Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 29

La politique du gouvernement Wilson et le mouvement ouvrier britannique

Brian Gormley · Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 69-74 · 4 493 mots

In English: Wilson's Wage Freeze (World Outlook Vol. 4, No. 28, 23 September 1966).

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L'article ci-dessous a été écrit en vue des deux congrès — celui des syndicats et celui du Labour Party — qui se sont tenus depuis lors. Ils ont confirmé ce que contient cet article. Tandis que Wilson met en œuvre une politique anti-ouvrière que les tories n'auraient jamais pu se permettre, une forte opposition se dessine dans le mouvement ouvrier organisé. Au Congrès des trade unions, Wilson a eu une majorité par des trucs bureaucratiques. Au Congrès du Labour, sa majorité s'est disloquée dans plusieurs votes. Mais la minorité s'avère politiquement faible. Son principal leader, Frank Cousins est avant tout préoccupé du maintien de la seule force de son syndicat. Il n'y a pas de véritable centre de cristallisation de l'opposition. En attendant, le chômage grandit. Wilson s'efforce de résoudre la crise du capitalisme britannique aux dépens des travailleurs. Mais la classe ouvrière anglaise a de fortes traditions de combat. Elle n'a jusqu'à présent, jamais connu de graves défaites.

Bien que l'expérience traitresse de Wilson la prenne au dépourvu, elle dispose de forces potentielles qui doivent lui permettre de dégager une avant-garde qui non seulement évitera une défaite grave, mais la fera progresser en direction de la solution socialiste. Et l'expérience actuelle de la classe ouvrière britannique est d'une importance capitale pour tout le prolétariat européen.

Personne, dans la « gauche » n'a été étonné des dernières mesures prises contre les syndicats par le gouvernement Wilson, qui met sur le dos de la classe ouvrière la totalité du fardeau financier que représente le maintien d'un capitalisme anglais proche de la banqueroute. La perplexité réelle a dû être celle de ces millions de sympathisants du Labour qui avaient voté pour lui quelques mois plus tôt seulement dans l'espoir d'améliorer leur sort, et qui maintenant ont à faire face à un blocage forcé des salaires avec, en outre, la perspective d'être mis à l'amende de 500 livres sterling ou d'aller en prison, s'ils défient le défient le blocage en recourant à la grève. Le tour de vis a été immédiatement bien accueilli par la classe dirigeante. « Tout patron de combat, animé de haine pour les syndicats, dans le pays rompt avec délice ses engagements et loue avec dévotion les mesures courageuses d'Harold Wilson », dit Clive Jenkins, dirigeant de lASSET (Association de Techniciens, d'organes de supervision), qui a, dès le début, affirmé son opposition aux nouvelles lois. « Jamais on n'a versé tant de larmes de crocodile alors qu'un si petit nombre extrayait tant d'argent à un si grand. »

Après avoir abandonné, dès le début, l'option socialiste, l'orientation politique du gouvernement Wilson a été depuis longtemps définie, sinon dans le détail, du moins dans les grandes lignes.

Comme le gouvernement l'a expliqué, il fallait choisir entre deux solutions : ou un chômage volontaire ou une politique de salaires limitant l'accroissement des revenus à 3,8 pour cent par an, dans la limite de l'augmentation de la productivité. Mais avec un chômage faible depuis douze ans, la concurrence entre capitalistes tendait déjà à faire monter les salaires. Le seul fait que les ouvriers ne ressentaient pas la pression du chômage renforçait leur revendication d'un meilleur niveau de vie et les mettait en mesure d'arracher d'importantes concessions. Même dans les industries où les conventions négociées sur le plan national étaient peu favorables, il devint possible, pour les ouvriers, d'arracher, sur le plan local, des avantages allant au delà de la convention nationale, et parfois de façon très substantielle.

C'est cette « anarchie des salaires » qu'une politique des revenus était destinée à stopper, mais il devint très vite évident que tous les discours officiels sur le relèvement du niveau des salaires des ouvriers les moins payés n'étaient que du verbiage. La « politique des re-

QUA venus » devint un outil majeur dans la politique consistant à couper les jarrets a la classe ouvrière et à placer sur ses épaules le fardeau principal de l'apurement du passif. C'est pourquoi il était clair, dès le départ, que la loi pourrait comporter des mesures fortement répressives pour qu'elle puisse être mise en œuvre. Et, un corollaire inévitable de la loi était l'accroissement du niveau du chômage.

