaître — tous les dirigeants de la LCY se sont identifiés aux intérêts d'une nationalité particulière et sont apparus au cours des dernières années comme les porte-parole des intérêts particuliers de « leur » nationalité.

Il était évidemment impossible de rééduquer systématiquement les masses populaires et surtout la jeunesse dans une opposition systématique au nationalisme, sans développer simultanément l'éducation internationaliste prolétarienne. Depuis 1951, pareille éducation se heurte de jeure partie tachée au ciale des par rapport d'avant la travailleurs ral de plus de la classe ouvrière reste atsystème de la propriété somoyens de production et au à la Yougoslavie semi-féodale guerre. Elle sait aussi que les yougoslaves jouissent en généde liberté et d'un niveau de vie plus élevé que dans la plupart des autres Etats ouvriers. Mais les raisons justifiées de fierté nationale — les peuples yougoslaves n'ont-ils pas été les premiers à résister avec succès à Hitler d'abord, à Staline ensuite - se retournent de plus en plus contre le pouvoir actuel, dans la poser au peuple une cause qui mérite l'enmesure où celui-ci ne réussit plus à gagement enthousiaste et une conviction profonde. LES NATIONALITES plus en plus à l'obstacle de la politique étrangère yougoslave, à ses concessions répétées à l'impérialisme américain, justifiées par les crédits et les dons considérables que le gouvernement des Etats-Unis a accordés à la Yougoslavie, Dans la guerre au Vietnam, la solidarité avec cette révolution magnifique, qui a tant de traits communs avec celle des peuples yougoslaves durant la deuxième guerre mondiale, s'est limitée à quelques modestes collectes d'argent. En contrepartie, certaines entreprises yougoslaves n'ont pas honte de fournir du matériel (notamment des souliers) à l'armée américaine, question d'augmenter leur « rentabilité ». Les étudiants slovènes qui ont courageusement dénoncé ce fait dans leur journal, en mai de cette année, ont été sévèrement réprimandés. Dans ces conditions, le nationalisme trouva évidemment un terrain d'expansion fertile dans la jeunesse.

La cause matérielle des tensions entre les nationalités qui constituent la Yougoslavie socialiste, c'est évidemment le niveau de développement économique et social très inégal entre ces nationalités. Il en découle un double problème : d'une part, les nationalités moins développées se sentent défavorisées par rapport aux nationalités plus avancées, avant tout les Slovènes et les Croates ; d'autre part, les nationalités plus évoluées se sentent exploitées, lorsque la Fédération enlève une partie de leur surproduit pour l'investir ailleurs.

Cette dernière réaction est scientifiquement non fondée. Dans le cadre d'un marche unifié où les prix des produits industriels sont supérieurs à ceux du marché mondial, l'échange entre les régions industriellement avancées comme la Slovésystème d'autogestion ouvrière des usines.

Elle sait que, malgré tous les défauts du régime politique monopoliste, la Yougoslavie socialiste a fait d'énormes progrès système d'autogestion ouvrière des usines.

Elle sait que, malgré tous les défauts du régime politique monopoliste, la Yougoslavie socialiste a fait d'énormes progrès nie et la Croatie et les Républiques sousdéveloppées est un échange inegal, et un transiert de valeur s'opere en taveur des premières, au dépens des secondes. On peut dire que le tonds de déveioppement des Républiques sous-développees, financé par les Képubliques industrialisees, ne rend à celles-la que ce que celles-ci avaient d'abord obtenu grace a l'écnange inegal.

Pourtant, à la longue, il n' 'y a pas d'autre solution au problème de l'inégalité économique entre les Républiques qu'un taux d'investissement plus élevé dans les Republiques relativement arriérées, alimenté par un fonds central. Ce fut le cas jusqu'en 1957. Depuis, ce n'est plus le cas. L'investissement par tête d'habitant en Serbie et au Montenegro s'est développé depuis 1957 moins rapidement que la moyenne fédérale. Si l'on défalque en Macédoine les investissements pour la reconstruction de Skoplje, on arrive au même résultat. Etant déjà moins industrialisées au départ, ces Républiques voient leur retard croissant du fait qu'elles reçoivent moins d'investissements que la Slovénie et la Croatie.

Les porte-parole du groupe dirigeant répondent que les investissements dans les Républiques arriérées se sont avérés peu rentables et ont souvent été faits à contresens. On parle à ce propos d'« investissements politiques ». On cite le cas de l'aciérie de Niksic, au Montenegro, où on a dû « importer » presque toute la maind'œuvre d'autres Républiques. On présente les choses comme si le choix était entre des investissements surtout rentables ei des investissements surtout « politiques » entraînant des gaspillages scandaleux.

