Documents de la IVe Internationale

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La revue › n° 29

Arrachons la libération d'Hugo Blanco

Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 8-10 · 2 305 mots

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Trois ans après avoir été arrêté par la police péruvienne près des fameuses ruines Inca de Machu Picchu, le dirigeant des paysans péruviens, Hugo Blanco a été envoyé devant le tribunal. Jusqu'ici, Hugo Blanco, dirigeant du (Frente de Izquierda

Revolucionaria - Front de la Gauche Révolutionnaire) était sans jugement dans une cellule des baraquements de la prison Mariscal Gamarra à Arequipa.

Hugo Blanco est aujourd'hui âgé de trente-deux ans. Originaire d'une famille des classes moyennes, il étudia à Cuzco, sa ville natale, et fut envoyé, avec plusieurs de ses frères, en Argentine, pour y étudier. Il y suivit des cours d'ingénieur agricole, à l'Université de La Plata.

Après quatre ans — avant d'avoir terminé ses études — Hugo Blanco rentra à

Cuzco et se dédia au travail politique syndical. Il organisa d'abord une association de cireurs de chaussures qu'il affilia au syndicat de Cuzco. Un an plus tard, il partit dans la vallée de la Convention, située dans le nord-est de la province de Cuzco, pour y organiser les campesinos, en majorité indiens. Hugo Blanco est métis et parle les langues Quechua et Aymara, les langues qui sont utilisées par les six millions d'Indiens du Pérou.

Depuis sa jeunesse, Hugo Blanco appartient au mouvement trotskyste: au nom du Parti Ouvrier Révolutionnaire du Pérou il a participé comme délégué aux Conférences trotskystes latino-américaines.

De 1959 à 1963 il organisa la lutte des paysans dans la vallée de la Convention, en mettant en avant le mot d'ordre « La terre ou la mort! Nous vaincrons ! » C'est plus spécialement à partir de 1961 que les trotskystes péruviens ont accru leur pénétration dans les masses paysannes du sud du Pérou.

En 1961, de violents affrontements avec la police eurent lieu à la campagne, faisant en moyenne une victime par jour. Hugo Blanco organisa dirigea toute la fédération de la province de Cuzco. Les premiers syndicats avaient organises Chaupimayo, Pachak Grande et Chancamallo, dans la vallée de Lares. Hugo était délégué de Chaupimayo à la direction provinciale et secrétaire chargé des questions de défense. C'est à Chaupimayo que fut après les occupations de 1962, « territoire libre de Chaupimayo ». En octobre 1962, pendant la crise des Caraïbes, Hugo Blanco dirigea une manifestation de 5.000 paysans qui occupèrent la ville de Cuzco pendant plusieurs heures.

Le 28 octobre 1962 parut une interview de Hugo Blanco dans le journal « Expresso » :à ce moment déjà 200 policiers dirigés par le major José Infantes le poursuivaient, avec l'ordre de le capturer mort ou vif.

Pourtant, Hugo Blanco était catégorique en précisant qu'il n'était pas un leader de guerilla. Quand les journalistes lui disaient qu'il « ressemblait à Fidel Castro », répondit : « Je peux lui ressembler mais ma méthode est différente. La réforme agraire à Cuba était le produit d'une guerre sanglante qui était menée depuis la Sierra Maestra. C'était l'aboutissement. Ici, c'est le contraire». Il ajouta: « Nous voulons détruire le système des grandes proprietes, nous ne voulons pas tuer les gamonales. Nous ne nous nourrissons pas de sang, mais des produits du sol ».

Quand Hugo Blanco fut arrêté le 30 mai 1963, il était transporté gravement malade, par ses camarades qui voulaient lui assurer un traitement médical. Il était poursuivi depuis la fin de 1962 par l'armée et la police: en novembre, la junte militaire avait envoyé 5.000 soldats, dirigés par le général Humberto Quea, à sa recherche. Ils étaient revenus bredouille, mais la répression ne s'était pas arrêtée. Hugo Blanco avait dû, avec 300 camarades, attaquer un poste de police pour obtenir des armes. Dans cette bataille deux policiers furent tués.

