Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 29

La « grande révolution culturelle »

Livio Maitan · Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 11-21 · 8 647 mots

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Sur les événements qui se produisent en Chine, que les dirigeants de ce pays appellent la « grande révolution culturelle », nous publions ci-après : 1) des extraits d'un long article écrit en mai dernier, pendant la phase où cette « révolution culturelle » commença à prendre de l'ampleur. Ces extraits définissent avant tout plusieurs aspects de ces événements. 2) un deuxième article intitulé « la crise chinoise continue » qui a été écrit à propos de la phase qui a suivi la qui a été marquée notamment par les UN CONFLIT INTERIEUR

La version efficielle prétend qu'à la base des événements actuels il y a un conflit de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. Mais, de la grande quantité des documents souvent longs que la presse chinoise a publiés, il ne ressort pas un seul fait concret sur lequel peut être étayée l'hypothèse d'un développement effectif de forces restaurationnistes. On n'y trouve que des mentions tout à fait générales sur la possibilité que des brèches dangereuses s'ouvrent dans le secteur idéologique susceptibles d'engendrer ensuite des bouleversements politiques, des rappels à Lénine sur les tendances à la reproduction d'éléments bourgeois au sein de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes ou des considérations stéréotypées sur l'inévitabilité de tentatives de retour au pouvoir de la part des classes renversées (1). Ce qui est évidemment trop peu pour nous convaincre de la justesse de l' « analyse » officielle.

D'autre part, il n'y a pas d'éléments qui suggèrent l'hypothèse de quelques tensions graves existant entre les dirigeants et les masses. En 1956 avaient éclaté des conflits entre les dirigeants et certains secteurs intellectuels et aussi en-

(1) Voir par exemple Hinsua News Agency, 12 juin, p. 5. Dans la suite de cet article, nous mentionnerons ce bulletin par les lettres H.N.A. les lettres H.N.A.

session du CC du PC chinois en août et manifestations des « gardes rouges ». A LA BUREAUCRATIE tre les dirigeants et certains secteurs des masses (manifestations et greves). Cette fois il n'y a rien qui indique que des phénomènes analogues se soient produits.

Nous estimons donc que les conflits actuels sont essentiellement de nature intérieure à la bureaucratie et qu'ils se produisent sous la pression d'une série de problèmes intérieurs et internationaux dans le contexte de la crise qui subsiste dans le mouvement communiste international. Il va de soi que le problème des rapports avec les masses exis-te toujours pour les dirigeants, influençant en dernière analyse leurs attitudes ; mais, à cette étape, il ne s'agit pas d'un facteur direct et immédiat.

Si l'on accepte cette interprétation, les polémiques actuelles se clarifient dans une large mesure et il est possible d'en saisir les contenus réels derrière le fatras d'argumentations souvent byzantines et stéréotypées.

Les discussions et les polémiques des derniers mois se ramènent toutes à un leit-motiv central : celui de la politique au poste de commandement, du rôle primordial du parti et de la pensée de Mao Tse-toung dans tous les secteurs de la société, de l'armée à la littérature et aux sciences. Quelle peut être la signification de tout cela sinon la réaffirmation de la primauté d'une couche particulière

INTERNATIONALE de la bureaucratie, la bureaucratie plus proprement politique qui serait la seule en condition d'assurer la cohésion et le dynamisme du régime ? N'est-il pas logique, au fond, que se produisent en Chine aussi ces différenciations et ces conflits au sein de la bureaucratie qui ont pesé dans une mesure si considérable dans la vie de l'URSS et des démocraties populaires dans les dix dernières années ?

Lisons d'ailleurs dans les textes officiels. Le premier symptôme de la crise a consisté dans des communiqués sur la conférence du département politique de l'Armée qui se termina le 18 janvier. « Le point de vue général adopté à la conférence, disait le premier communiqué, était que le principe du maintien mité Central du parti doit être résolument observé... Le noyau de direction et d'unité dans la compagnie et le rempart dans la lutte est la section du parti. »

On peut comprendre quel était le fond du débat. Certains secteurs de l'armée voulaient avoir les mains libres dans leur propre domaine et ne pas subir les interférences constantes de la bureaucratie du parti et, face à certaines attitudes désinvoltes de la direction politique, par exemple, à certaines affirmations de Chen

Yi au cours de l'automne dernier, ils soulignaient l'importance du facteur technique militaire : « les armer de tout »

- auraient-ils dit — et on leur répondait : « Pour nos victoires, nous avons toujours fait fond sur le facteur homme, sur le facteur politique. C'est la bombe atomique morale que notre côté seul possède. »

Le resserrement dans l'armée était donc nécessaire pour le groupe dirigeant, qui mena cette opération avant toutes les autres, en affirmant sa primauté et en renforçant la position de

Lin Piao. Ce n'est qu'après cette mise au pas que l'armée et ses organes de presse ont été mobilisés en première ligne pour mener la bataille dans d'autres secteurs.

Des polémiques analogues se sont produites dans le secteur industriel. Il est probable qu'ici le groupe dirigeant ne saisissait que des symptômes, étant donné qu'il n'y a pas jusqu'à présent en Chine une bureaucratie économique aussi structurée que celle de l'Union soviétique ou de la Tchécoslovaquie. Mais les motifs sont à peu près les mêmes. La primauté appartient au parti et à la pensée de Mao dont on exalte jusqu'à l'absurde la portée méthodologique capitale pour la construction de l'industrie, pour le progrès technologique et pour des découvertes nouvelles. C'est précisément au mois d'avril, peu avant le commencement de l'offensive contre les oppositions, qu'eurent lieu deux conférences, l'une sur le travail dans l'industrie et dans les transports, l'autre sur le travail politique dans les départements industriels et dans les transports, conférences organisées conjointement par la commission économique de l'Etat et par le département compétent du Comité central du parti. L'article du Quotidien du Peuple qui rapportait sur ces conférences (H.N.A. d'avril) avait un titre en soi éloquent : « Conduire les entreprises en ligne avec la pensée de Mao Tsetoung. » Après avoir souligné la nécessité de se placer résolument sur un point de vue d cas pen caquer de vue de classe prolétarien, d'éduquer les ouvriers qui en ont besoin à cause de leur origine petite bourgeoise pavde la politique au prem par le camarade Lin Pi aux enseignements cons sident Mao Tse-toung ; avant conformément à torique des forces armée nois et de la situation mément aux lois de dév la base économique de liste, et au fait que de la lutte de classes exist la société socialiste. Le tue la fondation sur laq forcer la révolutionarisa dernisation de l'armée... président Mao Tse-toung tion du parti doivent êtr renforcer le travail de l'organisation du parti ( (H.N.A., 19 janvier, p. 9 de Hsiao Hua avait don indications assez claires groupe dirigeant et sur ques qui auraient été ar taines gens disent, déclar ce rapport, que les aff sont de la politique. » militaires et la politique importance » et que « l taires et la politique son tance » et que « les affai la politique doivent à toi la première place. » De te sont absolument erronés, mement nuisibles et vont ce que le président Mao : jours enseigné. » (V. vier, p. 4 et suivantes).