La politique qui s'est fait jour est une combinaison des deux « solutions » : la déflation s'est concrétisée par une série de mesures destinées à ralentir une économie inflationniste déjà emballée, et en même temps, on promulguait des lois qui faisaient de la grève un crime.

Le processus était, dans une certaine mesure, inévitable. La politique de Wilson n'était pas un mystère ; on pouvait clairement la voir quand le Labour Party prit le pouvoir la première fois, il y a vingt-deux mois. Héritant de ses prédécesseurs tories un grave déficit de la balance des paiements, le gouvernement

Wilson eut immédiatement à faire face à une offensive contre la livre, qui semble avoir été provoquée par la promesse d'augmenter les retraites. Wilson, après avoir fourni les assurances nécessaires, reçut l'assistance des instituts d'émission étrangers et, en premier lieu, celle des Américains, pour 3.000 millions de livres. Il avait donné la souveraineté britannique en gage. Ce fut là la pierre de touche de toute la politique qui s'ensuivit, et le prix du soutien anglais à la guerre d'agression menée par l'Amérique contre le Vietnam, ainsi que du renversement systématique de la politique travailliste dans plusieurs domaines. On aurait tort, cependant, de vouloir expliquer les actes de la direction Wilson par le simple fait qu'elle ait été victime d'une situation mauvaise, et de difficultés économiques et financières. On doit plutôt les considérer comme la conséquence logique des « prémisses » de la social-démocratie moderne, admettant que le capitalisme puisse être progressivement remplacé sans toucher à l'appareil d'Etat ni aux structures sociales liées à la propriété privée.

En pratique, ceci a conduit partout en Europe, en commencant par l'Allemagne, aux beaux jours de la social-démocratie jusqu'à son renouveau actuel, au résultat suivant : les sociaux-démocrates ont dirigé l' « économie mixte » au détriment de la classe ouvrière, s'éloignant toujours plus du but socialiste qu'ils professaient, et servant seulement de soutiens à un système économique anachronique.

Ce n'était pas là une tâche facile, méme pour les sujets les plus loyaux et dévoués de la reine. L'économie anglaise est réputée une des plus malades d'Europe. Les symptômes se manifestent de la façon suivante : les exportations de fer et d'acier ont diminué de huit pour cent l'année dernière, alors que les importations faisaient un bond de quarante-cing pour cent. Une tradition de cette économie est la faiblesse des taux de croissance, et son trait distinctif est ses bas taux d'investissements. Dans la décennie achevée en 1965, le taux moyen d'accroissement de la productivité a été de l'ordre de 2,5 %, soit un taux sensiblement plus bas que dans la plupart des pays européens. Les problèmes de la rénovation de l'équipement, qui ont été ajournés par suite de certains facteurs historiques tels que les débuts précoces des monopoles, les pratiques restrictives, la « protection » contre le marché mondial, ceci joint à l'opposition de la classe ouvrière à toute renonciation aux augmentations de salaires, sont gigantesques, et devront être surmontés si le capitalisme britannique veut conserver sa place dans le commerce mondial. Ce problème est rendu particulièrement difficile à une époque où sa part dans ce commerce va en décroissant, et où les autres grandes nations commerçantes luttent pour accroitre leurs excédents commerciaux.

Le Labour a pris le pouvoir en 1964 en promettant de maintenir une économie en expansion. On ressortit à tout hasard le Plan national de George Brown tendant à une croissance industrielle de quatre pour cent par an (la gauche du parti exerça sa critique contre ce plan, et la suite montra qu'elle avait raison). Au lieu de redistribuer la richesse, on chercha à financer les dépenses sociales grâce à la croissance économique. Maintenant, le Labour doit faire face à une économie en stagnation, avec tout essor des investissements et de la demande bloqué par la nécessité de protéger la livre. Le taux d'accroissement prévu sera reporté, on l'admet maintenant officiellement, aux calendes grecques.

