La conférence tricontinenale qui a eu lieu à La Havane en janvier dernier a été une assemblée exceptionnelle à laquelle assistaient des représentants de mouvements révolutionnaires venant des parties du monde où se sont produits les événements capitaux des dernières quinze années, et, à juste titre, elle a provoqué des réactions virulentes de la part de l'impérialisme américain et de ses fantoches. Il est probable qu'elle aura des répercussions importantes dans le déroulement des luttes anti-impérialistes futures, notamment en Amérique latine. Il serait toutefois erroné d'accepter des interprétations apologétiques, sans en saisir tous les éléments distincts et même contradictoires et en minimisant les conflits intérieurs, reflets plus ou moins directs des intérêts variés des différentes forces en présence.
Envisagée depuis assez longtemps, la conférence a été finalement convoquée à un moment où d'une part l'impérialisme concrétisait dans des actes sa volonté d'étouffer, y compris par de véritables guerres et au risque de déclencher une conflagration nucléaire, la lutte
Il faut tout d'abord attirer l'attention sur la composition assez hétérogène de la conférence. En effet, à côté de représentants de mouvements révolutionnaires qui luttent les armes à la main contre les impérialistes et les forces conservatrices indigènes — dans des pays d'Afrique et notamment d'Amérique latine — il y avait un nombre considérable de délégations qui, quelle que fut leur dénomination formelle, étaient, en réalité, des délégations gouvernementales. Et si une bonne partie provenait des Etats ouvriers, il y en avait aussi d'autres en provenance d'Asie et d'Afrique. Par exemple, une délégation asiatique représentait officiellement le royaume du Cambodge et une autre le gouvernement du Pakistan : parmi les délégations africaines, il y avait celle du parti KANU du Kenya, qui est d'émancipation des peuples des pays coloniaux ou semi-coloniaux, et où, d'autre part, le conflit sino-soviétique s'approfondissant rendait de plus en plus difficile l'organisation d'une riposte efficace du front des Etats ouvriers et des forces anti-impérialistes mondiales. La nécessité d'établir un lieu de rencontre et d'élaborer, ne fût-ce que partiellement, une stratégie d'ensemble des luttes actuelles ou en perspective était donc à la base de la tenue de la conférence. Tout en repoussant des interprétations impressionnistes selon lesquelles une conférence d'une telle nature jouerait en fait le rôle d'une Internationale, il est incontestable que la Tricontinentale a exprimé une exigence profonde et donné des indications qui devraient faire réfléchir tous les partisans des voies dites nationales et de la fragmentation dans la pratique du mouvement ouvrier et anti-impérialiste mondial. Elle a donné en même temps un aperçu des forces nouvelles qui seront nécessairement parmi les compo santes de cette Internationale révolutionnaire de masse qui est un objectif majeur de la lutte que nous menons. de plus en plus dominé par des tendances conservatrices néo-colonialistes (1). En
(1) D'après un compte rendu de Granma du 7 janvier, au 6 janvier 1l y avait un total de 743 délégués, observateurs et invités : 80 organisations représentaient 79 pays. Les Cubains avaient le nombre le plus élevé de délégués (40), suivis par les Soviétiques et les Chinois avec 34, en quatrième place la R.A.U. avec 21. Les délégations gouvernementales étaient les plus nombreuses. En ce qui concerne les observateurs et les invités, le choix était souvent malheureux: il y avait des personnages absolument ternes, tel le président de la F.S.M., des commis-voyageurs professionnels s'adaptant à tous les tournants, des intellectuels fort discutables dont le célèbre romancier Moravia qui, à son retour, a écrit des articles réactionnaires dans des journaux conservateurs.
LES FORCES EN PRESENCE ET LE SUCCES CUBAIN
LES FORCES EN PRESENCE ET LE SUCCES CUBAIN
QUATRIEME outre, le règlement prévoyait que chaque pays disposerait d'une seule représentation et d'une seule voix: ce qui avait pour but de stimuler la formation de fronts unis, mais au détriment de la confrontation et de la différenciation politique souvent indispensables. La conséquence en fut d'ailleurs que des conflits éclatèrent sur le choix des délégations à reconnaître : dans certains cas on aboutit finalement à des exclusions inadmisSibles (2).
