Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 28

Le XXIIIe Congrès du P.C. de l'U.R.S.S.

E. Germain · Quatrième Internationale, n° 28 · juin 1966 (2e trimestre) · p. 10-18 · 6 741 mots

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Le XXII|® Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique n'a pas été marqué par des incidents ou des révélations sensationnels. On pourrait en conclure qu'il ne mérite pas une grande attention. Ce serait une conclusion erronée. D'une part, il y a des tensions et des conflits souterrains qui sont révélés précisément par le caractère gris et monotone du congrès, par l'incapacité de la direction bonapartiste de la bureaucratie à trancher des questions dé-

Le ralentissement de la

Le fait capital qui se dégage du congrès, c'est que l'U.R.S.S. a traversé au cours des dernières années une grave crise de ralentissement de sa croissance économique. Nous l'avions signalé à l'époque (1); mais sans doute son ampleur a-t-elle encore dépassé les estimations faites au moment où ce ralentissement s'est d'abord manifesté.

Quelques chiffres permettront de saisir ce ralentissement : • au XXII® Congrès du P.C.U.S., on avait décidé d'augmenter la production industrielle en 1970 de deux fois et demie celle de 1960. Actuellement, on constate que la production industrielle augmenté de 100 à 150 entre 1960 et 1965, et qu'elle passera de 150 à en 1970; • le programme adopté au XXIIe Congrès avait fixé le but à atteindre en 1970 comme étant de 900 à 1.000 milliards de kWh de production d'électricité ; maintenant, le nouveau plan quinquennal ne prévoit qu'une production de

840-850 milliards de kWh; • plusieurs objectifs industriels importants fixés par le plan septennal pour 1965 n'ont pas été atteints: la production de gaz a été de 129 milliards de m3 a la place de 150 milliards prévus ; la production d'engrais chimiques a été de

31,3 millions de tonnes à la place de

(1) Voir notre rapport politique au Congrès Mondial de Réunification (7e Congrès Mondial), Quatrième Internationale, no 20, novembre 1963.

battues au sein du parti et de la société. D'autre part, des données présentées au congrès, notamment dans les deux rapports de Brejnev et de Kossyguine, et dans les quelques rares interventions qui ne se bornent pas à répéter des clichés, se dégagent une série de conclusions qui permettent de mieux saisir la situation économique et sociale en U.R.S.S. et les contradictions qu'elle recèle. croissance économique millions prévus ; la production de biens de cunsommation, qui aurait dû augmenter de 50 %, n'a augmenté dans son ensemble que de 36 % ; • la productivité du travail dans l'industrie, qui avait augmenté d'une moyenne annuelle de 6,5 % dans les années 1956-

1960, n'a plus augmenté que de 4,6 % en moyenne annuelle pour la période

1961-1965, contre une prévision de

6,5 % ; • le revenu national et les revenus réels de la population ont augmenté à un rythme plus lent que prévu. Le revenu national a augmenté de moins de 50 %, alors que le plan septennal avait prévu une augmentation de 62 à 65 %. Le revenu réel par tête d'habitant n'a augmenté que de 20 % entre 1960 et

1965, ce qui signifie une hausse annuelle d'environ 3,5 %, chiffre beaucoup plus bas que celui des sept années précédentes. Le salaire mensuel moyen des ouvriers et des employés n'a augmenté pour tout le septennat 1958-1965 que de 23 % (il est passé de 78 à 95 roubles) ; compte tenu du rythme d'augmentation plus rapide en 1958, 1959 et 1960, il est probable qu'il y a eu une année - 1963 — où les revenus réels de la population laborieuse soviétique ont même diminué.

A notre avis, la chute de Khrouchtchev a été, du moins en partie, causée par ce ralentissement de la croissance économique de l'U.R.S.S., et la quasi-stagnation du niveau de vie de la population qui en est résultée. Ce ralentissement a eu trois

VATRIEME causes essentielles : l'échec de la politique agricole (qui fut l'échec principal de la politique de Khrouchtchev) ; le rendement beaucoup plus bas que prévu des investissements industriels réalisés au cours du septennat ; la charge de plus en plus lourde que représentent la course aux armements et la course à l'espace pour l'économie soviétique.

A ces trois causes correspondent trois tentatives de la bureaucratie soviétique pour surmonter les obstacles sur la voie d'un nouvel essor de l'économie : une nouvelle réforme de l'agriculture, annoncée par le plénum du Comité Central de mars

1965 ; la réforme des méthodes de planification et de gestion de l'économie, dont font partie les propositions dites de Liberman; la tentative de la bureaucratie de « rationaliser » la course aux armements avec l'impérialisme américain, notamment par le truchement de l'accord de Moscou sur l'arrêt des essais nucléaires dans l'atmosphère.

De ces trois réformes déjà réalisées ou

Particulièrement grave est l'échec de la politique khrouchtchévienne dans l'agriculture. Khrouchtchev avait promis 180 millions de tonnes de céréales engrangées, d'abord pour 1960 (6° plan quinquennal), puis pour 1965 (plan septennal). On reste loin de compte ! En fait, on reste si loin de compte que les dirigeants soviétiques n'osent pas publier les chiffres précis de production pour l'année 1965, mais se réfugient derrière la moyenne des années 1961-1965. Pour la production céréalière, cette moyenne est de 130 millions de tonnes, chiffre atteint et dépassé dès 1958 ; le nouveau plan quinquennal ne prévoit pour 1970 qu'une production de 167 millions de tonnes, c'est-à-dire un chiffre inférieur aux prévisions du plan pour... 1960 !

