Un livre qui vient à son heure pour les militants des pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, est l'édition, commentée par Pierre Broué, d'une série de textes qui sont publiés sous le titre La question chinoise dans l'Internationale Communiste (1926-1927) (1).
L'édition de ce livre, dont l'acuité est renforcée par la tragique défaite subie par le Parti Communiste Indonésien est un très grand service rendu aux militants révolutionnaires des pays coloniaux et semi-coloniaux. Elle est d'autant plus importante que le Parti Communiste Chinois des années 1925-27 était un parti qui était très loin d'être monolithique, et qu'entrainé dans la révolution, il avait donné lieu à des discussions entre différentes tendances avançant chacun des points de vue différents, dont la confrontation est, à l'heure actuelle encore, pleine d'enseignements très précieux. Dans l'Internationale Communiste et en particulier dans le Parti Communiste d'Union Soviétique, les différentes tendances (la majorité dirigée par Staline et Boukharine et l'Opposition unifiée avec Trotsky et Zinoviev) s'opposaient sur le plan international sur la base de deux questions, l'une étant précisément la Révolution chinoise (l'autre la grève générale en Angleterre en 1926).
La republication d'un certain nombre des textes de l'époque est donc d'un énorme intérêt, puisque tous sont depuis longtemps épuisés en français. L'importance de ces discussions réside dans le fait qu'elles tournent autour de deux grands problèmes : quelle classe doit diriger la révolution chinoise? La collaboration entre le Parti Communiste Chinois et le Kuomintang est-elle correcte ou non ? Le processus par lequel les dirigeants du Parti Communiste Chinois sont arrivés à donner, en pratique, une réponse fausse à ces deux questions tout à fait fondamentales a été tout différent de la façon dont le P.C. indonésien, parti de tradition stalinienne, est arrivé, lui, à des réponses fausses. Il s'agit en Chine d'un processus assez long durant lequel beaucoup de discussions ont eu lieu, et c'est ce qui permet d'étudier les divers arguments.
Le Parti Communiste Chinois a été organisé en 1920, à l'initiative de Li Tachao et Chen Du-xiu (élu secrétaire général au premier congrès en juillet 1921), avec l'aide d'un représentant de l'Internationale Communiste. Une des toutes premières tâches du jeune parti était la formation de cadres marxistes, parce qu'à la différence de l'Europe, la Chine n'avait pas de tradition marxiste. Pendant les premiers temps, le P.C.C. suivit une ligne léniniste.
L'Internationale Communiste était encore inspirée par les idées de Lénine et de Trotsky. Ceci dura jusqu'en 1922, c'està-dire jusqu'au 2ème Congrès du P.C.C. (en mai-juin 1922). C'est peu après ce congrès que Maring, délégué de l'Internationale (2) proposa à une réunion du Comité Central du P.C.C. en août 1922 que les membres du P.C.C. rejoignent le Kuomintang, ce qui entraina l'opposition des membres du Comité Central (3).
(1) Etudes et documentation internationales, 29 rue Descartes, Paris (1965).
(2) Maring (pseudonyme de Henk Sneevliet), fondateur de FI.S.D.V. (Association Social-Démocrate Indonésienne), puis du Parti Communiste Indonésien, délégué du P.C. Indonésien au 2ème Congrés de l'Internationale Communiste en 1920. Plus tard partisan de Trotsky et de l'Opposition de gauche, dirigeant du R.S.A.P. (Parti Ouvrier Socialiste-Révolutionnaire) en Hollande, fusillé en 1942 par les nazis.
(3) Harold Isaacs donne dans The Tragedy of the Chinese Revolution (Secker and Warburg, London) une bonne description de ces événements et de la deuxième révolution chinoise, vus « de l'extérieur ». c'est-à-dire sans avoir pu saisir ce qui s'était passé à l'intérieur du P.C.C. De même, P. Broué, dans ses commentaires. écrit que Maring fut suivi par le C.C. août 1922. Nous remercions camarade Peng Shu-Zhi, membre du Comité Central du P.C.C. élu au 4ème Congrès (janvier 1925) et au 5ème Congrès (avril 1927) d'avoir bien voulu nous fournir ces informations exactes.