Les implications de c générales étaient immédi « Réaliser le principe g militaires doivent être cor le parti, et renforcer la lue du parti sur l'armée... double direction par le ier plan formulé ao est conforme équents du préil fut mis en lexpérience hiss du peuple chiprésente, conforeloppement et à la société socias classes et que ent encore dans principe constielle il faut renition et la moLes idées du sur la construce suivies afin de construction de lans Parmée... » -10). Le rapport né d'ailleurs des sur la ligne du certaines critirancées. « Cerait entre autres aires militaires « Les affaires sont d'égale es affaires milit d'égale imporres militaires et ur de rôle avoir Is points de vue ils sont extrêà l'encontre de I'se-toung a touH.N.A., 15 janes affirmations atement tirées : ue les affaires duites par tout direction abso-

Le système de commandement militaire et par les comités locaux du parti, sous la direction unifiée du Co- sanne et rappelé l'exigence de la coopération triangulaire entre la direction, les techniciens et les masses, le commentaire concluait : « Pour conduire les entreprises en ligne avec la pensée de Mao Tsetoung, il est nécessaire d'assurer la direction absolue par le parti communiste... Assurer la direction absolue par le parti communiste sur l'entreprise exige une direction unifiée par le parti. C'est-àdire d'une part, que toutes les tâches des organisations administratives, techniques et autres les plus élevées, doivent être sans exception sous la direction unifiée du comité du parti dans l'entreprise et réalisées conformément aux conditions réelles dans l'entreprise, et d'autre part que tout le travail dans divers domaines, comme celui de la cellule de la Jeunesse communiste, de la section syndicale, de l'association féminine et de la milice dans l'entreprise, doit être accompli sous la direction unifiée du comité du parti dans l'entreprise. »

Ces idées sont réitérées dans un éditorial de Liberation Army Daily exaltant l'expérience d'une industrie du secteur militaire où les principes du Comité central et de Lin Piao avaient été traduits en pratique. Tci on polémique encore une fois avec des opposants fantomatiques:

« Certains disent que la tâche des usines est la production et qu'elles doivent sortir des produits... Nos usines doivent persister dans une direction socialiste, prendre la voie socialiste et servir la construction socialiste et les larges masses du peuple travailleur. Comment seraient-elles différentes des usines capitalistes si leur seule raison d'être était de sortir nos produits. » (V. H.N.A., 23 juin, page 2).

L'offensive inspirée sur le slogan de la politique au poste de commandement vise d'ailleurs plus généralement tous ceux qui voudraient souligner l'importance du travail des spécialistes. « Certains de nos camarades qui sont tombés sous l'influence de la pensée bourgeoise ont consciemment ou inconsciemmeent développé une tendance à n'accorder d'importance qu'aux problèmes techniques. Ils sont immergés dans leur travail et n'accordent qu'une piètre attention à la politique, perdant ainsi de vue une orientation juste pour leur travail. Si, dans la question de la construction du socialisme, un pays socialiste considère que « les cadres décident de tout » ou que « la technique décide de tout », il en résultera, pratiquement, la tendance à s'immerger dans son travail tout en négligeant la politique, et il se développera un style de commandement et d'isolement par rapport aux masses, et il

NALE 13 s'ensuivra que des éléments bourgeois et des dégénérés politiques trouveront un chemin dans diverses branches de tra-vail sous la forme de « spécialistes » et de « savants » et s'empareront de la direction dans certaines places et dans certaines institutions. » (v. H.N.A., 15 avril, p. 5-6). (2)

En ce qui concerne les polémiques sur le plan culturel, les choses sont encore plus claires et les buts assez ouvertement proclamés. Le groupe dirigeant ne cache aucunement sa préoccupation qu'une dialectique dans ce domaine puisse se transférer sur le terrain plus proprement politique, provoquant ainsi la formation de tendances et de groupes oppositionnels. (Cette crainte avait d'ailleurs été exprimée non moins clairement par Khrouchtchev lors de sa campagne contre les milieux intellectuels quelques mois avant sa chute). Il faut dire, sur la base des indications fournies, que ces préoccupations n'étaient pas sans fondement. Pour éviter que certains groupes d'intellectuels puissent consolider d'importantes positions d'influence ou de contrôle, voire créer de véritables bastions, le groupe dirigeant est intervenu en réaffirmant la primauté du parti, de la politique et de la pensée de Mao, pius concrètement en frappant tous ceux qui étaient suspects de ne pas être tout à fait dans la ligne et en poussant en avant d'autres, plus disposés à jouer le rôle de porte-parole fidèles de son orientation et de ses compagnons (3).

Pour mieux comprendre la lutte actuelle et l'interprétation officielle de cette lutte, il faut rappeler un autre élément capital, à savoir l'explication que

(2) Voir aussi H.N.A. 23 avril, p. 7 et 11 juin, p. 4. « La ligne de division entre le marxisme léninisme et le révisionnisme, entre la révolution et la contre-révolution, se situe dans les alternatives suivantes, le soutien ou l'opposition à mettre au premier plan la pensée de Mao Tsé-tung, le soutien ou l'opposition à mettre au precomme principe dominant, le soutien de l'idée que la politique est dominante, ou bien que faire de l'argent est primordial, qu'il faut mettre la qualification professionnelle en position dominante. »

(3) Le type de l'intellectuel orthodoxe peut être actuellement symbolisé par Kuo-Mo-Jo. Des informations déformées avaient fait croire en avril dernier que Kuo-Mo-Jo était attaqué et qu'il avait accompli une autocritique dégradante. Il faut croire, par contre, que Kuo-MoJo, par ses propos qui ont fait du bruit, voulait exactement s'aligner sur l'évolution de la « révolution culturelle » en confirmant qu'il était toujours à la disposition du groupe dirigeant (en 1956, il avait prononcé des discours parfaitement dans la ligne de l'époque). (cf H.N.A. 7 mai, p. 42-43 et 5 juillet, pp. 12-13).