L'échec est tout aussi patent dans d'autres domaines que celui de la production céréalière. Pour les betteraves sucrières, le plan septennal avait prévu une production de 76 à 84 millions de tonnes en 1965 ; la moyenne 1961-1965 fut de 59 millions de tonnes. Pour les pommes de terre, les prévisions de Khrouchtchev avaient été de 147 millions de tonnes en 1965; la moyenne de 1961-1965 fut en fait de 81,5 millions de tonnes, soit un chiffre inférieur à la moyenne 1956-1960.

L'évolution fut encore pire en ce qui concerne les produits d'origine animale. Au XXIe Congrès, Khrouchtchev avait promis d'augmenter •la production de viande sur pied de 8 millions de tonnes en 1958 à 16 millions en 1965. Kossyguine affirme au XXII° Congrès que la moyenne de en voie de réalisation (dont la troisième a été sérieusement entravée par les conséquences de l'agression impérialiste au

Vietnam, laquelle a surpris le Kremlin et a obligé la bureaucratie soviétique à accentuer à nouveau ses efforts militaires), l'équipe au pouvoir s'attend à cueillir les fruits sous forme d'un redressement du taux de croissance, surtout de celui du revenu national et des revenus réels de la population. Ceux-ci devraient augmenter de 30 % entre 1965 et 1970, contre 20 % pour la période 1960-1965. L'effort à cette fin porte autant sur l'agriculture que sur la production de biens de consommation industriels.

Il n° 'est plus question cependant de dépasser le niveau de la production industrielle américaine d'ici 1970-72, ni surtout d'atteindre d'ici-là « les bases matérielles et techniques du communisme ». Ces fanfaronnades khrouchtchéviennes sont à juste titre condamnées comme du « volontarisme » et du « subjectivisme ». Tant pis pour ceux qui eurent foi... la production de viande pour la période 1961-1965 fut de 9,3 millions de tonnes, et qu'on n'atteindra en 1970 que 11 millions, soit beaucoup moins que la production prévue pour 1960 par le plan septennal. En 1958, la production de lait fut de 60 millions de tonnes ; le plan septennal promit de l'amener à 100-105 millions de tonnes en 1965 ; Kossyguine établit la moyenne atteinte pour la période 19611965 à 65 millions de tonnes, et ne promet qu'une production de 78 millions pour le nouveau plan quinquennal.

A la lumière de ces chiffres, les promesses de Khrouchtchev contenues dans le programme adopté au XXIe Congrès reçoivent une note presque grotesque. Le volume global de la production agricole qui devait augmenter de 250 % entre 1958 et 1970 n'augmentera dans le meilleur des cas que de 40 %. La production de viande, qui aurait dû tripler (!) pendant cette période, n'augmentera que de 36 % ; la production de lait devait doubler pendant cette période ; elle , augmentera à peine de 30 %...

Même les matières premières pour l'industrie en provenance des campagnes, qui jouirent pourtant d'un régime de faveur dès l'époque stalinienne, n'ont pu être produites en quantités requises ; c'est notamment vrai pour la laine, le coton, le bois et le cuir. Pour ne prendre que les exemples de la laine et du coton: pour la laine, la production s'était élevée à 320.000 tonnes en 1958; le plan septennal avait promis 548.000 tonnes en 1965. En réalité, la moyenne atteinte pour la période

Echec de la politique agricole de Khrouchtchev

Echec de la politique agricole de Khrouchtchev

QUAT 1961-1965 ne fut que de 361.000 tonnes, et le nouveau plan quinquennal fixe prudemment l'objectif à atteindre en 1970 à un niveau inférieur à celui initialement prévu pour 1965. Le plan septennal avait prévu une augmentation de la production cotonnière de 4,4 millions de tonnes en 1958 à 5,7-6 millions de tonnes en 1965. La production n'a, en réalité, atteint que 5 millions de tonnes en 1965 (c'est-à-dire une augmentation de moins de 15 % en 7 ans !), et le but initialement prévu pour l'année 1965 est maintenant purement et simplement repris comme objectif du nouveau plan quinquennal pour 1970. souffert de la pere des e Il va sans dire que l'industrie légère a souffert de la pénurie des matières preculture. On touche ici du doigt un exemple des effets négatifs pour l'industrie elle-même de la croissance disproportionnée entre l'industrie et l'agriculture.

Nous avions jadis indiqué trois causes du ralentissement de la croissance de la production agricole visible dès 1962 (2) : l'insuffisance des investissements ; l'utilisation irrationnelle des moyens de production disponibles ; l'intérêt insuffisant des kolkhoziens pour l'augmentation de la production. L'équipe qui dirige actuellement la bureaucratie soviétique et le P.C.U.S. semble vouloir porter ses efforts sur ces trois terrains à la fois, et dans le domaine des investissements, elle attache son attention autant à l'accroissement du parc de machines agricoles qu'à l'augmentation de la production d'engrais. Cela constitue en tout cas un progrès par rapport aux tentatives khrouchtchéviennes de résoudre la crise chronique dont souffre l'U.R.S.S. par des « campagnes » successives menées sur un seul thème (culture des terres vierges ; culfure du mais ; suppression des prairies : développement de l'industrie des engrais chimiques, etc.).

