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La revue › n° 29

A propos du nasserisme : le capitalisme d'Etat et la stratégie de la révolution prolétarienne

Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 56-63 · 6 689 mots

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Les poussées révolutionnaires dans une série de pays sous-développés y ont donné naissance à des phénomènes relativement nouveaux, l'Etat jouant entre autre un rôle primordial dans l'économie. Nombre de militants révolutionnaires de ces pays, tout en repoussant une voie de développement capitaliste comme étant sans issue, sont cependant désorientés par la conception des post-staliniens sur la « démocratie nationale ». Nous publions ci-après des extraits d'un texte publié arabe par une organisation ouvrière révolutionnaire d'Irak qui édite à Bagdad un organe intitulé LE DRAPEAU DES TRAVAILLEURS. Nos lecteurs ne manqueront pas d'y apprécier à la fois la rigueur de la pensée théorique dans l'appréciation de régimes comme celui de Nasser

Men Egypte et la souplesse dans régimes.

Depuis la publication de son deuxième numéro, du mois d'août l'an dernier (1964), Le Drapeau des Travailleurs essaie toujours avec persévérance d'analyser la nature du régime actuel et de dégager ses contradictions internes, de façon à connaître la ligne de son développement. A cette époque ce journal exposait la nature des mesures de nationalisation prises par le régime ; et il établissait une nette séparation entre ces mesures et le régime luimême. Il incitait le mouvement ouvrier à adopter la position correcte face a ces mesures Lici le journal parle de lIrak et des décrets de nationalisation de juillet 1964]. Le Drapeau des Travailleurs disait en conclusion que par elles-même les mesures de nationalisation ne pouvaient ni changer la nature dictatoriale et conservatrice du régime, ni lui donner un caractère toujours plus progressif, sans parler de le pousser vers le socialisme. Le journal soulignait plutôt que la nature du régime est tout l'opposé de celle des mesures de nationalisation, que l'efficacité de ces mesures dépendra des forces qui contrôlent et font directement ou indirectement le régime actuel, et qui tenteront de déformer ces mesures et de les vider de tout contenu progressif. La raison de cette conclusion, c'était que l'équila tactique à suivre à l'égard de tels opèrent encore dans le cadre du régime, de réaliser l'inutilité de leur tactique qui consiste à tenter de pousser le gouvernement dans leur sens. Il leur demandait de cesser de soutenir ce régime et de définir clairement leur position sur des problèmes d'importance vitale tels que la démocratie et le problème kurde. (1)

Cette position marxiste correcte que nous primes alors fut accueillie avec une certaine réserve et de la méfiance de la part de certains dirigeants du mouvement ouvrier (2). On nous accusa d'ultra-gauchisme. Néanmoins, la suite des événements révéla bientôt la justesse de notre analyse et de nos prévisions, ainsi que de la politique que nous poursuivions. Les événements amenèrent heureusement ces mêmes éléments à réaliser la futilité de leur politique et les forcèrent à appliquer la nôtre. Cette nouvelle orientation de la part de ces camarades, qui, tout d'abord, s'opposèrent à notre ligne, renforcera sans aucun doute l'unité des travailleurs et du mouvement de masse et préparera l'action commune dans un front unique qui mènera la lutte pour la démocratie jusqu'à la victoire finale.

La nécessité d'une plus grande compréhension, de plus nombreux points d'accord et daction commune sur une base solide et d'action commune sur une base solide de cohésion idéologique nous conduit à revenir sur certains problèmes décisifs qui surgissent au stade actuel du développesurgissent au stade actuel du développe-

(1) Certains de ces éléments nationalistes relativement progressistes ont quitté dernièrement le gouvernement et cessé de soutenir le régime ; certains même se sont , certains même se sont rangés du côté de l'opposition populaire.

(2) Cela se réfère au PC irakien.

libre des forces à était favorable à la

'intérieur du régime section militaire la plus droitière et la finirait par pencher de son côté. Sur la

Drapcau des

Travailleurs, depuis août nise la lutte contre le régime l'établissement d'un climat dont le besoin est urgent. L

1964, précoexistant, pour démocratique e journal demandait aussi aux éléments nationalistes qui ont des tendances de gauche et qui plus réactionnaire et base de cette analyse, Le ment de la révolution, et à établir une position marxiste correcte. Depuis les décrets de juillet, l'expérience montre que la critique, l'auto-critique et la discussion sérieuse peuvent conduire à une compréhension commune et à un accord entre les différentes tendances idéologiques et politiques du mouvement ouvrier.

Cependant, ignorer les divergences sous prétexte de préserver ce qui en réalité ne serait qu'une fausse unité face à notre ennemi de classe commun, ne ferait que renforcer ces mêmes divergences et accroître la confusion, ce qui à son tour diminuerait les chances de la victoire finale.