Tout le monde savait que le tour de vis viendrait. Ce n'était qu'une question de délai, et il était franchement annoncé pour l'automne à venir par la plupart des grands journaux de Londres. Maintenant qu'il s'est réalisé — et nous pensons que ce n'est pas par hasard s'il a lieu maintenant - il est intéressant de rechercher ce qui l'a provoqué. Pourquoi voit-on la fin des oscillations du gouvernement Wilson, qui manœuvrait une force contre l'autre, parfois la gauche contre la droite et parfois le contraire, allant même jusqu'à user d'un petit

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Les temps étaient donc mûrs pour une offensive de la classe dirigeante. Il follait battre le fer pendant qu'il était fallait battre le fer chaud. Autrement, la vis à la classe serait perdue et un ferait sans doute plus difficiles. Le semblait d'abord qu'on le pousse un

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La dévaluation fut écartée, mais le Sunday Times du 24 juillet dit qu'une tendance au sein du cabinet, dirigée par George Brown, chef du département des Affaires économiques, lutta pour cette solution. « Il vculait, dit le reporter, s'affranchir de la dépendance vis-à-vis des Américains. » Il est maintenant clair que la lutte fut aiguë, et que Brown offrit sa démission. La dévaluation était exclue. L'assurance en avait été rapidement donnée aux financiers internationaux, mais la tentation n'en avait pas moins été forte . on estime que les crises moins été forte : on estime que les crises perpétuelles de la livre sterling ont coûté un milliard de livres à l'économie. La dévaluation fut rejetée parce que l'enjeu était trop lourd. La conséquence en eût été catastrophique pour le commerce mondial, en accentuant le manque de liquidités. Le dollar aurait certainement fait la culbute, suivi rapidement syndical. Non pas que la perspective d'une lutte ait été exclue de la stratégie de la classe dirigeante. Au contraire, le facteur important était que cette lutte se déroulât dans des conditions qui conduisent à un arrangement favorable au capitalisme. On craignait sans aucun doute que, dans les deux mois à venir, la force de l'opposition

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E ment par d'autres monnaies, ce qui aurait pu conduire à une grande crise, d'importance comparable à celle de 1929, dans le monde capitaliste tout entier. En outre, plusieurs pays ont à Londres leurs réserves de sterling. Lors des crises précédentes, le groupe des banquiers de Bâle fut long à donner l'assurance qu'il viendrait à la rescousse. La promesse faite par Wilson de porter le taux de l'escompte de six à sept pour cent, et d'apporter des restrictions aux facilités de crédit et à la « location-vente » ne suffisait pas.

Une médecine plus énergique était nécessaire, et il fallait aux banques des garanties du désir de Wilson d'en venir aux prises avec une classe ouvrière récalcitrante qui, jusqu'alors, était loin de vouloir obéir à ses injonctions. C'était maintenant ou jamais. Les plans avaient été élaborés et expédiés pour approbation à Washington, avec l'annonce d'un blocage forcé des salaires, le jour même de la visite du premier ministre britannique au président Johnson. Le blocage con. Dans le Financial Times du 15 août, on estime qu'il y a eu plus de mille augmentations de prix depuis le début de Tannée. Les loyers se sont élevés à Birmingham, et plusieurs autres municipalités importantes ont déclaré qu'elles prévoyaient aussi des augmentations de loyer.

Le « blocage » des dividendes n'est que pour le communiqué. Il signifie que les institutions et les sociétés financières auront le droit de constituer des réserves spéciales pour les distribuer après la période de six mois. Des réductions limitées sont intervenues dans les dépenses de guerre, mais les parlementaires de l'aile gauche ont souligné que ces réductions étaient déjà prévues et n'avaient rien de nouveau. Ils soulignèrent que les 605 millions de livres dépensés annuellement pour maintenir les troupes britanniques à l'est de Suez représentaient plus que la totalité du déficit et que leur réduction constituait un moyen substantiel pour l'éliminer. Les critiques de gauche du gouvernement ont également été prompts à souligner que le capital britannique possède des réserves substantielles investies à l'étranger, représentant un actif de 5.000 millions de livres, qui devrait être utilisé pour stabiliser la livre.

La livre est encore actuellement faible, et elle le restera probablement jusqu'à ce qu'on voit plus clairement comment la politique actuelle se comportera face à la lutte de classe.

Il est cependant très probable que, même si les protestations verbales de quelques dirigeants syndicaux, qui parlent d'attaquer devant les tribunaux la légalité du « blocage », ne doivent pas manquer, et si des combats de « guérilla » doivent être menés sporadiquement dans les usines où, occasionnellement, les militants sont en bonne position, la grande masse du mouvement ouvrier acceptera le blocage des salaires. au moins pour les six mois à venir, dans l'espoir qu'il sera levé, et qu'il sera possible de le tourner d'une façon ou d'une autre, comme on l'a fait dans le passé. Les bonzes du Conseil des Trade-Unions ont accepté avec quelques murmures, mais cela était prévu. L'opposition, on peut en être certain, sera plus large que jamais, mais il est bien plus difficile de faire retirer une législation déjà adoptée que d'empêcher son adoption. C'est presque une conclusion jouée d'avance que le gouvernement devra faire face à une autre offensive contre la livre quand il lèvera la législation actuelle, et c'est alors que de grandes luttes pourront avoir lieu, lorsqu'on tentera d'étendre obligatoire devait du être suivi par de « s affectant, estime-t-o millions d'ouvriers ouvrière de vingt-deu exprima l'accord de l' ricaine avec cette po plus aucune tentative tairement la politiqu était abandonnéee, prédit dès qu'elle ava faveur de la menace les militants syndical dorer la pilule amèr anti-ouvrière : le bl s'appliquer aux prix Mais le Sun du 6 aoi