Le nouveau plan quinquennal prévoit un accroissement considérable des investissements dans l'agriculture. Alors que la production industrielle ne doit augmenter en moyenne que de 50%, la production de machines agricoles et de tracteurs doit augmenter de 70% et celle des engrais chimiques doit doubler. Alors que la production d'électricité doit augmenter globalement de 66 %, la fourniture d'électricité à l'agriculture doit tripler.

Il est vrai que Brejnev et Kossyguine se taisent quant aux moyens d'assurer l'efficacité de ces investissements. A ce point de vue, le bilan du plan septennal est desastreux. Ce plan avait prévu un investissement global de 50 milliards de roubles dans l'agriculture ; grâce à cet investisse-

(2) Voir notre article : « Les difficultés de l'agriculture soviétique». Quatrième Internationale, no 17, décembre 1962, ment, un accroissement de production de l'ordre de 70 % devait être obtenu. En réalité, les investissements se sont élevés à 56 milliards de roubles, et l'accroissement de la production obtenu n'a été que de 12 %. Cette fois-ci, une augmentation de la production de 25 % est promise grâce à un investissement de 72 milliards de roubles.

Le tableau est encore pire dans le domaine de la répartition des investissements entre l'Etat et les kolkhozes. Le plan septennal avait prévu que les kolkhozes investiraient 35 milliards de roubles, 350850 que l'Etat prendrait 15 milliards à charge. En réalité, les kolkhozes n'ont investi que 26 milliards et l'Etat a dû doubler les investissements prévus (30 milliards de roubles à la place de 15 milliards) pour atteindre l'objectif fixé. La chute des investissements des kolkhozes ne fut pas seulement relative mais absolue ; le total des investissements par kolkhoze baissa de 254 roubles à 249 roubles entre 1959 et 1963, et ce malgré le fait que les crédits à long terme obtenus par les kolkhozes augmentèrent pendant cette même période de 41 à 61 roubles. Les fonds propres que les kolkhozes ont pu dégager pour des investissements avaient donc en réalité baissé de 210 roubles à 188 roubles par kolkhoze (Voprossi Ekonomiki, n° 12, 1965).

Pour le nouveau pu4i millards de dant plan quinquennal, l'Etat investira 41/ milliards roubles septennat passé), et les kolkhozes devraient investir 31 milliards (c'est-à-dire moins que prévu par le septennat, mais en augmentation de 20 % sur ce qui a été effectivement investi pendant la période septennale).

La mauvaise utilisation des moyens de production disponibles dans l'agriculture n'a pas été surmontée par la vente des tracteurs et des machines agricoles aux kolkhozes. Si cette réforme a donné certains résultats, et accru dans certains cas l'intensification de l'emploi des machines, elle a aussi provoqué l'effet contraire, ainsi que Brejnev et le ministre de l'Agriculture, Maskevitch, l'ont reconnu au XXII|° Congrès. Maskevitch a même précisé (Pravda, ler avril 1966) que la production par jour et par tracteur a reculé au cours des dernières années, et que la base de réparation s'est rétrécie. C'est surtout sur ce point que l'équipe dirigeante semble vouloir concentrer ses efforts dans les années à venir (le discours du président du Gosplan, Lomako, au Plénum de mars 1965 du C.C. du P.C.U.S., semble indiquer que même le rendement par hectare a commencé à baisser pour de nombreux produits après 1958).

Quant au relèvement de « l'intéressement matériel » des kolkhoziens à la pro- pas fondamentalement innove dans es doa duction agricole, le XXIIle Congrès maine. Il promet, il est vrai, qu'on passera par étapes au salaire mensuel garanti pour les kolkhoziens, et que les kolkhoziens toucheront dorénavant une pension de vieillesse. Il fait miroiter un accroissement de la « démocratie kolkhozienne ». Il met aussi en relief le fait que pendant le 8° plan quinquennal, le revenu moyen des kolkhoziens augmentera davantage que le revenu moyen des travailleurs du secteur d'Etat (40 % contre 20 %). Mais il n'annonce pas de transformation radicale de la structure de l'agriculture; il se contente de défendre à la fois le statut des kolkhozes contre leur transformation progressive en sovkhozes, et le statut des lopins privés contre leur suppression progressive, deux réformes que Khrouchtchev avait signalées comme buts à moyen terme dans son rapport au XX|® Congrès et dans le nouveau programme adopté au XX|le Congrès.

Or, à la veille du Congrès, la presse soviétique avait mis en relief une méthode de division des kolkhozes en fractions de 500 à 3.00 ha, chacune confiée à un groupe de quatre à cinq familles, dont les revenus dependraient directement du rendement sur ces champs seulement, donc du rendement de leur travail. Selon la Komsomolskaia Pravda du 15 octobre 1965 (citée dans The Economist du 18 décembre 1965), cette méthode aurait permis d'augmenter le rendement par hectare de 250 % et de réduire de six à sept fois le nombre de kolkhoziens nécessaires pour produire une quantité donnée de céréales. Leur revenu aurait augmenté de près de 250 % (ce qui est autre chose que les 40 % prévus par le 8º plan quinquennal).