Le tout dernier accord sur la politique et la tactique à suivre contre le régime actuel en Irak et les diverses forces qui y participent est insuffisant : il doit être accompagné d'un accord plus profond sur les problèmes les plus décisifs et les plus importants qui surgissent de la phase actuelle de la révolution, de sa stratégie et de ses forces sociales.

Le premier problème qui surgit dans ce domaine est le phénomène qui est apparu dans certains pays sous-développés ou nouvellement libérés ; dans ces pays, les directions petites bourgeoises nationalistes ont pris le pouvoir et écrasé celui des capitalistes ayant pris sur eux de développer les fors des semi-féodaux, puis ces productives, ils ont commencé l'industrialisation en nationalisant les principaux moyens de production et en établissant une économie mixte dans laquelle domine le secteur public.

Les théoriciens de la petite bourgeoisie et ceux qui essayent toujours de trouver des excuses pour justifier sa politique et sa mentalité, mettent aujourd'hui leur esprit empirique à la torture, pour prouver que ce phénomène est un fait absolument nouveau qui demande une réévaluation de la principale analyse classique du socialisme scientifique. Ils veulent que nous « admettions la possibilité » d'établir « le socialisme sans un pouvoir ouvrier », un socialisme construit par un certain secteur de la bourgeoisie progressive.

Naturellement, nous ne rejetons pas l'idée que ce phénomène existe en tant que développement historique nouveau, et même important, et qui demande étude et analyse ; mais nous rejetons absolument l'idée que ce développement diminuerait la validité de l'analyse de la société capitaliste par le socialisme scientifique. Pour nous, ce phénomène aurait pu être prévu, précisément sur la base de l'analyse marxiste classique de la société capitaliste et de son développement. A la vérité, si ces messieurs qui écrivent de longues colonnes détaillées sur la nécessité d'étudier ce nouveau phénomène et de découvrir ses lois « uniques », s'étaient donné la peine de remonter aux sources marxistes originales, ils auraient pu se rendre compte

NALE 57 que ce genre de développement a été effectivement prévu (non dans tous ses détails et ses conditions, mais dans sa ligne générale) par les premiers fondateurs du socialisme scientifique, en particulier par Frédéric Engels dans son livre |'« AntiDühring ».

Dans ce livre, partant de la contradiction entre le caractère collectif que commençaient à prendre les forces sociales de production de masse et les rapports de production individualistes, contradiction intensifiée en temps de guerre et de crise, etc., Engels poursuit en expliquant les effets que peut avoir une telle atmosphère sur le façonnement des rapports de production capitalistes eux-mêmes, afin qu'ils tendent à se coordonner de plus en plus, à l'intérieur de la société capitaliste et sous l'effet de ses lois internes, en unité collective des forces productives. li analyse les étapes de cette évolution, depuis les entreprises individuelles, en passant par les compagnies par actions, les trusts, et toutes les formes de monopole pour aboutir au monopole d'Etat. En tous cas, selon Engels, le représentant officiel de - la société capitaliste - l'Etat — sera en fin de compte obligé de prendre sur lui la responsabilité de la direction de la production... Cependant la conversion des forces et des moyens de production en propriété gouvernementale, d'après Engels, ne constituera ni la négation ni la liquidation de la nature capitaliste de ces forces... L'Etat, moderne, (et ici il est inutile de souligner que cela a été écrit environ un tiers de siècle avant l'apparition du premier Etat ouvrier), n'est rien d'autre qu'une forme d'organisation prise par la société bourgeoise pour préserver les conditions essentielles du mode de production capitaliste et protéger celle-ci contre toute attaque des ouvriers ou des capitalistes individuels. Malgré les diverses formes qu'il peut prendre, cet Etat moderne est dans son essence même une machine capitaliste. C'est l'Etat des capitalistes, et l'expression idéale de l'ensemble du capital national. Plus il a tendance à prendre possession des forces productives, plus il devient en pratique le capital national luimême... Les ouvriers restent des salariés, ils restent des prolétaires. Les rapports capitalistes de production ne sont jamais détruits, bien au contraire ils atteignent leur apogée, mais ce faisant ils commencent à décliner et à s'effondrer. La possession par l'Etat des forces de production ne constitue pas en soi une solution à la contradiction de la société capitaliste, mais il y a en elle les conditions techniques cachées qui peuvent permettre une telle solution. Engels souligne alors qu'une telle solution ne saurait être réalisée sans la révolution prolétarienne qui abolira la légalité des droits de propriété capitaliste et préparera la pleine reconnaissance, par sa complète réalisation dans la pratique, de la nature collective des moyens de production.

