Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 29

Création de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire

H. Ancelot · Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 75-77 · 2 069 mots

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Le 2 avril, au moment où se tenaient les congrès des Jeunesses communistes (J.C.) et des Etudiants communistes de France (U.E.C.), cent vingt jeunes venant d'une quinzaine de villes se réunissaient à Paris et lançaient un appel pour la constitution d'une nouvelle organisation : la Jeunesse Communiste Révolutionnaire (JCR). Assistaient à cette Conférence constitutive la très grande majorité de l'opposition de gauche qui avait mené depuis près de quatre ans une lutte oppositionnelle au sein des Etudiants communistes, des militants, encore membres de la J.o. ou exclus de cette organisation, et enfin la dernière section existante des Jeunesses Socialistes Unifiées. A Quelques exceptions près, la presse bourgeoise présentait dans ses colonnes la J.C.R. comme une scission « pro-chinoise » des U.E.C. L'Humanité, organe du P.C.F., expliquait en quelques lignes qu'une vingtaine de délégués au IX: congrès de l'U.E.C. avaient quitté la salle pour aller rejoindre le " Secteur Lettres » exclu, dans une nouvelle organisation qualifiée par le journal des U.E.C. Clarté de « groupuscule anticommuniste de plus ».

En fait il s'agit là d'un événement très important dans le développement de l'avant-garde révolutionnaire en France. Pour la première fois depuis de nombreupour la premiere tois depuis de nombreuses années, de jeunes militants communistes, après avoir mené une lutte oppositionnelle, refusent de se plier devant les mesures de répression de l'appareil et, forts du soutien qu'ils ont su conquérir au sein de l'organisation stalinienne, décident de continuer leur combat en créant une nouvelle organisation dont l'audience dépasse déjà dans certaines villes celle de l'ancienne organisation. Avant de voir ce qu'est aujourd'hui la J.C.R., il nous semble nécessaire de revenir sur ses origines.

Pour cela, il faut remonter en 1956. A cette époque, la direction du P.C. avait pris de grandes mesures de réorganisation de son mouvement de jeunesse. La révolution hongroise d'une part et surtout la révolution algérienne d'autre part avaient suscité chez les intellectuels et les étudiants des courants d'opposition assez puissants pour obliger la direction du P.C. à prendre des mesures tendant à isoler ce début de rébellion. L'Union de la Jeunesse Républicaine de France disparut et à sa place, furent créées quatre organisations de jeunes communistes (pour les jeunes garçons, pour les filles, pour les paysans, et pour les étudiants D indépendantes organisationnellement mais sous la direction politique du P.C. Cette division bien établie, l'appareil s'empressa de définir pour l'ensemble du Mouve ment de la Jeunesse Communiste une orientation « très ouverte vers les masses » qui aboutit dans la pratique à une profonde dépolitisation. Désormais, chaque grand événement politique devint l'occasion d'un bal, d'un rallye ou d'une cavalcade dans les rues des municipalités communistes. Cette nouvelle orientation ne fit que légaliser une tendance qui s'était développée depuis les années 195054, date à partir de laquelle les organisations de jeunes du P.C. entrèrent dans une lente agonie. Aujourd'hui cette crise s'est approfondie, et se traduit par une baisse importante du nombre des militants, par un tion politique jeunes qui se d'entrer dans leurs souvent e absence totale d'intervenet surtout par le refus des tournent vers la politique la J.C., le P.C. étant d'ailincapable d'arriver à convaincre ses propres jeunes adhérents d'aller militer dans cette organisation.

Les effectifs des quatre organisations ne dépassent plus les 20.000 adhérents ; sur ce total la base militante est très faible. Dans de telles conditions, à l'exception de l'U.E.C., le développement d'un courant révolutionnaire s'est avéré difficile, la moindre velléité d'opposition se soldant en général par une répression beaucoup beaucoup plus brutale que dans le P.C. Il y a un an quatre cercles des Alpes-Maritimes étaient exclus à la suite d'une crise qui avait comme point de départ le refus de ces jeunes d'épuiser leur énergie révolutionnaire dans l'organisation de concours de guitare électrique !

Organisation étudiante, l'U.E.C. a réagi différemment ; en ébullition depuis 1956, la majorité de cette organisation se don-

QUA nait en 1960-61 une nouvelle direction en opposition avec la ligne du P.C. et sur des bases politiques proches de celles du

P.C. italien. Malgré les violentes attaques lancées par la direction du P.C.,

TU.E.C. se développa rapidement en prenant la tête de luttes importantes contre la guerre d'Algérie et la menace fasciste à l'Université. Ses effectifs attinrent vite les 4.000 adhérents. A l'intérieur du mouvement se déroulaient des débats politiques couronnés de textes et de contretextes : aucune organisation communiste en France n'avait depuis longtemps connu de telles pratiques. C'est dans ce climat qu'est née une tendance oppositionnelle de gauche, animée par les principaux dirigeants de la lutte anti-fasciste, qui s'étaient heurtés au P.C. pour avoir créé en 1961 une organisation unitaire antiOAS regroupant plus de 6.000 étudiants à Paris.

Cette tendance se caractérisa dès le début par une critique assez approfondie du stalinisme et de la coexistence pacifique. Elle rassembla des militants sensibilisés par la révolution hongroise mais surtout par l'attitude du P.C. vis-à-vis de la révolution algérienne.

Devenu majoritaire à la Sorbonne, où il constituait le plus fort secteur de l'U.E.C., ce courant se développa en province, s'efforçant de susciter des initiatives de masse correspondant aux nécessités de la lutte et mettant chaque fois la direction du P.C. au pied du mur. Pendant ce temps, du fait de ses erreurs politiques et de son empirisme, la direction « proitalienne » perdait peu à peu le contrôle de l'organisation et se retrouva complètement isolée lors du VIII congrès en 1965.