Modification du système de

Les fameuses « réformes libermaniennes » n'ont pas joué au XXII|• Congrès du P.C.U.S. le rôle central que d'aucuns semblaient vouloir leur attribuer. Elles ont été dûment mentionnées, pour autant qu'elles sont consignées dans les décisions du Plénum du C.C. du P.C.U.S. de septembre 1965. Mais elles ne sont mentionnées qu'en passant par presque tous les orateurs, et certains se contentent de quelques mots ou les passent même complètement sous silence (c'est notamment le cas de Piotr Chelest, secrétaire du P.C. d'Ukraine, de Rachidov, membre du Bureau Politique et secrétaire du P.C. d'Ouzbékistan, Snieckus, secrétaire du P.C. de Lithuanie, et de Tolstikov, secrétaire du P.C. à Leningrad).

C'est encore Kossyguine lui-même qui s'étend le plus largement sur les causes

NALE 13 Il va sans dire qu'une telle réforme, qui serait un important pas en arrière vers l'agriculture privée, est fortement discutée dans les milieux de la bureaucratie. Et comme ce fut le cas de nombreux autres problèmes, le XXII|* Congrès n'a pas voulu trancher celui-ci.

Les orateurs qui ont pris la parole au XXII|° Congrès ont été en grande majorité sévères pour Khrouchtchev - sans toutefois le nommer — en lui reprochant des mesures contre-indiquées dans le domaine de l'agriculture. Ils ont souligné que, du moins en partie, les terres vierges sur lesquelles Khrouchtchev avait voulu à tout prix généraliser la culture des céréales étaient des terres sèches, où la culture a eu des conséquences désastreuses en accélérant l'érosion. Le nouveau plan quinquennal prévoit d'importantes mesures d'irrigation, qui auraient dû en réalité précéder la mise en culture d'une partie de ces terres.

La tentative d'imposer à tort et à travers la culture du maïs et de légumineuses à tous les kolkhozes (surtout aux dépens des prairies et des jachères) a également été critiquée. Ces critiques sont en général justifiées ; nous les avions avancées dès l'époque d'introduction de ces mesures; de nombreux critiques occidentaux ont fait de même. Mais on peut se demander comment les mêmes bureaucrates, qui affirment aujourd'hui que ces mesures ont été prises en dépit et au défi des avertissements des savants, les avaient votées unanimement il y a quelques années à peine, sans mentionner publiquement un mot de ces avertissements. Les habitudes de l'époque du « culte de la personnalité » se seraient-elles donc maintenues : même après la dénonciation de celui-ci? direction et de planification qui déterminent, du point de vue des dirigeants de la bureaucratie, la nécessité de modifier profondément le système de direction et de planification dans l'industrie. La nécessité d'accélérer la rénovation d'installations industrielles dépassées par le progrès technique ; la nécessité d'assurer l'introduction rapide de nouveaux procédés techniques déjà élaborés par les savants; la nécessité de calculer de la manière la plus précise possible le rendement respectif de divers projets d'investissements, voilà les problèmes sur lesquels ce représentant typique du groupe des « technocrates » au sommet de la bureaucratie soviétique met l'accent. Il insiste en même temps sur la nécessité de combiner la décentralisation industrielle fondée sur les entreprises, avec le maintien et même le rentorement della planitication centrale, se forcement de la planification centrale, se dans l'industrie dans l'industrie

QUAT rendant compte nettement des tendances désagrégatrices pour le plan qui pourraient résulter d'initiatives de plus en plus audacieuses des directeurs d'entreprise dans le domaine des investissements.

Les expériences concrètes qui ont abouti à l'adoption partielle des « réformes libermaniennes » au Plénum de septembre 1965 ; puis les expériences concrètes faites dans l'application de ces réformes depuis septembre 1965, n'ont pratiquement pas été mentionnées au XX|||* Congrès. Certains orateurs y ont cependant fait des allusions voilées, assez mystérieuses il est vrai. Ainsi, le secrétaire du P.C. de la Russie Blanche, Machérov, a indiqué que, depuis septembre 1965, dans de nombreux cas les relations économiques entre entreprises et entre entreprises et ministères non seulement n'ont pas été améliorées mais ont même été « violées » (?). Le dirigeant du P.C. à Gorki, Katuchov, a

Un des traits prédominants du XXII|® Congrès a été par contre la promesse d'une nouvelle série d'améliorations matérielles du sort du travailleur soviétique. Kossyguine notamment en fit un des thèmes centraux de son rapport, et s'efforça de démontrer, non sans raison, que les dernières années de l'ère khrouchtchévienne étaient marquées par une quasi-stagnation, sinon par un recul du niveau de vie (notamment par suite de l'augmentation du prix de la viande et du beurre, accompagnée d'un blocage des salaires). Il est incontestable que le nouveau plan quinquennal promet un effort beaucoup plus sensible dans le domaine des biens de consommation que celui qui a été réalisé sous le plan septennal khrouchtchévien. Alors que l'augmentation de la production de l'industrie lourde avait été de 58 % entre 1960 et 1965, contre une augmentation de 36 % de la production des biens de consommation, Kossyguine promet que dans les cinq années 1965-70 les deux secteurs augmenteront leur production pratiquement dans la même proportion : de 49-52% dans le secteur des moyens de production et de 43-46 % dans le secteur des biens de consommation. Il promet également de doubler la production de machines destinées à l'industrie des biens de consommation. Certaines promesses sont spectaculaires, telle l'augmentation de la production de postes de TV de 3,7 millions en 1965 à 7,5 millions en 1970; de frigos de 1,7 million en 1965 à 5,3 millions en 1970; et d'automobiles privées de 201.200 en 1965 à 800.000 en 1970 (3).