Que pouvons-nous conclure de cette analyse d'Engels ?

Tout d'abord, Engels n'exclut nullement la possibilité pour un Etat bourgeois de commencer la nationalisation des moyens de production fondamentaux. Il ne tombe donc pas dans le piège de l'idée extrêmement naïve qui considère toute mesure de nationalisation comme « socialiste ». Au contraire, il prévoit que l'Etat bourgeois sera obligé de prendre de telles mesures. Deuxièmement, il refuse de voir dans de telles mesures la fin du capitalisme ou une contradiction au contenu bourgeois de lEtat qui prend ces mesures, en dépit du fait que ces mesures rapprocheront le capitalisme de sa fin et fourniront les conditions techniques pour le renversement du système capitaliste ou de son pouvoir.

Ainsi, en attendant, nous assistons à l'apparition de ce phénomène et à son instauration comme fait historique. A l'apparition d'Etats bourgeois qui tendent de plus en plus aux nationalisations, jusqu'à ce que chacun d'eux « devienne le capital national lui-même ». Ce n'est certainement pas un tel développement qui demande une révision des lignes générales de l'analyse marxiste classique ! C'est exactement le contraire. De tels faits consclident cette analyse et sont la preuve de son exactitude.

Les principales conclusions d'Engels, surtout en ce qui concerne l'objectif de la révolution prolétarienne et la dictature de la classe ouvrière, restent correctes et histeriquement valables, même dans les pays où ce phénomène est apparu récemment.

Mais l'étude de l'analyse d'Engels nous dispense-t-elle d'une étude et d'une analyse plus approfondie de la réalité, telle qu'elle existe aujourd'hui dans les pays sous-développés ? de saisir les conditions objectives qui entourent ce phénomène, en de découvrir ses moindres détails significatifs ? nous dispense-t-elle de tirer les conclusions politiques qui en découlent ? Naturellement pas. L'analyse d'Engels nous permet plutôt de différencier clairement les différentes idéologies et les divers points de vue. Son analyse ne fournit que les instruments nous permettant de percer cette réalité et de l'examiner en vue d'une plus profonde compréhension. Revenons donc à ce phénomène et essayons de voir les lignes générales de son développement.

Il est maintenant certain que, dans les pays sous-développés, la bourgeoisie locale traditionnelle, à cause de ses liens avec le monde impérialiste (dont le système subit un processus de stagnation et de dégénérescence, le conduisant à l'immobilisation) est incapable de jouer le même rôle national que son prédécesseur, la jeune bourgeoisie d'Europe aux 18° et 19e siècles.

En fin de compte les rapports de production capitalistes dans les pays sous-déveIcppés entrent en totale contradiction avec les forces productives croissantes dans leur aspiration à un plus grand développement : cette contradiction se manifeste face à une totale domination de la société et de l'économie nationale par les rapports de production capitaliste et avant que ces rapports de production n'aient atteint un plus haut niveau de développement. Cette société est incapable de parvenir au développement nécessaire si elle tente de suivre la même voie qu'avait prise la bourgeoisie occidentale. Cette situation conduit une telle société à un état permanent de crise et d'instabilité, en fait un sous-produit du plus haut niveau de développement, malgré le fait que ce capitalisme, à bien des égards, soit encore à son stade embryonnaire.

Dans certains de ces pays sous-développés, il est possible à la direction de la classe ouvrière de mobiliser les masses pauvres et opprimées pour prendre le pouvoir, afin de réaliser les objectifs démocratiques bourgeois dans leur forme radicale finale et de prendre les mesures nécessaires pour la transition vers le socialisme. Cependant, pour des raisons objectives et subjectives, la classe ouvrière dans d'autres pays sous-développés est incapable de jouer ce nouveau rôle historique. De ce fait, dans ces pays apparaît un équilibre instable des forces, qui conduit à la formation de tendances et de directions centristes petites bourgeoises, souvent militaires, inspirées par l'exemple occidental, ce qui en pratique signifie le développement de cette société bourgeoise contre la volonté de la bourgeoisie traditionnelle avec ses hésitations et son incapacité. Ces directions petites bourgeoises prennent le pouvoir et, dans leur intérêt, établissent un appareil bonapartiste fondé sur l'équilibre entre les deux camps de la révolution et de la contre-révolution, entre les masses laborieuses révolutionnaires et l'impérialisme allié à la réaction capitaliste et semi-féodale. Ces directions essaient d'utiliser l'appareil d'Etat et son autorité pour l'accumulation des sources du capital national afin de parvenir à un développement industriel, mais ils font bientôt face à la résistance de cette bourgeoisie qui possède ce capital et préfère le profit sûr et immédiat que leur procure leur rôle parasitaire en tant qu'agents du capital impérialiste. Devant la résistance et l'affrontement des secteurs capitalistes, les directions petites bourgeoises sont parfois obligées de nationaliser un vaste secteur des moyens de production, en les enlevant des mains de la bourgeoisie traditionnelle et en les transformant en propriété d'Etat.