Après quatre années de luttes de tendance, l'appareil du PC reprit en mains l'UEC dans un climat de répression bureaucratique. Pour cela, il s'était appuyé sur de très jeunes militants, sans formation politique, plus suivistes du prestige du P.C. comme organisation de masse de la classe ouvrière que de sa ligne, dans une conjoncture peu favorable à l'organisation de grandes luttes politiques en milieu étudiant.

Depuis ce congrès, lU.E.C. connait un déclin analogue à celui des J.C. Sa nouvelle direction n'avait plus comme objectif que de liquider la gauche qui regroupait les seuls secteurs militants de l'organisation. Les élections présidentielles furent l'occasion pour l'appareil d'en finir avec une tendance qui devenait dangereuse au moment où le P.C. demandait à la classe ouvrière d'apporter ses suffrages au candidat bourgeois F. Mitterrand. L'opposition de gauche qui avait refusé publiquement de cautionner une telle opération, fut exclue en l'espace de quatre mois, la

INTERNATIONALE dernière étape étant la dissolution pure et simple du secteur Sc de réélire sa direction des voix. En agissant du P.C. croyait mettre longue crise dont toute fait l'écho. Cependant change depuis 1956 : clusion de la gauche po ble à l'U.E.C. qui a perc tié de ses effectifs et d tante est devenue quasi

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Cette initiative partai tion qu'un travail à lo vait pas se justifier d tions agonisantes à prés les jeunes politisés. Ce plus important qu'il exis te une couche de jeune les luttes révolutionnaire qui se tournent vers le fusent les organisations tantes (1). La J.C.R. a de regrouper ces jeune ainsi une étape importa ment d'une avant-garde évoluant plus vite que soumis directement à grands partis ouvriers.

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(1) Les Jeunesses

S.F.I.O. ne totalisent liers de jeunes sans étudiants P.S.U., du P.S.U. et de la que quelques milaudience réelle. Les a eux repréquant sentent encore un courant à l'Université.

militants révolutionnaires d'origine différente dans le cadre de l'action d'une même organisation.

Le premier congrès de la J.C.R. aura entre autres à adopter un programme et à faire le bilan des premières activités de l'organisation. Malgré la période peu favorable des examens universitaires, ce bilan est positif. Des groupes existent dans plus de quinze villes. Son journal Avant-garde Jeunesse a connu un grand écho. Ces derniers mois, la J.C.R. a axé l'essentiel de ses activités contre la guerre du Vietnam, sortant des milliers d'affiches et des dizaines de milliers de tracts. A Paris, elle a réussi le 20 mai dernier, en dépit des mesures prises par la police et l'administration universitaire à regrouper 500 jeunes qui ont manifesté pendant près d'une heure dans les rues du centre de la capitale derrière des drapeaux rouges et vietnamiens. Le dynamisme dont elle a fait preuve fait qu'aujourd'hui la J.C.R. a imposé sa présence dans de nombreuses réunions unitaires sur le Vietnam. A la rentrée scolaire, étant donné la carence de toutes les organisations de jeunes, elle pourra dans certains secteurs prendre la tête de la lutte anti-impérialiste.

Deux problèmes importants se posent cependant à elle. Celui de la formation politique des jeunes militants qui reste encore pour des raisons bien compréhensibles insuffisante. Un effort a déjà été entrepris dans ce sens au mois de juillet lors d'un stage national qui a réuni pendant une semaine environ 120 militants. Le second problème étant de se préoccuper davantage du recrutement parmi les jeunes travailleurs, tâche décisive pour une organisation de la jeunesse révolutionnaire.

L'expérience de la J.C.R. n'est pas isolée ; elle s'apparente au développement en Europe de groupes ou d'organisations de jeunes en rupture avec les staliniens ou les sociaux-démocrates. En Belgique, les

NALE 77 Jeunes Gardes Socialistes et les Etudiants socialistes ont rompu récemment avec le Parti socialiste sur un programme politique révolutionnaire et restent, en depit de la crise occasionnée par la rupture avec le P.S., les plus fortes organisations de jeunes socialistes du pays. En Allemagne, les étudiants socialistes du S.D.S. ont eux aussi rompu avec leur parti pour devenir une organisation autonome. Des expériences identiques se sont déroulées en Hollande, dans les pays scandinaves et en Angleterre.

Enfin, il faudrait citer la crise qui secoue aujourd'hui la Jeunesse Communiste italienne, organisation qui possède environ 150.000 adhérents et qui connait de violentes luttes de tendances. La gauche révolutionnaire de cette J.C. et des militants de la jeunesse du P.S.I.U.P. viennent de lancer une publication mensuelle Faucille et Marteau dont la diffusion est en rapide extension.

Tous ces courants reflètent la radicalisation d'une partie de la jeunesse qui, n'ayant pas connu les défaites et les trahisons du passé, se trouve sensibilisée aujourd'hui par les mouvements révolutionnaires en cours et, de façon indirecte, par la crise du stalinisme qui s'est traduite par une baisse de prestige des P.C. Ceux-ci ne représentent plus pour ces jeunes l'unique pôle de regroupement en dehors duquel toute lutte politique est impossible. Il est clair que nous sommes là en présence d'une situation nouvelle dans un milieu où l'avant-garde connait des rythmes de développement plus rapides qu'ailleurs. La J.C.R. se préoccupe aussi d'effectuer une liaison internationale de ces groupements. Elle a participé à la manifestation de Liège du 15 octobre contre l'OTAN et contre la guerre impérialiste au Vietnam, avec les représentants de jeunes de plusieurs pays. Elle aidera à créer un front unique international de jeunes pour soutenir la révolution vietnamienne.

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