Il faut en conclure que, contrairement à certains commentaires superficiels, la nou- demandé qu'on élabore des normes que « l'intéressement directement matériel » puisse être utilisé dans le but d'économiser des matières premières.

En fait, la conclusion qui se dégage à ce propos du XXII|° Congrès, c'est que le débat sur ces « réformes » est loin d'être terminé dans les milieux de la bureaucratie. Plutôt que de permettre à ce débat de se dérouler en public, les dirigeants ont décidé de l'étouffer, du moins pour le moment, et se sont mis d'accord pour qu'à ce propos personne ne se prononce au Congrès, ni dans un sens ni dans un autre. C'est ce qui explique pourquoi la dénonciation des conséquences les plus désastreuses de la gestion bureaucratique, qui avait été monnaie courante au cours des quatre derniers congrès du P.C.U.S. (y compris au XIXe Congrès, en présence de Staline, notamment dans le rapport de Malenkov), a été rigoureusement absente au XXI|le Congrès. velle équipe au pouvoir qui a succédé à Khrouchtchev a accentué et non freiné le « cours vers le consommateur ». C'est ce qui explique d'ailleurs pourquoi la masse des travailleurs soviétiques, loin de regretter l'élimination de Khrouchtchev, y a vu surtout la fin du blocage des salaires.

Le tableau change évidemment si, au lieu de comparer les réalisations du septennat khrouchtchevien aux promesses du nouveau plan quinquennal, on compare les promesses d'antan aux promesses d'aujourd'hui. On est loin de certaines fanfaronnades du XXI|® Congrès ; l'idée qu'en 1970 «il ne restera plus de catégories insuffisamment rémunérées » est abandonnée silencieusement. La promesse que les salaires minima seront augmentés de 300 % pendant cette même période n'est pas non plus réalisée ; on passe du salaire minimum de 27 roubles en 1958 à celui de 60 roubles en 1970, soit une augmentation de 222 % seulement. Quant à la promesse de réduire l'écart entre les rémunérations basses et élevées, elle est complètement abandonnée par les nouveaux maîtres du Kremlin. Ceux-ci mettent au contraire l'accent sur la nécessité d'utiliser le salaire « comme instrument de l'intéressement matériel des travailleurs », ce qui signifie en pratique que l'éventail des salaires et surtout celui des revenus réels aura tendance à s'élargir au lieu de se résorber graduellement.

Plus grave pour un régime qui proclame fièrement que ses plans sont toujours

(3) La réalisation de cet objectif semble subordonnée à la conclusion de l'accord avec le trust italien FIAT, qui devra construire en U.R.s.s. une usine fabriquant 600.000 voitures privées par an.

Nouvelles concessions aux travailleurs

Nouvelles concessions aux travailleurs

« adoptés à l'unanimité », après une « discussion des plus approfondies », est l'abandon d'une des promesses-clés du programme adopté au XXI|* Congrès : celle de réaliser avant 1970 la journée de travail de six heures avec un jour chômé, ou de la semaine de 34-36 heures avec deux jours chômés. La réalisation de cette promesse aurait fait de la semaine de travail en U.R.S.S. la plus courte du monde. Nous sommes loin de compte : les dirigeants actuels se contentent de promettre poui 1970 la généralisation de la semaine des cinq jours avec journée de huit heures de travail, c'est-à-dire la semaine de 40 heures.

La nature profondément bureaucratique et complètement téléguidée de ce « congrès » est révélée par le fait que pas un seul des 5.000 délégués ne demanda des comptes aux dirigeants sur la nonréalisation d'une des promesses essentielles du XXI|° Congrès, que pas un seul des 5.000 délégués se permit même de poser 5.000 délégués se permit même de poser une question à ce propos ou de mentionner l'ancienne promesse.

Le rapport de Kossyguine promet pour le prochain quinquennat que les revenus réels par tête d'habitant augmenteront d'environ 30 %, tandis que le volume des ventes de détail augmentera d'environ

A la veille du Congrès, on avait craint un « durcissement idéologique » de la bureaucratie soviétique allant jusqu'à une « réhabilitation » de Staline. Effrayés par cette perspective, diverses forces avaient manifesté publiquement leur opposition à l'égard d'une telle éventualité : le P.C. italien dans une communication délibérément rendue publique ; des vieux bolcheviks, en organisant une manifestation publique à la Place Rouge à Moscou ; des intellectuels en envoyant à ce propos une lettre aux dirigeants du P.C.U.S. Cette « réhabilitation » ne s'est finalement pas produite. Au contraire, la plupart des orateurs se sont explicitement référés à la « ligne générale du XXe et du XXIIe Congrès » qui seront respectées à l'avenir.