Depuis son arrestation, par trois fois, à notre connaissance, il a mené une grève de la faim, pour protester contre les mauvais traitements. Dans son édition du 25 mai, « Revolucion Peruana », l'organe clandestin du F.I.R. annonçait que Hugo Blanco faisait la grève de la faim parce qu'il ne pouvait recevoir aucune visite, pas même de sa famille, et qu'il était laissé sans soins médicaux. Pendant la période de l'instruction, il n'a pas joui des plus élémentaires droits de la défense, étant toujours maintenu au

Le procès de Hugo Blanco ne s'est pas déroulé à Arequipa, dans la région où les syndicats ont une grande influence et où Hugo Blanco jouit d'une large sympathie dans la population. La Troisième Zone de Justice Militaire a jugé Hugo Blanco et ses dans la petite ville de Tacna, dans le Sud du Pérou. L'ouverture du procès, qui était prévue pour le 29 août, n'a eu lieu que le 30, parce que les avocats, défenseurs des accusés, Maîtres Alfredo Batillano, Laura Caller

Get Marcial Chalco n'avaient pas eu enregistrer par le Collège des Avocats de Tacna. Les avocats furent obligés de protester, dès avant le début du procès, contre ce changement intempestif du lieu du siège du tribunal, qui diminuait encore, si c'était possible, les garanties nécessaires pour leurs Hugo Blanco et les autres accusés avaient été transportés d'urgence, sans préalable, d'Arequipa à Tacna.

Le procès s'est ouvert le 30 août, devant la troisième zone judiciaire de police (tribunal militaire), qui était, comme on l'a fait remarquer, à la fois juge et partie, puisque Hugo Blanco et ses camarades étaient accusés d'avoir tué des policiers.

Dès l'ouverture du procès, une très grande place y fut consacrée dans la presse, qui y vit, à juste titre, événement politique national des plus importants.

accusés étaient : Hugo Blanco Galdos, Santillana, Aniceto Munoz Pinares, José Pereyra Paucar, Tiburcio Bolanos Davalos, Luis Aguilar Vollacorta, Fortunato Vargas Guzman, Gerardo Carpio Zuniga Letona, Humberto Caraza Moscoso, Vicente Ortiz Quispe, Leonidas Carpio Jordan, Fidel Orué Ortiz, Marcelino Rosa Lucio Bengolea Bernardino Zarate Ramirez, Pascual Zarate Ramirez, Crisologo Gordillo Almandoz, Terrez, Moises Paz Fortunato Torres Paniagua, Emiliano Semordez Ojeda, Andres Gonzales Tejada, Francisco Cayo Palomino, Antonio Huaccoc Leon, Nemesio Bocangel Zavala, Gregorio Surce Quispe, Juan Pando Paucar et Bernardino Quispe

La presse du Pérou a raconté comment, dès la première audience, le président du tribunal, le colonel Roberto Acosta, rappela sévèrement à l'ordre Hugo parce que celui-ci « lançait des cris contre les juges », dénonçait le tribunal, ou encore se levait, s'écriant, suivi par ses vingt-sept compagnons: « Tierra o Muerte !»

Dès le début du procès, les défenseurs des accusés ont exigé - sans l'obtenir la présence comme témoin de Alfredo Romainville, un des propriétaires fonciers qui s'étaient rendus coupables des pires exactions contre les paysans. Ils protestèrent aussi contre la tenue du procès en espagnol, alors que la majorité des accusés ne parlaient que le quechua.