INTERNATIONALE les dirigeants chinois donnent de l'évolution de l'Union soviétique. Selon eux, le révisionnisme soviétique a un contenu de classe bourgeois et il y aurait eu en fait un processus de restauration du capitalisme depuis la mort de Staline.

Mais comment cette évolution fut-elle possible, quels sont les facteurs qui l'auraient facilitée ? Sans revenir aux nombreux textes chinois concernant cette question, des indications nettes existent même dans les documents qui ont trait à la crise intérieure des derniers mois.

De l'avis des théoriciens maoïstes, c'est surtout sur le terrain idéologique que le révisionnisme gagne ses premières batailles, en ouvrant des brèches dangereuses qui sapent le système socialiste dans son ensemble. La base sociale de l'opération résiderait dans la formation de couches privilégiées qui ont tendance à se cristalliser, notamment parmi les spécialistes, les technocrates, les dirigeants qui se détachent des masses, etc. Les conceptions misant sur le stimulant matériel et introduisant la catégorie du profit dans une économie socialiste renforceraient ces tendances. L'exemple négatif qui revient constamment, avec celui du cercle Petofi, est l'exemple de Khrouchtchev qui aurait réalisé un vé-

LA « REVOLUTION

Un des motifs centraux de la campagne déclenchée par le groupe dirigeant est la « révolution culturelle ». Il faut noter toutefois que les idées exprimées pendant les deux derniers mois ne sont pas nouvelles et il est symptomatique que, dans le but de fournir des généralisations théoriques et méthodologiques, la presse officielle se base essentiellement sur de vieilles contributions de Mao. On dirait que le groupe maoïste, en dénonçant la pénétration d'idées « révisionnistes » et « bourgeoises », veut en

(4) Voir entre autre N.H.A., 7 avril, page 4. « Dans une société socialiste, le nouveau rapport a son expression concentrée dans le rapport entre les fonctionnaires et les masses. A tous les niveaux, les fonctionnaires du Parti communiste et de l'Etat ritable coup d'Etat après que la résistance eut été brisée à l'avance sur le terrain idéologique (4).

En partant d'une telle analyse et de telles prémisses, les dirigeants chinois tirent la conclusion qu'il faut combattre avec une vigilance extrême non seuiement certaines idées et la recherche de privilèges matériels, mais aussi toute tendance centrifuge au sein de la bureaucratie même. Si le mouvement dit de destalinisation impliquait un desserrement et une « libéralisation » à l'avantage de différents secteurs de la bureaucratie qui voulaient limiter l'emprise de la bureaucratie politique du parti, et aboutissait, en dernière analyse, à une sorte de redistribution des pouvoirs au sein de la couche dominante, il est logique que les maoïstes qui, maintenant, condamnent la « déstalinisation » dans son ensemble (en ayant oublié ou rectifié leurs propres jugements de 1956), s'efforcent d'œuvrer dans le sens opposé, en contrecarrant toute tendance à l'autonomie dans des domaines spécifiques : ce qui implique un renforcement du contrôle de l'appareil central et de la bureaucratie du parti, dont l'expression idéologique est la primauté universelle de la pensée de Mao.

CULTURELLE » même temps défendre ce qu'il considère comme le filon orthodoxe : dans ce but, il s'efforce de populariser à nouveau, sur une échelle plus vaste et sur des tons plus dramatiques ses idées de base sur la primauté du parti, sur l'adoption du point de vue politique dans tous les domaines, sur la production culturelle de la part des masses elles-mêmes, sur la nécessité de vivre parmi les masses pour être en condition de comprendre leurs exigences et leurs sentiments, etc.

Sur le front de la culture, d'ailleurs, aux fonctionnaires d'utiliser leur pouvoir pour se placer dans une position privilégiée, avec pour résultat qu'une couche privilégiée sera engendrée aux dépens de la propriété collective et socialiste par tout le peuple. La base sociale sur laquelle la clique révisionniste khrouchtchevienne effectue la restauration du capitalisme en Union soviétique est précisément une couche privilégiée de cette sorte. » Voir aussi H.N.A. 6 mai, p. 4 sur le rôle néfaste des stimulants matériels; 3 juin, p. 4 sur le danger d'une mentalité bourgeoise des spécialistes privilégiés; 8 juin, p. 5 sur les brèches dans le front idéologique; 12 juin, pp. 3-4 où il y a une analogie historique fort discutable avec les moyens utilisés par la bourgeoisie pour s'affirmer comme classe dominante.

sont les serviteurs du peuple suzerains placés sur son

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se montrer eux-mêmes dans comme de simples travailleurs vent jouir d'aucun privilège.

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Pour mettre complètement en application ce principe, il est nécessaire de donner la mauté à la politique prolétarienne, de pratiquer strictement les principes socialistes et de changer de fond en comble les Vieux rapports entre homme et homme, laissés dans la production et le travail par la vleille société. Sinon il serait possible la bataille a été presque ininterrompue, comme on le savait déja et comme on l'apprend maintenant de certaines informations nouvelles (par exemple, sur l'intervention déjà mentionnée de Mao en juin 1964). La polémique actuelle — nous lavons dit — a pris le départ des polémiques remontant à quelques années en arrière et elle a été reliée finalement aux débats des années 1930 et 1960. Rappelons, par exemple, quelques polémiques importantes des années 1962-1964 : entre les partisans des conceptions officielles et les partisans du philosophe Yang Hsien-Chin, qui aurait opposé au concept « un se divise en deux » le concept « deux fusionnent en un », et les polémiques contre ceux qui estimaient qu'il fallait « écrire sur les personnages moyens », sur la modernisation de l'Opéra de Pékin (5). Les attaques contre des intellectuels soviétiques tels que le metteur en scène Tchoukrai ou l'écrivain Cholokov sont aussi fort probablement le reflet de débats intérieurs au sein de l'intelligentsia chinoise.