Par contre, un « durcissement idéologique » incontestable, déjà annoncé par le procès Daniel-Siniavski et par l'élimination du congrès et du Comité Central de deux intellectuels, réputés chefs de file de l'aile « libérale » modérée, Tvardovski et Polevoï, s'est bel et bien produit au XXII|® Congrès. Les attaques contre certains écrivains et artistes se sont multipliées. Les insuffisances du travail idéologique ont été dénoncées. Le chef des Komsomols, Pavlov, s'est fait remarquer par sa diatribe contre une partie de la jeunesse et par la demande que le travail d'éducation de celle-ci s'ins-

NALE 15 43,5 %. En tenant compte de l'augmentation de la population qui sera de l'ordre 3,5 %-4 % environ, ces chiffres impliquent un décalage de 10 % qui est difficile à comprendre Kossyguine utiliset-il le terme « volume » dans le sens de « chiffre d'affaires aux prix courants », ce qui laisserait entendre une hausse de prix de 10 % ? Ou bien son hypothèseimplique-t-elle un phénomène de baisse de l'épargne (de l'épargne qui est souvent une épargne-thésaurisation, exprimant simplement la pénurie de biens de consommation sur le marché qui incite les consommateurs à retarder leurs achats à des années meilleures) ? A ce sujet, il faut souligner que, dans son même rapport, Kossyguine affirme qu'au cours de la période 1960-1965, les revenus moyens des travailleurs et des employés n'ont augmenté que de 23 marchandises

Le décalage pouvoir être

%, alors que les ventes des avaient augmenté de 60 %.

est ici trop prononcé pour expliqué par l'accroissement de la population et laugmentation plus que proportionnelle des revenus de certaines catégories de vieillards touchant pour la première fois des pensions. Il s'explique sans aucun doute par la hausse de certains prix (nota par Khrouchtchev produits laitiers). pire des principes mier secrétaire du lancé une attaque mment celles décidées pour la viande et les militaires. Bodjul, pre-

P.C. de Moldavie, a contre le livre « Une journée de la vie d'Ivan Denissovitch » et s'est illustré par cette définition éminemment bureaucratique de la liberté de création artistique : « Dans notre pays, on le sait, chaque artiste a le droit de créer librement d'après ses propres goûts et d'écrire sans les moindres restrictions. Mais dans la même (!) mesure, notre parti et nos organes étatiques appliquent le droit du libre (!) choix des œuvres qui sont admises à l'impression. » La formule léniniste de « l'Et quelque peu d aucun délégué courage de le at et la Révolution » est ifférente, il est vrai. Mais à ce congrès n'a eu le rappeler. Faut-il ajouter qu'il ne fut plus question d'ériger un monument à la mémoire des victimes de Staline? Celui qui fit cette proposition au XX||• Congrès du P.C.U.S., Chélépine, est pourtant aujourd'hui un des principaux secrétaires du C.C. du Parti. Nous retrouvons ici l'écho de profondes préoccupations dans les milieux de la bureaucratie soviétique. Elle est d'une part inquiète de l'activité et de l'audace d'un nombre croissant de groupements semi-clandestins ou clandestins dans la jeunesse et parmi les intellectuels, Elle est d'autre part préoccupée par le vide idéologique que la

Le durcissement idéologique

Le durcissement idéologique

U A renonciation au « stalinisme » et au « communisme à la goulash » cher à Khrouchtchev ont créé dans la jeunesse, vide qui facilite à son avis l'infiltration d'idées « pro-impérialistes » autant que celle d'idées d'opposition de gauche.

Le « durcissement » idéologique vise avant tout la jeunesse et les intellectuels, c'est-à-dire les deux couches de la société soviétique qui aujourd'hui connaissent le plus un bouillonnement d'idées nouvelles ; il correspond parfaitement à cette double préoccupation de la bureaucratie. Il a la fonction d'une mise en garde et d'un coup de semonce sérieux. Les oppositionnels potentiels et réels sont avertis que la bureaucratie n'entend guère abdiquer son pouvoir et ses privilèges, et qu'elle préfèrera abandonner des innovations comme donné un exemple en Hongrie, de même que Khrouchtchev avait mené une campagne contre les écrivains et artistes « modernistes » qui dépassa en violence tout ce qu'on a vu au XXII|° Congrès. Ses successeurs feront de même lorsqu'ils seront confrontés avec des situations analogues.

Ce qui a changé, c'est que les illusions sur une « démocratisation » progressive de la dictature bureaucratique, par voie évolutive et sur initiative venue d'en haut, ont considérablement diminué au cours des dernières années. Cela ne peut que favoriser à la longue un regroupement d'une avant-garde marxiste-révolutionnaire en

U.R.S.S.

Les dirigeants de la bureaucratie ont été obligés de durcir aussi quelque peu leur ton contre impérialisme américain, vu l'ampleur de l'agression impérialiste au Vietnam. Il n'est pas impossible cependant que ce durcissement corresponde moins à la pression du P.C. chinois et du mouvement communiste international qu'à la pression d'un courant en U.R.S.S. même - notamment au sein des Komsomols — qui s'insurge contre la passivité criminelle de la bureaucratie devant la multiplication des initiatives contre-révolutionnaires de l'impérialisme de par le monde.

A ce propos, il faut évidemment attacher une grande importance à l'information transmise par l'agence Reuter de Moscou, à la date du 12 avril, suivant laquelle un jeune chauffeur de camion ukrainien âgé de 25 ans, appelé Nikolaï Didyk, se serait suicidé en mettant le feu à ses vêtements, à Moscou sur la place Dzerjinsky, près de la prison Lubianka, pour protester contre le fait que les autorités avaient refusé sa demande d'être envoyé comme volontaire au Sud-Vietnam, pour y combattre dans les rangs du F.N.L.