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La Gazette de l'Epicerie, le 23 juillet, mentionne soixante-dix-neuf augmentations dans cette branche. Les prix des œufs ont monté jusqu'à 20 %. Il y a eu de fortes augmentations du prix du ba- le blocage. La bourgeoisie ne se satisfera pas d'une simple « pause » dans la hausse des salaires. Elle veut davantage de sang. Le Sunday Times, dans un grand éditorial du 17 juillet, a déclaré que le problème n'était pas de « bloquer les salaires, mais de récupérer sur les ouvriers ce qu'ils avaient acquis au cours des quatre dernières années. » Les mois à venir seront une période d'attente pour voir comment le gouvernement fran-

NALE 73 vient pas de sortir d'une guerre longue et cruelle comme c'était le cas lorsqu'un précédent leader travailliste, sir Stafford Cripps, imposa un blocage des salaires en 1948. Il y a eu, au contraire, un boom, et les dépenses de consommation ont atteint leur plus haut point.

Sous le gouvernement travailliste, quelques concessions été été arrachées : on estime que la hausse nominale des salaires a été de huit pour cent. Le chômage a été à son niveau le plus bas chomage a ete a son niveau le pius vas depuis douze ans. S'entendre dire maintenant qu'il faudra faire des sacrifices pour sauver le capitalisme britannique ne peut que susciter un mépris bien mérité do la n d parers qui ont vu leurs de la part des ouvriers qui ont vu leurs dirigeants se vautrer dans l'opulence.

Comment la « gauche travailliste », cette masse importante et quelque peu informe au sein du Labour Party, réagira-t-elle aux mesures qui viennent d'être prises ? L'Economist, qui est habituellement un des porte-parole les plus perspicaces du capitalisme britannique, écrit dans son éditorial du 6 avril :

« On peut, de façon sûre, prophétiser ce qui suit : la gauche est, en fait, portée à mâcher bruyamment et à avaler doucement, comme elle l'a fait plus d'une fois auparavant. » Cette fois, cependant, l'optimisme de l'Economist semble dé-, placé, car s'il y a quelque chose de nouveau dans la réalité politique actuelle en Grande-Bretagne, c'est le développement d'un groupe permanent de parlementaires travaillistes qui, de façon réticente et avec beaucoup d'hésitation et de déchirements, persiste dans l'opposition à Wilson. Sa composition est fluctuante, tant en qualité qu'en quantité, il oscille à la manière classique des centristes, mais c'est là l'indice d'une future tendance, qui peut se développer dans les mois à venir. Lors de la lecture finale de la loi sur les prix et les revenus, il y eut de nombreuses abstentions de parlementaires travaillistes, et la majorité gouvernementale tomba de 95 à 58. Le remaniement ministériel lors des vacances parlementaires a été qualifié par tous d' « écran de fumée spectaculaire » pour masquer l'étendue de la révolte.

Les conférences annuelles de Blackpool et de Brighton du Conseil des TradeUnions et du Labour Party montreront, chacune de son côté, la force réelle de cette tendance : un terrain se trouvera disponible pour gagner le soutien et la confiance des militants du mouvement travailliste, et c'est une conclusion cerune conclusion certaine que l'opposition passera de la critique du « blocage des salaires » à celle de la complicité britannique dans la guerre du Vietnam.

chira l'obstacle.

De façon générale, dernières années ont i prospérité relative, et tain temps avant que les deux ou trois été une période de il faudra un cerla récession s'installe et se fasse sentir. La bourgeoisie internationale espère que, d'ici là, le gouvernement Wilson sera emprisonné de façon sûre dans le réseau de la politique qu'elle lui aura imposé.