Ainsi se développe, dans ces pays, une nouvelle forme de capitalisme, à savoir le capitalisme d'Etat. La société capitaliste commence ainsi à prendre une voie qui seule peut la sauver d'un effondrement total. d'Etat est un développitiont social dial une Cependant l'apparition du capitalisme direction progressive. Le système de capitalisme d'Etat est un mouvement vers le socialisme, seulement dans le sens où il fournit la base technique contribuant au renversement final du capitalisme et de son pouvoir, et aidant à l'établissement du pouvoir ouvrier qui construira les fondements matériels nécessaires à la transition vers le socialisme. Le capitalisme d'Etat ne constitue un pas vers le socialisme que dans la mesure où il est un plus haut degré de développement de la société bourgeoise ; mais il n'est pas un « pas vers le socialisme » tel que le suggèrent ceux qui tentent de montrer que le capitalisme d'Etat est un développement au-delà des frontières bourgeoises. Ce sont des gens dont la logique empirique affirme qu'il y a des lois internes qui poussent automatiquement ce système vers le socialisme sans que soient nécessaires l'intervention et la prise de pouvoir de la classe ouvrière consciente et politiquement organisée. Donc la proposition selon laquelle le capitalisme d'Etat est un nouveau système socio-économique qui prend une voie intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme n'est pas valable et doit être totalement rejetée.

Il en découle que le capitalisme d'Etat n'est qu'une autre forme prise par les rapports capitalistes de production pour se mettre au diapason du niveau de développement des forces productives de la société bourgeoise, ou de leur aspiration au développement.

De ce fait, donner des définitions ambiguës et très vagues d'un tel développement (par exemple « voie de développement non-capitaliste ») de façon à éviter toute évaluation claire et correcte de ce nouveau phénomène, n'est que semer la confusion parmi les masses et leur voiler la vérité. Cette « voie de développement non capitaliste » (c'est un autre terme, employé à l'origine par les théoriciens soviétiques, puis adopté par les partis « communistes », pour caractériser ce phénomène) n'est rien d'autre qu'un mythe décevant. Le marxisme ne connaît que deux voies de développement pour toute société qui est sortie de la phase féodale ou tribale semi-féodale d'économie traditionnelle. Une société doit suivre : ou bien la voie capitaliste qui conduit en fin de compte au capitalisme d'Etat, ou bien ia voie socialiste qui signifie catégoriquement la destruction du pouvoir de l'Etat bourgeois et son remplacement par un Etat ouvrier qui abolit la légalité des droits de propriété capitaliste et commence à développer les forces productives jusqu'au

NALE 59 niveau permettant l'établissement d'une société véritablement socialiste.

Pour Lénine le point essentiel du programme marxiste qui, plus que tout autre, était l'objet des attaques des opportunistes, était la dictature du prolétariat. Les opportunistes et les réformistes, en commençant par Bernstein et Kautsky, et jusqu'à maintenant, ont toujours essayé de justifier l'élimination de cette thèse du programme marxiste sous prétexte que la nature du capitalisme aurait changé et que ses nouvelles conditions demanderaient une « révision ». Mais Lénine lutta fermement contre tous les genres d'opportunisme, c'est pourquoi il put mener les masses russes à la victoire.

Aujourd'hui les léninistes doivent donc fermement lutter contre les manœuvres des idéologues empiriques de la petite bourgeoisie, qui tentent de détourner l'attention de la nécessité d'établir un Etat ouvrier, en dissimulant leurs idées sous des phrases douteuses et ambiguës telles que « les forces travailleuses populaires » ou « l'alliance des ouvriers et des paysans avec la classe moyenne » (3) ou « le capitalisme national non exploiteur » et ainsi de suite. Il n'est jamais de l'intérêt de la révolution que les léninistes révolutionnaires reculent devant de tels mythes petits bourgeois, ou que ces révolutionnaires contribuent d'une façon ou d'une autres à la dissimulation de la véritable nature de ces mythes, en utilisant des phrases superficielles dépourvues de sens telles que « la voie non-capitaliste de développement ».