Cette composition extrêmement variée, l'exacerbation des polémiques sino-soviétiques, l'éclatement ouvert à la veille même de l'ouverture de la conférence du violent différend sino-cubain, d'autres conflits latents au sein même de délé gations formellement unitaires devaient inévitablement provoquer des confrontations très vives et de véritables luttes fractionnelles. Le déroulement des travaux a été, en fait, caractérisé par une lutte serrée du commencement jusqu'à la fin, pendant les réunions officielles et dans les couloirs. Cela a été admis par tous les commentateurs sérieux et confirmé d'ailleurs aussi bien par la prolongation de la conférence que par des
(2) L'exclusion la plus scandaleuse a été celle du mouvement M.R. 13 du Guatémala. Mais était absent aussi le F.L.N.A. angolais qui pourtant lutte depuis cinq années contre l'impérialisme portugais. On commentaires d'organes de mouvements ou partis représentés (3).
Si l'on examine les textes adoptés, notamment les résolutions politiques les plus importantes, la conclusion s'impose que les partisans d'une ligne radicale ont remporté des succès incontestables. Nous attirons l'attention surtout sur les points suivants :
a) la dialectique des différentes forces motrices de la révolution mondiale est saisie dans certains aspects essentiels ; b) la solidarité avec le Vietnam et la lutte contre l'agression américaine sont considérées comme les problèmes primordiaux à l'étape actuelle ; c) la voie révolutionnaire est envisagée comme une nécessité pour faire face à la violence impérialiste (4) ; d) des mesures radicales d'expropriation aussi bien des propriétaires impérialistes que des couches possédantes indigènes sont indiquées comme indispensables, notamment dans la résolution économique ; et cela est placé dans l'optique d'une « voie non capitaliste » et d'une perspective générale socialiste.
Il est clair que ce sont surtout les Cubains qui ont fait triompher, dans une mesure importante, leur ligne. Ils ont d'ailleurs mis particulièrement l'accent sur les points à leurs yeux essentiels dans le discours d'ouverture de Dorticos, et dans l'intervention de Cienfuegos, qui ont insisté sur la nécessité et la possibilité objective de la voie révolutionnaire et utilisé des formules dictées par un esprit internationaliste, dans la fougueuse affirmation de conséquence de Raul Roa et surtout dans le discours de clôture de Fidel Castro (5). Ce discours notamment a été largement diffusé et nous n'y revenons pas en détail: qu'il suffise d'en rappeler ici deux thèmes centraux, à savoir la solidarité avec le Vietnam se traduisant dans l'offre d'une participation cubaine directe à la défense du pays, et l'esquisse d'une orientation concrète de lutte coordonnée en Amérique latine pour régler le compte avec l'impérialisme nordaméricain (6).
Le succès politique cubain a été d'ailleurs consolidé par le succès organisationnel; le choix de la Havane au lieu du Caire comme centre des organismes issus de la Tricontinentale a une signification qui n'a échappé à personne et pour cause, car c'est autour de cette question que s'est produit l'un des conflits les plus âpres de toute la conférence. A l'actif des Cubains l'on doit enregistrer aussi la formation de l'organisation de solidarité latino-américaine, dont le comité responsable a d'ailleurs une composition qui devrait constituer à leurs yeux une garantie supplémentaire (7).
ne saurait d'ailleurs admission de l'Unity ment populaire qui et mène une lutte du Sud.
que déplorer la non-
Movement, le mouvea des racines réelles opiniâtre en Afrique
(3) Cf. par ex. les commentaires chinois. Cf. aussi des articles parus dans l'Unità, organe du P.C. italien.
(4) Cette ligne se concrétise d'allleurs dans des résolutions particulières, sur le Pérou, le Congo, le Venezuela, etc.