Nous ne croyons pas qu'on puisse accepter ce dilemme. Si on y associait valablement les travailleurs de ces Républiques, si on se donnait la peine d'interroger des techniciens loyaux et désintéressés, il y aurait moyen d'augmenter considéra-

L'affrontement qui approche entre ouvriers et couches privilégiées est compliqué par cette tension entre nationalités, par les liens multiples qu'une partie de la bureaucratie et de l'intelligentsia technique a déjà tissés avec des milieux bourgeois d'Occident et par le manque de convictions communistes d'une bonne partie de la jeunesse. Il risque aussi de se présenter à un moment où les rapports de force ne sont guère encore favorables au socialisme ; n'oublions pas que la paysannerie et les éléments privés des autres secteurs continuent à représenter 50 % de la population active. population actıve.

NAL E 29 blement le taux d'investissement dans les Kepubliques arrierees. Le caractere « politique » des investissements ne provient pas du fait qu'ils ont lieu dans des regions sous-développées, mais du caractère monopoliste du groupe dirigeant dont les membres échappent au contrôle de la société et finissent par tout trancher.

De toute manière, le dilemme est ailleurs : ou bien on accélèrera considérablement le rythme de développement des Républiques arriérées, ou bien les tensions entre les nationalités finiront par atteindre, elles aussi, un point explosif. Ce qui se passe aujourd'hui parmi les cadres de l'armée et les cadres de la diplomatie, ce qui s'est passé dans les cadres de l'UDBA au moment de la crise Rankovic, sont à ce propos des indices extrêmement révélateurs et des signes extrêmement dangereux. Consacrer seulement 2,5 % du revenu national au développement des régions arriérées est manifestement insuffisant. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Sait-on qu'au cours des dernières annees le pourcentage des analphabètes parmi les jeunes de Bosnie-Herzégovine et de Macédoine a augmenté de 6 à 12 %, par l'insuffisance de crédits pour écoles et instituteurs ?

Depuis un an, l'activité des oustachis croates et des nationalistes bourgeois slovènes marque une reprise sérieuse. Elle n'est pas seulement alimentée par l'ancienne émigration politique, mais encore par la nouvelle émigration économique.

Elle trouve milieux de cette année, distribués à la première dit long sur La direction même un écho dans certains la jeunesse ; le ler mai de des tracts fascistes ont été l'Université de Zagreb, pour fois depuis 20 ans! Cela en l'échec politique de la LCY.

de la LC croate et slovène, qui a elle-même exploité honteusement les sentiments réactionnaires d'une partie de la population contre les nationalités méridionales, porte ici une responsabilité écrasante. Un redressement rapide s'impose, si on veut éviter une catastrophe.

Pour ces raisons, la Yougoslavie socialiste risque de connaître une crise d'une gravité exceptionnelle à un moment déterminé dans l'avenir, par exemple au moment où se posera concrètement la succession de Tito. Tous les communistes doivent se préparer dès maintenant à cette crise, en réfléchissant aux mesures d'urgence à proposer et à faire imposer par les travailleurs, afin de bloquer la voie à la contre-révolution et d'assurer au pays un nouveau progrès dans la voie du socialisme.

Dans la mesure où nous nous risquons à formuler un avis, basé sur des informations forcément fragmentaires, ce pro-

UN PROGRAMME D'URGENCE

UN PROGRAMME D'URGENCE gramme d'urgence des communistes yougoslaves devrait comporter les points suivants, qui correspondent aux problèmes les plus graves posés devant la société en général, et la classe ouvrière en particulier :

La) Convocation immédiate, au niveau des Républiques et de la Fédération, de congrès, de conseils ouvriers qui siègeront en permanence et détiendront le droit de décision en dernière instance sur toutes les questions en matière de planification économique et financière, de politique budgétaire républicaine et fédérale, er de législation sociale. Il s'agit d'une mesure transitoire, en attendant une révision de la Constitution qui mette tout le pouvoir politique entre les mains des représentants démocratiquement élus des travailleurs.