Que ce durcissement à l'égard de l'impérialisme n'implique aucun tournant idéologique, a été démontré par le silence glacial avec lequel le XXIII Congrès accueillit le discours passionné d'Armando Hart, le délégué du P.C. cubain. Le « crime » de Hart avait été de réclamer une extension internationale de la révolution, et d'avoir caractérisé la révolution latino-américaine comme révolution socialiste. Les successeurs de Khrouchtchev restent plus que jamais fidèles au « khrouchtchévisme sans Khrouchtchev » en récusant cette orientation révolutionnaire en faveur de la « coexistence pacifique » et de la théorie de la « révolution par étapes ». Et, n'en déplaise aux dirigeants du P.C. chinois, ce « khrouchtchévisme Khrouchtchev » n'est que la continuation sans de la politique de Staline, inspirée par les conceptions menchéviques auxquelles d'étranges « communistes » continuent à s'accrocher désespérément, malgré des expériences désastreuses comme celles du Brésil et d'Indonésie.

la désignation des secrétaires plutôt que de permettre aux conformistes de se frayer un une large audience publique.

Des commentateurs ont cru par rotation forces non chemin vers pouvoir découvrir une contradiction entre la « libéralisation » poursuivie sur le plan économique et ce « durcissement idéologique ». En réalité, il n'y a pas de contradiction, mais au contraire une orientation logique d'autodéfense de la bureaucratie. Une série de mesures économiques sont objectivement inévitables pour éviter une stagnation et une grave crise de l'économie, — qui seraient contraires aux intérêts de la bureaucratie. Les concessions aux travailleurs considérés comme consommateurs sont de même nécessaires pour éviter que les masses ouvrières ne passent à l'action, éventualité que la bureaucratie désire vouloir éviter à tout prix (les grèves contre la hausse des prix et le blocage des salaires ont sans doute précipité la chute de Khrouchtchev). Les coups portés à l'avant-garde des jeunes et des intellectuels sont des coups contre les noyaux déjà actifs de l'opposition. L'ensemble de ces mesures tend donc à isoler ces foyers, à éviter qu'ils ne fassent leurs jonctions avec de larges masses, et à maintenir un climat d'espérances « réformistes » dans le prolétariat. Quant à savoir si cette stratégie de la bureaucratie sera couronnée de succès, c'est évidemment une autre question.

Le rétablissement des noms « bureau politique » et « secrétaire général » marque-t-il une concession aux partisans d'un coup d'arrêt définitif à la tion » ? S'il en est ainsi, il cas d'une concession minim difie en rien les rapports de sence. Ces rapports de fo

« destalinisas'agit en tout e qui ne moforce en prétels rce sont qu'un retour aux méthodes de gouvernement de Staline, à la terreur de masse, au règne de la police secrète, est impossible. Mais cela ne signifie pas que la bureaucratie ne soit prête à défendre son pouvoir, s'il le fallait avec des méthodes de répression violente. Khrouchtchev en avait

Un congrès de bureaucrates

La nature bureaucratique du P.C.U.S. a été rarement révélée avec autant de clarté et de franchise qu'au XXII|° Congrès. Rarement on avait assisté à un spectacle de discours préfabriqués, jusque dans les moindres détails, au point où cela fut le cas au XXII|° Congrès. Et rarement aussi les dirigeants de la bureaucratie se sont auss peu gênés de révéler la véritable nature

• leur parti comme l'ont ete les succes urs de Khrouchtchev a ce congre

Brejnev révéla dans son rapport que les ouvriers ne constituent actuellement que 37,8 % des membres du P.C.U.S. et les paysans kolkhoziens 16,2 %. La catégorie appelée pudiquement « employés » - en réalité la bureaucratie ! - fournit 46 % des membres du P.C.U.S. ! Le parti de la bureaucratie est composé en majorité de bureaucrates, voilà ce qui met du moins les choses au point. Dans ces conditions, Brejnev fait preuve d'un cynisme proche de l'inconscience quand, immédiatement après avoir cité ces chiffres révélateurs, il prononce la phrase rituelle : « Dans la composition sociale du Parti, la classe ouvrière devra aussi à l'avenir continuer (!) à jouer le rôle dirigeant ».

Mais le rapport de Kapitonov sur la composition sociale des délégués au XXIII° Congrès est encore plus éloquent. Sur 4.943 délégués, il y avait 1.205 fonctionnaires du parti, 1.141 ouvriers, 874 kolkhoziens et sovkhoziens (y compris des « dirigeants de kolkhozes et de sovkhozes » !), 704 fonctionnaires économiques, 539 fonctionnaires de l'Etat, 352 membres des forces armées (tous officiers !), 82 fonctionnaires des syndicats et 44 fonctionnaires de Komsomols.

En d'autres termes : il y eut 1.141 ouvriers, quelque 700 paysans, et tout le reste, c'est-à-dire plus de 3.000 délégués, étaient des fonctionnaires, du parti, de l'économie, de l'Etat ou de diverses autres organisations, c'est-à-dire des bureaucrates ! Les ouvriers délégués ne représentent que 23 % du Congrès ; les bureaucrates délégués représentent plus de 60 % de ces délégués. Voilà une proportion qui ne laisse plus rien à désirer en tant que miroir fidèle des réalités de l'exercice du pouvoir en U.R.S.S...