Toutes ces polémiques avaient toujours une signification politique assez directe et le but des partisans de la ligne officielle était de démontrer systématiquement que les questions débattues n'étaient pas exclusivement de nature méthodologique ou artistique, mais en dernière analyse mettaient en cause la ligne du parti et la pensée de Mao (6). C'est d'ailleurs justement pourquoi ces polémiques sont intéressantes et souvent assez vivantes. Si l'on devait, par contre, les juger uniquement du point de vue de leur valeur culturelle intrinsèque, le bilan serait lamentable : d'une part, les tenants des opinions officielles s'inspirent d'un jdanovisme modéré, en recourant constamment aux mêmes arguments routiniers, en appliquant une méthodologie scholastique truffée de citations des classiques du marxisme et du président Mao, d'autre part les opposants qui doivent aussi respecter certains tabous donnent une impression de timidité et d'inconséquence. Ainsi la dis-

(5) La discussion philosophique avait été ouverte par un article de Ai Heng-Wu et Lin Tsing-Chan dans le Quotidien du Peuple (29 mai 1964) et s'était développée notamment dans une causerie organisée par la rédaction du Drapeau Rouge (V. Pékin Information, n: 38-1964). Un compte rendu de la discussion sur les « personnages moyens » a paru dans Wenyi Bao (30 septembre 1964).

(6) Voir l'argumentation des défenseurs des thèses officielles dans le débat contre Yank Hsien-Chen (revue citée, P. 9) et la dénonciation qui termine l'article de yao Wen Yaun contre Wu Han, cité plusieurs fois,

NALE 15 cussion philosophique mentionnée — du moins sous la forme où elle fut rapportée - est péniblement scolastique, le débat sur la priorité aux personnages moyens ou aux héros frise le grotesque et répète des arguments avancés maintes fois en Union Soviétique à l'époque stalinienne, et même la polémique sur « Hai Jui destitué » révèle son caractère de prétexte, les seuls arguments valables étant des rappels méthodologiques élémentaires de la part de quelques défenseurs timides de Wu Han.

Au fond, la ferveur de la campagne pour la « révolution culturelle » s'expligroupe disent co corme d que non par la fermentation effective d'idées nouvelles, mais par la volonté du groupe dirigeant de déclencher fensive tapageuse contre tous les critiques et les opposants. C'est précisément la réapparition constante de discussions et de polémiques et le rôle joué dans ces polémiques par des personnages ayant des responsabilités importantes dans le parti et dans le gouvernement qui ont sans doute convaincu Mao et ses fidèles que les résultats atteints dans le domaine culturel étaient, somme toute, éphémères et qu'il fallait une nouvelle vague pour balayer les éléments considérés comme étant particulièrement dangereux. L'occasion a été saisie pour effectuer des relèves et des épurations, pour frapper quelques vieux mandarins et pour promouvoir des cadres relativement nouveaux, plus dociles envers un appareil à qui ils doivent leurs positions.

Dans ce cadre plus général a été probablement conçue l'offensive concernant l'organisation scolaire. Ici, on a limpression d'une campagne analogue à celle de la phase la plus frénétique du « grand bond en avant », lorsqu'était exaltée par exemple l'expérience révolutionnaire des hauts fourneaux. L'agitation a pris une allure iconoclaste et on semble vouloir nier les critères et les normes les plus élémentaires.

•Nous pouvons croire sans difficulté que des systèmes périmés subsistaient dans l'organisation scolaire chinoise et que des tendances au « notionnisme » y étaient ancrées (ce qui étonne un peu, en tout cas, est le caractère soudain de la découverte). Nous pouvons croire aussi que les fils des ouvriers et des paysans se trouvaient en fait placés dans des conditions d'infériorité. Mais les remèdes esquissés ne semblent pas de nature à déterminer une évolution positive. Certaines mesures sont, de toute évidence, conjoncturelles, empiriques et inspirées par des nécessités immédiates de la bataille en cours ; d'autres semblent concerner des secteurs limités et

QUA pourraient avoir des buts contingents (7).

Quant aux indications d'une portée plus générale, il est difficile de croire que l'école chinoise gagnera beaucoup si le « notionnisme » décrié est remplacé par l'enseignement obligatoire des œuvres de Mao, si l'académisme est contrecarré par une politisation étriquée et étouffante, si une partie prépondérante du temps est utilisée par des manifestations, des réunions, des meetings, etc. (8)

La participation à l'activité pratique,

(7) Les mesures de suspension des examens et la remise de six mois de l'acceptation dans les instituts des écoles supérieures furent annoncées le 18 juin (v. H.N.A. 19 juin, p. 19). Sur cette question v. aussi H.N.A. 20 juin et 14 juillet, p. 3 et suivantes, où il y a notamment une critique du système des examens en vigueur qui est considéré comme un rempart des vieilles classes dominantes. (Il est possible que le besoin de cadres dans différents domaines soit à la base des proportions visant à réduire la durée des études).

(8) Les étudiants d'une école de la ca-

Les événements des deux derniers mois ont mis en lumière sans possibilité d'équivoque le caractère dramatique de la situation à l'intérieur du PC chinois. Le Plénum du Comité central de la première moitié d'août a été un épisode crucial d'une lutte de tendances qui se poursuit sous une forme de plus en plus ouverte et véhémente.

Etant donné les mœurs bureaucratiques de la direction chinoise, il est impossible de savoir dans quelles conditions et avec quels buts réels le Plénum a été convoqué après une vacance de quatre ans. Le groupe autour de Mao pensait-il que la victoire était déjà acquise et que le Comité central se limiterait à entériner formellement les décisions déja adoptées et les changements intervenus dans la hiérarchie officielle ? Avait-il, par contre, convoqué le Plénum pour livrer une bataille contre des membres du Bureau Politique qui s'opposaient à la « révolution culturelle » ou même prônaient un tournant général dans la ligne du parti ? Pour le moment nous n'avons pas les éléments pour donner une réponse. Toutefois, il est incontestable qu'une bataille extrêmement serrée a eu

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RNATIONALE usines et dans les non plus cette papartisans les du groupe dirigeant. Des expériences en la matière ont été faites dans d'autres Etats ouvriers, avant tout en Union soviétique, avec des résultats fort discutables.

Nous risquons l'hypothèse que tôt ou tard cette question sera posée à nouveau et dans des termes sensiblement différents de ceux qu'utilise actuellement la propagande officielle.

Mai 1966. pitale de la province de Hunan ont reproché à leurs professeurs de ne pas leur avoir permis de consacrer plus de dix jours en un mois à la campagne politique en cours (v. H.N.A. 20 juin, p. 13). Nous avons déjà vu que la question du temps qu'il faut réserver à l'activité politique proprement dite est l'objet de polémiques acharnées. Rappelons qu'en 1956 Chou EnLai avait dit dans un rapport : « Le Comité central considère essentiel d'assurer que les intellectuels puissent disposer pour leur travail au moins des cinq sixièmes de la semaine de travail (à savoir 40 heures par semaine) ». lieu fin juillet-commencement d'août et que la nouvelle victoire du groupe MaoLin Piao a été remportée de justesse (1).