Mb) Le congrès des conseils ouvriers est composé de délégués directs des conseils ouvriers. Quiconque gagne plus de trois fois le salaire moyen d'un ouvrier ne peut en faire partie. Les délégués au congrès conserveront leurs salaires et ne toucheront que des indemnités de déplacement. Les délibérations sont publiques, doivent être reproduites par toute la presse, et diffusées par la radio et la télévision, chaque fois que le congrès en exprime le désir. Les délégués du Congrès sont révocables au gré de 40 % de leurs électeurs.

c) L'élection au congrès des conseils ouvriers, comme l'élection aux Conseils ouvriers, se fait au scrutin secret et avec présentation de plusieurs listes de candidats. Chaque groupe de travailleurs ayant rassemblé les signatures d'au moins 5 % des membres des collectifs (5 % des membres des conseils ouvriers pour l'élection des délégués aux congrès des conseils) a le droit de présenter des candidats. Ceuxci doivent faire une déclaration de principes et présenter des propositions de programme qui les séparent d'autres listes de candidats. Seront écartés des candidats considérés comme fondamentalement hostiles à la Constitution socialiste et au principe de la propriété sociale des moyens de production. La suppression des candidatures ne pourra se faire que par une commission ad hoc du Congrès des conseils ouvriers, après débat contradictoire devant elle, en présence des candidats écartés et après publication d'une motion motivée.

d) Jusqu'à ce que le statut des entreprises ait été fondamentalement réexamine et fixé, le congrès des conseils aura le droit de bloquer toutes les décisions de conseils ouvriers d'entreprises considérées comme portant un préjudice grave au développement de l'économie socialiste ou des rapports fraternels entre les peuples de Yougoslavie. Il ne pourra le faire qu'après débat contradictoire et public, et sur base d'une motion motivée.

Be) Tout licenciement de personnel ouvrier est immédiatement bloqué. La réduction de main-d'œuvre des entreprises pourra avoir lieu qu'après discussion publique, soit au niveau des Communes, soit au niveau des Républiques, et après que des possibilités équitables d'emploi soient offertes aux victimes éventuelles.

Of) Les tarifs de tous les services publics et tous les loyers sont immédiatement bloqués et toute nouvelle augmentation interdite, en attendant l'examen du problème dans son ensemble par le Congrès fédéral des conseils ouvriers. Les ressources supplémentaires que nécessitera cette mesure seront trouvées par réduction des depenses somptuaires et des traitements élevés et par la réorientation des investissements.

Eg) Le monopole du commerce extérieur est immédiatement rétabli. Un contrôle des importations est établi par une commission ad hoc du congrès des conseils ouvriers, dans le but de supprimer toutes les importations de produits de luxe et de biens non essentiels au développement de l'économie nationale et au niveau de vie des travailleurs. La dépendance de l'aide économique capitaliste est progressivement réduite. Des accords de coopération bilatérale et de développement économique combiné sur base d'intérêt mutuel sont conclus avec tous les Etats ouvriers qui en acceptent le principe.

h) Le Congrès des conseils ouvriers charge les autorités de planification, ainsi qu'éventuellement des groupes d'experts économistes compétents, d'élaborer plusieurs variantes pour le prochain Plan, qui doit être centré sur des objectifs prioritaires capables de mobiliser l'enthousiasme créateur des travailleurs et de la jeunesse, et de consolider les relations fraternelles entre les peuples de Yougoslavie Parmi ces buts pourraient être énumérés dès maintenant: la suppression totale de l'analphabétisme au cours du prochain quinquennat ; le rétablissement et la garantie du plein emploi ; l'accélération du développement des régions et des Républiques sous-développées ; la réduction générale de la semaine de travail à 40 heures. Les méthodes de mobilisation volontaire de la jeunesse dans la lutte contre l'analphabétisme, pratiquées par la révolution cubaine, seront employées sur grande échelle.

i) En matière de politique étrangère, il faut partir de la constatation suivante: le secrétaire d'Etat Marko Nikozic, parlant à la Télévision, a déclaré le 23 juin dernier que son département ne détient pas le monopole de la politique extérieure en Yougoslavie et que pareil monopole n'appartient à personne, mais il a immédiatement ajouté que la manière dont la presse yougoslave suit les événements internationaux fait croire à l'existence d'un

QUATRIEME _INTERNATI O tel monopole. Il faut donc tout de suite rétablir le droit pour toutes les organisations sociales, tous les mouvements de jeunesse et tout groupe de travailleurs, de s'exprimer librement à ce sujet. Tout groupe qui aurait vu ses écrits refusés à plusieurs reprises dans les organes de presse existants devrait avoir le droit de fonder son propre organe, à condition que le programme soumis soit conforme à la Constitution et fonde sur la défense de la propriété sociale des moyens de production. Une interdiction de ces organes ou le refus d'accorder du papier ou des facilités è ces groupes, ne pourrait être prononcé que par une commission ad hoc du Congrès des conseils ouvrier, après débat public et contradictoire, sur la base d'une motion motivée.

i) Pour la LCY, rétablir un climat de confiance avec la masse des travailleurs, reconquérir leur estime, est une quesreconquérir leur estime, est une question de vie ou de mort. A cette fin, des réformes radicales doivent être introduites dans le fonctionnement du parti. Il faut en revenir à la règle léniniste du maximum : aucun membre de la LCY qui accède à un poste de fonctionnaire responsable, soit de la LCY, soit des syndicats, soit d'un organisme étatique quelconque, ne devrait gagner plus que deux fois le salaire d'un ouvrier qualifié, et la tendance devrait être de réduire progressivement ces traitement à ceux des ouvriers qualifiés.