Le discours du Prix Nobel de littérature, Michel Cholokhov, a reçu une large publicité dans la presse mondiale pour son attaque méchante contre les écrivains soviétiques non conformistes et ceux qui ont osé prendre leur défense. Certaines formules utilisées par l'écrivain sont manifestement mensongères (4) - à tel point qu'on se demande si elles n'ont pas été délibérément incluses dans la diatribe que réclamèrent de lui les dirigeants de la bureaucratie, afin d'avertir le public qu'il ne croyait rien de ce qu'il disait à ce sujet.

Mais la presse a donné beaucoup moins de publicité à la seconde partie de son discours, qui est en quelque sorte une diatribe parallèle, mais autrement révélatrice et autrement véridique, dirigée contre les bureaucrates qui dirigent aujourd'hui l'Union soviétique. Il cite l'exemple d'une usine pour fabriquer des légumes secs construite dans la ville de Kaliasine, mais qu'on ne pouvait pas approvisionner en matières premières (en légumes !) et qui a dû être transformée successivement en usine pour sauce de soja et en usine pour produits laitiers, sans pouvoir commencer a travailler ; l'usine existe depuis dix ans :

elle na toujours rien produit. Et il demande : qu'est-ce que ce genre de planification-là ? En effet...

Il cite l'absence d'installations de purification d'eau dans la Volga et le Don qui a entraîné la mort de plusieurs millions de poissons. Il cite le risque que courent les richesses naturelles du lac Baïkal et de la mer d'Azov par la multiplication d'entreprises chimiques non accompagnées d'installations de purification d'eau, par l'abattage systématique de forêts non accompagné de plantations de nouvelles pépinières et forêts, par des excès de pêche qui ne respectent pas la nécessité de maintenir un stock reproducteur de poissons. Ces exemples de gaspillage des ressources naturelles, imités de méthodes analogues du capitalisme dénoncées avec tant de violence par Marx, constituent un terrible réquisitoire contre les dirigeants de la bureaucratie.

Et il termine son discours en décrivant de manière frappante les démarches auprès des ministères de Moscou que les dirigeants de la région de Rostov ont dû entreprendre pour obtenir des tracteurs et

(4) Ainsi Cholokhov affirme : « Si ces petits bonshommes avec leur mauvaise conscience avaient vécu au cours des années 20 mémorables, lorsqu'on jugea sans se tenir à des paragraphes strictement délimites, du code pénal, mais en se laissant guider par « la conscience de la justice révolutionnaire », oh, alors, ces rénégats auraient subi une peine autrement dure » !

En réalité, lorsqu'il y avait encore en U.R.S.S. une véritable justice révolutionnaire, et meme pendant le debut de l'instauration du regime bureaucratique, au cours des années 20, aucun écrivain n'a été condamné pour ses idées ou pour avoir envoyé à l'étranger ses écrits. A cette époque, le groupe des écrivains appelé « les frères Sérapion », qui incluait des poetes, des romanciers et des satiristes beaucoup Daniel ess éloignés communisme que librement publier ses ouvrages en fallu l'etablissement de la dictature stalinienne pour que les écrivains non conformistes voient coupée la route vers l'imprimerie.

des tuiles de toits pour étables. Lui-même avait dû participer à ces démarches :

« Et lorsqu'on doit constamment mendier de la sorte, on constate en soi-même de désagréables changements de caractère et même de configuration physique (rires, applaudissements). Où reste donc la fière tenue d'écrivain et l'attitude droite du soldat d'antan? On constate qu'on l'échine humblement pliée, et qu'on n'adresse même plus la parole au ministre avec la formule officielle « camarade ministre », mais qu'on dit en flattant « Mon cher Ivan Ivanovitch ». Les corrections du plan, exigées par la vie elle-même, produisent chez nous progressivement certaines tendances à la rapine. Même dans les interludes de ce congrès, on se rend dans les couloirs, on recherche avec des yeux d'épervier un quelconque ministre, et on se demande ce qu'on pourrait bien lui arracher. Et lorsqu'on téléphone pour demander audience à un ministre, on ne dit pas qu'un député du Soviet Suprême le demande, mais on dit qu'on est écrivain.

Les ministres ont une attitude plus délicate à l'égard des écrivains. Bref — on exploite sa situation où l'on peut. »

Cholokhov avait commencé par mettre au pilori des écrivains « amoraux » (Daniel et Siniavski). Mais relisez l'image saisissante qu'il dessine de la « moralité » qui règne dans les sphères supérieures de la société soviétique : gaspillage éhonté des ressources naturelles ; écrivains qui doivent plier l'échine ; ministres tout puissants pour distribuer des avantages ; députés au Soviet suprême qui - dans le « pays des Soviets » ! - sont méprisés par ces mêmes « camarades ministres » ; communistes et héros militaires qui doivent « mendier » des avantages devant les bureaucrates tout puissants. Qui donc sont les véritables accusés de ce réquisitoire ? Deux malheureux écrivains ou tout un régime politique qui n'a plus rien de commun avec la démocratie soviétique instaurée par la Révolution d'Octobre ?

ler mai 1966.

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