Différents facteurs ont joué de telle sorte que, loin de s'apaiser après les vicissitudes de la période avril-juin, la lutte continua et même s'aggrava. Tout d'abord, l'action déclenchée par une mobilisation partielle de secteurs d'étudiants, par sa nature même, provoqua des réflexes d'autodéfense et engendra des mécontents au delà des personnes et

(1) Un article paru dans le no 11 du Drapeau Rouge a expliqué qu'« une erreur sur des questions d'orientation et une erreur de ligne se sont produites pendant une courte période ». Ce n'est que l'intervention de Mao qui les aurait corrigées. Toute une série de textes et notamment le document du CC en 19 points parlent d'ailleurs de divergences graves, d'une « résistance assez forte », « d'une lutte qui connaitra des flux et des reflux ». La durée du Plénum — douze jours - est par elle-même symptomatique (le Plénum de 1962 n'avait duré que quatre jours). Il faut ajouter que le Plénum semble avoir été élargi dans une mesure plus considérable que le précédent.

LA CRISE CHINOISE CONTINUE

LA CRISE CHINOISE CONTINUE des couches directement visées (2). En deuxième lieu, l'isolement du PC chinois, qui avait déjà enregistré le lourd passif de la défaite indonésienne et de la rupture politique avec Cuba, s'aggrava davantage à la suite de la rupture avec le PC japonais, de la prise de distance de la part des Coréens du Nord et du refus des Vietnamiens de s'associer sous quelque forme que ce soit à la dénonciation de l'URSS comme « complice » de l'impérialisme américain (3). Mais c'était surtout l'évolution de la situation internationale avec le nouveau bond de l'escalade criminelle contre le peuple vietnamien qui tendait à remettre en question une ligne dont les résultats s'avéraient de plus en plus décevants.

Le document en seize points publié pendant le Plénum du CC donne des indications assez claires sur au moins une partie des divergences au sein du parti et du groupe dirigeant lui-même. Dans un certain sens il apparait comme une réponse à des arguments avancés par les opposants, au sujet desquels il évite naturellement de conner une information objective aux membres du parti et à l'opinion ouvrière internationale (4).

A juger sur la base de ce texte, ceux qui étaient contre le mouvement des étudiants dit de la révolution culturelle auraient avancé les arguments suivants La mobilisation des masses était dangereuse à cause de l'immaturité des étudiants et aurait pour conséquence d'élargir le fossé entre les différentes tendances et groupes dans le parti (5). Des cadres et des dirigeants du parti auraient pu être mis sur la sellette par

(2) Voir à ce sujet, par exemple, le document en 16 points (p. 7). « Des responsables de certains établissements d'enseignement, organismes ou groupes de travail ont organisé des contre-attaques visant les masses qui les ont critiquées... » Voir aussi un article du Drapeau Rouge, reproduit par Pékin Information, n° 34, p. 21.

(3) C'est justement pendant la session du CC que s'est vérifiée la rupture ouverte avec le PC japonais dans la crise en été du Gensuikyo (Conseil japonais contre les bombes A et II).

(4) D'aprés les sources officielles, il existerait aussi une tendance « centriste ». Voir article du Drapeau Rouge déjà cité, Pékin Information, n° 34, p. 22.

(5) Une accusation courante contre les opposants et ceux qu'on pourrait caractériser d'avoir peur du mouvement des masses. comme des « conciliateurs » est Cf. entre autres H.N.A., 7 juillet, p. 8 et 9 et 8 août, p. 3.

des attaques personnelles, notamment dans les journaux muraux. Certaines attitudes outrancières sur le terrain culturel auraient entravé le travail scientifique et, plus généralement, le mouvement dans son ensemble aurait pu créer des difficultés à la marche normale de l'activité productive. La réponse du groupe majoritaire était que la mobilisation des masses était une nécessité primordiale, que les masses s'éduqueraient dans le mouvement, que la production serait en dernière analyse stimulée par la révolution culturelle. En même temps, toutefois, certaines garanties étaient données et on s'efforçait d'apaiser des inquiétudes : toute critique personnelle dans la presse était subordonnée au contrôle des organismes du parti aux différents échelons ; en ce qui concerne l'Armée, toute décision était laissée à la Commission militaire du Comité Central et au Département politique général de l'Armée populaire ; une politique prudente était envisagée à l'égard « des hommes de science, du personnel technique et du personnel ordinaire » et la méthode de la persuasion par le raisonnement était recommandée pour résoudre les divergences et les conflits (6).

En même temps, la polémique continuait et devenait plus serrée sur d'autres questions céjà débattues dans les mois précédents. Ce n'est probablement pas par hasard que le jour où s'ouvrait le Plénum du CC le « Quotidien de l'Armée de Libération » publiait un article important critiquant une fois encore la thèse de la primauté du facteur technique sur le facteur politique et dressant surtout un bilan des luttes majeures qui eurent lieu au sein de l'Armée, du lendemain de la guerre de Corée jusqu'à une date récente (7). Des attaques étaient également renouvelées contre les conceptions « révisionnistes » sur le terrain économique, Sun Ken-Fang étant désigné

(6) Sur le terrain scientifique l'attitude du groupe dirigeant semble en général prudente : au cœur même de la « révolution culturelle », des articles et des discours ont souligné l'importance des contributions scientifiques occidentales et le devoir d'apprendre avec modestie à partir des expériences d'autres pays. (V. H.N.A., 23 juillet, p. 16 et 24 juilet, p. 5).

(7) V. H.N.A., 2 août, p. 4 et 21 août, p. 4. L'article cité parle de trois luttes fondamentales: à la fin de la guerre de Corée, en 1959 et « il n'y a pas très longtemps ». La troisième lutte aurait permis de frapper des « représentants de la bourgeoisie qui s'étaient emparés de postes importants dans l'armée ».

QUA comme le porte-parole principal (8). Dans le cadre de la lutte contre le danger du révisionnisme était avancée en outre avec insistance l'idée attribuée à Mao Tse-toung et caractérisée comme un « développement faisant date du marxisme-léninisme », selon laquelle dès maintenant la division du travail traditionnelle pourrait être surmontée, du moins en partie, les ouvriers s'engageant aussi dans les affaires militaires, dans le domaine de la culture, dans le commerce et, si possible, dans l'agriculture, les paysans eux aussi allant au delà de leur activité spécifique (9).