On peut donner une plus claire démonstration de notre analyse du capitalisme d'Etat en prenant un exemple objectif particulier, celui de la République Arabe Unie. En R.A.U., après l'échec de la direction nasserienne dans toutes ses tentatives pour préserver et protéger le capital national, pour persuader ce capital de se livrer à l'industrialisation, cette même direction fut obligée en fin de compte, pour remplir ses objectifs, de suivre une nouvelle ligne, c'est-à-dire la mobilisation obligatoire du capital national par la nationalisation des principaux moyens de production. Cette mesure était entièrement produite par la nécessité urgente d'accomplir l'accumulation primitive du capital indispensable pour le développement industriel et que les capitalistes individuellement n'étaient pas disposés à remplir. Depuis que ces mesures ont été prises, la direction nasserienne est devenue de plus en plus étroitement liée aux couches grandissantes de la petite bourgeoisie et de la classe moyenne qui sentaient les couches

(3) C'est en de tels termes que la direction nassérienne identifiait les forces sociales opérant en Egypte à différentes périodes de son développement.

RATIONALE supérieures de la bourgeoisie comme une corde autour du cou et un obstacle à leur croissance et à leur déveleppement. Ceci déplaça le centre de gravité de l'équilibre des forces sur lequel reposait le régime bonapartiste. La grande bourgeoisie se trouva exclue des forces sociales qui visent à « coordonner leurs intérêts ».

Ces mesures progressives de la direction nassérienne conduisirent à une économie mixte de type capitalisme d'Etat. Le cœur mixte de type capitalisme d'Etat. Le cœur de cette économie, c'est le secteur public qui domine ses aspects essentiels et qui repose sur une large base de propriété petite bourgeoise dans l'agriculture et dans le secteur des petites entreprises industrielles. Le secteur public est dirigé par une bureaucratie gouvernementale dont les composantes humaines sont les gens instruits, les militaires et les fonctionnaires de direction qui, idéologiquement, socialement et économiquement sont liés (dans certains cas leurs intérêts directs coïncident) à ces couches bourgeoises dont les monopoles ont été nationalisés, ainsi qu'à bien d'autres individus directement issus de ces couches. Cette bureaucratie dans son essence, du point de vue de son origine sociale, de son orientation idéologique, de ses liens et de sa nature de classe, est fondamentalement différente de la bureaucratie qui se développe dans les Etats ouvriers. Cette dernière doit son existence à la propriété commune des moyens de production et elle sent donc le besoin de défendre un tel système contre toute tentative qui pourrait conduire au retour des anciennes classes possédantes. La bureaucratie du capitalisme d'Etat par contre, ne doit pas son existence au secteur public. En fait plus se développe la bourgeoisie moyenne à laquelle appartient cette bureaucratie (au début les mesures de nationalisation tendent à faciliter sa subsistance et son développement), moins devient urgente la nécessité économique du secteur public et plus cette bourgeoisie sent-elle le conflit et la contradiction de ses intérêts avec les mesures restrictives qu'elle-même avait imposées auparavant à la propriété privée du capital. Il existe de nombreux signes qui montrent une tendance croissante parmi les couches de la bureaucratie gouvernementale et à l'intérieur des secteurs de la petite et moyenne bourgeoisie, sur lesquels repose le régime, à discuter le sort du secteur public. Cette tendance essaye aussi de démontrer l'inévitabilité de la suppression de ces secteurs par un retour, dans l'avenir, à la propriété privée ou tout au moins à la diminution et à la limitation de son influence sur l'économie nationale.

Bien que l'Etat égyptien contrôle 80 % du capital industriel, le secteur privé fournit encore un tiers de la production industrielle dans le revenu national, à l'exclusion de l'industrie de la construction qui est contrôlée et dominée par les entrepreneurs de important, ploie encor industriels r'emploie privé dans rité du cor proportion les domain l'agriculture portante di secteur p c'est que = les deux tandis qu jue le tier le commer nmerce ex du comm es des se ;, qui cons rivé. Ce qui est plus le secteur privé em-tiers des travailleurs e le secteur public s restant. Le secteur ce contrôle la majotérieur et une petite erce intérieur. Dans vices sociaux et de tituent une part imnationa. la pronriété portante du revenu privée est encore le plus de tout cela, n national, la propriété trait dominant. En ous trouvons que la de prêteurs po moyen des inde et des intérêts certaine part ( mentionné dans value reçue des blic : ces entr par les mêmes 1 bases qui régiss tion et du mar

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UATRIEME position tactiques partielles. Néanmoins la simple admission de cette vérité ne spécifie nullement quelles positions tactiques il faut prendre par rapport à une période donnée du développement révolutionnaire. Nous devons donc prendre en considération non seulement le slogan stratégique principal, mais aussi et surtout les conditions concrètes de cette période et l'action conjuguée de ses événements.

Malgré ses limites petites bourgeoises, la direction nasserienne représente encore pour l'Egypte le plus progressif des régimes existant actuellement dans le monde arabe.