Suite à cette discussion et à ce désaccord, la question fut soumise à l'Internationale Communiste et, au début de 1923, le Bureau Politique du Parti Communiste soviétique décida de soutenir la proposition de Maring, à l'unanimité sauf une voix : celle de Trotsky (*). Ensuite, bien entendu, le Comité Exécutif de l'Internationale Communiste décida l'entrée dans le Kuomintang. Dès lors, le Parti Communiste Chinois évolua, de sa position léniniste correcte vers des positions droitières extrêmes. Même Chen Du-xiu, le secrétaire général, qui s'était d'abord exprimé contre la proposition de Maring, évolua en cette direction, sous la pression et l'influence de la direction de l'Internationale, dont il ignorait la bureaucratisation envahissante. Les autres dirigeants, comme Mao Tsé-tung (5) allèrent encore plus loin vers la droite, en exprimant l'idée que la révolution nationale serait dirigée par la bourgeoisie au lieu d'être dirigée par le prolétariat. Mao était un des dirigeants qui à ce moment allèrent le plus loin dans ce sens, en avançant même l'idée que le P.C. devait être dissous. Entre 1923 et 1927, il fit d'ailleurs du Kuomintang son seul terrain de travail, et aux 4ème Congrès en 1925 comme au Sème en 1927, il ne fut plus réélu au Comité Central. A l'intérieur du parti cependant la résistance était forte et s'exprimait, entre autres, dans les articles de Pen Shu-shi, qui avait été envoyé à l'Université des Peuples d'Orient à Moscou en 1921 (6), et qui faisait partie du Bureau Politique du P.C.C. après le 4ème Congrès avec Chen Du-xiu, Qu Qiu-bai, Chai He-tseng et Chang Ku-tao). Après son retour de Moscou, Peng Shuzhi publia plusieurs articles dans l'hebdomadaire Le Guide et le mensuel théorique Jeunesse Nouvelle, dont il devint l'éditeur, en particulier l'article « Qui est le dirigeant de la révolution nationale? » (7), article qui critiquait la position que Chen Du-xiu avait prise. La faiblesse de l'édition des textes de l'Internationale Communiste à propos de la révolution réside dans le fait qu'elle passe à côté des débats qui eurent lieu dans la section de l'Internationale qui était placée directement devant ces pro-
En 1925 et en 1926 sous l'impulsion du mouvement anti-impérialiste dirigé contre les « seigneurs de guerre », qui se traduisit par la grande manifestation du 30 mai 1925 à Shanghai et la vague de grèves et de manifestations qui la suivirent, les travailleurs, les paysans, les femmes, blèmes, c'est-à-dire le P.C. Chinois luimême. A ce sujet il faut remarquer toutefois que les militants du P.C.C. qui adoptaient un point de vue critique, à l'encontre de la décision d'entrée dans le Kuomintang, imposée par l'I.C. en 1923, ne prenaient pas explicitement position contre le Komintern: peu nombreux étaient par ailleurs les cadres qui étaient au courant des divergences entre la ligne décidée par Staline-Boukharine et celle de Trotsky et Zinoviev qui s'y opposaient.
(4) Dans une lettre à Max Shachtman, citée par ce dernier dans l'introduction à Léon Trotsky, Problems of the Chinese Revolution, (2éme édition, Paragon Book Gallery, New-York, 1962), Trotsky déclare avoir été opposé, dès 1923, à l'entrée des membres du Parti communiste chinois dans le Kuomintang. Selon Pierre Broue, ce ne serait qu'en avril 1926 que Trotsky soulève à huis-clos dans le Parti Communiste d'Union Soviétique la question l'indépendance du P.C.C. vis-à-vis du Kuomintang en critiquant l'admission de celuidans Internationale Communiste. (Pierre Broué, Le Parti Bolchevique, Editions de Minuit, Paris, 1963, page 255). La lettre de Trotsky à Shachtman infirmant ce point de vue est datée du 10 décembre 1930 (voir plus loin).