Les textes officiels ne font que des allusions assez rares et indirectes à des divergences sur les problèmes actuels les plus brûlants de la politique mondiale. Il n'y a pas de doute, toutefois, que c'est sur ce terrain que se sont développées lors du Plénum du Comité Central et ne cessent de se développer maintenant les polémiques les plus violentes. Il est fort

(8) V. H.N.A, 10 août, pp. 4-5. Sun KenFang aurait diffusé ses idées « empoisonnées » pendant dix ans et notamment en-

TRIEME probable aussi que, face à l'escalade qui continue et au dan sion antichinoise ( ricain, le groupe d plus profondément dance qu'on pourr Piao considérait q sait un raidissemer à l'égard de l'UR plus que jamais dé - qu'à l'intérieur d'éviter toute fissu ment de l'épreuve part, des tendances naient une appréci possibilités militair fort sérieux pour partiellement, un impérialiste avec 1' évident de ces polé: bruyante de la thè et la relance de pagandistes. accom tatives d'analyse d blesse de l'impérial tape actuelle (11).

La réponse du gi une opposition qu continuait à se hat continuait à se bal accrue, s'esquissa p Comité central et dans les jours qui

Après avoir dons tamment à ceux conséquences d'une trême (c'est la sign dit, de plusieurs points), les majorit même temps sur d d'abord, malgré le qués officiels en la turaient les organis éliminant probablen tique Peng Chen et Lu Ting Yi, et Lo direction était chang dation notamment d la consolidation de ger accru d'une agresle l'impérialisme améirigeant se soit divisé . D'une part, la tenait appeler Mao-Lin ue la situation impoit ultérieur aussi bien SS - dont il fallait noncer la « trahison » du pays, dans le but re éventuelle au momajeure ; d'autre ; oppositionnelles prôation plus réaliste des es du pays et un efétablir, ne fût-ce que front unique antiURSS (10). Un reflet niques était la reprise se du tigre de papier certains thèmes propagnés par des tenes causes de la faiisme américain à l'éoupe Mao-Lin Piao à i, loin de capituler, ¡tre avec une vigueur endant la session du se précisa davantage suivirent. lé des garanties noqui craignaient les ligne poussée à l'exification, nous lavons instructions des 16 aires opéraient en matière, ils restruchie au niveau de la ée avec la rétrograe Liu Chiao-Chi et la position de Lin

(10) Un article paru à la veille du Plénum attaquait « certaines personnes » qui proposaient « une action commune » avec T'URSS, nouvelle version, d'après le Quotidien du Peuple de « l'action unie » (v. H.N.A. 31 juillet, u. 7). L'allusion concerne certainement les dirigeants de certains PC, mais aussi des partisans d'une telle orientation à l'intérieur.

(11) Des articles officiels ont insisté notamment sur les divisions interimpérialistes qui s'approfondissent et sur la stérilité de l'escalade dans la guerre du Vietnam (v. notamment H.N.A. 25, 28 et 30 août et ler septembre, p. 4 et 8).

tre 1960 et monstres e vertement serait enco thèses de août, pp. 3 idées du des questic la période

(9) Voir une telle ai des personn du travail d cipale mais dans d'autr

1962 « quand toutes sortes de n Chine se présentèrent ou•. Les thèses de Sun Ken-Fang re plus outrancières que les albermann. V. aussi H.N.A. 13 1-33, un article qui reprend les groupe dirigeant chinois sur ins économiques capitales de de transition. H.N.A., 4 août, p. 11. « Dans mée de travailleurs, tous sont es complètes qui peuvent faire ans l'industrie leur tâche prinqui sont également engagées es activités et occupations. Ils sont à la fo combattants paysans. Le travailler à peuvent lab combattre l' vent s'expri tion d'une sible de con l'ouvrier et campagne, e nuel, d'emp dustriel et août, p. 7; l'application ces concepti riste de par peut pas en es activités et oce sis des rouges, des , des civils, des ou marteau en main, l'usine, avec la purer, avec le fusil ennemi, avec la pl mer par écrit. » F elle conception « ıbler peu à peu le le paysan, entre 1 ntre le travail me êcher un dévelor urbain anormal 7 août, p. 3, où 1 exemplaire par ons de Mao). L'asp eilles idées est cl effet par des mesu upations. Ils experts, des vriers et des ils peuvent charrue ils ils peuvent ume ils peuar l'applicail sera pos• fossé entre * ville et la ntal et mapement in-

(H.N.A., 2 on souligne l'Armée de ect volontaair: on ne ires de cette nature surmonter l'immaturit ditions objectives pour un pas: à une étape supérieure d'une s liste. Mais tout cela pourrait portée assez concrète, si le bu dirigeant était de préparer le guerre prolongée dans laquelle être obligé de restructurer 1' production en exploitant tout é des consage effectif ociété sociaavoir une du groupe pays à une on pourrait appareil de es les possibilités au delà d'une division du travail « normale ».

tariat, et en promouvant Kang Sheng membre effectif et membre du secrétariat. Ce qui est sans doute encore plus important, la hiérarc ifférents plans. Tout silence des communimes de direction, en lent du Bureau Polile membre suppléant

Jui Ching du secrétariat, et en promouvant Kang Sheng membre effectif et membre du secrétariat. Ce qui est sans doute encore plus

Piao comme numéro 2 et dauphin incontesté de Mao (12).

Ils décidaient es outre de déclencher une nouvelle vague de la « révolution culturelle », en faisant appel aux masses et en constituant les « gardes rouges » desormais célèbres. Par là, ils s'efforçaient notamment de frapper plus durement et d'intimider leurs adversaires et de créer des situations de fait irréversibles. En même temps ils intensifiaient la campagne contre les dirigeants soviétiques, allant jusqu'à exprimer des menaces et organisant la manifestation monstre devant l'Ambassade de l'URSS dans le but évident d'aggraver davantage une rupture déjà très profonde. Couronnement de toutes ces opérations, encore une fois déferlait une vague du culte de Mao, orchestrée sur les tons les plus frénétiques. Mao lui-même participait à des meetings géants à Pékin (13),

Revenons sur le mouvement de la « révolution culturelle » et des « gardes rouges ». Les cojectifs de la « révolution culturelle » n'ont pas été exprimés clairement dès le commencement et, maintenant encore, il y a des oscillations dans la cétermination des buts aussi bien que des moyens. Dans une première phase, le mouvement visait plutôt - semblait-il - à redresser une situation dangereuse pour le groupe dirigeant dans le secteur culturel, dans les universités et dans les écoles. Progressivement, toutefois, il gagnait d'ampleur et devenait plus ouvertement un instrument de lutte contre les opposants en général. D'après ses partisans, ce mouvement aurait balayé tous les résidus du passé, en barrant la route aux révi-