Cette réforme ferait plus que toutes les mesures prises au cours des dix dernières années pour rétablir une base de masse pour la LCY, qu'elle a perdue de l'aveu même de Tito. A cette réforme devraient s'ajouter notamment les suivantes: suppression de la commission de cadres du parti ; élection de tous les responsables à tous les échelons, au scrutin secret ; droit pour tous les membres de la LCY de rédiger et de soumettre aux congrès et conférences, à tous les échelons, des plate-formes différentes de celles des organismes dirigeants ; droit pour les minorités des comités centraux et de tous les organismes dirigeants de soumettre leurs avis minoritaires aux membres, par écrit et débats contradictoires devant les assemblées dans la période préparatoire aux congrès et conférences ; obligation pour les secrétaires de la LCY de diffuser ces plate-formes et avis minoritaires, d'indinlate formes et avis minoritaires. d'indi. vidus ou de groupes, à tous les membres de la LCY, et d'organiser à ce propos des debats écrits et oraux ; extension progressive des mêmes règles de retour au centralisme démocratique de l'époque de Lénine au fonctionnement de l'Alliance Socialiste des Peuples de Yougoslavie ; élection des organismes dirigeants de la LCY et de l'ASPY proportionnellement aux voix reçues par ces différentes plateformes, au scrutin secret.

Le g fier de cales el froi dev médiate les que combatt me, de dentale bureauc tre part

La te tre les avec de te, acqu ou au dentale, fois cor bliana s me un Il s'agit car che:

roupe dirigeant de la LCY, qui est sa propension aux réformes radi: démocratiques, reculera avec efant ce programme de réformes ims, qui sont pourtant aussi radicadémocratiques, Il essayera de le re au moyen d'un double amalgal'opposition de droite, pro-occid'une part, et des éléments ultraratiques du type de Rankovic d'auntative de créer un amalgame encritiques et l'opposition de gauche, s éléments révisionnistes de droilis au « socialisme démocratique » « socialisme chrétien » à l'occia déjà été utilisée une première tre la revue Perspektive de Liuupprimée au début de 1965 com« organe du socialisme chrétien ». là d'une calomnie pure et simple les dirigeants de cette revue car che s'agissai émettan de la pr victions marxiste

• les dirigea t manifest t des critiqu litique offic authentique s. Ces dir nts de cette revue, il ement d'un organe es de gauche à l'égard ielle, inspirées de conment communistes et igeants incluaient un commun politique dant la de vieu deux co tive de ques de laLCY kovic e d'autant geants les Ranl sur leur et rendr de gauc Central tenant étaient avec leu révoltant

Quelle pe dirige me que cette dir munistes s'ils veL des forc du moin ouvrière iste d'avan : d'une divi guerre de l ‹ militants mmunistes faire un am gauche du et les élén st d'autant plus calom de la LCY covic grands appareil pr e la vie in he jusqu'à de juillet es choses ( « objectiver irs persécut : que soit ant de la L nous avons ection géné devront dent éviter es sociales s un affror et le dé t-guerre, sion de pa .ibération, communist eux-mêmes algame ent 1 groupe nents du plus ma iniatrice q se sont ; et petits olicier, pou npossible a la veille 1966. Prés comme si nent » de eurs est P l'indignatio CY devant esquissé ic rale que les s'engager , sinon l'a qui semble atement d'c socialisme commissaire rtisans penet deux fils es, tous les • La tentare les critidirigeant de troupe Ranhonnête et de les diriappuyés sur • y compris r combattre ux critiques du Comité enter mainles victimes connivence assablement n du groule programc'est dans vrais comrapidement, ffrontement inévitable, sù la classe sortiraient avec un direction

= grave défaite. C'est qu'ils devront s'or dans cette enter pour relancer pays, re vailleurs niste, vo l'esprit la révolution socialiste dans le ndre à la jeunesse et aux trala foi dans l'idéal commuir réapparaître sur grande échelle de sacrifice et de solidarité de classe qui a forgé tant de miracles dans le passé et faire de nouveau de la

LCY l'avant-garde respectée et admirée par la majorité des masses laborieuses de

Yougoslavie.

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