(5) Mao Tsé-tung avait été élu membre du C.C. au Sème Congrès du P.C.C. en juin 1923. L'article de Mao auquel nous faisons allusion est intitulé « Le Coup d'Etat de Pékin et les marchands », publié dans l'hebdomadaire Le Guide (Hsiang Tao) du 11 juillet 1923. Cette référence, comme d'autres dans cet article, est tirée de l'étude de la camarade Chen Pi-Lan La pensée de Peng Shu-zhi et ses positions et activités dans le Parti Communiste Chinois et dans le mouvement trotskyste. (Non publié).
(6) Peng Shu-zhi était un enseignant, adhérant au P.C. en automne 1920. Il fut envoyé à l'Université des Peuples d'Orient à Moscou en 1921, y devint le secrétaire de la section de Moscou du P.C.C. Membre du C.C. au 4ème Congrès, en janvier 1925, et au séme Congrés (avril 1927). Membre du B.P. de 1925 à 1927. Exclu du P.C.C. en novembre 1929, le camarade Peng Shuzhi appartint à l'Opposition de gauche internationale. Fondateur de la section chinoise de la IVème Internationale, dont il est toujours membre, il vit exilé en Occident depuis la victoire de Mao.
(7) Publié dans Jeunesse Nouvelle (Hsin Ch'ing Nien), décembre 1924. les étudiants se mobilisèrent à travers toute la Chine; le P.C. passa en quelques mois de 900 à 20.000 membres. Le mouvement avait très clairement comme force motrice la classe ouvrière et ses organisations (le Parti et les syndicats) dans la pratique. Aussi, très vite, les
LA DEUXIEME REVOLUTION CHINOISE
LA DEUXIEME REVOLUTION CHINOISE
INTERNATIONALE classes et leurs expressions politiques se différencièrent-elles. La bourgeoisie « nationale » devint de plus en plus hostile aux masses et au Parti Communiste, et à l'intérieur du Kuomintang, la situation devint de plus en plus tendue entre les membres du P.C, et la véritable direction du Kuomintang ; c'est sur ces conflits que vint se greffer le premier coup d'Etat de Tchang Kai-tchek, le 20 mars 1926 à Canton, dont le résultat fut l'interdiction aux communistes d'occuper des responsabilités dans le Kuomintang.
Néanmoins, le C.C. du Parti Communiste Chinois dut accepter, sous la pression de l'Internationale et de Borodine en particulier, que le Parti devienne en pratique un appendice du Kuomintang : la critique par les communistes « trois principes du peuple » de Sun Yatsen devint interdite (8), les membres du P.C.C. furent exclus de la direction centrale du Kuomintang, pas plus d'un tiers des membres des comités régionaux du Kuomintang ne pouvait appartenir au P.C. et finalement le P.C. devait transmettre au Kuomintang la liste complète de ses adhérents qui en étaient membres.
Pourtant, dès octobre 1925, Chen Du-xiu avait proposé au plénum du Comité Central de sortir du Kuomintang, mais le C.C. avait suivi les directives de l'Internationale Communiste. Après le coup d'Etat de mars 1926, le C.C. avait envoyé Peng Shu-zhi à Canton pour discuter avec Borodine de la tactique qu'il fallait suivre devant la menace représentée par Tchang Kai-tchek. Borodine s'opposa à la proposition, faite par Peng, de sortir du Kuomintang, et de remplacer la collaboration à l'intérieur du Kuomintang par une collaboration externe. Armé du prestige de PI.C., et de matériel abondant (argent et armes) Borodine réussit à isoler Peng dans le comité provincial cantonais du P.C.C. (dont Chou En-lai faisait partie à l'époque).