(12) Quant à Kang Sheng, rappelons qu'il était déjà membre à part entière du BP avant le congrès de 1956. Finalement, tout en n'exagérant pas la question des préséances, soulignons une différence entre la liste des personnalités présentes à la manifestation du 18 août et celle des personnalités présentes le 31 du même mois. Dans la dernière liste, il n'y a plus « chef du groupe en charge de la révolu- Chen Po-ta, présenté auparavant comme tion culturelle sous le Comité Central » (H.N.A. 19 avril, p. 3 et 23 août, p. 4), et après Chou En-Lai, Tao-Chu paraissent les noms de Nieh Jung-Chen, membre du CC, vice-premier ministre et vice-président du Conseil de la défense, et Chiang Ching, temme de Mao, présentée comme « chet adjoint du groupe de la révolution culturelle sous le CC du parti » (H.N.A. 18 août p. 3 et ler septembre, p. 3). Le nom de Chen Po-Ta est paru de nouveau dans l'ordre du 18 août dans les compte rendus de la manifestation du 15 septembre. Le nom de Nieh Yung-Chen venait plus loin, tandis que Chiang Ching passait dans la liste de personnalités moins importantes (v. H.N.A. 6 septembre 16, p. 3 et 5).

NALE 19 19 sionnistes et en favorisant en dernière analyse un essor des forces productives (14). Dans des termes plus généraux, se trouve esquissée d'ailleurs la perspective que la « révolution culturelle » annonce une révolution politique et économique (H.N.A., 30 août, p. 4). Et Lin Piao précisait le 18 août : « La grande révolution culturelle prolétarienne vise précisément à éliminer l'idéologie bourgeoise, à établir une idéologie prolétarienne, remodelant l'âme du peuple, révolutionnant son idéologie, extirpant les racines du révisionnisme et consolidant et développant le système socialiste. »

Plus concrètement, les 16 points affirment que « le mouvement en cours vise principalement ceux qui dans le Parti détiennent des postes de direction et s'engagent dans la voie du capitalisme » (point 5). Si l'on considère que, d'après les dirigeants chinois, « s'engagent dans la voie du capitalisme » tous ceux qui ne partagent pas leurs conceptions et leur politique actuelle, il est parfaitement clair que le groupe Mao-Lin Piao a relancé la « révolution culturelle » et créé les « gardes rouges » en s'efforçant de leur donner une structure organisationnelle dans le but de vaincre les résistances à sa ligne et d'exercer une pression sur l'appareil lui-même divisé du parti et de l'Etat.

Ce groupe a donc estimé nécessaire de stimuler une mobilisation des masses. Mais il s'adressait en fait à un secteur bien délimité de celles-ci, à savoir le secteur des jeunes étudiants. Ce choix était déterminé par plusieurs raisons. Avant tout, puisque la première phase de la lutte était centrée sur le terrain culturel, il était plus facile d'obtenir l'audience des étudiants. Deuxièmement, une mobilisation des étudiants était nécessairement limitée, elle impliquait par là même moins de danger pour la bureaucratie et ne risquait pas d'avoir des effets négatifs sérieux sur la marche de

(13) On peut trouver des exemples, plus ou moins grotesques, dans toutes les publications chinoises de la période considérée. Soulignons la campagne pour la vente des livres de Mao - dont la publication, à en croire les sources officielles, était auparavant sabotée ! - et les déclarations outrancières des gardes rouges: « Nous, gardes rouges, sommes les plus résolus à suivre les enseignements du président Mao. Nous le faisons quoi qu'il dise. (H.N.A., 30 août, p. 18).

(14) Le mouvement de la révolution culturelle est relié officiellement au mouvement pour l'éducation socialiste lancé en 1963. V. H.N.A. 13 août. V. aussi sur la révolution culturelle, ib. 8 août et 10 septembre.

RNATIONALE la production. En outre, le groupe dirigeant avait ainsi la possibilité d'établir des liaisons avec ceux qui seront les cadres du parti et de l'Etat dans un avenir plus ou moins rapproché : et la «révolution culturelle » pouvait représenter pour les jeunes une espèce d'ersatz de cette expérience de la révolution qui, en raison de leur âge, leur faisait défaut. Nous avons souligné par ailleurs combien

« nationaux » cont été compensée par considérables (17). « gardes rouges » aussi des bureaucra étaient fouillées, des les incursions cans xueux ne concernaie survivants du passé de ces mêmes locaus des dignitaires hau et leurs hôtes étrar lise largement, comn nois l'ont fait, des en ne peut à la lo si des masses sont gens les prennent ai aux privilèges de tre part, si une pi explique que des caj filtrés dans les orga y instaurant leur di table que le parti l à différents échelons véritables attaques

Le groupe Mao-Li placé une fois enco difficile : ou bien mouvement continue gers qu'il impliquait, de vue du pouvoir bien de freiner en ses adversaires. Au n vons, il semble avoir intermédiaire : le n ses buts essentiels S des mesures et des ves sont introduites. mandé aux étudiant sitionner les fonctio du parti, de laisser l'expropriation avait des indemnisations Mais les coups des frappèrent parfois tes : des maisons voitures bloquées et certains locaux lunt pas seulement les , les fréquentateurs , étant de préférence t placés du régime gers. Lorsqu'on utile les dirigeants chislogans égalitaires, ngue éviter, surtout mobilisées, que des 1 mot et s'attaquent toute sorte. D'auopagande constante vitalistes se sont innismes du parti en ctature, il est inéviui-même soit l'objet, , d'accusations et de 18). n Piao s'est trouvé re devant un choix le permettre que le avec tous les dany compris du point bureaucratique, ou donnant un répit à loment où nous écriadopté une solution mouvement continue, ont confirmés, mais instructions limitatiAinsi, on a recoms de ne pas perquianaires de l'Etat et tranquilles les ouvriers et les paysans, qui « constituent la force principale de la révolution » et dont l'activité productive ne doit pas être entravée, d'éviter tout acte de contrainte y compris envers les éléments considérés les plus hostiles au parti. En même temps les « gardes rouges » sont invités à participer aux travaux agrico-

(17) A plusieurs reprises la presse chinoise elle-même a fait allusion à des locaux fréquentés par des privilégiés (v. notamment H.N.A., 25 août, p. 11 et 24). En ce qui concerne les anciens capitalistes, des sources américaines estiment que les indemnisations sont assez substantielles (de 5% par an sur la valeur des propriétés confisquées) : les bénéfices iraient à quelque 90.000 familles (v. New York Herald •Tribune, 16 septembre).