Dans son discours à la télévision, le soir où il a annoncé les nouvelles mesures anti-ouvrières, Wilson invoqua l'image churchillienne du sang, de la sueur et des larmes. Rien n'illustre plus clairement la banqueroute politique totale de l'actuelle direction du Labour Party. Il n'est pas nécessaire de remonter dix ou vingt ans en arrière pour la mettre en contradiction avec ellemême, mais seulement au 26 mars 1966 (oui, 1966 !) où Wilson déclara à Manchester, à un meeting du Labour Party :

« La seule méthode que connaissaient les tories pour combattre la crise qu'ils avaient amenée au pays était la déflation, qui conduit au chômage, et à la réduction de la durée du travail.

« Les technocrates financiers qui dominent le parti tory n'ont ni pensée ni pitié pour les familles contraintes vivre de l'aumône tory. Ils ne pensent pas davantage au grand nombre de familles dont le niveau de vie est tombé à cause de la baisse des revenus provoquée par une politique délibérée qui ne pouvait que conduire et a conduit au travail à temps réduit.

« Les tories confrontés avec une crise réelle ou imaginaire n'ont qu'un remède : dix hommes courant après neuf emplois. »

On doit remarquer qu'en appeler • à « l'esprit de Dunkerque » auprès des ouvriers anglais, par la bouche du premier ministre de Sa Majesté, qu'on soit conservateur ou travailliste, revient à gaspiller ce sentiment. Il n'y a pas d'atmosphère de crise. La classe ouvrière est dans un état d'esprit tout à fait différent de celui qui était le sien pendant la guerre ou immédiatement après, lorsqu'il était possible de la convaincre de l'urgence d'une situation particulière. Elle ne

Une grande masse des résolutions présentées à la conférence de Brighton du

Labour Party et qui ont trait à la politique des revenus sont soit critiques de diverses façons soit ouvertement hostiles.

Une caractéristique importante de la situation nouvelle au sein du mouvement travailliste est révélée par un renverse. ment significatif des rôles en son sein : la cristallisation d'une tendance, qui a débuté par l'opposition à la direction, jusque-là solide, de la direction de droite du syndicat des transports, sur la question de l'unilatéralisme en 1961 s'est développée de telle sorte qu'elle fait maintenant apparaitre la possibilité de voir émerger dans le parti une nouvelle gauche, ayant de forts liens avec la classe ouvrière industrielle. D'un autre côté, il y a eu une certaine ossification des sections des circonscriptions du parti, qui constituaient l'épine dorsale traditionnelle de la gauche, spécialement à l'époque de Bevan, et ceci fournit peut-être l'explication apparente de la capitulation de certains des leaders les plus importants de la gauche, de leur émasculation à l'aide de postes ministériels par Wilson, de l'acquiescement et du silence des autres face aux pires trahisons de la politique travailliste par le gouvernement, après la victoire initiale, à l'époque de l'affrontement avec les tories. Beaucoup d'entre eux pouvaient se plaindre que leur soutien n'était pas organisé. Ils étaient isolés et vulnérables.

Mais maintenant, avec la démission de Cousins, il y a la possibilité d'une base nouvelle et plus solide pour la gauche, pour une gauche dont les forces augmentent, dans la mesure où elle commence à refléter les intérêts de certains parmi les moins payés des ouvriers. de ceux qui ont été le plus atteints par le tour de vis, et dans la mesure où elle se lie aux syndicats qui, sous la direction de Clive Jerkins, constituent auJourd'hui le secteur le plus radical du mouvement syndical actuel. : vingt-deux des vingt-cinq membres du comité exécutif du syndicat national des cheminots ont signé une lettre à Cousins disant qu'ils soutenaient sa position. Le syndicat national des mineurs a déjà une attitude critique vis-à-vis du gouverne. ment. Si le syndicat unifié des métallurgistes qui, avec sir William Carron, soutient le gouvernement, rejoignait, comme l'année dernière à la conférence du parti, l'opposition, cela signifierait une défaite définitive pour la politique du gouvernement. C'est la que la gauche trouvera de nouvelles forces qui se joindront à la lutte grâce à laquelle une nouvelle perspective s'édifiera. Avec ce nouveau ferment, il deviendra plus facile pour les révolutionnaires socialistes de travailler et de trouver une audience : cela conduira inévitablement à une plus grande démocratie au sein du mouvement. Il deviendra possible de commencer à poser au sein du mouvement travailliste la seule alternative à la maladie chronique du capitalisme britannique : la transformation révolutionnaire socialiste de tout l'appareil d'Etat et la participation directe de la masse du peuple : a la gestion de l'économie.

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