Cette direction a pris d'importantes mesures pour la liquidation de la domination politique et économique impérialiste. Actuellement elle ne cesse d'appliquer une ligne anti-impérialiste dans sa politique étrangère et elle penche de plus en plus du côté du camp socialiste. Dans sa politique intérieure, cette direction a réalisé un développement industriel important, grâce aux mesures de nationalisation. Un tel développement signifie que sont disponibles les conditions matérielles objectives pour le renversement du système capitaliste et sa complète disparition. Cependant, au cours des deux dernières années, la direction nasseriene a pris certaines mesures effectives pour mettre un terme au climat antidémocratique et a mis certaines limites aux formes brutales du pouvoir militaire. On a accordé à des élément progressistes des postes dans l'appareil de propagande et d'information. Toutes ces mesures et ces réalisations donnent à la direction nasserienne, malgré ses zigzags, un caractère progressif constant, et qui le restera pendant une période relativement longue du développement de la révolution, en particulier parce que la formation et le développement d'une direction prolétarienne distincte est pour le moment dans sa première phase. Il n' y aura donc aucun danger réel venant de gauche pour la direction nasserienne. Il faut pourtant soutenir la direction nasserienne dans la mesure où elle lutte contre l'impérialisme et la réaction locale. On doit toujours l'encourager à prendre une direction progressive. On doit la presser de consolider e* d'élargir la portée des mesures qu'elle a prises contre le capitalisme national, de sauvegarder ces mesures des complots impérialistes et de la contre-révolution, et d'écraser les tendances fanatiques de droite qui tentent de freiner et de renverser la ligne progressiste. En même temps, et pour que soient correctement remplies ces tâches, il importe pour nous de conserver une totale indépendance politique et idéologique par rapport à la direction nasserienne. Nous devons aussi être conscients du fait qu'un développement continu de ce pays sur une voie toujours plus progressive dépend de la rapidité avec laquelle les masses révolutionnaires se consolétarienne consciente e ses intérêts, et du que ouvri la lil vis-à - P des e mesu le pe velle publi

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1, sur le plan théorique, politiq lisationnel. L'adhésion et le so nasses égyptiennes à l' « Union Arabe » de la R.A.U. aujourd'hui chose que l'expression du nivea des masses. Ce fait oblige les de gauche à prendre une po lue impliquant qu'ils doivent r dans le cadre de cette organis en assurant leur indépendance ic et leurs liens organisationnels raction. La gauche égyptienne être consciente des divergenc ontradictions théoriques et poli ue et sutien jocian'est и асEgypsition traation, léolocomdoit es et tiques qui e tion ger xistent déjà à l'intérieur de la direcnasserienne. Ils ne doivent pas neglia possiblité pour une certaine aile de cette direction de se développer vers la gauche et de participer au futur changement social et à la lutte inévitable qui se fera en République Arabe Unie.

Cependant, en Irak, la situation est différente. Tout indique que la régime actuel ne peut se développer ne serait-ce que vers la simple instauration du capitalisme d'Etat. Il ne peut suivre la voie de la R.A.U. L'âpreté de la lutte de classe dans la société irakienne et le niveau de conscience des masses, dépassent les limites d'une pensée centriste petite bourgeoise. Enfin. la petite et moyenne bourgeoisie, en général, hésite à rompre les liens avec les couches supérieures de la bourgeoisie comme cela s'est produit en R.A.U. (sans parler d'engager une lutte déterminée contre ces couches) parce qu'elles craignent le: forces des masses prêtes à écraser toutes les institutions de la société capitaliste et l'Etat bourgeois. Tous ces facteurs rendent improbable la possibilité pour les tendances centristes en Irak d'établir un rétituent en classe pr de son existence, rôle joué par ces de l'Etat et de l'éco on doit lutter vigo plus grande démo d'Etat, pour la libert

QUATRIEME gime bonapartiste basé sur le capitalisme d'Etat, et pour un tel régime d'acquérir le degré de relative stabilité atteint par le régime nassérien en R.A.U. C'est ce que l'expérience historique a toujours démontré. Même les mesures de nationalisation prises en juillet 1964, malgré leurs limites étroites et leurs lacunes, furent bientôt limitées davantage et abandonnées sous la pression réactionnaire, à cause des réticences de la bureaucratie bourgeoise, des militaires, des administrateurs civils, des techniciens et des intellectuels à couper pour de bon tout contact avec la réaction. l'indemnisation directe et immédiate qui suivit les décrets de nationalisation, fut la meilleure expression de ce processus qui visait à réduire l'effet des mesures de nationalisation. Cette bureaucratie bourgeoise a transformé les décrets de nationalisation en une simple affaire de vente obligatoire d'entreprises capitalistes.