Le 3 septembre, l'auditeur militaire, le colonel Jesus Fernandez Hernani, demanda peine de mort pour Hugo Blanco. Il basait au conseil de l'article 152 du code pénal péruvien. Il disait que Blanco avait commis des assassinats de l'assaut d'un poste de la garde civile où deux gardes furent tués par des coups de fusil. Le procureur de la République n'avait exigé de prison. Selon le de justice militaire, les auditeurs militaires doivent assister à tous les conseils de guerre et donner leur opinion sur tous les cas soumis à la justice militaire.

D'après le journal Correo du 4 septembre, pendant cette audience, « Hugo était très fier. Il répondait par des exclamations à l'interrogatoire président du tribunal militaire et du procureur. II disait que le texte était faux et désignant un groupe de membres de la garde républicaine, il s'exclamait « ce sont mensonges ! ceux-là savent bien que ce sont des mensonges ! » le même journal disait : « Ils nient toutes leurs déclarations qui figurent autres accusés, dans l'instruction et dénoncent avoir été forcés, maltraités et torturés dès leur capture à La Convencion et à Chaupimayo. Ils ont révélé des phases inconnues de l'attaque de deux postes de gardes civils et de leur organisation et de sa discipline de fer sous les ordres de Hugo Blanco ».

Ils expliquèrent qu'ils s'affilièrent au syndicat pour se défendre contre les abus des propriétaires de haciendas, spécialement de Romainville, qui les payaient 20 tavos pour douze heures de travail par jour, et tous, sans aucune exception, se solidarisaient complètement avec Hugo Blanco,

Durant l'interrogatoire de ces accusés, la presse a remarqué comment les juges s'adressaient avec mépris aux paysans. Des incidents violents ont eu lieu quand les

Sont protesté énergiquement contre ces insultes. Les avocats ont également dû avocats demander un examen psychiatrique d'un des accusés, qui avait perdu la raison à cause des tortures. Un autre avait la clavicule brisée et une jambe cassée, suite aux tortures.

Après ces interrogatoires, une véritable bombe éclata à l'audience quand Hugo pour prendre la responsabilité des attaques des postes de la garde civile. Hugo Blanco transforma l'audience en une mise en accusation du système, Blanco prit la parole expliquant son travail syndical devant les magistrats en uniforme et la très nombreuse assistance qui se pressait dans la salle, et révélant que la première attaque à Puycura, avait eu lieu après que les gardes aient commis des abus poste de la garde, contre la population. « A tout moment, dit le Correo du 7 septembre, Blanco se présente comme le actions sanglantes, justifiant ses décisions et racontant tous ses avec beaucoup de détails. » L'audience du 6 septembre fut suspendue après que Hugo Blanco, désignant du doigt l'auditeur militaire, se soit exclamé : « Si on veut m'appliquer la peine de mort, pas des gardes civils qui me fusillent, ce sont aussi des gens du peuple, mais que ce soit celui-là, le colonel Jesus Fernandez personnellement !»

Le 8 septembre, après le réquisitoire du procureur de la République, Hugo Blanco fut condamné à 25 ans de prison à la prison de El Fronton, Pedro Candela à 22 ans, accusés furent condamnés à des peines allant de 2 à 5 ans de La salle dut être évacuée quand les condamnés reprirent en chœur : « Tierra o muerte » et « Viva la Revolucion ! »

De nombreux textes de protestation nous sont parvenus, demandant l'acquittement et la mise immédiate de

Nous remercions tous ceux qui ont participé à la campagne. Nous ne pouvont citer ou reproduire tous les textes de protestation. Ils émanent de Lord Bertrand Russell, du Comité Central de la Ligue des Socialistes Iraniens. d'Isaac Deutscher, de toute une série d'universitaires américains, du Comité Central du Parti Wallon des Travailleurs

(Belgique), Communiste Révolutionnaire (Japon), de nombreux militants français qui nous ont envoyé des pétitions, etc. Une lettre a été envoyée par les jeunesses communistes et socialistes d'unité prolétarienne de Piacenza (Italie) à l'ambassadeur du Pérou