(5) Dorticos a parlé notamment de « notre volonté d'accomplir l'engagement que nous avons contracté avec les autres peuples, même si nous mettons ainsi nos œuvres et nos créations en péril » (Granma, 4 janvier). Raul Roa a dit, entre autre: « Le peuple de Cuba, son gouvernement révolutionnaire et son parti communiste ne cherchent pas à convaincre avec des paroles, mais avec les poings. » (Granma, 16 janvier.)
(6) Nous faisons référence au passage du texte qui souligne que « les rapports de force des impérialistes dans ce continent, la proximité de leur territoire métropolitain, l'ardeur par laquelle ils s'efforceront de défendre leurs domaines dans cette partie du monde, exigent dans ce continent, plus que n'importe où allleurs, une stratégie commune, une lutte commune et simultanée ».
(7) Sont représentés dans le comité les pays suivants: Brésil, Mexique, Uruguay, Guyane britannique, Venezuela, Colombie, Pérou, Guatémala et Cuba.
LES SOVIETIQUES, LES CHINOIS ET LE DISCOURS DE CABRAL
Dans le cadre d'une conférence où les conceptions les plus radicales avaient toute chance de prévaloir et dans le contexte d'une situation internationale caractérisée par l'aggravation de la crise au Vietnam et la décision de l'impérialisme d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour bloquer des le début tout processus révolutionnaire en Amérique latine, les représentants soviétiques ne pouvaient de toute évidence qu'accepter une série de formulations sur la violence révolutionnaire à opposer à la violence impérialiste et que réitérer les promesses d'aide aux peuples en lutte contre l'impérialisme. Cette attitude leur a permis d'exploiter d'une façon profitable la tension dans les rapports sino-cubains et certaines outrances sectaires des Chinois. Dans le conflit qui secoue le mouvement communiste international, ils ont donc marqué des points et ont réussi, entre autres, à remettre en jeu certains partis communistes latino-américains partisans de leurs conceptions, qui, à cause de leurs conceptions opportunistes et de leurs zigzags politiques s'étaient coupés du courant révolutionnaire de base de leur continent. Ils ont dû, d'autre part, accepter une espèce de consécration du leadership fidéliste en Amérique latine et renoncer à leur position de départ concernant le siège des organismes de la Tricontinentale (il est connu qu'ils avaient opté pour le Caire). Ils ont dû accepter aussi la survivance de l'organisation afroasiatique qu'ils auraient voulu enterrer dans le but d'entraver l'activité chinoise. Ils ont même essuyé une défaite sur la composition de la représentation asiatique dans le secrétariat exécutif que la conférence devait élire (8). Sur le terrain plus proprement politique, ils n'ont pas
(8) D'après une proposition sur laquelle s'était réalisé un accord, la délégation asiatique devait inclure la Corée, le VietnamSud, le Pakistan et la Syrie. Les Soviétiques avancèrent à la fin leur propre candidature, mais ils n'eurent pas gain de cause.
(9) C'est du moins ce que prétendent les commentaires chinois, qui donnent des détalls sur le déroulement du vote.
(10) Parmi les partisans les plus fervents de la position soviétique 1l y eut le délégué de l'African National Congress d'Afrique du Sud.
(11) Ont voté contre, outre la Chine, la Corée, le Japon, l'Indonéste, la Malaisie, la Tailande, l'Ouganda, le Basoutoland, le Béchouanaland, l'Afrique du sud-ouest, le Népal et le Pakistan; le délégué congolais a aussi critiqué l'attitude soviétique.
(12) En ce qui concerne le Guatémala ont joué sans aucun doute des raisons fractionnelles de valorisation de Turclos par rapport à Yon Sosa.
réussi à faire introduire dans la résolution générale comme une idée centrale leur conception de la coexistence pacifique, au sujet de laquelle ils ont toutefois imposé, dans des conditions peu claires (9), l'adoption à la majorité d'une résolution particulière, d'ailleurs assez restrictive. Ils se sont, par contre, opposés avec un certain succès à des propositions qu'ils considéraient outrancières, comme celle d'une condamnation explicite et nette de TO.N.U. dans une résolution ad hoc réclamée par le délégué de Saint Domingue (une condamnation édulcorée fut introduite dans le texte général) ou celle du délégué du Cambodge, qui souhaitait une rupture de toute relation avec les Etats-Unis (10).