(18) D'après des agences de presse, des journaux muraux des gardes rouges auraient attaqué Li Hsueh-Feng, remplaçant Peng Chen à la direction du parti à Pékin. Yang Hsin-Feng, président de la Cour suprême aurait été soumis à une séance de critique (v. Le Monde, 16 septembre).

le groupe dirigeant per de cette conditi jeunesse par rapport de la période de la naire.

Pour faciliter la m et stimuler l'enthou Mao et Lin Piao de tains motifs et cert permettaient d'appa la plus radicale du p che des exigences masses. C'est pourqu à une exaltation cons placable des masses dans les 16 points la démocratiques et les tés ; et rappelé la que révolutionnaire Paris à propos du sy. organismes dirigeants ges » (15). C'est pou forcés de donner au lure de lutte contre pitalisme et contre to servatisme et de priv

Si les nouvelles tr par différentes soure l'on peut interpréter réitérées de la part c le mouvement - ou vement - a débordé épisodes de destructi les, de changement d localités, des locaux connus, de même que de la coupure des ch versement de vieux Cela entrait probable seins des dirigeants, qu'ils escomptaient d taques livrées contr des anciennes classes particulièrement col

(15) Cf. notamment 3, 12 et 19 août, pp. rôle des masses. Sur semble se préoccum spécifique de la aux générations guerre révolutionobilisation souhaitée siasme des jeunes, vaient utiliser cerains tons qui leur raitre comme l'aile arti et la plus prodémocratiques des ›i ils se sont livrés tante du rôle irrem; qu'ils ont codifié nécessité des débats droits des minoriradition démocratile la Commune de stème d'élection des des « gardes rouquoi ils se sont etmouvement une alles vestiges du caute position de conilège. ansmises de Pékin es sont vraies et si les mises en garde lu groupe dirigeant, une partie du mouses promoteurs. Les in de vieux symbo1 nom des rues, des publics, ete., sont les outrances allant eveux jusqu'au renmonuments (16). ment dans les desIl est possible aussi ès le début les at• les représentants possédantes et plus itre ces capitalistes H.N.A. 30 juillet, p. 3 et 9 à propos du « la confrontation de différentes opinions... inévitable, nécessaire et bénéfique » et sur le respect de la minorité « parce que parfois la vérité est de son côté ». V. point 6 des 16 points.

Pour le rappel à la Commune de Paris, voir encore les 16 points, point 9.

(16) Sur de telles actions des gardes rouges, voir entre autres H.N.A. 24, 25, 26, 27, 28 et 30 avril.

les et leur afflux à Pékin est réglé par des et les artises de facon a éviter des rassemblements trop nombreux (19).

Il est difficile de dire dans quelle mesure les nouvelles sur des accidents graves, répandues y compris par des agences de presse de l'URSS et d'autres pays d'Europe orientale, correspondent à la vérité. Selon ces rapports, la gamme des accidents serait très variée, allant de quelques confrontations physiques dans des boutiques de coiffeur à des conflits des « gardes rouges » avec des dirigeants locaux du parti, des bagarres entre des étudiants et des ouvriers ou des paysans, à un véritable assaut contre un siège du parti à Shanghai. Ce qui est certain, c'est que la résistance à la politique du groupe jusqu'ici majoritaire est vigoureuse dans des secteurs les plus disparates et que des conflits se sont sans doute produits à plusieurs reprises. Les sources officielles elles-mêmes autorisent cette hypothèse (20).

En fait, les forces en présence ne sont pas du tout homogènes, même s'il y a des tendances prédominantes des deux côtés de la barricade. Le front qui est sous le contrôle de Mao-Lin Piao polarise essentiellement une tendance sectaire bureaucratique, mais dans le mouvement qu'elle a développé pour les buts indiqués il y a incontestablement des secteurs de la jeunesse poussés par des exigences et des aspirations révolutionnaires. Parmi les opposants, les tendances de type khrouchtchéviennes ont fort probablement un poids prépondérant et,

(19) D'après des informations de presse, les attaques contre les maisons et les voitures des cadres du parti et de l'Etat ont été défendues sous prétexte que des documents secrets pourraient tomber dans des mains indiscrètes. Quant aux recommandations d'éviter la violence, V. H.N.A. 30 août, ler et 6 septembre. Les autres instructions ont été fixées en général dans la première moitié de septembre.

(20) Voir H.N.A. 6 septembre, p. 6 et aussi les 16 points, point 7.

NALE 21 pour des raisons évidentes, représentent pour le groupe Mao le danger le plus sérieux à l'heure actuelle ; toutefois, même les textes officiels mentionnent l'existence d'éléments de gauche (21) et il est tout à fait plausible que se rangent dans l'opposition des cadres et des militants qui tout simplement refusent les aspects outranciers de la politique majoritaire. Quant aux résistances au mouvement des « gardes rouges », l'origine peut en être différente. Il y aurait ceux qui se limitent à riposter par un réflexe d'autodéfense, il y aurait effectivement des représentants des anciennes classes dominantes, il y aurait des intellectuels révoltés par un néojdanovisme grotesque, et même des ouvriers et des paysans qui ne tolèrent pas de recevoir des leçons ou de se voir imposer des gaspillages de temps pour des rites constamment répétés (22).

La lutte reste ouverte et personne ne saurait exclure des changements spectaculaires, surtout dans le cadre d'une situation internationale explosive au Vietnam. Le groupe Mao lui-même, acculé au pied du mur, pourrait esquisser un tournant. En tout cas, la direction chinoise dans son ensemble sortira de l'épreuve considérablement usée aux yeux des militants du parti et des masses qui auront dorénavant à son égard une attitude plus critique. Le temps du mythe d'un parti monolithique autour des leaders prestigieux de la révolution est désormais révolu.

16 septembre 1966

(21) Voir H.N.A. 23 août, p. 4: « La résistance est venue surtout des révisionnistes contre-révolutionaires à l'intérieur et à l'extérieur, de toutes sortes d'opportunistes de droite et de « gauche » dans le parti.

(22) Des articles ont fait explicitement état de conflits entre des étudiants et « une minorité d'ouvriers et de paysans ». Voir entre autres l'article du Quotidien du Peuple du 23 août, par Pékin Information no 36, pp. 15-16.

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