Sur la base de la réalité, il est donc futile et ridicule pour le mouvement révolutionnaire ouvrier d'avoir une stratégie dont le but serait d'aider à établir un régime qui « ouvre une large voie de développement non capitaliste pour l'Irak ». En d'autres termes pour un régime qui établisse un système progressif fondé sur la base du capitalisme d'Etat. En Irak la petite et moyenne bourgeoisie ne possède pas les forces subjectives nécessaires à l'établissement d'un tel système, sauf si le mouvement de la classe ouvrière se limite lui-même subjectivement au soutien de ces tendances centristes et se place entièrement et inconditionnellement à la disposition de ces tendances et de leurs directions. Mais ce serait une sottise pour le mouvement ouvrier de limiter son but stratégique que d'aider une force de classe centriste hésitante et incapable d'étabir un régime centriste, et ensuite d'essayer de pousser progressivement ce régime centriste vers le socialisme alors que le mouvement ouvrier possède les forces et le soutien conscient des masses qui justifient de sa part l'adoption d'une stratégie transitoire menant à un pouvoir des ouvriers et des paysans. Dans ces conditions, le mouvement ouvrier révolutionnaire doit formuler une stratégie avec pour base le fait qu'une révolution des ouvriers e: des paysans est la seule voie conduisant à une solution finale et définitive des problèmes posés en Irak. C'est là la mise en œuvre radicale des tâches sociales de la révolution démocratique dont ce pays a un besoin urgent ; d'autant que les tendances bourgeoises ont échoué et sont incapables de faire faire un progrès matériel quelconque, que ce soit dans l'économie, le développement des droits démocratiques ou l'affranchissement de la domination impérialiste, particulièrement dans le domaine de la politique du pétrole.

La plupart des camarades du mouvement ouvrier qui avaient tendance à surestimer le rôle des bourgeoisies nationales, reconnaissent maintenant la vulnérabilité de l'installation de la bourgeoisie comme nécessité préalable à la réalisation de la révolution nationale bourgeoise. Ces camarades admettent le caractère erroné de l'idée clamant « la nécessité d'établir un régime bourgeois comme condition de la réalisation de nos tâches pour la révolution démocratique nationale actuelle ».

Cette évolution dans leur manière de penser est sans aucun doute un grand pas en avant, qui donne espoir et satisfaction au cœur des masses révolutionnaires. Mais la question va au-delà du simple rejet de l'idée de la « nécessité inévitable » de l'établissement d'un régime bourgeois. C'est unp roblème de possibilité pratique (praticabilité) d'établir un régime bourgeois stable capable à la fois de réaliser complètement les tâches démocratiques et d'en conserver les bénéfices. Ce qui ne signifierait pas naturellement que le rôle de la bourgeoisie nationale serait « terminé ». Cette idée est absurde et n'est qu'un mot vide de sens. Mais la longue expérience intense et brutale qu'a connue l'Irak, montre clairement que la bourgeoisie « nationale » ne peut mener la lutte finale contre l'impérialisme allié au féodalisme et pour la transformation démocratique. Ceci par ailleurs ne signifie nullement que nous devions demander « l'élimination de toute la bourgeoisie nationale des rangs des forces anti-impérialistes ». Il s'agit essentiellement de d'un côté bourgeoisie geoisie) se périalisme comprendre que, tandis que des secteurs complets de la locale (surtout la grande boursont liés plus ou moins à l'imet à la réaction ; de l'autre côté, d'autres secteurs de la bourgeoisie (petite et moyenne) oscillent entre le camp des masses révolutionnaires et celui de l'impérialisme et de la réaction. Ainsi, c'est seulement en tenant compte de la nature instable de cette petite et moyenne bourgeoisie que nous pouvons discuter du problème de « la solidarité des forces du front antiréactionnaire et anti-impérialiste ».

Le Drapeau des Travailleurs a toujours cru et croit toujours à la possibilité pour certains secteurs de la bourgeoisie de participer durant un certain temps au développement révolutionnaire, dans une lutte active contre l'impérialisme et la réaction locale, pour la réalisation de certaines revendications ayant une affinité avec une partie spécifique du programme des mou•vements ouvriers sur les buts nationaux immédiats. Dans ce cas et dans certaines conditions, il est donc possible pour le mouvement ouvrier de faire un front unique avec ces secteurs de la bourgeoisie en vue d'atteindre ces objectifs communs.