Le bilan des Chinois n'a pas été brillant, malgré l'optimisme de leurs commentaires officiels. Quelles que soient les responsabilités réciproques — notre but n'est pas de les analyser ici, le fait que les Cubains se soient maintenant alignés du côté soviétique et soient même les protagonistes des attaques les plus violentes qu'on ait jamais lancées, représente pour Pékin une défaite majeure dont les répercussions se sont dessinées à la conférence elle-même. Toutefois, il n'est pas vrai qu'ils se soient trouvés dans une situation d'isolement complet. Ainsi, leur opposition à la résolution sur la coexistence a été partagée par un certain nombre de délégations qui soit ont voté contre soit se sont abstenues (11). Même dans leur attitude refusant toute action unitaire avec les Soviétiques, ils ont eu le soutien du Japon, de l'Indonésie, de la Malaisie et de la Thailande. A également des critères adoptés pour l'acceptation des délégations, leurs positions se sont, par contre, avérées très faibles dans le secteur de l'Amérique latine.
Outre les délégations qui devaient nécessairement jouer le rôle fondamental, l'attention des milieux de la conférence a été centrée en particulier sur les délé gations de certains mouvements, dont le Pérou, le Venezuela et le Guatémala (12), qui ont exprime sous une forme très nette l'orientation de la lutte armée.
Parmi les Africains, l'homme de premier plan a été Amilcar Cabral, dirigeant du mouvement de libération de la Guinée dite portugaise, qui a prononcé l'un des discours les plus importants surtout sous l'angle des généralisations théoriques. Il a tout d'abord insisté sur la nécessité de parvenir à des vues théoriques d'ensemble et de rejeter toute conception démagogique et toute exaltation de cet empirisme qui représente en réalité, à son avis, «la plus grande carence de notre lutte contre l'impéria-
QUATRIEME lisme ». Après avoir tracé un rapide aperçu historique, il a défendu la thèse qu'il serait possible de sauter par-dessus des étapes historiques, ce qui revient plus concrètement à affirmer la possibilité pour des peuples sous-développés d'arriver au socialisme sans devoir passer par une phase capitaliste. Il a mis l'accent, en outre, sur les dangers multiples du néo-colonialisme et sur les tendances rétrogrades qui se précisent, en analysant plus en détail le rôle relativement progressif joué par la petite bourgeoisie révolutionnaire qui peut toutefois subir
QUEL SERA LE
Si on voulait passer les textes adoptés à La Havane au crible d'une analyse mitieuse ,on pourrait y trouver des réticences, des affirmations équivoques, des formulations qui ont couvert des décennies durant la pratique opportuniste de pas mal de grandes organisations ouvrières. Notons surtout le manque de clarté sur la bourgeoisie dite nationale - dont d'ailleurs des représentants étaient à La Havane, des passages aptes à engendrer la confusion sur la nature de la dynamique de la lutte à mener, l'acceptation d'une optique anti-monopoliste et non carrément anti-capitaliste pour le mouvement ouvrier des pays d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord (14). Mais tout cela ne saurait constituer un élément de jugement déterminant. La véritable question que sans aucun doute pas mal de délégués se sont posée et qui se pose maintenant, deux mois après la clôture des travaux, est la suivante: dans quelle mesure les résolutions adoptées se traduiront-elles dans la réalité ? Dans quelle mesure les décisions prises aideront-elles effectivement, en premier lieu, les mouvements révolutionnaires de l'Amérique latine?