En juillet 1926 encore, devant la menace contenue dans l'organisation de l'expédition du Nord avec Tchang Kai-tchek, dans le but d'« unifier la Chine », la réunion plénière du Comité Central ressentit une fois de plus le besoin de corriger sa politique, et Chen Du-xiu et Peng Shuzhi lui soumirent une proposition demandant que la collaboration entre les deux partis ait lieu dorénavant de l'extérieur, au lieu de se faire à l'intérieur du Kuomintang. Bien que cette proposition ne fut pas adoptée, la plupart des membres du C.C. acceptèrent de la soumettre au Komintern : celui-ci la rejeta, en donnant au contraire l'ordre au P.C.C. de mobiliser les masses pour le soutien à la Campagne du Nord de Tchang Kai-tchek.
Le Comité Exécutif de l'Internationale
Communiste venait d'admettre, en mars 1926, ladhesion du Kuomintang comme parti « sympathisant », et Tchang Kaïtchek comme membre d'honneur de son présidium. En automne de la même année, un délégué de Tchan Kaï-tchek assistait au Septième Plénum élargi de l'Internationale Communiste, une réunion qui, si incroyable que cela puisse paraître, ne dit pas un mot sur le coup d'Etat de mars, ni sur la répression anti-communiste, ni sur l'écrasement des grèves par le gouvernement de Canton (9). Au contraire, la résolution du Septième Plénum elargi parlait du gouvernement de Canton (c'est-à-dire de Tchang Kai-tchek) comme d'un gouvernement qui « en dépit de son caractere democratico-bourgeois, contient essentiellement et objectivement l'embryon d'une dictature révolutionnaire du prolétariat, de la paysannerie, de la petite-bourgeoisie urbaine » (10).
Le 5 avril 1927, c'est-à-dire une semaine avant le deuxième coup d'Etat de Tchang Kai-tchek, le coup d'Etat de Shanghai, alors que la situation était suffisamment clarifiée, Staline déclara à la réunion des cadres du P.C. de Moscou, que Tchang Kai-tchek était le champion de la lutte contre l'impérialisme (11).
Les deux lignes politiques qui s'affrontaient ici, étaient celle de la révolution « par étapes », chère aux menchéviks dans la révolution russe, mais défendue en l'occurrence par Staline et Boukharine, à la suite de l'ancien menchévik Martynov (12), et celle de la révolution per-
(8) Le « triple démisme » de Sun Yatsen, fondateur du Kuomintang, qui offre ressemblances frappantes avec les « Pantcha Sila » de Sukarno, acceptes par D.N. Aidit et la direction du P.C. Indonésien comme « base commune » d'entente, bien qu'ils comprenaient comme premier principe la croyance en Dieu.
(9) Voir par exemple « Les perspectives de la révolution en Chine », discours de Staline à la Commission chinoise du Comité Exécutif de lI.C., le 30 novembre 1926 (reproduit dans La question chinoise dans l'Internationale Communiste).
(10) « Thèses sur la situation en Chine », adoptées par le Septième Exécutif élargi de l'I.C. ‚reproduites dans La question chinoise dans l'Internationale Communiste.
(11) D'après la Plate-forme de l'Opposition de Gauche (1927).
(12) Pseudonyme du dirigeant menchévik A. Picker, rallié au P.C. en 1925, défendant en avril 1927 l'idée que la participation des communistes au pouvoir en Chine « peut s'effectuer sans heurts trop violents », dans l'article « Le rôle du P.C. Chinois » (reproduit dans La question chinoise dans Internationale Communiste).
manente, défendue explicitement par Peng Shu-zhi dans ses articles de 1927 (13).