A Rome, des centaines de signatures ont déjà été rassemblées sur un texte qui demande le respect des garanties juridiques élémentaires et la révision du procès du

Des sections locales Communiste ont à cette initiative ainsi que des militants du Parti Socialiste Italien d'Unité Prolétarienne (socialiste de gauche) et, bien entendu, des dirigeants et des militants de italienne de la IV° Internationale. Les signatures furent envoyées à l'ambassade péruvienne à Rome.

initiative particulière a été prise par les directions provinciales des Jeunesses Communistes et des Jeunesses Socialistes de gauche de Plasance (Piacenza), une ville de l'Emilie. Une lettre a été adressée à l'ambassadeur péruvien en demandant la libération de Hugo Blanco et de ses compagnons au nom de la très grande majodu peuple de Plaisance. L'appel de Plaisance a été repris par exemple à Bari où des signatures rassemblées dans les milieux du Parti Communiste et

Trieste, un document de protestation et de été signé par les dirigeants et des militants du P.S.I.U.P. Le cercle socialiste de gauche Mondo Nuovo de Cosenza, en Italie du Sud, s'est aussi associé à la campagne, ainsi qu'un autre cercle socialiste de gauche à Follonica (Grosseto), dans le centre du pays

En Sicile, un appel a été envoyé à l'ambassade péruvienne par la fédération provinciale des jeunesses socialistes de gauche de Raguse et une campagne est actuellement en cours grâce à l'activité des membres d'un cercle culturel de gauche, Luigi Pintor. A Palerme, des professeurs d'université, dont Giuseppe Montalbano, del Carpio, Massimo Mineo et Luciano del Chiara, des étudiants et des syndicalistes, secrétaire régional de la CGIL et des militants des organisations de jeuont signé une lettre pour la libération immédiate de Hugo Blanco. hebdomadaire du P.S.I.U.P., Nuovo a publié un article sur la condamnation de Blanco et sur ses activités en tant que dirigeant des paysans révolutionnaires.

Nous reproduisons le texte du télégramme envoyé à Belaunde Terry par un groupe de personnalités françaises :

«Alarmés condamnation menaçant après 3 ans emprisonnement Hugo Blanco dirigeant FIR pour lutte aux côtés paysans péruviens et lourdes peines contre ses compagnons. Soussignés attirent attention gravité et retentissement de telles mesures. Attendent acquittement et libération. » Le texte a été signé par Arthur Adamov, Simone de Beauvoir, Roger Blin, Marguerite Bonnet, André Breton et Jean Schuster (pour le groupe surréaliste), Edouard Depreux, Mº de Felice, Daniel Guérin, Maurice Jardot, Yves Jouffa, Jacques Lanzman (pour le comité de rédaction des Temps Modernes), Michel Leiris, Eric Losfeld (pour le comité de rédaction de Positif), Maître Manville, Gilles Martinet, François Maspéro (pour le comité de rédaction de Partisans), Maurice Nadeau, Jacques Prévert, Alain Resnais, Frédéric Rossif, Claude Roy, JeanPaul Sartre, Catherine Sauvage, Simone Signoret, Jean-Marie Vincent.

Au Pérou s'est formé un Comité de Défense de la vie de Hugo Blanco qui édité tracts et affiches avant et pendant le procès. De nombreuses prises de position syndicales ont été publiées: parmi elles celles de la Fédération Départementale des Travailleurs d'Arequipa, de la Fédération Universitaire de Cuzco, la Fédération de l'Université Nationale des Ingénieurs ACUNI, etc.

Des personnalités de la démocratie chrétienne péruvienne ont protesté également contre l'arbitraire judiciaire.

Cette campagne ne peut en rester là ! Il faut sortir de prison tous les condamnés de Tacna ! Il faut arracher l'amnistie pour tous les prisonniers politiques péruviens !

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