Nous ne partageons pas l'interprétation sectaire simpliste d'après laquelle le côté essentiel fut celui de la mise en scène propagandiste, les Cubains eux-
(13) Rappelons aussi la très pertinente remarque suivante: « Les expériences de certains peuples, les conditions actuelles de la lutte de libération dans le monde, les conditions de violence permanente (ou, tout au moins, les contradictions et le désordre) de certains pays qui ont conquis l'indépendance par « vole pacifique » nous démontrent non seulement que tout compromis avec l'impérialisme est contre-opérant, mais aussi que la vote normale pour la libération est la lutte armée. »
(14) La déclaration générale parle d'une lutte contre la domination du capital des monopoles, thème sur lequel d'allleurs il était facile d'avoir l'accord aussi bien des Soviétiques que des Chinois.
une régression conservatrice. En saisissant finalement la dynamique anticapitaliste de la lutte qui se déroule dans les trois continents qui ont connu l'exploitation impérialiste, il a souligné la nécessité d'une avant-garde qui dirige la lutte (13). On peut s'interroger sur les raisons qui ont poussé Cabral à prononcer ce discours à la conférence et sur le rôle qu'il joue plus généralement et, bien entendu, discuter certaines de ses formules : mais son intervention a été, en tout cas, l'une des plus rigoureuses et des mieux structurées. BILAN REEL? mêmes visant à cacher derrière des formules révolutionnaires une renonciation substantielle au soutien actif des luttes en Amérique latine. Nous n'ignorons pas les difficultés que les Cubains connaissent et nous n'idéalisons aucune direction, fût-ce la plus révolutionnaire. Notre analyse se base sur une donnée concrète : en fin de compte, le salut de Cuba sera déterminé non par l'aide économique et militaire de l'U.R.S.S. et d'autres Etats ouvriers - qui pourtant reste indispensable — mais par l'élargissement de la révolution dans d'autres pays d'Amérique latine : telle est une vérité première qu'aucun dirigeant cubain ne saurait oublier sans contredire ses propres intérêts de survivance. C'est pourquoi nous ne doutons pas que l'équipe fidéliste a voulu la conférence dans un but d'action politique concret et s'efforcera d'utiliser tous les moyens dont elle pourra disposer maintenant.
Cela ne signifie aucunement ignorer les puissants facteurs opérant en sens contraire. Le premier est l'action et la pression constantes de la direction bureaucratique de l'U.R.S.S. pour qui l'adoption des résolutions de la Tricontinentale est loin d'avoir la même signification qu'elle a pour les révolutionnaires cubains. L'optique générale de Moscou reste celle d'une coexistence qui mise sur un modus vivendi avec l'impérialisme américain et veut donc éviter toute cause de friction supplémentaire. Une explosion révolutionnaire éventuelle dans n'importe quel pays d'Amérique latine augmenterait la tension internationale et, face à l'intervention probable de l'impérialisme, placerait les dirigeants soviétiques devant le choix désagréable pour eux soit d'organiser une riposte soit de démontrer qu'ils ne veulent pas ou ne sont pas en condition de contrecarrer effectivement l'action impérialiste. Il est donc plausible qu'ils mettront tout en œuvre pour empêcher que la ligne de la conférence se traduise en pratique et les arguments ne feront défaut ni à eux ni à leurs partisans, qui pourront éventuellement s'abriter derrière
Q VATRIEME INTERNATIO la thèse de l'inexistence de conditions objectives (15).
Il existe, en deuxième lieu, le problème d'une série de partis communistes latino-américains. Apparemment, ils auraient fait un tournant en acceptant, en gros, l'orientation cubaine et en renonçant à leurs positions traditionnelles. Mais dans quelle mesure s'agit-il d'un changement réel? Dans quelle mesure, en admettant même que le virage ait été sincère, seront-ils en condition d'opérer le renouveau profond de leurs conceptions, de leurs structures, de leurs méthodes qu'une orientation révolutionnaire exigerait ? On ne peut pas exclure a priori bien sûr que, dans un contexte explosif, des partis qui ne disposent pas d'un grand appareil cristallisé et dont la composition pourrait changer à la suite d'un afflux d'éléments nouveaux, notamment de jeunes générations, puissent suivre en pratique le chemin de la voie révolutionnaire que les textes de La Havane prônent (il y a déjà eu d'ailleurs des exemples dans ce sens) ; mais, indépendamment du fait qu'aucune certitude n'existe et qu'il serait donc erroné de renoncer à une lutte conséquente au sein du mouvement révolutionnaire, est-il possible d'envisager sérieusement cette variante pour des partis qui ont une tradition assez longue d'opportunisme et qui disposent en même temps d'appareils très bureaucratisés, comme, par exemple, le P.C. argentin et le P.C. chilien ? Pouvonsnous croire que même un Salvadore Allende, qui a été comme le symbole de la voie « démocratique », soit disposé à miser sur la solution de la voie révolutionnaire ? (16).