(13) « Le léninisme est-il applicable dans le cas particulier de la Chine » dans Le
VERS LA
Au moment où Staline affirmait à qui voulait l'entendre que Tchank Kai-tchek ne trahirait pas, Peng écrivait dans un article publié le 18 mars, c'est-à-dire trois semaines avant le coup d'Etat du 12 avril 1927, que « la lutte future en Chine est la lutte à mort entre les forces révolutionnaires et les forces contre-révolutionnaires représentées par Tchang. » Au sein même du Comité Central et du Bureau Politique du P.C.C. des voix s'étaient donc élevées, et parmi elles aussi dans une certaine mesure celle de Chen Duxiu pour montrer les dangers de la politique prônée par l'Internationale et ses représentants en Chine. Si les opinions de Trotsky avaient pu atteindre la Chine à ce moment, l'issue aurait peut-être encore pu être changée in extremis. Mais les documents de Trotsky et de l'Opposition étaient bloqués par Staline. La victoire de la révolution chinoise aurait donné raison à Trotsky et rompu le monopole que Staline s'était arrogé dans le Parti Communiste soviétique. La bureaucratie ne pouvait courir ce risque. D'autre part, Trotsky lui-même n'était pas informé de la situation exacte à l'intérieur du parti chinois. Mais quelle était la position de l'Opposition gauche du Parti Communiste en Union Soviétique ?
Pierre Broué, dans ses commentaires écrits semble-t-il assez hâtivement, affirme qu'à la ligne Staline-Boukharine « s'oppose celle de Trotsky et Zinoviev sur le rôle du mouvement nationaliste dans la lutte de classe et l'indépendance du parti communiste à l'égard du Kuomintang » (14). Ce n'est malheureusement pas tout à fait exact.
En 1923, Trotsky s'était opposé à l'entrée des communistes dans le Kuomintang; dans Ma Vie, il écrit que dès 1925 il exigeait la sortie du Kuomintang (15); et pourtant, dans un texte du 7 mai 1927, intitulé « La Révolution chinoise et les thèses du camarade Staline » il écrit qu'« il ne s'agit pas de rupture, il s'agit de préparer un bloc, non sur la base de la subordination, mais sur celle de l'égalité réelle. Le Kuomintang révolutionnaire est encore à naître. Nous sommes d'avis que les communistes militent à l'intérieur du K.M.T. en attirant pa-
NALE 59 Guide (Hsiang Tao) du 21 janvier 1927, « L'actuelle crise révolutionnaire de la tendance de droite », dans Le Guide du 6 mars 1927 et « Après la lecture du discours de Tchang Kaï-tchek prononcé le 21 février », dans Le Guide du 18 mars 1927. DEFAITE tiemment de leur côté les ouvriers et les paysans.»
Cette attitude était en réalité le résultat d'un compromis, conclu au sein de sein l'opposition unifiée, qui n'était elle-même qu'un bloc, composé de l'ancienne opposition de Moscou et de celle de Léningrad (Zinoviev-Kaménev), c'est-à-dire que Trotsky et ses camarades s'étaient alignés en fait sur les positions de Zinoviev, en 1926 et pendant la première moitié de 1927. Ces positions revenaient à dire que le maintien « à tout prix » du P.C.C. dans le Kuomintang était incorrect, et qu'il fallait que le P.C.C. reste dans le K.M.T. en menant en son sein une politique indé. pendante (17),
Dans son premier discours sur la question chinoise, prononcé en mai 1927 devant le Huitième Plénum du Comité exécutif du Komintern (18), Trotsky prend essentiellement la défense des thèses de Zinoviev, que le B.P. avait refusé de
(14) La question chinoise dans l'Internationale Communiste, p. 15.
(15) Ma Vie, édition « Pionniers » (abrégée), 1947, p. 187.
(16) Texte reproduit sous le titre « La Révolution Chinoise et les thèses de Staline », dans La question chinoise dans l'Internationale Communiste, D. 167. Dans un appendice daté du 17 mai, Trotsky se livre à une critique du discours prononcé par Chen Du-xiu au 5ème Congrès du P. C.C., tenu fin avril-début mai 1927; 1l y caractérise ce discours comme une anajuste dont Chen Du-xiu tire des conclusions fausses. Trotsky n'avait pu lire que des extraits de ce discours, publiés dans la Pravda, pourtant il mettait ainsi mettait ainsi le doigt sur le fait qu'il existait dans le P.C.C. au moins trois tendances : celle de Peng, celle de Chen, et celle, style stalinien le plus pur, de Qu Qiu-bal.