Le Drapeau des Travailleurs a constaté que, dans les circonstances actuelles d'un régime dictatorial en Irak, certains secteurs de la bourgeoisie ont été amenés à accepter et à soutenir nos mots d'ordre démocratiques et à demander leur application. Partant de cette constation, ce journal a publié dans son dernier numéro un appel à un front unique de toutes ces forces démocratiques contre l'impérialisme, la réaction et la dictature, et il insiste toujours sur la possibilité d'un tel front et la soutient. Cependant cette position no part pas chez nous d'une croyance préconçue dans la nécessité de former un front unique avec la bourgeoisie ou certains de ses secteurs dans toutes les conditions et toutes les circonstances tout au long de la révolution démocratique nationale. Un tel point de vue est justement celui que nous demandons de rejeter à certains camarades du mouvement ouvrier. Notre position qui demande un front unique démocratique contre l'impérialisme, la réaction, et la dictature, résulte d'une compréhension des conditions concrètes actuelles qui rendent impossible au mouvement de masse d'arriver au développement, à la consolidation politique et organisationnelle nécessaires, lui permettant de s'assurer la victoire finale, sans tout d'abord créer un climat démocratique qui le conduise à sa propre croissance et à son développement. Cette position vient aussi de ce que nous pensons que toutes les forces possibles doivent être effectivement mobilisées pour renverser la dictature et amener un tel climat.

Partant de là, voyons le problème du gouvernement de coalition. L'expérience de 1959 en Irak et l'expérience soudanaise actuelle (après le renversement du général Abud en octobre 1964) démontre de façon indubitable que tout régime démocratique bourgeois, quel que soit le degré de participation des forces de gauche, ne possède ni la force ni la stabilité lui permettant de durer toute une étape historique et de réaliser les tâches sociales de la révolution démocratique d'une manière complète et radicale, particulièrement dans les pays où l'intensité de la lutte sociale et du conflit de classe est semblable à la situation en Irak et au Soudan. Un tel régime est voué à disparaître relativement peu après son apparition, que ce soit entre les mains d'une dictature bourgeoise qui prépare la voie pour une contre-révolution réactionnaire semi-fasciste, ou entre les mains des masses révolutionnaires la classe ouvrière qui consolident et développent les réalisations démocratiques et prennent les mesures indispensables pour l'acheminement du pays vers le socialisme. C'est donc le devoir du mouvement ouvrier révolutionnaire, quand le pays sera au carrefour après la chute de la dictature militaire, de poursuivre la lutte de façon à distancer la bourgeoisie réaction-

NALE 63 naire sur le chemin de la victoire.

Le problème du gouvernement de coalition, qui surgira après la victoire du front démocratique, doit donc être discuté à la lumière de ces faits. Si la coalition est sensée représenter la formation d'un gouvernement dominé et dirigé par la démocratie bourgeoise avec la participation de quelques représentants ouvriers et paysans, dans les conditions d'un changement révolutionnaire, il est de notre devoir de comprendre qu'un tel régime ne peut être considéré comme l'expression de tout une étape historique, mais seulement comme un pouvoir temporaire qu'il faut soutenir contre l'impérialisme et la dictature réactionnaire. En même temps il faut entreprendre une lutte pour assurer la victoire finale des masses révolutionnaires sous la direction de la classe ouvrière. Une telle victoire sera la seule garantie contre le recul de ce régime et son total effondrement sous la vague de la contre-révolution réactionnaire et semi-fasciste.

Toutefois, si la coalition signifie un régime des ouvriers et paysans, fondé sur l'alliance de toutes les tendances de la classe travailleuse avec quelques représentants de la petite bourgeoisie démocratique, c'est là pensons-nous que réside la solution définitive. Un tel régime est le seul capable de réaliser de façon radicale et définitive les tâches démocratiques.

C'est avec le sens de son urgence que nous avons abordé cette discussion de certains problèmes politiques, stratégiques et théoriques que doit affronter la révolution ; urgence inspirée avant tout par la disposition à la discussion et aux échanges de vue qui a commencé à se développer parmi les militants de base du mouvement révolutionnaire, menés par la nécessité d'établir l'accord final de leur politique à l'égard du régime actuel, sur une base solide de compréhension et de cohésion sur tous les points stratégiques et théoriques. Nous espérons et nous sommes sûrs de ce fait que notre démarche trouvera une complète compréhension et une discussion fraternelle de la part de ceux qui comprennent qu'il n'y a rien d'autre derrière cette démarche que le souhait de de renforcer le mouvement de masse révolutionnaire, de consolider son unité et d'aider à éclairer la route de sa marche triomphante à la victoire.

- Vive l'unité de la classe ouvrière révolutionnaire :

— Vive l'alliance solide entre les ouvriers et les paysans pour la démocratie et le socialisme !

- Vive le front unique démocratique contre l'impérialisme et la réaction !

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