Finalement, on ne peut pas oublier
(15) Il n'est pas sans importance de souligner que la presse soviétique n'a pas attiré l'attention sur les aspects les plus révolutionnaires de la conférence et des discours de Fidel Castro.
(16) Rien n'indique, par exemple, que le P.C. chilien, qui ne fait aucun mystère de ses sympathies « italiennes », ait opéré un tournant par rapport à son cours précédent. Quant à Salvador Allende, certaines de ses déclarations à La Havane lul laissent la porte ouverte: « Chaque pays, a-t-il déclaré le 5 janvier (Granma, 6 janvier), a sa propre réalité et sa propre stratégie ».
(17) Le F.I.R. péruvien estimait que les conditions n'étaient pas réunies pour un succès de l'initiative de La Puente et de ses compagnons de lutte.
(18) D'après le correspondant du Monde,
Niedergang, des militants du M.I.R. n'auraient pas ménagé leurs critiques à une déclaration de Pompeyo Marquez, l'un des dirigeants du P.C.V.
(19) Cela s'est déjà produit dans le cas du Guatémala. Ci. à ce sujet notre article Castro's intervention in the Guatemalan dispute, World Outlook, March 4,
1966.
NALE 23 que, dans certains pays, il y a et il pourra y avoir à des échéances courtes des difficultés objectives réelles, qui ont et auront un reflet même au sein du mouvement engagé dans la lutte armée. Au Pérou existent des divergences sur le choix des conditions du déclenchement des guérillas par le MIR et ses militants courageux et il n'y a pas de doute que l'expérience amorcée l'année passée se poursuit dans une situation de plus en plus difficile (17). Au Venezuela, la répression gouvernementale a incontestablement marqué des points, ce qui a favorisé ultérieurement les tendances qui dans le PCV et dans le MIR prônent depuis un certain temps un tournant vers des formes de lutte plus ou moins «légales ». Même à la Havane, il y a eu des échos des polémiques en cours dans le mouvement vénézuélien (18).
Nous avons laissé de côté dans cet article le problème de l'attaque que Fidel Castro a livrée contre le mouvement trotskyste dans son discours de clôture. Ce problème ne concerne pas directement
Ce probleme ne conc la conférence, mais l'attitude de Castro, confirme, ne sauraie cela d'autant plus q éclaté au grand jou lente entre les Cub Il est à craindre que nelles très âpres ne les secteurs d'avar latine, des luttes t par les méthodes n sion des positions re nigration, de la cal derait pas, au cont questions tactiques base. La IVe Interna sans fléchir par les l'époque de Staline, effrayée d'une telle elle considère que, du plus pur style amalgames grotesqu créé des difficultés qu'il risque d'atteinc celui qu'il prétend de faciliter l'unité e naire commune, il approfondir les divi les problèmes réels et d'orientation stra
Pour toutes ces bilan de la conféren peut pas être dressé que l'expérience des prochaines années c tions adoptées aur réelle, marquant ain toire révolutionnaire rique latine, ou si arne pas directement les répercussions de si cette attitude se nt être minimisées: u'en même temps a : la polémique viruains et les Chinois. : des luttes fractionse développent dans it-garde d'Amérique actionnelles menées fastes de la distorciproques, de la déomnie : ce qui n'airaire, à clarifier les et stratégiques de itionale, qui a passé pires campagnes de n'est pas du tout confrontation; mais par ses accusations stalinien et par ses es, Fidel Castro a supplémentaires, et tre le but inverse de poursuivre: au lieu t l'action révolutionaura contribué à sions et à obscurcir d'analyse spécifique itégique (19). raisons, le véritable ce de La Havane ne maintenant. Ce n'est prochains mois et des lui dira si les résolu'ont eu une portée si une étape de l'his, notamment en Améles facteurs opérant dans un sens contraire auront eu le dessus.
18 mars 1966.