(17) Thèses de Zinoviev, du 14 avril 1927, remises au Bureau Politique du P.C. soviétique le 15 avril (reproduites partiellement dans La question chinoise dans [Internationale Communiste).
(18) Le plus important des deux discours que Trotsky y prononça. Malheureusement La question chinoise dans l'Internationale Communiste ne contient que le second de ces deux discours (le texte complet des deux sont reproduits dans Léon Trotsky, Problems of the Chinese Revolution, Pioneer Publishers, New-York 1932 ; 2ème édition chez Paragon Books Gallery, New-York, 1962).
INTERNATIONALE montrer aux membres du P.C. soviétique et demande de renforcer « l'alliance avec le vrai K.M.T. révolutionnaire ». Un autre document extrêmement intéressant, dont l'absence est une lacune dans le recueil sur la question chinoise, est le texte du représentant yougoslave, Voya
Vouyovitch (zinoviéviste) à l'Exécutif élargi : il y définit très nettement la position de l'opposition unifiée: « La seule organisation possible à présent est le Soviet qui mobilise les masses des travailleurs et des paysans et garantit l'hégémonie du P.C. dans le K.M.T. et, sur le territoire, celle du mouvement national révolutionnaire » (19).
On peut se demander si l'acceptation de cette position n'a pas constitué, de la part de Trotsky, une erreur très grave : c'est d'ailleurs ce que Trotsky a admis dans une lettre adressée à Max Shachtman le 10 décembre 1930 : les conflits avec les zinoviévistes à ce propos avaient amené l'Opposition au bord de la rupture et c'est la raison pour laquelle Trotsky s'était soumis à l'opposition léningradoise en 1926 (20).
Après la défaite de Shanghaï, l'Exécutif élargi du Komintern décida de soutenir le gouvernement de Canton, transféré à Wouhan, aux mains de Wang Jing-wei et de la « gauche du K.M.T. ». La situation continuait à se détériorer de jour en jour et le « K.M.T. de gauche » inclinait de plus en plus en direction des généraux contre-révolutionnaires. Peu de temps après ,Wang Jing-wei déclencha à son tour une « purge anti-communiste ». Chen Du-xiu et Peng proposèrent alors de réorganiser le parti et de resserrer les contacts avec les masses, pour permettre aux cadres de se restructurer. A ce moment l'Internationale choisit de pratiquer une position insurrectionnelle aventuriste, sous la direction de Qu Qiu-bai, qui fut élu secrétaire général à la réunion extraordinaire du C.C. du 7 août 1927. Peng était, quant à lui, déjà éliminé du B.P. depuis le 5ème Congrès. Prenant prétexte de leurs critiques, Qu Qiu-bai et l'Internationale Communiste les taxèrent d'opportunisme afin de rejeter sur eux la responsabilité de la défaite de la deuxième révolution chinoise. C'est là toujours l'explication officielle que donnent les dirigeants du P.C.C. N'ayant ainsi pas permis à des générations de militants de tirer les leçons de leur expérience, ils portent, pour cette raison également, une énorme part de responsabilité du fait qu'en Indonésie, « l'histoire s'est répétée » en octobre 1965, et qu'elle pourrait bien se répéter en Inde !
Le lecteur pourra retracer ces événements, qui aboutirent en novembre 1929 à l'exclusion de Chen et de Peng des rangs du P.C.C., à la lumière des textes publiés dans la dernière partie du recueil des textes sur la révolution chinoise, intitulée « la recherche des responsabilités », et des textes de Trotsky « Bilan et perspectives de la révolution chinoise » (21), et « La question chinoise après le Sixième Congrès » (22) ; ce sont ces textes qui ont servi à clarifier les expériences de la défaite et à former théoriquement l'opposition trotskyste dans le Parti Communiste Chinois.
(19) Op. cit., p. 395.
(20) Op. cit. (Introduction).
(21) Léon Trotsky The draft program of the Communist International (écrit avant le Gème Congrès du Kommintern), dans : The Third International after Lenin, Pioneer Publishers, ew York, 1936.
(22) Publié dans Problems of the Chinese Revolution, op. cit.